‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 108 sur 150 · DE TERRE · texte numérisé non relu

DE TERRE

baissent alternativement suivant la pente du terrain qui leur sert d'assise ; ces veines passent par-dessus les rivières, et vont en s'abaissant vers la mer. Les veines que l'on fpuille d'un côté d'une rivière ou d'une montagne répondent exactement à celles de l'autre côté ; les mêmes couches de terre , les mêmes bancs de pierre , accompagnent les unes et les autres ; le charbon s'y trouve partout de la même espèce. Ce fait a été vérifié plusieurs fois par des sondes qui ont fait reconnpitre les mêmes terres et les mêmes bancs jusqu'à quatre cents pieds de profondeur.

A une îieue et demie à l'est d'Aix-la- Chapelle , il y a plusieurs mines de charbon; pour parvenir aux veines l'on traverse une espèce de grès fort dur , que l'on ne peut percer qu'avec la poudre : ce grès est par lits dans la même direction et inclinaison que la veine de charbou ; mais il est tout rempli de fentes ou de joints , de façon qu'il se sépare en morceaux. Au dessous du grès, on trouve une terre noire très-dure de plusieurs pieds d'épaisseur ; elle sert de toit au charbon : le mur est de la même espèce de terre dure ; l'une et l'autre paroissent contenir des empreintes de plantes : exposée k l'air , cette terre s'effleurit et s'attendrit.

Ce charbon contient très-peu de bitume; il est très-pyriteux , et par conséquent nullement propre à l'usage des forges : mais il est bon pour les appartenons.

En Allemagne , il y a plusieurs endroits où l'on trouve des mmes de charbon; celles de Zwickau consistent en deux couches de quatre, cinq, six pieds d'épaisseur, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une couche mince d'argile : leur profondeur n'est qu'à environ trois toises au dessous de la surface du terrain : la veine de dessous est meilleure que celle de dessus ; elles ont vingtcinq ou trente degrés d'inclinaison. Il s'en trouve aux environs de Marienberg, en Misnie; dans plusieurs endroits du duché de Magdebourg ; dans la principauté d'Anhalt, à Bernbourg; dans le cercle du Haut-Rhin, à Aï , 'près de Cassel ; dans le duché de Meckelbourg, à Plauen; en Bohème, aux environs de Tœplitz; dans le comté de Glati, à Hansdorf; en Silésie, à Gablan, Rottenhach , et Gottsberg ; dans le duché de Schweidnilz, à Reichenstein ; dans le haut Palatinat, près de Sultzbach; dans le bas Palatinat, a Bascharage, etc. Il y a, dit M. Ferber , des mines de charbon fossile à Votschberg', à cinq ou six lieues de Feistriti, et de meilleures encore à Luim, à dix milles

de Vostchberg dans la Styrie supérieure. A

Suaire lieues de la ville de Rhène , à une emi-lieue du village d'Ypenbure , sur la route d'Osnabruck , on trouve des mines de charbon qu'on emploie à l'usage des salines. En sortant d'Ypenbure on passe une montague au nord de laquelle est un vallon , et ensuite une autre montagne, où Ton exploite les mines de charbon. A deux lieues plus loin , il y a d'autres mines qui sont environnées des mêmes rochers; on prétend que c'est la même couche de charbon qui s'y prolonge. Gomme jusqu'à présent on n'a exploité qu'une seule couche de charbon, on conjecture que c'est la même qui règne dans tout le pays. On l'exploite dans cette mine à deux cents pieds dé profondeur perpendiculaire; elle a une pente inclinée du couchant au levant, qui est à peu près celle de la montagne. La veine a communément deux pieds et demi d'épaisseur en charbon qui paroît être de très-bonne qualité , quoiqu'il y ait quelques morceaux dans lesquels on aperçoive des lames de pyrites. Cette veine est précédée d'une couche de terre noire ; et celte couche, entremêlée de quelques

Setits morceaux de charbon , a un pied et emi , deux , et trois pieds d'épaisseur. Le toit qui recouvre la veine est un lit de six , huit , dix pouces d'épaisseur de graviers réunis en pierre assez dure, au dessus duquel est le grès disposé par bancs.

On trouve aux environs de rétine, petite ville des états du roi de Prusse , plusieurs mines de charbon ; elles sont situées sur le plateau d'une colline fort étendue : elles sont au nombre de plus de vingt actuellement en exploitation. Une de ces mines qui a été visitée par M. Jars , et qui est à trois quarts de lieue de Yétine , a trente-neuf toises de

Erofondeur ; savoir , vingt-six toises depuis i surface de la terre jusqu'à la première veine de charbon , 0112e toises depuis cette première veine jusqu'à la seconde , et deux toises depuis la seconde jusqu'à la troisième; ce qui varie néanmoins très-souvent par les dérangemens que les veines éprouvent dans leur inclinaison, et qui les rapprochent plus ou moins, surtout les inférieures , qui sont quelquefois immédiatement l'une sur l'autre. La première couche a jusqu'à huit pieds d'épaisseur; la seconde, deux pieds et demi; la troisième, un pied et demi ou deux pieds. On traverse plusieurs bancs de rochers pour parvenir au charbon, surtout un rocher rouge qui paroit être une terre sablonneuse durcie, mêlée de mica blanc : un rocher blanchâtre, 1 auiii de mica blanc, se trouve plus

près des veines, et les sépare entre elles; ce rocher y forme des creins qui quelquefois les coupent presque entièrement. Le rocher qui sert de toit au charbon est bleuâtre ; c'est une espèce d'argile durcie, qui contient des empreintes de plantes, surtout de fou-

fères. Celui du mur est sablonneux, d'un lanc noirâtre. Ces rochers s'attendrissent à l'air et s'y effleurissent. Les veines ont leur direction sud-est , nord-ouest , et leur pente du côté du midi. Le charbon est un peu pyriteux, mais paroit être d'assez bonne qualité. Dans la première veine on remarque un lit, de quelques pouces d'épaisseur, qui suit toujours le charbon et qui divise la veine en deux parties; c'est un charbon très-pierreux.

A Dielau, la plus grande profondeur de la mine que l'on exploite est à quarante toises. Le charbon se trouve dans un filon tantôt incliné , tantôt presque perpendiculaire, et qui est coupe et détourné quelquefois par des creins. Le rocher dans lequel ce filon se trouve est semblable à celui de Tétine.

1 A Gibienstein, situé à une demi-lieue de la ville de Halle en Saxe, on a trouvé une veine de charbon qui paroissoit au jour et qui a plusieurs pieds d'épaisseur; on n'a point encore reconnu son inclinaison ni sa direction. Le charbon qu'on en tire est peu bitumineux, et mêlé avec beaucoup de pyrites; il ressemble fort à celui de Lay en Bourbonnois. M. Hoffmann dit que cette mine s'étend bien loin sous une grande partie de la ville et du faubourg, ensuite dans les campagnes vers le midi jusqu'au bourg de Lieben, où on la rencontre souvent en faisant des puits , de même qu'à Dielau, à une lieue et demie de Halle. Sa texture est semblable à celle d'un amas de morceaux de bois ou copeaux.

En Espagne , il y a des mines de charbon de terre dans plusieurs provinces , et particulièrement en Galice , aux Asturies, dans le royaume de Léon , et aussi dans la basse Andalousie près de Se ville, dans la Nouvelle- Cas tille, et même auprès de Madrid. M. Le Camus de Limare , l'un de nos plus habiles minéralogistes, a fait ouvrir le premier cette mine de charbon près de Madrid, et il a eu la bonté de me communiquer la notice que je joins ici ».

■ * l cuit

1. h La mine de charbon qu'on exploite dans h basse Andalousie est située a six lieues au nord de .Séville , dans le territoire du bourg de FilfauttHh iel-Rio, sur le bord de la ririère de Goezna , qui fe jette dans le Guadalqutrir ; la reine « ta diree»

DU CHARBON DE TERRE. 9*9

En Savoie on trame une espèce de char- de Saint-Cerbone et de Strido ; f ai cm bon de terre d'assez mauvaise qualité, et* devoir en faire l'extrait dans la note ci-jointe, le principal usage qu'on en fait est pour parce que les faits qu'il rapporte sont auévaporer les eaux des sources salées. De

dans les racines et dans tons les vides de l'arbre, et y a formé nne incrastatioa singulière qui imito la forme des pierreries} elle compose des •couches de l'épaissear d'une ligne an pins , partagées en petites écuelles rondes , aussi serrées l'une contre l'autre que le peuvent être des cercles s ces petites écuelles sont tontes de la même grandeur dans la même couche, et laissent apercevoir nne cavité reluisante, unie, hémisphérique, qui se rétrécit par le fond, devient circulaire, ensuite cylindrique, et se termine en plan ; chacune de ces cavités est entièrement pleine d'un suc bitumineux, consolidé comme le reste du charbon fossile : ce sue » par la partie qui déborde la cavité , est aplani ; le reste prend la forme des parois qni le renferment , sans y être néanmoins attaché qu'an fond ,' on il finit en plan ; ce qui forme un petit corps qu'on peut détacher avec peu de force , comme avec la pointe d'une épingle dont on toucheroit le bord , on le verroit sortir et montrer la figure hémisphérique en petits cylindres.

Dans le charbon qu'on tire promptement de la terre , les surfaces extérieures de ces petits corps multipliés étant aplanies et contiguës les unes aux autres , forment une croûte aplanie aussi d'un bout à l'autre ; mais à mesure que le charbon se dessèche , cette croûte parolt pleine de petites fentes occasionées par le retirement de ces corps , et par leur séparation mutuelle : les couches aplanies , formées par les pierreries, sont irrégulieres , et

toute la Suisse , le canton de Berne est le plus riche en mines de charbon. Il s'en trouve aussi dans le canton de Zurich, dans le pays de Vaud, aux environs de Lausanne : mais la plupart de ces charbons sont d'assez médiocre qualité.

En Italie, dont la nlus grande partie a été ravagée par le feu des volcans, on trouve moins de charbon de terre qu'en Angleterre et en France. M. Tozzetti a donné de trèsbonnes observations x sur les bois fossiles

tion du levant au couchant, et son inclinaison de soixante-cinq à soixante' dix degrés au nord; son épaisseur varie depuis trois pieds jusqu'à quatre pieds et demi. Elfe fournit de très-bon charbon quand on sait le séparer des nerfs et des parties terreuses dont les veines sont toujours entremêlées ; mais comme les concessionnaires actuels, les font exploiter par des paysans, et qu'on met en vente indistinctement le bon et le mauvais charbon, la qualité en est décriée, le débit médiocre, et l'on préfère à Séville et k Cadix le charbon qu'on tire de Marseille et d'Angleterre, quoique le double pins cher.

« Quant à celle qu'on a découverte près de Madrid , k six lieues an nord , au pied de la chaîne des montagnes de l'Escurial , sur le bord de la rivière de Mançanarex , qui passe a Madrid , c'est moi 3 ni ai fait la première tentative en 1763, au moyen 'un puits de soixante-dix pieds de profondeur, et d'une traverse; j'avois reconnu plusieurs veines dont la plus forte avoit six pouces d'épaisseur, toutes d'nn bitume desséché, assex dur, mais terne, et brûlant foiblement : leur direction est aussi du levant au couchant avec une pente d'un pied par toise an nord-ouest; on a depuis continué ce travail , mais on n'y a pas encore trouvé de vrai char* bon. »

x. H dit que ces bois fossiles sont semblables à de gros troncs d'arbres , qui ne forment point une couche continue comme les autres matières des collines on ils se trouvent, mais qu'ils sont ordinaire* anent séparés les uns des autres , souvent deux ensemble , et toujours d'une nature différente de celle du terrain où ils sont ensevelis. Ils sont d'une couleur extrêmement noire avec autant de lustre que le charbon artificiel ; mais ils sont pins denses et plus lourds , et surtout lorsqu'on ne fait que les tirer de la terre ; car 4 la longue ils perdent leur humidité et deviennent moins pesans , quoiqu'ils aillent toujours au fond de l'eau. Il est constant que, [dans leur origine , ces charbons étaient des troncs d'arbres; on ne peut manquer de s'en convaincre en les voyant dans la terre même : la plupart conservent leurs racines, et sont revêtus d'une écorce épaisse et rude; ils ont des nœuds, des branches, etc.; on y voit les cercles concentriques et les fibres longitudinales du bois. Les mêmes choses •e remarquent dans les charbons du val à'Asno di foprm et du val de Cecina : ceux-ci sont seulement vins onctueux que les antres; et même le bitume oont ils sont imbibés s'est trouvé quelquefois en si grande abondance, qu'ils en ont regorgé; cette «mtièrt •'fit fait jour à travers les troncs, a passé

\ pai

ça et la sur le tronc du charbon fossile;

mt, outre cela, doubles, c'est-à-dire qu<

l'une incruste une face , l'autre une autre , et ellei

éparses elles se

se rencontrent réciproquement avec les surfaces des corpuscules renfermés dans les petites écuelles. Précisément dans l'endroit où ces deux couches se rencontrent , la masse du charbon fossile reste sans liaison et comme coupée ; de là vient que ces grands troncs se rompent si facilement , et se subdivisent en massifs de diverses figures et de diverses grosseurs : ces subdivisions , si aisées à faire , sont cause que dans les endroits où le charbon fossile se' transporte, on a de la peine à comprendre que les morceaux qu'on en voit soient des portions d'nn grand tronc d'arbre , comme on le reconnott ■iièmant, dans les lieux où il se trouve.

On y voit encore plusieurs masses bitumineuses , incrustées de pierreries, mais détachées entièrement de l'arbre. M. Tozzetti soupçonne que , dans leur origine , elles faisoient portion d'nn tronc de charbon fossile anciennement rompu , qui étoit resté enseveli dans la terre. Notre physicien ne seroit pas non plus éloigné de croire que ce fût du bitume qui , n'ayant pas trouvé une matière végétale pour s'y attacher, se seroit coagulé lui-même. Il est certain qu'en rompant quelques unes de ces coagulations détachées, on n'y découvre point les fibres longitudinales do bois , qui en sont les marques dis* tinctives; mais on y voit seulement un amas prodigieux de globules rangés par ordre , et semblables à des rayons qui partent d'un centre et qui aboutissent à une circonférence. Il faut ajouter qu'à la surface de ces coagulations , les corpuscules qui remplissent les petites écuelles sont moins écrasés par dehors que ceux des couches formées sur les troncs des charbons fossiles; ce qui feroil croire

3ue, dans le premier cas, ils ont eu la liberté e s'étendre autant sro'ils pouvoient , sans trouvée

MINÉRAUX

tant de preuves du changement des matières végétales en véritable charbon, et de la différence des formes que prend le bitume en le durcissant : mais le récit de ce savant bbservateur me paroît plutôt prouver que le pitume s'est formé dans l'arbre même, et a été ensuite comme extra vase , et non pas

au'un bitume étranger soit venu, comme le croit, pénétrer ces troncs d'arbres; et former ensuite à leur surface de petites protubérances. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est l'expérience que j'ai faite sur un gros morceau de cœur de chêne, bue j'ai tenu pendant près de douze ans pans l'eau pour reconnoître jusqu'à quel boint il pouvoit s'imbiber d'eau : j'ai vu se former au bout de quelque mois, et plus fencore après quelques années, une substance grasse et tenace à la surface de ce bloc de pois ; ce n'étoit que son huile qui commenfcoit à se bituminiser. On essuyoit a chaque fois ce bloc pour avoir son poids au juste; tans cela l'on auroit vu le bitume se former en petites protubérances dans cette substance ferasse , comme M. Tozzetti Ta observé sur les troncs d'arbres de Saint-Cerjxme.

On voit, dans les Mémoires de l' Académie de Stockholm , qu'il y a des mines de charbon en Suède , surtout dans la Scanie ou Gothie méridionale. Dans celles qui sont voisines de Bosrup, les couches supérieures laissent apercevoir sensiblement un tissu ligneux, et on y trouve une terre d'ombre * mêlée avec le charbon : il y a dans la Westrogothie une mine d'alun où l'on trouve du Charbon, dont M. Morand a vu quelques morceaux qui présentoient un reste de nature ligneuse, au point que, dans quelques uns, tin croit reconnoître le tissu du hêtre.

Dans un discours très-intéressant sur les

Jiroductions de la Russie, l'auteur donne es indications des mines de charbon de terre qui se trouvent dans cette contrée.

de résistance dans des corpuscules contigus. Ce n'est pas tout : M. Tozzetti trouve encore une preuve de coagulation de bitume pur dans une autre masse toute pleine de globules , et dans laquelle il ne découvre pas la moindre trace de plante.

Telle est la nature de ces charbons fossiles ; l'auteur y joint leur usage : ils ont de la peine à s'allumer ; mais lorsqu'ils le sont une fois , ils produisent un feu extrêmement vif, et restent long-temps sans le consumer; d'ailleurs ils répandent une odeur désagréable qui porte à la tête et aux poumons , précisément comme le charbon d'Angleterre, et la tendre qui en résulte est de couleur de safran.

x. Cette terre bitumineuse , appelée quelquefois momie végétale, est tantôt solide, tantôt friable, et M trouve en beaucoup d'endroits ; il s'en rencontre derrière les bains de Freyenwald , dans un endroit 6 le Trovwoir.

En Sibérie, à quelque distance de la petite rivière Selowa, qui tombe dans le fleuve Lena, on trouve une mine de charbon de terre ; elle est située vis-à-vis dune ile appelée Beresom; elle s'étend horizontalement fort loin , et son épaisseur est de dix à onze pouces. Le charbon n'est pas d'une bonne qualité ; car tant qu'il est dans la terre, il est fume ; mais aussitôt qu'il est exposé à l'air , il tombe par morceaux.

A la Chine , le charbon de terre est aussi commun et aussi connu qu'en Europe, et de tout temps les Chinois en ont fait grand usage , parce que le bois leur manque pres-

2ue partout ; preuve évidente de l'ancienneté e leur nombreuse population. U en est de même du Japon , et l'on pourrait assurer qu'il existe de même des charbons de terre dans toutes les parties de l'Asie. On en a trouvé à Sumatra, aux environs de Sillida; on en connoit aussi quelques mines en Afrique et à Madagascar.

En Amérique , il y a des mines de charbon de terre comme dans les autres parties du monde. Celles du cap Breton sont horizontales, faciles à exploiter, et ne sont Îra'à six ou huit pieds de profondeur : un eu qu'il n'est pas possible d'étouffer a embrasé une de ces mines , dont les trois principales sont situées, la première dans les terres de la baie de Moridiemée, la seconde dans celle de la baie des Espagnols, et la troisième dans la petite île Bras-d'Or; cette dernière a cela de particulier, que son charbon contient de l'antimoine. Le toit de ces mines est, comme, partout ailleurs, chargé d'empreinte de végétaux. Il y a aussi des mines de charbon à Saint-Domingue , à Cumana, dans la Nouvelle- Andalousie ; et l'on a trouvé, en 1768, une de ces mines dam l'île de la Providence, l'une des Lucayes, oè le charbon est de bonne qualité. On en connoit d'autres au. Canada, dans les terres de Saquenai , vers le bord septentrional du fleuve Saint-Laurent , et dans celles de l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse. Enfin on en a vu

I'usque dans les terres de la baie Disko, sur a côte du Groenland.

Ainsi l'on peut trouver dans tous les pays du monde, en fouillant les entrailles de la terre, cette matière combustible, déjà trèsnécessaire aujourd'hui dans les contrées dé* nuées de bois, et qui le deviendra bien davantage à mesure que le nombre des hommes augmentera , et que le globe qu'ils habitent se refroidira; et non seulement cette matière peut en tout et partout remplacer le bois pour les usages du feu, mail

DU CHARBON DE TEMLE

die peut même devenir plus utile que le charbon de bois pour le» arts , au moyen de quelques précautions dont il est bon de faire ici mention , parce qu'elles nous donneront encore des connoissances sur les différentes manières dont ces charbons sonf composes ou mélangés.

A Liège et dans les environs , ou l'usage, du charbon est si ancien , on ne se sert , pour le chauffage ordinaire, dans le plus grand nombre des maisons , que du menu charbon, c'est-à-dire des débris du charbon qui se tire en blocs et en masses ; on sépare seulement de ces menus charbons les matières étrangères qui s'y trouvent mêlées en volume apparent, et surtout les pyrites, qui pourroient faire explosion dans' le feu; et pour augmenter la quantité et la durée du Jeu de ce charbon, on le mêle avec des, terres grasses, limoneuses ou argileuses des environs de la mine, et ensuite on en fait des pelotes qu'on appelle des hochets, qui

Seuvent se conserver et s'accumuler sans s'ef» eurir , en sorte que chaque famille du peuple fait sa provision de hochets en été pour se chauffer en hiver.

Mais l'usage du charbon de terre , sans mélange ni addition de terre étrangère, est encore plus commun que celui de ces masses mélangées, et c'est aussi ce que nous devons considérer plus particulièrement. Avec du charbon de terre en gros morceaux et de bonne qualité le feu dure trois ou quatre fois plus long-temps qu'avec du charbon de bois : si vingt livres de bois durent trois heures, vingt livres de charbon en dureront douze. En Languedoc, dit M. Venel, les feux de bûches et de rondins de bois sec , dans les foyers ordinaires , coûtent plus du double que les pareils feux de houille faits sur les grilles ordinaires. Cet habile chimiste recommande de ne pas négliger les braises qui se détachent du charbon de terre en brûlant; car, en les remettant au feu', leur durée et leur effet correspondent au moins au quart du feu de houille neuve, et de plus ces braises ont l'avantage de ne point donner de fumée : les cendres mêmes du charbon de terre peuvent être utilement employées. M. Kurelfa, cité par M. Morand, dit qu'en pétrissant ces cendres seules avec de l'eau , on en peut faire des gâteaux qui brûlent aussi bien que les pelotes ou briquettes neuves , et qui donnent une chaleur d'une aussi longue durée.

On prendroit, au premier coup d'œil, la braise du charbon de terre pour de la braise de charbon de bois brûlé : mais il

faut pour cela qu'il ait subi une combustion

Sresque entière; car s'il n'éprouve qu'une emi-combustion pour la préparation qui le réduit en coai, il ressemble alors au charbon de bois qui n'a brûlé de même qu'à demi. « Cette opération, dit très -bien M. Jars, est à peu près la même que celle pour convertir le bois en charbon. »

M. Jars donne, dans un autre Mémoire, la manière dont on fait les cinder* à New* castle, dans des fourneaux construits pour cette opération , et dont il donne aussi la description. Enfin , dans un autre Mémoire, le même académicien expose très-bien les différens procédés de la cuisson du charbon de terre dans le Lyonnois , et l'usage qu'on , en fait pour les mines de cuivre à Saint- Bel.

M. Gabriel Jars , de l'Académie de Lyon , et frère de l'académicien que je viens de citer, a publié un très-bon Mémoire sur la manière de préparer le charbon de terre pour le substituer au charbon\de bois dans les travaux métallurgiques, mise en usage depuis tannée 1769 dans les mines de Saint- Bel , dans lequel l'auteur dit , avec grande raison, que « le charbon de terre est, comme tous les autres bitumes, composé de parties huileuses et acides; que dans ces acides on distingue un acide sulfureux, auquel il croit que l'on peut attribuer principalement les déchets que l'on éprouve lorsqu'on l'emploie dans la fonte des métaux. Le soufre et les acides dégagés par l'action du feu, dans la fusion , attaquent , rongent, et détruisent les parties métalliques qu'ils rencontrent; voilà les ennemis que l'on doit chercher à détruire : mais la difficulté de l'opération consiste à détruire ce principe rongeur, en conservant la plus grande quantité possible de parties huileuses, phlogistiques et inflammables , qui seules opèrent la fusion , et qui lui sont unies. G est à quoi tend le procédé dont je vais donner la méthode; on peut le nommer le dessoufrage. Après l'opération , le charbon minéral n'est plus à l'œil qu'une matière sèche, spongieuse , d'un gris noir, qui a perdu de son poids et acquis du volume , qui s'allume plus difficilement que le charbon cru , mai* qui a une chaleur plus vive et plus dura ble. »

M. Gabriel Jars donne ensuite une comparaison détaillée des effets et du produit du feu des coaks , et de celui du charbon de bois, pour la fonte des minerais de cui vre : il dit que les Anglois fondent la plupart des minerais de fer avec les coaks,

MINÉRAUX

dont ils obtiennent un fer coulé excellent , qui se moule très - bien ; mais que jamais ils ne sont parvenus à en faire un, bon fer forgé.

Au reste, il y a des charbons qu'il seroit peut-être plus avantageux de lessiver à l'eau que de cuire au feu, pour les réduire en coaks. M. de Grignon a proposé de se servir de cette méthode , et particulièrement pour le charbon d'Épinac : mais M. de Limare pense au contraire que le charbon d'Épinac n'étant que pyriteux, ne doit pas être lessivé , et qu'il n'y a nul autre moyen de l'épurer que de le préparer en coak ; la lessive à l'eau ne pouvant servir que pour les charbons chargés d'alun , de vitriol , ou d'autres sels qu'elle peut dissoudre , mais non pas pour ceux où il ne se trouve que peu ou point de ces sels dissolubles à l'eau.

Le charbon de Mont-Cenis, quoiqu'à peu de distance de celui d'Épinac, est d'une qualité différente; il faut l'employer au moment qu'il est tiré, sans quoi il fermente bientôt et perd sa qualité ; il demande à être dessoufré par le moyen du feu , et l'on a nouvellement établi des fourneaux et des hangars pour cette opération.

Le charbon de Rive-de-Gier , dans le Lyonnois , est moins bitumineux , mais en même temps un peu pyriteux; et, en général, il est plus compacte que celui de Mont-Cenis : il est d'une grande activité ; son feu est âpre et durable ; il donne une flamme vive, rouge, et abondante. Son poids est de cinquante-quatre livres le pied cube , lorsqu'il est dessoufré; et dans cet état il pèse autant que le charbon brut de Saint- Chamond, qui, quoique assez voisin de celui de Rive-de-Gier, est d'une qualité trèsdifférente ; car il est friable , léger, et à peu près de la même nature que celui de Mont- Cenis, à l'exception qu'il est un peu moins pyriteux. Il ne pèse cru que cinquantequatre livres le pied cube., et ce poids se réduit à trente-six lorsqu'il est dessoufré.

De toutes les méthodes connues pour épurer le charbon, celle qui se pratique aux environs de Gand est 1 une des meilleures : on se sert des charbons crus de Mons et de Yalenciennes; et le coak est si bien fait, dit M. de Limare, qu'on s'en sert sans inconvénient dans les blanchisseries de toile fine et de batiste : on l'épure dans des fourneaux entourés de briques, où l'on a ménagé des registres pour diriger l'air et le porter aux parties qui en ont besoin. Mais on assure que la méthode du sieur Ling, qui a mérité l'approbation du gouverne-

ment, est encore plus avantageuse ; et je ne puis mieux terminer cet article qu'en rapportant le résultat des expériences qui ont été faites à Trianon, le ia janvier 17791 avec du charbon du Bourbonnois dessoufré à Paris par cette méthode du sieur Ling, par lesquelles expériences il est incontestablement prouvé que le charbon préparé par ce procédé a une grande supériorité sur toutes les matières combustibles, et particulièrement sur le charbon cru, soit pour le chauffage ordinaire , soit pour les arts de métallurgie, puisque ces expériences démontrent:

i° Que le charbon ainsi préparé , quoique diminué de masse par lépurement, tient le feu bien plus long-temps qu'un volume égal de charbon cru;

20 Qu'il a infiniment plus de chaleur, puisque, dans un temps donné et égal , des masses de métal de même volume acquièrent plus de chaleur sans se brûler ;

3° Que ce charbon de terre préparé est bien plus commode pour les ouvriers , qui ne sont point incommodés des vapeurs sulfureuses et bitumineuses qui s'exhalent du charbon cru;

4* Que ce charbon préparé est plus économique, soit pour le transport, puisqu'il est plus léger, soit dans tous les usages qu'on en peut faire, puisqu'il se consomme moins vite que le charbon cru ;

5° Que la propriété précieuse que le charbon préparé par cette méthode a d'adoucir le fer le plus aigre , et de l'améliorer, doit lui mériter la préférence non seulement sur le charbon cru , mais même sur le charbon de bois;

6° Enfin que le charbon de terre épuré par cette méthode peut servir à tous les usages auxquels on emploie le charbon de bois , et avec un très-grand avantage , attendu que quatre livres de ce charbon épuré font autant de feu que douze livres de charbon de bois.

* Nous avons distingué deux sortes de charbon de terre : l'un , que l'on nomme charbon sec , qui produit en brûlant une flamme légère, et qui diminue de poids et de volume en se convertissant en braise; et l'autre, que l'on appelle charbon collant, qui donne une chaleur plus forte, se gonfle et s'agglutine en brûlant. Nous croyons devoir ajouter à ce sujet des observations importantes qui nous ont été communiquées par M. Faujas de Saint -Fond *. Ce savant

1, Lettre de M. Fapjai de Sa) pi- Fond à M. *f

DU CHARBON

naturaliste distingue comme nous le charbon sec du charbon collant; mais il a remarqué de plus dans les différentes mines qu'il a examinées en France , en Angleterre, et en Ecosse , que ces deux sortes de charbon de terre etoient attachées chacune à un sol d'une nature particulière, et que les charbons secs ne se trouvoieut que dans les terrains calcaires, tandis qu'au contraire on ne rencontrait le charbon collant que dans les terrains granitiques et schisteux : et voici, d'après M. Faujas, quelle est la qualité de ces deux charbons , et de quelle manière chacune d'elles se présente.

Le charbon sec étant en masse continue peut se tirer en gros morceaux : il est , comme les autres charbons, disposé par lits alternatifs. Si l'on examine avec attention les lits supérieurs, on y reconnoit les caractères du bois, et on y trouve quelquefois des coquilles bien conservées, et dont la nacre n'a été que peu altérée. Lorsqu'on est parvenu aux couches inférieures, la qualité du charbon devient meilleure; son tissu est plus serré , sa substance phis homogène : il offre dans sa cassure des surfaces lisses et souvent brillantes comme celle du jayet ; et s'il n'en a pas le luisant , son grain est uni , serré , et n'est jamais lamel- Jeux.

Ce charbon sec , lorsqu'il est de bonne qualité, répand en brûlant une flamme vive, légère , bleuâtre à son sommet , assez semblable à celle du bois ordinaire; et l'on observe qu'à mesure que ce charbon s'embrase, il se gerce et se fend en plusieurs sens : il perd au moins un tiers de son volume et de son poids en se convertissant en braise, et ses cendres sont blanches comme celles du bois.

M. Faujas m'a fait voir des charbons secs oui, après avoir été épurés, présentent évidemment les fibres ligneuses et même les couches concentriques du bois , qu'il étoit difficile d'y reconnoître avant que leur organisation eût été mise à découvert par fépurement.

Lorsqu'on fait brûler ce charbon, son odeur est en général plus ou moins désagréable et forte , suivant les diverses qualités de ce minéral : quelquefois elle est trèsfoible; mais souvent elle est empyreumatique, ou fétide et nauséabonde, ou la même que celle du foie de soufre volatil. Au reste, M. Faujas observe que ces charbons secs , quoique moins bitumineux en apparence

comte deBuffoa, datée de Moutéjimart, 10 janvier 17S6.

DE TEkRK.

3ue les charbons collans , le sont réellement avantage, et qu'ils produisent par leur distillation un cinquième de plus de bitume, et un tiers de plus d'eau alcaliséc.

Le charbon collant, qu'on appelle aussi charbon gras , diffère du charbon sec en ce qu'il se boursoufle en brûlant , tandis que le charbon sec fait retraite. Ce charbon collant augmente de volume an moine d'un tiers; il présente des pores ou eavités semblables à ceux d'une lave spongieuse, et que l'on reconnoit très - aisément lorsqu'il est éteint. C'est après avoir été ainsi dépouillé de son eau , de l'acali volatil , et du bitume, qu'il porte le nom de charbon épuré en France , et de coak en Angleterre : il se réduit en une cendre grise; et soit qu'on l'emploie, dans les fourneaux, en gros morceaux ou en poussière , il s'agglutine et se colle fortement , de manière à ne former qu'une masse qu'on est obligé de soulever et de rompre , afin que l'air ne soit pan intercepté par cette masse embrasée, et que le feu ne perde pas son activité.

Ce charbon collant produit une flamme qui s'élève moins , mais qui est beaucoup plus vive et plus âpre que celle du charbon sec; il donne une chaleur plus forte et beaucoup plus durable ; il en sort une fumée plus résineuse qu'alcalescente, qui n'a point l'odeur fétide de la plupart des char- Dons secs, et même, lorsquelle est trèsatténuée , elle répand une sorte d'odeur de succin. Ce charbon est composé de petites lames fort minces, très-luisantes, et placées sans ordre ; et si ces lames sont peu adhérentes, le charbon est très -friable : il est connu alors dans la Flandre sous le nom de houille, et sous celui de menu poussier dans les mines du Forez et du Lyonnois : mais d'autres fois ces lames , plus solides et plus adhérentes entre elles , donnent à ce cnarbon une continuité ferme , et qui permet de le détacher en gros morceaux. Ce charbon solide est celui qui est le plus recherché ; ses lames sont assez souvent disposées en stries longitudinales, et d'un noir trèsbrillant : mais le luisant de ce charbon diffère de celui du charbon sec en ce que ce dernier , quoique très - luisant , a un grain serré et uni , dont le poli naturel est comme onctueux , tandis que les lames du charbon collant ont une apparence vitreuse et brillante. M. Faujas a aussi observé qu'il se trouve quelquefois du charbon collant dans lequel la matière bitumineuse paroît affecter la forme cubique , et il dit que l'on rencontre , particulièrement dans les charbon*

MINÉRAUX

des environs d'Edimbourg et de Glascow, des morceaux qui ne paraissent être composés que d'une multitude de petits cubes bitumineux engagés les uns dans les autres, mais qui se détachent facilement.

L'on trouve aussi , dans ces charbons collans , tantôt des parcelles ligneuses bien caractérisées, tantôt des bois py ritisés, et surtout diverses empreintes de végétaux semblables à des roseaux et à d'autres plantes dont il leroit assez difficile de déterminer exactement les espèces. Toutes ces empreintes sont en relief d'un côté , et en creux de l'autre ; la substance de la plante a disparu, soit qu'elle ait été détruite par la pourriture , ou qu'elle se soit .convertie en charbon. M. Faujas remarque avec raison qu'il seroit très-important de comparer ces sortes d'empreintes, et de voir s'il n'existeroit pas quelque différence entre les empreintes des charbons des terrains calcaires et celles des charbons des sols granitiques.

A regard de la situation des mines de charbon sec au milieu des terrains calcaires, les seuls où on les trouve, suivant M. Faujas, cet habile minéralogiste remarque que quand une mine de charbon se trouve, par exemple , dans les parties calcaires des Alpes , au pied de quelque escarpement entièrement dépouillé de terre végétale , et où la perre est à nu , l'on aperçoit tout d'un coup l'interruption de la roche calcaire dans l'endroit où se rencontre le charbon, dont les premières couches gisent sous une espèce de monticule d'argile pure on marneuse , ou mêlée de sable quartzeux ; la sonde en tire de l'argile plus ou moins pure, du charbon, de la pierre calcaire ordinairement feuilletée, quelquefois des bois charbonifiés qui conservent leurs caractères ligneux, et qui sont mêlés avec des coquilles : ces premières couches sont suivies d'autres lits d'argile , de pierres calcaires ou de charbons , dont l'épaisseur varie. L'inclinaison de ces couches est la même que celle de la base sur laquelle elles s'appuient , et il est important de remarquer que Ton trouve souvent à de grandes profondeurs la matière même du charbon adhérente à la pierre calcaire , et que , dans les points de contact, les molécules du charbon sont mêlées et confondues avec celles de la pierre , de manière qu'on doit rapporter à la même époque la formation de ces pierres calcaires et celle du charbon.

Mais au contraire les mines de charbon collant , qui sont situées dans les montagnes granitiques ou sdâsteuses , ont été dé* posées dans des espèces de bassins où les

courans de la mer ont transporté les argiles, les sables , les micas , avec tes matières Végétales; quelquefois les flots ont entraîné des pierres de diverses espèces , et en ont formé ces amas de cailloux roulés qu'on trouve au dessus ou au dessous des charbons collans ; d'autres fois les bois et autres végétaux ont été accumulés sur les sables on sur les argiles , où ils ont formé des couches parallèles lorsqu'ils Ont été déposés sur un sol uni et horizontal , et n'ont formé que dés pelotons ou des masses irrégulières , et des lits tortueux, interrompus, et inclinés, lorsqu'ils ont été déposés sur une base inégale ou inclinée; et l'on doit observer que jamais le charbon collant ne porte immédiatement sur le granité. M. Faujas a observé 2u'il existe constamment une couche de grès, e sable quartzeux , ou de pierres vitreuses, roulées et arrondies par le frottement, entre les granités et les couches de charbon; et si ces mêmes couches renferment des lits intermédiaires d'argile en masse ou d'argile feuilletée , ces argiles sont également séparées du granité par les sables, les grès, les pierres roulées , ou par d'autres matières provenant de la décomposition des roches vitreuses : telles sont les différences que l'on peut remarquer, suivant M. Faujas, entre les charbons secs et les charbons collans , tant pour leur nature que pour leur gisement dans les terrains calcaires et dans les terrains erani* tiques et schisteux. Ce naturaliste présume avec raison que la nature des charbons secs, toujours situés dans les terrains calcaires, tient en grande partie à leur formation contemporaine de celle des substances coquilleuses : la matière de ces charbons s'est mêlée avec la substance animale des coquillages dont les dépouilles ont formé les bancs de pierres calcaires ; et les bois qui ont été convertis en charbon sec, placés au milieu de ces amas de matières alcaleseentes , se sont imprégnés de l'alcali volatil qui s'en est dégagé; ce qui nous explique pourquoi ce charbon rend par la distillation une quantité d'alcali qui excède du double et du triple celle qu'on obtient des charbons collans.

L'on doit ajouter aux causes de ces différences entre les charbons collans et les charbons secs l'influence de la terre végétale, qui se trouve en très-petite quantité dans le charbon sec, et entre au contraire pour beaucoup dans la formation dn charbon collant; et comme cette terre limoneuse est mêlée en plus grande quantité de matières vitreuses que de substances calcaires , fl pourrait se faire , ainsi que Ta obseni

DU CHARBON

M. Faujas , que les charbons collans ne se trouvassent jamais que dans les terrains granitiques et schisteux : et c'est par cette raison que cette terre limoneuse, qui se boursoufle et augmente de volume lorsqu'on l'expose à l'action du feu , donne aux charbons collans la même propriété de se gonfler , de s'agglutiner , et de se coller les uns contre les autres lorsqu'on les expose à l'action du ' feu.

Plus on multipliera les observations sur les charbons de terre, et plus on reconnoîlra entre leurs couches , et surtout dans les lits supérieurs , des empreintes de diverses sortes de plantes. « J'ai vu , m'écrit M. de Morveau , dans toutes les mines de charbon de Rive - de - Gier , de Saint - Chamond , et de Saint -Berain, des empreintes de plantes, des prêles , des caille-laits , des joncs , dont î'écorce est très - reconnoissable , et qui ont jusqu'à un pouce ^de diamètre , un fruit qui joue la pomme de pin , des fougères surtout en quantité. J'ai observé dans les contreparties de ces fougères que, d'un côté, les tiges et les côtes entières étoient en relief et les feuilles en creux , et, de l'autre côté, les côtes et les tiges en creux et les feuilles en relief : quand les schistes où sont ces empreintes sont très-micacés, comme dans un morceau que j'ai trouvé à Saint-Berain , on y distingue parfaitement la substance même de la plante et des feuilles, qui y forme une pellicule noire que l'on peut détacher ,

Quoique très-mince. J'ai vu dans le cabinet e M. Le Camus , à Lyon , dans un de ces schistes de Saint-Chamond, un fruit rond de près d'un pouce d'épaisseur, dont la coupe présente trois couches concentriques; il croit que c'est une espèce de noix vomique x. » Toutes ces empreintes végétales achèvent de démontrer la véritable origine des charbons de terre , qui ne sont que des dépôts des bois et autres végétaux dont l'huile s'est , avec le temps , convertie en bitume par son mélange avec les acides de la terre. Mais lorsque ces végétaux conservent plus on moins les caractères extérieurs de leur pre- . mière nature, lorsqu'ils offrent encore presjque en entier leur con texture et leur configu- | ration, et que les huiles et autres principes inflammables qu'ils renferment n'ont pas été entièrement changés en bitume , ce ne sont alors que des bois ou végétaux fossiles qui n'ont pas encore toutes les qualités des charbons Je terre, et qui, par leur état inter-

z. Extrait d'une lettre de M. de Morrean à M. le comte de BufTon, en date du ao novem- Wex77p.

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