ACIDE VITRIOLIQUE ET VITRIOLS
Cet acide est absolument sans odeur et sans couleur; 0 ressemble à cet égard parfaitement à l'eau : néanmoins sa substance n'est pas aussi simple, ni même, comme le dit Stnal, uniquement composée des seuls élémens de la terre et de l'eau ; il a été formé
par l'acide aérien , il en contient une grande quantité , et sa substance est réellement composée d'air et de feu unis à la terre ntrifiable et à une très-petite quantité d'eau qu'on lui enlève aisément par la concentrttion; car il perd peu à peu sa liquidité ptf
ACIDE YITRÎOLlQUfe tï YITRIOLS.
k grande chaleur, et peut prendre une forme concrète * par la longue' application d'un feu violent ; mais , dès qu'il est concentré , il attire puissammeut 1 humidité de l'air, et par l'addition de cette eau il acquiert plus de volume; il perd eh même temps quelque chose de son activité saline : ainsi l'eau ne réside dans cet acide épuré qu'en très-petite quantité, et il n*y a de terré qu'autant qu'il en faut pour servir dé base à l'air et au feu qui sont fortement et intimement unis à celte matière vitrifiable.
Au reste, cet acide et tes autres acideS minéraux ne se trouvent pas dans la nature seuls et dégagés, et on ne petit les obtenir qu'en les tirant des substances avec lesquelles ils se sont combinés, et des corps qui les contiennent. C'est en décomposant les pyrites, les vitriols, le soufre, l'alun, et les bitumes , qu'on obtient l'acide vitriolique * ; toutes ces matières en sont plus ou moins imprégnées ; toutes peuvent aussi lui servir de base; et il forme avec elles autant de différens sels, desquels on le retire toujours sous la même forme et sans altération.
On a donné le nom de vitriol à trois sels métalliques formés par l'union de l'acide vitriolique avec le fer, le cuivre, et le zinc; mais on pourroit , sans abusef du nom , l'étendre à toutes les substances dans lesquelles la présence de l'acide vitriolique se manifeste d'une manière sensible. Le vitriol du fer est vert, celui- du cuivre est bleu , et celui du zinc est blanc : tous trois se trou-
x. Quelques chimistes ont donné le nom à'huile À vitriol glacial* a. cet acide concentré an point d'être sons forme concrète. A mesure qu'on le concentre» il perd de sa fluidité, il file et paroit gras au toucher comme l'huile : on l'a , par cette raison, dominé huile de vitriol , mais très-improprement ; car il n'a aucun caractère spécifique des huiles , ni frnflammabilité. Le toucher gras de ce liquide semble provenir, comme celui du mercure, du grand rapprochement de ses parties ; et c'est en effet , après le mercure, le liquide le plus dense qui nons soit connu : aussi , lorsqu'il est soumis à la violente action du feu , il prend une chaleur beaucoup plus grande que l'eau et que tout autre liquide; et comme il est peu volatil et point inflammable, il a l'apparence d'un corps solide pénétré de feu et presque en incandescence.
a. Ce n'est pas que la nature ne puisse faire dans ses laboratoires tout ce qui s'opère dans les nôtres ; si la vapeur du soufre en combustion se trouve renfermée sous des voûtes de cavernes , l'acide sulfureux s' j condensera en acide vitriolique. M. Joseph Baldassari nous ofTre même à ce sujet «ne très-belle observation. Ce savant a trouvé dans «ne grotte du territoire de Sienne , au milieu d'une masse d'incrustation déposée par les eaux thermales des bains de Saint-Philippe , « un véritable acide vitriolique pur, naturellement concret, it latu •m mélange dé lubitanew étrangère».... »
vent dans le sein de ta terre» mils en petit» quantité, et iL paroit que ce sont les seufet matières métalliques que la nature ait coin» binées avec cet acide ; et quand même on seroit parvenu par notre art à faire d'autres1 vitriols métalliques , nous ne devons pas le* mettre au nombre des substances naturelle» , puisqu'on n'a jamais trouvé de vitriol d'or, d'areent, de plomb, d'étain, ni d'antimoine» de bismuth, de cobalt, Me., dans aucun lieu , s'oit à la surface, soit à l'intérieur de la terre. Le Vitriol Vert ou le vitriol ferrugineux^ appelé vulgairement couperose se présente dan» toutes les mines de fer où l'eau chargée d'acide Vitriolique a pu pénétrer. C'est sous les glaise» ôU les plâtres que gisent ordinairement ces mines de vitriol, parce que les terres argileuses et plâtreuses sont imprégnées de cet acide, qui, se mêlant avec 1 eau des sources souterraines ou même avec l'eau des pluies, descend par stillation sur la matière ferrugineuse , et, se combinant avec elle, forme ce vitriol vert qui se trouve tantôt en masses assei informes , auxquelles on donne le nom de pierres atramehtairet 3, et tantôt en stalactites plus ou moins dpaques, et quelquefois cristallisées. La forme de ces cristaux vitrioliques est rhomboidale, et assez semblable à celle des cristaux du spath calcaire. C'est donc dans les mines de 1er de seconde et de troisième formation, abreuvées par les eaux qui découlent des matières argileuses et plâtreuses , qu'on rencontre ce vitriol natif dont la formation suppose non seulement la décomposition de la matière ferrugineuse, mais encore le mélange de l'acide en assez grande quantité. Toute matière ferrugineuse imprégnée de cet acide donnera du vitriol t aussi le tire-t-on des pyrites martiales en ks décomposant par la calcinatlon ou par l'humidité.
Cette pyrite, qui n'a aucune saveur dans son état naturel, se décompose, lorsqu'elle est exposée long-temps à l'humidité de l'air, en une poudre saline , acerbe, et styptique; en lessivant cette poudre pyriteuse , on en retire du vitriol par l'évaporation et le refroidissement. Lorsqu'on veut en obtenir Une grande quantité, on entasse ces pyrites les unes sur les autres k deux ou trois pied* d'épaisseur ; on les laisse exposées aux impressions de l'air pendant trois ou quatre
3. Parte qu'elles servent, comme le vitriol luimême, à composer les diverses sortes de teintures ftoires Ou A*tencre, ntmmmtam. G'est l'étvmologie que Pline bout en donné lui-même. Dituendo, dit-il eh parlant étt vitriol ,/f athmmuim tmgmtiit »mound$ atramtnti sutorii nameit.
ans, et jusqu'à et qu'elles soient réduites en poudre ; on les remue deux fois par an pour accélérer cette décomposition ; on recueille Teau de la pluie qui les lessive pendant ce temps, et on la conduit dans des chaudières où 1 on place des ferrailles qui s'y dissolvent en partie par l'excès de l'acide ; ensuite on fait évaporer cette eau, et le vitriol se présente en cristaux l.
On peut aussi tirer le vitriol des pyrites par le moyen du feu , qui dégage , sous la forme de soufre, une partie de l'acide et du feu fixe qu'elles contiennent ; on lessive ensuite la matière qui reste après cette extraction du soufre ; et pour charger d'acide l'eau de ce résidu, on la fait passer successivement sur d'autres résidus également dessoufrés, après quoi on l'évaporé dans des chaudières de plomb. La matière pyriteuse n'est pas épuisée de vitriol par cette première opération ; on la reprend pour l'étendre à l'air, et au bout de dix-huit mois ou deux ans elle fournit , par une semblable lessive , de nouveau vitriol.
Il y a, dans quelques endroits, des terres qui sont assez mêlées de pyrites décomposées pour donner du vitriol par une seule lessive. Jlu reste, on ne se sert que de chaudières' de plomb pour la fabrication du vitriol, parce que l'acide rongeroit le fer et le cuivre. Pour reconooitre si la lessive vitriolique est assez chargée, il faut se servir d'un pèseliqueur; dès. que cet instrument indiquera que la lessive contient vingt-huit onces de vitriol, on pourra la faire évaporer pour obtenir ce sel en cristaux. Il faut environ quinze jours pour opérer cette cristallisation, et Ton a observé qu'elle réussit beaucoup mieux pendant l'hiver qu'en été.
Nous avons en France quelques mines de vitriol naturel. « On en exploite , dit M. Gensanne, une au lieu de La Fonds près Saint-Julien de Valgogne; le travail y est conduit avec la plus grande intelligence : le minéral y est riche et en grande abondance, et le vitriol qu'on y fabrique est certainement de la première qualité. • Il doit se trouver de semblables mines dans tous les endroits où la terre limoneuse et ferrugineuse se trouve mêlée d'une grande quantité de pyrites décomposées.
Il se produit aussi du vitriol par les eaux sulfureuses qui découlent des volcans ou des solfatares. « La formation de ce vitriol , dit
i. Dans le grand nombre de fabriques de ritriol de fer, celle de Newcastle en Angleterre est remarquable par U fraude pureté du vitriol qui l'y prpilwt»
MINÉRAUX
M. l'abbé Mazéas, s'opère de trois façons. La première , par les vapeurs qui s'élèvent des solfatares et des ruisseaux sulfureux : ces vapeurs, en retombant sur les terrei ferrugineuses , les recouvrent peu à peu d'une efflorescence de vitriol... La seconde se fait par la filtration des vapeurs à travers les terres : ces sortes de mines fournissent beaucoup plus de vitriol que les premières ; elles se trouvent communément sur le penchant des montagnes qui contiennent des mines de fer, et qui ont des sources d'eau sulfureuses. La troisième manière est lorsque la terre ferrugineuse contient beaucoup de soufre : on s'aperçoit, dès qu'il a plu , d'une chaleur sur la surface de la terre , causée
par une fermentation intestine Il se
forme du vitriol en plus ou moins grande quantité dans ces terres. »
Le vitriol bleu, dont la base est le cuivre, se forme comme le vitriol de fer ; on ne le trouve que dans les mines secondaires où le cuivre est déjà décomposé , et dont les terres sont abreuvées d'une eau chargée d'acide vitriolique. Ce vitriol cuivreux se présente aussi en masses ou en stalactites, mais rarement cristallisées . et les cristaux sont plus souvent dodécaèdres qu'hexaèdres ou rhomboîdaux. On peut tirer ce vitriol des pyrites cuivreuses et des autres minerais de ce métal , qui sont presque tous dans l'état pyriteux.
On peut aussi employer des débris ou rognures de cuivre avec l'alun pour faire ce vitriol. On commence par jeter sur ces morceaux de cuivre du soufre pulvérisé ; on les met ensemble dans un four, et on les plonge ensuite dans une eau où l'on a fait dissoudre de l'alun : l'acide de l'alun ronge et détruit les morceaux de cuivre ; on transvase cette eau dans des baquets de plomb lorsqu'elle est suffisamment chargée, et en la faisant évaporer on obtient le vitriol qui se forme en beaux cristaux bleus *. C'est de cette ap» parence cristalline ou vitreuse que le nom même de vitriol est dérivé 3.
a. Pline a parfaitement connu cette formation des cristaux du vitriol , et même il en décrit le procédé mécanique arec autant d'élégance que de clarté. « Fit in Hispaniae puteis , dit-il , id» geaus « aquas habentibus.... Decoquitor.... et in piscinas « ligneas funditnr. Immobilibus super has transtris « dépendent restes ; qui bus adbxreseens limus $ « vitreis acinis imaginem qnamdam uvae reddfc. «Color est cœruleus perquam spectabili nitore» « vitrumque esse creditur. »
3. Les Grecs , qui apparemment connoiaioieot mieux le ritriol de cuivre que celui de fer, avoient donné à ce sel un nom qru dtaigQpU son affina •vw çc prunier métul j ç ttt U rtmtrquf fc J*1'"*!