ACIDE VITRIOLIQUE ET VITRIOLS
Le vitriol de zinc est blanc , et se trouve aussi en masses et en stalactites dans les minières de pierre calaminaire ou dans les blendes ; il ne se présente que très-rarement en cristaux à facettes : sa cristallisation la plus ordinaire dans le sein de la terre est en filets soyeux et blancs.
On peut ajouter à ces trois vitriols métalliques, oui tous trois se trouvent dans l'intérieur de la terre, une substance grasse à laquelle on a donné le nom de beurre fossile , et qui suinte des schistes alumineux : c'est une vraie stalactite vitriolique ferrugineuse , qui contient plus d'acide qu'aucun des autres vitriols métalliques ; et , par cette raison , M. le baron de Dietrich a cru pouvoir avancer que ce beurre fossile n'est que de l'acide vitriolique concret. Mais si 1 on fait attention que cet acide ne prend une forme concrète qu'après une très-forte concentration et par la continuité d'un feu violent, et qu'au contraire ce beurre vitriolique se forme , comme les autres stalactites, par l'intermède de l'eau , il me semble qu'on ue doit pas hésiter à le rapporter aux vitriols que la nature produit par la voie humide.
Après ces vitriols à base métallique, on doit placer les vitriols à base terreuse , qui , pris généralement, peuvent se réduire à deux : le premier est l'alun , dont la terre est argileuse ou vitreuse; et le second est le gypse, que les chimistes ont appelé sélé- «/Ve, et dont la base est une terre calcaire. Toutes les argiles sont imprégnées d'acide ' vitriolique , et les terres qu'on appelle alumineuses ne diffèrent des argiles communes qu'en ce qu'elles contiennent une plus grande quantité de cet acide : l'alun y est toujours en particules éparses , et c'est très-rarement qu'il se présente en filets cristallisés; on le retire aisément de toutes les terres et pierres argileuses en les faisant calciner et ensuite lessiver à l'eau.
Le gypse , qu'on peut regarder comme un vitriol calcaire , se présente en stalactites et en grands morceaux cristallisés dans toutes les carrières de plâtre.
Mais lorsque la quantité de terre contenue dans l'argile et dans le plâtre est trèsgrande en comparaison de celle de l'acide , il perd en quelque sorte sa propriété la plus distinctive; il n'est plus corrosif, il n'est pas même sapide : car l'argile et le plâtre n'affectent pas plus nos organes que toute autre matière ; et , sous ce point de vue ,
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on doit rejeter du nombre des substances salines ces deux matières, quoiqu'elles contiennent de l'acide.
Nous devons, pur la même raison, ne pas compter au nombre des vitriols ou substances vraiment salines toutes les matières où l'acide en petite quantité se trouve non seulement mêlé avec l'une ou l'autre terre argileuse ou calcaire , mais avec toutes deux, comme dans les marnes et dans quelques autres terres et pierres mélangées de parties vitreuses, calcaires, limoneuses, et métalliques : ces sels à double base forment un second ordre de matières salines auxquelles on peut donner le nom d'hépar. Mais toute matière simple, mixte, ou composée de plusieurs substances différentes, dans laquelle l'acide est engagé ou saturé de manière à n'être pas senti ni reconnu par la saveur, ne doit ni ne peut être comptée parmi les sels sans abuser du nom ; car alors presque toutes les matières du globe seroient des sels, puisque presque toutes contiennent une certaine quantité d'acide aérien. Nous devons ici fixer nos idées par notre sensation : toutes les matières insipides ne sont pas des sels; toutes celles, au contraire, dont la saveur offense , irrite , ou flatte le sens du goût, seront des sels, de quelque nature que soit leur base, et en quelque nombre ou quantité qu'elles puissent être mélangées. Cette propriété est générale , essentielle , et même la seule qui puisse caractériser les substances salines, et les séparer de toutes les autres matières. Je dis le seul caractère distinctif des sels; car l'autre propriété par laquelle on a voulu les distinguer, c'est-à-dire la solubilité dans l'eau, ne leur appartient pas exclusivement ni généralement , puisque les gommes et même les terres se dissolvent également dans toutes liqueurs aqueuses , et que d'ailleurs on connoit des sels que l'eau ne dissout point, tels que le soufre, qui est vraiment salin, puisqu'il contient l'acide vitriolique, en grande quantité.
Suivons donc Tordre des matières dans lesquelles la saveur saline est sensible ; et, ne considérant d'abord que les composés de l'acide vitriolique, nous aurons, dans les minéraux, les vitriols de fer, de cuivre, et de zinc, auxquels on doit ajouter l'alun, parce que tous sont non seulement sapides , mais même corrosifs.
L'acide vitriolique , qui par lui-même est fixe, devient volatil en s' unissant à la matière du feu libre , sur laquelle il a une aç~ * jon très-marquée , puisqu'il la saisit pouj
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former le soufre, et qu'il devient volatil avec lui dans sa combustion. Cet acide sulfureux volatil ne diffère dt l'acide vitriotique que par son union avec la vapeur sul- , fureuse dont il répand l'odeur ; et le mélange de cette vapeur à l'acide vitriolique , au lieu d'augmenter sa force , la diminue beaucoup : car cet acide , devenu volatil et sulfureux i a beaucoup moins de puissance pour dissoudre; son affinité avec les autres substances est plus foible ; tous les autres acides he peuvent le décomposer , et de lui-même il se décompose par la seule évaporation. La fixité n'est donc point une qualité essentielle a l'acide vitriolique ; il peut se convertir en acide aérien , puisqu'il devient volatil et se laisse emporter en vapeurs sulfureuses.
L'acide sulfureux fait seulement plus d'effet que l'acide vitriolique sur les couleurs tirées des végétaux et des animaux; il les altère et même les fait disparoilre avec le temps, au lieu que l'acide vitriolique fait J-eparoîlre quelques-unes de Ces mêmes couleurs et en particulier celle des roses. L'acide sulfureux les détruit toutes; et c'est d'après cet effet qu'on l'emploie pour don-
11er aux étoffes la plus grande blancheur et e plus beau lustre.
L'acide sulfureux me paroit être l'une des nuances que la nature a mises entre l'acide, vitriolique et l'acide nitreux ; car toutes les propriétés de cet acide sulfureux le rapprochent évidemment de l'acide nitreux, et tous deux ne sont au fond que le même acide aérien , qui , ayant passé par l'état d'acide vitriolique , est devenu volatil dans l'acide sulfureux , et a subi encore plus d'altération avant d'être devenu acide nitreux par la putréfaction des corps organisés. Ce qui fait la principale différence de l'acide sulfureux et de l'acide nitreux * c'est que le premier est beaucoup plus chargé d'eau que ie second, et que par conséquent il n'est jias aussi fortement uni avec la matière du feu.
Après les vitriolé métalliques , nous devons considérer les sels que l'acide vitriolique a formés avec les matières terreuses, et particulièrement avec la terre argileuse qui sert de base à l'alun ; nous verrons que cette terre est la même que celle du quartz * et nous en tirerons une nouvelle démonsUition de la conversion réelle du verre primitif en argile.
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