‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 129 sur 150 · LIQUEUR DES CAILLOUX · texte numérisé non relu

LIQUEUR DES CAILLOUX

J'ai dit et répété plus d'une fois dans le cours de mes ouvrages que l'argile tiroit son origine de la décomposition des' grès et des feutres débris du quartz réduits en poudre , et atténués par l'action des acides et l'impression de l'eau ; je l'ai même démontré toar des expériences faciles à répéter , et par lesquelles on peut convertir en assez peu de temps la poudre de grès en argile par la Simple action de l'acide aérien et de l'eau : j'ai rapporté de semblables épreuves sur le verre pulvérisé; j'ai cité les observations réitérées et constantes qui nous ont également prouvé que les laves les plus solides des volcans se convertissent en terre argileuse , en sorte qu'indépendamment des recherches chimiques et des preuves qu'elles beuvent fournir, la conversion des sables Vitreux en argile m'étoit bien démontrée.

Ëais une venté tirée des analogies générai fait peu d'effet sur les esprits accoutumés

i ne juger que par les résultats de leur méthode particulière : aussi la plupart des chimistes doutent encore de cette conversion ; et néanmoins les résultats bien entendus de leur propre méthode me semblent confir mer cette même vérité aussi pleinement qu'ils peuvent le désirer ; car , après avoir Séparé dans l'argile l'acide de sa base 1er reuse , ils ont reconnu que cette base étoil une terre vitrifiahle; ils ont ensuite combiné par le moyen du feu, le quartz pulvérisé avec l'alcali dissous dans l'eau , et ils ont vu que cette matière précipitée devient seluble comme la terre de l'alun par l'acide vitriolique; enfin ils en ont forme un composé fluide qu'ils ont nommé liqueur éts cailloux. « Une demi-partie d'alcali et une partie de quartz pulvérisé , fondues ensemble, dit M. de Morveau, forment un bm verre transparent, qui conserve sa solidité; si on change les proportions » et que l'en

IIQOTtm DES CAILLOUX.

mette, par exemple, quatre parties d'alcali pour une partie de terre quartzetise , la masse fondue participera d'autant plus des propriétés salines ; elle sera soluble par l'eau, ou même se résoudra spontanément en liqueur par l'humidité de l'air : c'est ce que l'on nomme liqueur des cailloux. Le quarte y est tenu en dissolution par l'alcali, au point de passer par le filtre.

« Tous les acides, et même l'eau chargée d'air fixe, précipitent cette liqueur des cailloux , parce qu'en «'unissant à l'alcali ils le forcent d'abandonner la terre. Quand les deux liqueurs sont concentrées , il se fait une espèce de miracle chimique, c'est-à-dire

que le mélange devient solide On peut

conclure de toutes les expériences faites à ce sujet, i° que la terre quartzeuse éprouve, pendant sa combinaison avec l'alcali, par la fusion , une altération qui la rapproche de l'état de l'argile , et la rend susceptible de former de l'alun avec l'acide vitriolique; 20 que la terre argileuse et la terre quartaeuse , altérées par la vitrification, ont une affinité marquée , même par la voie humide» avec l'alcali privé d'air , etc Aussi l'argile et l'alun sont bien réellement des sels vitrioliques à base de terre vitrifiable. . .

« L'argile est un sel avec excès de terre... et il est certain qu'elle contient de l'acide vitriolique , puisqu'elle décompose le nitre et le sel marin à la distillation. On démon* tre que sa base est alu mineuse en saturant d'acide vitriolique l'argile dissoute dans l'eau, et formant ainsi un véritable alun; on fait passer enfin l'alun à l'état d'argile , en lui faisant prendre une nouvelle portion de terre alumineuse précipitée et édulcorée. U faut l'employer tandis qu'elle est encore en bouillie, car elle devient beaucoup moins soluble en séchant; et cette circonstance établit une nouvelle analogie entre elle et la terre précipitée de la liqueur des cailloux. »

Cette terre qui. sert de base à l'alun est argileuse : elle prend au feu, comme l'argile, toutes sortes de couleurs; elle y devient rougeàtre , jaune , brune , grise , verdàtre , bleuâtre , et même noire; et si l'on précipite la terre vitrifiable delà liqueur^des cailloux, cette terre précipitée a toutes les propriétés is.la terre de l'alun; car en l'unissant à l'acide , vitriolique, on en fait de l'alun : ce qui prouve que l'argile est de la même essence que la terre vitrifiable ou quartzeuse. Ainsi les recherches chimiques, bien loin de s'opposer au fait réel de la conversion des verres primitifs en argile , le démontrent

encore par leurs résultats, et il est certain que l'argile ne diffère du quartz ou du grès réduits en poudre que par l'atténuation des molécules de cette poudre quartzeuse sur laquelle l'acide aérien, combiné avec l'eau, agit assez long-temps pour les pénétrer , et enfin les réduire en terre. L'acide vitriolique ne produit pas cet effet, car il n'a point d'action sur le quartz ni sur les autres matières vitreuses ; c'est donc à l'acide aérien qu'on doit l'attribuer : son union d'une part avec l'eau, et d'autre part le mélange des poussières alcalines avec les poudres vitreuses, lui donnent prise sur cette même matière quartzeuse. Ceci me paroit assez clair , même eu rigoureuse chimie, pour espérer

au'on ne doutera plus de cette conversion es verres primitifs en argile , puisque toutes les argiles sont mélangées, des débris de coquilles et d'autres productions du même genre , qui toutes peuvent fournir à l'acide aérien l'intermède alcalin nécessaire à sa prompte action sur la matière vitrifiable. D'ailleurs l'acide aérien, seul et sans mélange d'alcali , attaque avec le temps toutes les matières vitreuses; car le quartz, le cristal de roche , et tous les autres verres produits pai la nature, se ternissent, s'irisent, et se décomposent à la surface par la seule impression de l'air humide , et par conséquent la conversion du quartz en argile a pu s'opérer par la seule combinaison de l'acide aérien et de l'eau. Ainsi les expériences chimiques prouvent ce que les observations en histoire naturelle m'a voient indiqué ; savoir, que l'argile est de la même essence que le quartz, et qu'elle n'en diffère que par l'atténuation de ses molécules réduites en terre par l'impression de l'acide primitif .et de l'eau.

Et ce même acide aérien, en agissant, dès les premiers temps sur la matière quartzeuse, y a pris une base qui l'a fixé et en a fait l'acide le plus puissant de tous , l'acide vitriolique, qui, dans le fond, ne diffère de l'acide primitif que par sa fixité , et par la masse et la force que lui donne la substance vitrifiable qui lui sert de base ; mais l'acide aérien étant répandu dans toute l'étendue de l'air, de la terre, et des eaux, et le globe entier n'étant dans le premier temps qu'une masse vitrifiée , cet acide primitif a pénétré toutes les poudres vitreuses , et les ayant atténuées, ramollies, et humectées par son union avec l'eau , les a peu à peu décomposées, et enfin converties en terres argileuses.

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