‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 131 sur 150 · AUTRES COMBINAISONS DE L'ACIDE VITRIOLIQUE · texte numérisé non relu

AUTRES COMBINAISONS DE L'ACIDE VITRIOLIQUE

Nous venons de voir que cet acide , le phit fort et le plus puissant de tous , a saisi tes terres argileuses et calcaires, dans lesquelles il se manifeste sous la forme d'alun et de sélénite; que l'argile et le plaire, quoique imprégnés de cet acide, n'ont néanmoins aucune saveur saline, parce qu'il y a excès de terre sur la quantité d'acide, et qu'il y est pleinement saturé : que l'alun, au contraire , dont la base n'est que de la terre argileuse mêlée d'une petite portion de terre alcaline, a une saveur styplique et des effets astringens , parce que l'acide n'y est pas saturé ; qu'il en est de même de tous les vitriols métalliques, dont la base étant d'une matière plus dense que la terre vitreuse ou calcaire , a donné à ces sels plus de masse et de puissance. Nous avons vu que les terres alumineuses ne sont que des argiles mélangées et plus fortement imprégnées que les autres d'acide vitriolique; que l'alun, qu'on peut regarder comme un vif triol à base terreuse , relient dans ses cristaux une quantité d'eau plus qu'égale à la moitié de son poids , et que cette eau n'est pas essentielle à sa substance saline, puisqu'il 4a perd aisément au feu sans se décomposer; qu'il s'y boursoufle comme la terre limoneuse , et qu'en même temps qu'il se laisse dépouiller de son eau , il retient très-fixement l'acide vitriolique, et devient, après la calcination, presque aussi corrosif que cet acide même.

Maintenant , si nous examinons les autres matières avec lesquelles cet acide se trouve combiné, nous reconnoîtrons que l'alcali minéral ou marin, qui est le seul sel alcali naturel, et qui est universellement répandu, est aussi le seul avec lequel l'acide vitriolique se soit naturellement combiné sous la forme d'un sel cristallisé , auquefon a donné le nom du chimiste Glauber. On trouve ce sel dans l'eau de la mer , et généralement dans toutes les eaux qui tiennent du sel ( gemme ou marin en dissolution ; mais la nature n'en a formé qu'une très-petite quantité en comparaison de celle du sel gemme ou marin ,• qui diffère de ce sel de Glauber «ft <* que ce n'est pas l'acide vitriolique,

mais l'acide marin qui est uni avec l'alcali dans le sel marin , qui , de tous les sels naturels, est le plus abondant.

Lorsque l'on combine l'acide vitriolique avec l'alcali végétal , il en résulte un sel cristallisable, d'une saveur amère et salée, auquel ou a donné plusieurs noms différens, et singulièrement celui de tartre vitriolé. Ce sel, qui est dur et qui décrépite au feu, ne se dissout que difficilement dans l'eau , et ne se trouve pas cristallisé par la nature^ quoique tous les sels formés par l'acide vitriolique puissent se cristalliser.

L'acide vitriolique qui se combine dans les terres vitreuses, calcaires et métalliques, et se présente sous la forme d'alun, de sélénite et de vitriol , se trouve encore corn-, biné dans le sel d'Epsom avec la magnésie , qui est une terre particulière différente de l'argile , et qui paroît avoir aussi quelques propriétés qui la distinguent de la terre calcaire. En la supposant mixte et composée des deux , elle approche beaucoup plus de la craie que de l'argile. Cette terre magnésie ne se trouve point en grandes masses comme les argiles, les craies, les plâtres, etc. ; néanmoins elle est mêlée dans plusieurs matières vitreuses et calcaires : on l'a reconnue par l'analyse chimique dans les schistes bitumineux, dans les terres plâtreuses, dam les marnes , dans les pierres appelées ser* pendues , dans Yampe'ite; et l'on a observé qu'elle forme à la surface et dans les interstices de ces matières uu sel amer fort abon* dant. L'acide vitriolique est combiné dans ce sel jusqu'à saturation ; et lorsqu'on l'en retire en lui offrant un alcali, la magnésie qui lui servoit de base se présente sous la forme d'une terre blanche, légère, sans saveur, et presque sans ductilité lorsqu'on la mêle avec l'eau. Ces propriétés lui sont communes avec les pierres calcaires imprégnées d'aoide vitriolique, dont sans doute la magnésie retient encore quelques parties après avoir été précipitée de la dissolution de son sel; elle se rapproche encore plus , de la nature de la terre calcaire, en ce qu'elle fait une grande effervescence avec tous les acides, et qu'elle fournit de même

une très -grande quantité d'air fixe ou d'acide aérien, et qu'après avoir perdu cet •ir par la calcination , elle se dissout comme la chaux dans tous* les acides : seulement cette magnésie calcinée n'a pas la causticité de la chaux , et ne se dissout pas de même lorsqu'on la mêle avec l'eau ; ce qui la rapproche de la nature du plâtre. Cette différence de la chaux vive et de la magnésie calcinée semble provenir de la plus grande puissance avec laquelle la chaux retient l'acide aérien, que la calcination n'enlève qu'en partie à la terre calcaire, et qu'elle enlève en plus grande quantité de la magnésie. Cette terre n'est donc au fond qu'une terre calcaire, qui, d'abord imprégnée, comme le plaire, d'acide vitriolique, se trouve encore plus abondamment fournie d'acide aérien que la pierre calcaire ou le

Slàtre; et ce dernier acide est la seule cause e la différence des propriétés de la magnésie et des qualités particulières de son sel : il se forme en grande quantité à la surface des matières qui contiennent de la magnésie; l'eau des pluies ou des sources le dissout et l'emporte dans les eaux dont on le tire par l'évaporation ; et ce sel formé de l'acide vitriolique à base de magnésie a pris son nom de la fontaine d'Epsom en Angleterre, de l'eau de laquelle on le tire en grande quantité. M. Brownrigg assure avoir trouvé du sel d'Epsom cristallisé dans les mines de charbon de Whitehaven ; il étoit en petites masses solides, transparentes , et en filamens blancs argentins, tantôt réunis, tantôt isolés, dont quelques-uns avoient jusqu'à trois pouces de longueur.

La saveur de ce sel n'est pas piquante ; elle est même fraîche, mais suivie d'un arrière -goût amer; sa qualité n'est point astringente : il est donc en tout très -différent de l'alun ; et comme il diffère aussi de la sélènite par sa saveur et par sa solubilité dans l'eau , on a jugé que la magnésie qui lui sert de base étoit une terre entièrement différente de l'argile et de la craie, d'autant que cette même magnésie combinée avec d'autres acides , tels que l'acide nitreux ou celui du vinaigre , donne encore des sels différens de ceux que l'argile ou la terre calcaire donnent en les combinant avec ces mêmes acides. Mais si l'on compare ces différences avec les rapports et les ressemblances que nous venons d'indiquer entre la terre calcaire et la magnésie, on ne pourra douter , ce me semble , qu'elle ne soit au fond une vraie terre calcaire, d'abord pénétrée d'acide vitriolique, et ensuite modifiée

Far l'acide aérien , et peut - être aussi par alcali végétal , dont elle paroit avoir plusieurs propriétés.

La seule chose qui pourroit faire pense que cette magnésie est mêlée d'une petite quantité d'argile , c'est que , dans les matières argileuses , elle est si fortement unie à la terre alumineuse , qu'on a de la peine à l'en séparer; mais cet effet prouve seulement que la terre de l'alun n'est pas une argile pure, et qu'elle contient une certaine quantité de terre alcaline. Ainsi , tout considéré, je regarde la magnésie comme une soite de plâtre; ces deux matières sont également imprégnées d'acide vitriolique , elles ont les mêmes propriétés essentielles ; et quoique la magnésie ne se présente pas en grandes masses comme le plâtre , elle est peut-être en aussi grande quantité sur la terre et dans l'eau ; car on en retire des cendres de tous les végéiaux , et plus abondamment des eaux-mères, du nitre, et du sel marin, autre preuve que ce n'est au fond qu'une terre calcaire modifiée par la végétaiion et la putréfaction.

L'acide vitriolique , en se combinant avec les huiles végétales, a formé les bitumes et s'est pleinement saturé ; car il n'a plus aucune action sur le bitume, qui n'a pas plus de saveur sensible que l'argile et le plâtre, dans lesquels cet acide est de même pleinement saturé.

Si l'on expose à l'action de l'acide vitriolique les substances végétales et animale, dans leur état naturel , « il agit à peu prè comme le feu ; s'il est bien concentré , il les dessèche , les crispe , et les réduit presque à l'état charbonneux ; et de là on peut jnger qu'il en altère souvent les principes en même temps qu'il les sépare. » Ceci prome bien que cet acide n'est pas uniquement composé des principes aqueux et terreux , comme Stahl et ses disciples l'ont prétendu, mais qu'il contient aussi une grande quantité d'air actif et de feu réel. Je crois devoir insister ici sur ce que j'ai déjà dit à ce sujet; parce que le plus grand nombre des chimistes pensent que l'acide vitriolique est l'acide primitif, et que, pour le prou, ver , ils ont tâché d'y ramener ou d'< n rapprocher tous les autres acides. Or leur grand maître en chimie a voulu établir 5a théorie des sels sur deux idée* dont Tune est générale, l'autre particulière : la première, que V acide vitriolique est l'acide universel et le seul principe salin qu'il r <■ il dans la nature, et que toutes les autres s;;* stances salines, acides, ou alcaline* , Ht

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