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moyen de l'eau -forte. Cet opérations de I*etiaî et du départ , quoique bien connues des chimistes , des monnoyeurs , et des orfèvres, ne laissent pas d'avoir leurs difficultés par la grande précision qu'elles exigent , tant .pour le régime du feu que pour le travail des matières , d'autant que par le travail le mieux conduit , on ne peut arriver à la séparation entière de ces métaux; car il restera toujours une petite portion d'argent dans l'or le plus raffiné , comme une portion de plomb dans l'argent le plus épure ».
Nous ne pouvons nous dispenser de parler des differens emplois de l'or dans les arts, et de l'usage ou plutôt de l'abus qu'on en fait par un vain luxe . pour faire briHer nos vétemens, nos meubles, et nos appartemens , en donnant la couleur de l'or à tout ce qui n'en est pas , et l'air de l'opujenee aux matières les plus pauvres; et Cette ostentation se montre sous mille formes différentes. Ce qu'on appelle or de couleur n'en a que l'apparence ; ce n'est qu'un simple vernis qui ne contient point d'or, et avec lequel on peut néanmoins donner à l'argent et au cuivre la couleur jaune et brillante de ce précieux métal. Les garnitures en cuivre de nos meubles , ,les bras , les feux de cheminée, etc., sont peints de ce vernis couleur d'or, ainsi que les cuirs qu'on appelle dorés , et qui ne sont réellement qu étantes et peints ensuite avec ce vernis doré. A la vérité, cette fausse dorure diffère beaucoup de -la vraie, et il est trèsaisé de les distinguer; mais on fait avec le cuivre réduit en feuilles minces une autre espèce de dorure, qui peut en imposer lors-
3u'on la peint avec ce même vernis couleur 'or. La vraie dorure est celle où l'on emploie de l'or : il faut pour cela qu'il soit réduit en feuilles très-minces ou en poudre fort fine ; et pour dorer tout métal il suffit d'en bien nettoyer la surface, de le faire chauffer , et d'y appliquer exactement ces feuilles ou cette poudre d'or, par la pression
i. J'observerai ici , arec M. Tillet , qu'on a tort do négliger la petite quantité d'argent que la litharge entraîne toujours dans la coupelle ; car cette quantité négligée donne lieu à des rapports constamment faux de la quantité juste d'argeut que contiennent intrinsèquement les lingots dont les •asayeurs établissent le titre. Ce point assez délicat de docimasie a été traité daos plusieurs mémoires insérés dans ceux de l'Académie des Sciences , et notamment dans un Mémoire de M. Tillet , qui se trouve dans le volume de l'année 1769 : on y voit clairement de quelle conséquence il pourrait être qu'on ne négligeât pas la petite quantié de fin que la coupelle absorbe»
et le frottement doux d'une pierre hématite, qui le brillante et le fait adhérer. Quelque simple que soit cette manière de dorer , il y en a une autre peut-être encore plus facile; c'est d'étendre sur le métal qu'on veut dorer un amalgame d'or et de mercure, de chauffer ensuite assez pour faire exhaler en vapeurs le mercure, qui laisse l'or sur le métal , qu'il ne s'agit plus que de frotter avec le brunissoir pour le rendre brillant : il y a encore d'autres manières de dorer. Mais c'est peut-être déjà trop, en histoire naturelle, que de donner les principales pratiques de nos arts.
Mais nous laisserions imparfaite cette histoire de l'or, si nous ne rapportions pas ici tôt» les renseiguemens que nous avons recueillis sur les differens lieux où se trouve ce métal. Il est , comme nous l'avons dit , universellement répandu, mais en atomes infiniment petits, et il n'y a que quelques endroits particuliers où il se présente en particules sensibles et en masses assez palpables pour être recueillies. En parcourait! dans cette vue les quatre parties du monde » on verra qu'il n'y a que peu de mines d'or proprement dites dans les régions du nord , quoiqu'il y ait plusieurs mines d'argent qui presque toujours est allié d'une petite quantité d'or. Il se trouve aussi très -peu de vraies mines d'or dans les climats tempérés; il y en a seulement quelques-unes où l'on a rencontré de petits morceaux de ce métal massif : mais , dans presque toutes, l'or n'est qu'eu petite quantité dans l'argent, avec lequel tl est toujours mêlé. Les mines d'or les plus riches sont dans les i>ays les plus chauds , et particulièrement dans ceux où les hommes ne se sont pas anciennement établis en société policée, comme en Afrique et en Amérique; car il est très - probable; que l'or est le premier métal dont on se soit servi : plus remarquable par son poids qu'aucun autre, et plus fusible que le cuivre et le fer, il aura bientôt été reconnu , fondu, travaillé. On peut citer pour preuve les Péruviens et les Mexicains, dont les vases et les in&trumens étoient d'or , et qui n'en avoient que peu de cuivre et point du tout de fer, quoique ces métaux soient aboudans dans leur pays : leurs arts n'étoient pour ainsi dire qu'ébauchés, parce qu'eux-mêmes étoient des hommes nouveaux, et qui n'étoient qu'à demi policés depuis cinq eu six. siècles. Ainsi , dans les premiers temps delà civilisation de l'espèce humaine, l'or» qui , de tous les métaux , s'est présenté le> premier à la surface de la terre , ou à de
MINÉRAUX
petites profondeurs , a été recueilli , employé tt frtvmUé, en sorte que dans les pays peuplés et civilises plus anciennement que les autres, c'est-à-dire dans les régions septentrionales et tempérées, il n'est resté pour la postérité que le petit excédant de ce qui n'a pas été consommé; au lien que dans set contrées méridionales de l'Afrique et de F Amérique, qui n'ont été peuplées que les dernières , et où les nommes n'ont jamais été policés, la quantité de ce mêlai s'est trouvée tout entière, et teUe pour ainsi dire que la nature l'avoit produite et confiée à la terre encore vierge. L'homme n'en avoit pas encore déchiré les entrailles, son sein étoit à peine effleuré , lorsque les couquérans du Nouveau-Monde en ont forcé les habitans à la fbuitter dans toutes ses parties par des travaux immenses : les Espagnols et les Portugais ont, en moins d'un siècle , plus tiré d'or du Mexique et du Brésil que les naturels du pays n'en avoieatt recueilli depuis le premier temps de leur population. La Chine, dira-t-on, semble nous offrir un exemple contraire; ce pays, très-anciennement policé» est encore abondant en mines d'or, qu'on dit être assea riches : mais ne dit-on pa» en même temps avec plus de vérité que la plus grande partie de ror qui circule à la Chine vient des pays étrangers? Plusieurs empereurs chinois, asses sages, assez humains pour épargner la sueur et ménager la vie de leurs sujets, ont défendu l'extraction des mines dans toute l'étendue de leur domination x : «s défenses ont subsisté long-temps, et l'ont été qu'assez larement interrompue*. H se pourroit donc en effet qu'il y eut encore à la Chine des mines intactes et riches, comme dans les contrées heureuses où les hommes n'ont pas été forcés de les fouiller : car les travaux des mines, dans le Nouveau* Monde , ont fait périr , en moins de deux ou trois siècles , plusieurs millions d'hommes; et cette plaie faite à l'humanité, loin de nous avoir procuré des richesses réelles, n'a servi qu'à nous surcharger d'un poids aussi lourd qu'inutile. Le prix des denrées étant toujours proportionnel à la quantité du métal qui n'en est que le signe, l'augmentation de cette quantité est plutôt un mal qu'un bien; vingt fois moins d'or et d'argent rendroient le commerce vingt fois plus léger, puisque tout signe en grosse niasse, toute représentation en grand volume , est plus pénible à transporter , coûte i. Lts andeu ftomaias «total sa la mka» ta-
plus à manier et circule moins aisément qu'une petite quantité qui représenterait également et aussi bien la valeur de toute chose. Avant la découverte du Nouveau- Monde il y avoit réellement vingt fois moins d'or et d'argent en Europe ; mais les denrées coutoient vingt fois moins. Qu'avons -nous donc acquis avec ces millions de métal? la charge de leur poids.
St cette surcharge de quantité deviendrait encore plus erande, et peut-être immense, si la cupidité ne s'opposoit pas à eUe-mêrae des obstacles, et n'étoit arrêtée par des bornes qu'elle ne peut franchir. Quelque ardente qu'ait été dans tous les temps la soif de l'or, on n'a pas toujours eu les mêmes moyens de l'étancher ;' ces moyens ont même diminué d'autant plus qu'on s'en est plus servi : par exemple, en supposant, comme nous le faisons ici, qu'avanl la conquête du Mexique et du Pérou, il n'y eût en Europe que la vingtième partie de l'or et de l'argent qui s'y trouve aujourd'hui, il est certain que le profit de l'extraction de ces mines étrangères, dans les premières années pendant lesquelles on a doublé cette première quantité, a été plus grand que le profit d'un pareil nombre d'années pendant lesquelles on l'a triplé, et encore bien plus grand que
celui des années subséquentes. Le bénéfice réel a donc diminué en même proportion que le nombre des années s'est augmenté, en supposant égalité de produit dans chacune; et si l'on trouvoit actuellement une mine assez riche pour en tirer autant d'or qu'il y en avoit eu en Europe avant la découverte du Nouveau-Monde, le profit de cette mine ne seroit aujourd'hui que d'un
nième, tandis qu'alors il aurait été du le. Ainsi, plus on a fouillé ces mines riches, et plus on s'est appauvri : richesse toujours fictive et pauvreté réelle dans le premier comme dans le dernier temps; masses d'or et d'argent, signes lourds, monnoies pesantes, dont loin de l'augmenter on devrait diminuer la quantité en fermant ces mines comme autant de gouffres funestes a l'humanité, d'autant qu'aujourd'hui leur produit suffit à peine pour la subsistance des malheureux qu'on y emploie ou condamne:
mais jamais les nations ne se confedèreront pour un bien général à faire au genre humain, et rien ici ne peut nous consoler, sinon l'espérance très-fondée que dans quelques siècles, et peut-être plus tôt, on sera forcé d'abandonner ces affreux travaux, que l'or même, devenu trop commun, ne pourra plus payer* En attendant, nous sommes obligés de
DE L'OR
suivre le torrent, et je manquerais à mon objet si je ne faisois pas ici mention de tous les lieux qui nous fournissent ou peuvent nous fournir ce métal, lequel ne deviendra vil que quand les hommes s'ennobliront par des vues de sagesse dont nous sommes encore bien éloignés. On continuera donc à chercher l'or partout où il pourra se trouver, sans faire attention que si la recherche coûte à peu près autant que tout autre travail, il n'y a nulle raison d'y employer des hommes qui , par la culture de la terre , se procureraient une subsistance aussi sûre, et augmenteraient en même temps la richesse réelle, le vrai bien de toute société, par l'abondance des denrées , tandis que cellcAlu métal ne peut y produire que le mal de la disette et d'un surcroit de cherté.
Nous avons en France plusieurs rivières ou ruisseaux qui charrient .de l'or en paillettes, que l'on recueille dans leurs sables; et il s'en trouve aussi en paillettes et en poudre dans les terres voisines de leurs bords. Les chercheurs de cet or , qu'on ap-
rjle orpailleurs, gagneraient autant et plus tout autre métier; car à peine la récolte de ces paillettes d'or va-t-elle à vingt-cinq ou trente sous par jour. Cette même recherche, ou'plutot cet emploi du temps étoit, 'comme nous venons de le dire , vingt fois plus profitable du temps des Romains , puisque l'orpailleur pou voit alors gagner vingt fois 'sa subsistance : mais à mesure que la quantité du métal s'est augmentée, et surtout depuis la conquête du Nouveau-Monde , le même travail des orpailleurs a moins produit , et produira toujours de moins en moins; en sorte que ce petit métier, déjà tombé, tombera tout-à-fail , pour peu que cette quantité de métal augmente encore. L'or d'Amérique a donc enterré l'or de France, en diminuant vingt fois sa valeur; il a fait le même tort à l'Espagne, dont les intérêts bien entendus auraient exigé qu'on n'eût tiré des mines de l'Amérique qu'autant d'or qu'il en falloit pour fournir les colonies , et en maintenir m valeur numéraire en Europe toujours sur le même pied à peu près. Jules-Cesar cite l'Espagne et la partie méridionale des Gaules comme très-abondantes en or; elles l'etoient en effet , et le seraient encore si nous n'avions pas nous-mêmes changé cette abondance en disette, et diminué la valeur de notre propre bien en recevant celui de l'étranger. L'augmentation de toute quantité ou denrée nécessaire aux besoins ou utile au service de l'homme est certainement un bien; mais raugmentation dn métal qui n'en est que le
signe ne'peut pas être un bien, et ne fait que du mal , puisqu'elle réduit à rien la valeur de ce même métal dans toutes les terres et chez tous les peuples qui s'en sont laisse surcharger par des importations étrangères.
Autant il serait nécessaire de donner de l'encouragement à la recherche et aux travaux des mines des matières combustibles et des autres minéraux si utiles aux arts et an bien de la société , autant il serait sage de faire fermer toutes celles d'or et d'argent, et de laisser consommer peu à peu ces masses trop énormes sous lesquelles sont écrasées nos caisses, sans que nous en soyons plus riches ni phis heureux.
Au reste, tout ce que nous venons de dire ne doit dégrader For qu'aux yeux de l'hoir me sage, et ne lui ôte pas le haut rang qu'il tient dans la nature ; il est le plus parfait des métaux , la première substance entre toutes les substances terrestres, et il mérite à tous égards l'attention du philosophe naturaliste : c'est dans cette vue que nous recueillerons ici les faits relatifs à la recherche de ce métal, et que nous ferons rénumération des différons lieux où il se trouve.
En France, le Rhin, le Rhône, FArve, le Doubs, la Cèse, le Gardon, l'Arriège, la Garonne, le Salât, charrient des paillettes et des grains d'or qu'on trouve dans leurs sables, surtout aux angles rentrons de ces rivières. Ces paillettes ont souvent leurs bords arrondis ou repliés ; et c'est par là qu'on les distingue, encore plus aisément que par le poids , des paillettes de mica, qui quelquefois sont de la même couleur et ont même plus de brillant que celles d'or. On trouve aussi d'assez gros grains d'or dans les rigoles formées par les eaux pluviales dans les terrains montagneux de Feriès et de Bénagues. On a vu de ces grains , dit M. Guettard , qui pesaient une demi- once : ces grains et paillettes d'or sont accompagnés d'un sable ferrugineux. U ajoute que dès qu'on s'éloigne de ces montagnes seulement de cinq ou six lieues , on ne trouve plus de grains d'or, mais seulement des paillettes très-minces. Cet académicien fait encore mention de For en paillettes qu'on a trouvé en Languedoc et dans le pays de Foix. M. de Gensanne dit aussi qu'il y en a dans plusieurs rivières des diocèses d Uzès et de Montpellier : ces grains et paillettes d'or qui se trouvent dans les rivières et terres adjacentes viennent, comme je l'ai dit, des mines renfermées dans les montagnes voisines; mais on ne connoit actuellement qu'un très-petit nombre de ces
MmÉRÀUt:.
montagne «. U y en a une dans les Vosges, près de Steingraben, où Ton a trouvé des feuilles d'or vierge d'un haut titre, dans uu spath fort blanc; une autre à Saint- Marcel-les-Jussey en Franche-Comté, que l'éboulement des terres n'a pas permis de suivre. Les Remains ont travaillé des mines d'or à la montagne d'Orel en Uauphiné ; et I on connott encore aujourd'hui une mine d'argent tenant or à l'Ermitage, au dessus de Tain, et dans les montagnes du Pontel en Oauphiné. Qn en a aussi reconnu à Banjoux en Provence; à Londat, à Rivière et à la montagne d'Argeutière, dans le comté de Foix; dans le Bigorre, en Limosin, en Auvergue, et même en Normandie et dans llle-de-France. Toutes ces mines et plusieurs autres étoient autrefois bien connues, et même exploitées; mais l'augmentation de la quantité du mêlai venu de l'étranger a fait abandonner le travail de ces mines , dont le produit n'auroil pu payer la dépense , tandis que, anciennement, ce même travail étoit très-profitable.
Eu Hongrie il y a plusieurs mines d'or dont on tireroit un grand produit, si ce métal n'étoit pas devenu si commun. La plupart de ces mines sont travaillées depuis longtemps , surtout dans les montagnes de Cremenitz et de Schemnitz, où l'on trouve encore de temps en temps quelques nouveaux filous; il y en avoit sept en exploitation dans le temps d'Alphonse Barba , qui dit que la plus riche étoit celle de Oemenitz; elle est d'une grande étendue, et Ton assure qu'on y travaille depuis plus de mille ans : on l'a fouillée dans plusieurs endroits à plus de cent soixante brasses de profondeur. Il y a aussi des mines d'or en Transylvanie, dans lesquelles on a trouvé de Por vierge. Rzaczynski parle des mines des monts Krapacks, et entre autres d'une veine fort riche dont l'or est en poudre. En Suède on a découvert quelques mines d'or; mais le minerai n'a rendu que la trente-deuxième partie d'une once par quintal. Enfin on a aussi reconnu de l'or en Suisse , dans plusieurs endroits de la Yalteline, et particulièrement dans la montagne de POro , qui en a tiré son nom. L'on eu trouve aussi dans le canton d'Underwald. Plusieurs montagnes dans les Alpes en roulent des paillettes; le Rhin dans le pays des Grisons, la Reuss, l'Aar et plusieurs autres, aux cantons de Lucerne, de
i. Le paya des Tarbelliens , que quelques-ans disent être le territoire de Tarbes , d'autrm celui de Dax , produisent autrefois de l'or, suivant le témoignage de Strabon.
Soleure, etc. Le Tage et quelques autres fleuves d'Espagne ont été célébrés par les anciens , à cause de l'or qu'ils roulent ; et il n'est pas douteux que toutes ces paillettes et grains d'or que l'on trouve dans les eaux
3ui découlent des Alpes, des Pyrénées, et e» montagnes intermédiaires , ne proviennent des mines primitives renfermées dans ces montagnes , et que si l'on pouvoit suivre ces courons, d'eau chargés d'or jusqu'à leur source , on ne seroit pas éloigné du lieu qui les recèle ; mais, je le répète, ces travaux seraient maintenant très-inutiles, et leur produit bien superflu. J'observerai seulement , d'après l'exposition qui vient d'être faite, que les rivières aurifères sont plus souvent situées au couchant qu'au levant des montagnes. La France , qui est à l'ouest des Alpes, a beaucoup plus de cet or de transport que l'Italie et l'Allemagne , qui sont situées à l'est. Nous verrons , par l'examen des régions où l'on recueille l'or en paillettes, si celte observation doit être présentée comme un fait général.
La plupart des peuples de l'Asie ont anciennement tiré de l'or du sein de la terre, soit dans les montagnes qui produisent ce métal , soit dans les rivières qui en charrient les débris. Il y en a une mine en Turquie, à peu de distance du chemin de Saloniqne à Constantinople , qui , du temps du voyageur Paul Lucas, étoit en pleine exploitation, et affermée par le grand - seigneur. L'ile de Thasos, aujourd'hui Thaso, dans l'Archipel, étoit* célèbre chez les anciens, à cause de ses riches mines d'pr : Hérodote en parle, et dit aussi qu'il y avoit beaucoup d'or dans les montagnes de la Thrace, dont l'une s'é boula par la sape des grands travaux qu'on y avoit faits pour en tirer ce métal. Ces mines de l'île de Thaso sout actuellement abandonnées; mais il y en a une dans le milieu de l'île de Chypre , près de la ville de Nicosie , d'où l'on tire encore beaucoup d'or.
Dans la Mtngrélie, à six journées del'iflis, il y a des mines d'or et d'argent; ou en trouve aussi dans la Perse, auxquelles il paroit qu'on a travaillé anciennement : mais on les a abandonnées comme en Europe, parce que la dépense excédoit le produit ; et aujourd'hui tout l'or et l'argent de Perse vient des pays étrangers.
Les montagnes qui séparent le Mogol de la Tartane sout riches en mines d'or et d'argent : les habitans de la ttucharie recueillent ces métaux dans le sable des torrens qui tombent de ces montagnes. Dans le Thibêt, au delà du royaume de Cachemire , il y a trois montagnes dont l'une produit de l'or,
DE L'OR
la seconde des grenats, et la troisième du tapis : il y a aussi de For au royaume de Tipra et dans plusieurs rivières de la dépendance du grand-lama , et la plus grande par* tie de cet or est transportée à là Chine. On a reconnu des mines d'or et d'argent dans le pays d'Azem , sur les frontières du Mogol. Le royaume de Siam est l'un des pays du monde où l'or paroit le plus commun ; mais nous n'avons aucune notice sur les mines de cette contrée. La partie de l'Asie où Ton trouve le plus d'or est l'île de Sumatra : les habitant d'Achem en recueillent sur le penchant des montagnes , dans les ravines creusées par les eaux; cet or est en petits morceaux , et passe pour être très-pur. D'autres voyageurs disent au contraire que cet or d'Achem est de très-bas aloi , même plus bas que celui de la Chine; ils ajoutent qu'il se trouve à l'ouest ou sud-ouest de l'île , et que quand les Hollandois vont y chercher le poivre, les paysans leur en apportent une bonne auantite : d'autres mines d'or dans la même Ile se trouvent dans les environs de la ville de Tikon; mais aucun voyageur n'a donné d'aussi bons renseignemens sur ces mines que M. Hermann Grimm , qui a fait sur cela,
Les terres de F Afrique sont plus intactes et par conséquent plus riches en or que celles de l'Asie. Les Africains en général, beaucoup moins civilisés que les Asiatiques , se sont rarement donné la peine de fouiller la terre i de grandes profondeurs; et quelque abondantes que soient les mines d'or -lans leurs montagnes, ils se sont contentés d'en recueillir les débris dans les vallées adjacentes, qui étoient et même sont encore trèsrichement pourvues de ce métal. Dès l'an* née i44a» les Maures voisins du cap Baïador offrirent de la poudre d'or aux Portugais , et c'étoit la première fois que les Européens eussent vu de l'or en Afrique. La recherche de ce métal suivit de près ces offres ; car en 1461 on fit commerce de l'or de la mina (or de la mine), au cinquième degré de latitude nord, sur cette même cote qu'on a depuis nommée la cote et Or. Il y avoit néanmoins de l'or dans les parties de l'Afrique ancien* nement connues , et dans celles qui avoient été découvertes long -temps avant le cap Baïador : mais il y a toute apparence que les mines n'en avoient pas été fouillées, ni même reconnues ; car le voyageur Robert* est le premier qui ait indiqué des mines d'or
comme sur plusieurs autres sujets d'histoire dans les îles du cap Vert. La côte d'Or est
naturelle, de très-bonnes observations. encore aujourd'hui l'une des parties de l'A-
L'ile de Célèbes ou de Macassar produit f-:~— -— -—-»—•■ »- -• j •-'
aussi de l'or, que l'on tire du sable des rivières. Il en est de même de l'île de Bornéo;
et dans les montagnes de l'île de Timor il se trouve de l'or très-pur. Il y a aussi quelques mines d'or et d'argent aux Maldives , à Cey
frique qui produit la plus grande quantité de ce métal : la rivière d'Axim en charrie des paillettes et des grains qu'elle dépose dans le sable en assez grande quantité pour que les Nègres prennent la peine de plonger et de tirer ce sable du fond de l'eau. O11 re-
lan, et dans presque toutes les iles de la cueille aussi beaucoup d'or par le lavage
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mer des Indes jusqu'aux îles Philippines, d'où les Espagnols en ont tiré une quantité assez considérable.
Dans ia partie méridionale du continent Je l'Asie on trouve, comme dans les îles, Je très-riches miner d'or, i Cambqve, à la Cochinchine, au Tunquin, à la Chine, où
{ilusieurs rivières en charrient : mais , selon es voyageurs , cet or de la Chine est d'assez bas aloi; ils assurent que les Chinois apportent à Manille de l'or qui est très-blanc, très-mou , et qu'il faut allier avec un cinquième de cuivre rouge pour lui donner la couleur et la consistance nécessaires dans les arts. Les îles du Japon et celle de Formose sont peut-être encore plus riches en mines d'or que la Chine. Entin l'on trouve de l'or jusqu'en Sibérie; en sorte que ce métal, quoique plus abondant dans les contrées méridionales de l'Asie, ne laisse pas de se trou- ver aussi dans les régions de cette grande partie du monde.
£u*fo«. II.
dans les terres du royaume de Kanon, à l'est et au nord-est de Galam , où il se trouve presque à la surface du terrain. Il y en a aussi dans le royaume de Tombut, ainsi qu'à Gago et à Zanfara. Il y en a de même dans plusieurs endroits de fa Guinée , et dans les terres voisines de la rivière de Gambra, ainsi qu'à la côte des Dents. U y a aussi un grand nombre de mines d'or dans le royaume de Butna , qui s'étend depuis les moutagnes de la Lune jusqu'à la rivière de Maguika, et un plus grand nombre encore dans le royaume de Bambouc.
Tavernier fait mention d'un morceau d'or naturel, ramifié en forme d'arbrisseau, qui teroit le plus beau morceau qu'on ait jamais vu dans ce genre , si son récit n'est pas exagéré. Pyrard dit aussi avoir vu une brandie d'or massif et pur, longue d'une coudée , cl branchue comme du corail, qui a voit clé trouvée dans la rivière de Couesme ou Couama, autrement appelée rivière Notre ,
MINÉRAUX
à Sofala. Dans l'Abyssinie, la province de Gojam est celle où se trouvent les plus riches mines d\>r. On porte ce métal, tel qVon le tire de la mine ; a Gondar, capitale du royaume, et on l'y travaille pour le purifier et le fondre en Kngots. Il se trouve aussi en Éthio-
Î>ie, près d'Helem, de l'or disséminé dans es premières couches de la terre , et cet or est très-fin. Mais la contrée de l'Afrique la plus riche, ou du moins la plus anciennement célèbre par son or, est celle de Sofala et du Monomotapa. On croit, dit Marmol, que le pays d'Opoir, d'où Salomon tiroït for pour orne'r son temple , est le pays même de Sofala. Cette conjecture seroit un peu mieux fondée en la faisant tomber sur la province du Monomotapa qui porte encore actuellement le nom d'Ophur ou Ofur. Quoi qu'il en soit, cette abondance d'or à Sofala et dans le pays d'Ofur au Monomotapa ne paroft pas encore avoir diminué , quoiqu'il y ait toute apparence que de temps immémorial la plus grande partie de l'or qui circuloit dans les provinces orientales de l'Afrique , et môme en Arabie, venoit de ce pays de Sofala. Les principales mines sont situées dans les montagnes , à cinquante lieues et plus de distance de la ville de Sofala : les eaux qui découlent de ces montagnes entraînent une infinité de paillettes d'or et de grains assez
Sos. Ce métal est de même très-commun à osambique. Enfin l'île de Madagascar participe aussi aux richesses du continent voisin : seulement il paroit que l'or de cette île est d'assez bas aloi , et qu'il est mêlé de quelques matières qui le rendent blanc et lui donnent de la mollesse et plus de fusibilité. L'on doit voir assez évidemment, par cette énumération de toutes les terres qui ont produit et produisent encore de l'or, tant en Europe qu'en Asie et en Afrique, eombien peu nous étoit nécessaire celui du Nouveau- Monde : il n'a servi qu'à rendre presque nulle la valeur du nôtre ; il n'a même augmenté que pendant un temps assez court la richesse de ceux qui le faisoient extraire pour nous l'apporter. Ces mines ont englouti les nations américaines et dépeuplé l'Europe. Quelle différence pour la nature et pour l'humanité, si les myriades de malheureux qui ont péri dans ces fouilles profondes des entrailles de la terre eussent employé leurs bras à la culture de sa surface 1 ils auraient changé l'aspect brut et sauvage de leurs terres informes en guérets réguliers , en riantes campagnes, aussi fécondes qu'elles étoient stériles et qu'elles le sont encore : mais les conquérais ont-ils jamais entendu la voix de la sa-
gesse, ni même le cri de la pitié 1 leurs seules vues sont la déprédation et la destruction ; ils se permettent tous les excès du fort contre le foible ; la mesure de leur gloire est celle de leurs crimes , et leur triomphe l'opprobre de la vertu. En dépeuplant ce nouveau monde, ils l'ont défiguré et presque anéanti ; les victimes sans nombre qu'ils ont immolées à leur cupidité malentendue auront toujours des voix qui réclameront à jamais contre leur cruauté : tout l'or qu'on a tiré de l'Amérique pèse peut-être moins que le sang humain qu'on y a répandu.
Comme cette terre étoit de toutes la plus nouvelle, la plus intacte, et la plus récemment peuplée, elle brilloit encore, il y a trois siècles , de tout l'or et l'argent que la nature y avoit versés avec profusion : les naturels n'en avoient ramassé que pour leur commodité , et non par besoin ni par cupidité; ils en avoient fait des instrument, des vases, des ornemens, et non pas des monnoies ou des signes de richesse exclusifs : ils en estimoient la valeur par l'usage , et auraient préféré notre fer, s'ils eussent eu l'art de l'employer. Quelle dut être leur surprise lorsqu'ils virent des hommes sacrifier la vie de tant d'autres hommes et quelquefois la leur propre, à la recherche de cet or que souvent ils dédaignoient de mettre en œuvre 1 Les Péruviens rachetèrent leur roi , que cependant on ne leur rendit pas, pour plusieurs milliers pesant d'or ; les Mexicains en avoient fait à peu près autant, et furent trompés de même : et pour couvrir l'horrear de ces violations, ou plutôt pour étouffer ies germes d'une vengance éternelle, on finit par exterminer presque en entier ces malheureuses nations ; car à peine reste-t-il la millième partie des anciens peuples auxquels appartenoient ces terres, sur lesquelles leurs descendants, en très-petit nombre, languissent dans l'esclavage, ou mènent une vie fugitive. Pourquoi donc n'a-t-on pas préféré . de partager avec eux ces terres qui faisoient leur domaine? pourquoi ne leur en céderaiton pas quelque portion aujourd'hui, puisqu'elles sont si vastes et plus d'aux trois quarts incultes, d'autant qu on n'a plus rien à redouter de leur nombre? Vaines représentations, hélas 1 en faveur de l'humanité : le philosophe pourra les approuver; mais les hommes puissans daigneront-ils les entendre?
Laissons donc cette morale affligeante, à laquelle je n'ai pu m'empêcher de revenir à la vue du triste spectacle que nous présentent les travaux des mines en Amérique: j«
DE L'OR
n'en dois pas mont indiquer ici les lieux où elles se trouvent, comme je l'ai fait pour les autres parties du monde; et, à commencer par 111e de Saint-Domingue, nous trouverons qu'il y a des mines d'or dans une montagne près de la ville de San-bgo-de-los- Caballeros , et que les eaux oui en descendent entraînent et déposent de gros grains d'or ; qu'il y en a de même dans l'île de Cuba et dans celle de Sainte-Marie, dont les mines ont été découvertes au commencement du siècle dernier. Les Espagnols ont autrefois employé un grand nombre d'esclaves au travail de ces mines : outre l'or que l'on tiroit du sable, il s'en trouvoit souvent d'assez gros morceaux comme enchâssés naturellemeut dans les rochers. L'île de la Trinité a aussi des mines et des rivières qui fournissent de l'or.
Dans le continent, à commencer par l'isthme de Panama, les mines d'or se trouvent en grand nombre; celles duDarien sont les plus riches, et fournissent plus que celles de Veragna et de Panama. Indépendamment du produit des mines en montagnes , les rivières de cet isthme donnent aussi beaucoup d'or en grains, en paillettes, et en poudre, ordinairement mêle d'un sable ferrugineux qu'on en sépare avec l'aimant Mais c'est au Mexique où Tor s'est trouvé répanda avec le plus de profusion. L'une des mines les plus fameuses est celle de Mezquital, dont nous avons déjà parlé. La pierre de cette mine , dit M. Bowles , est un quartz blanc mêlé en moindre quantité avec un quartz couleur de bois ou de corne, qui fait feu contre l'acier : on y voit quelques petites taches vertes, lesquelles ne sont que des cristaux qui ressemblent aux émeraudes en groupes , et dont l'intérieur contient de petits grains d'or. Presque toutes les autres provinces du Mexique ont aussi des mines d'or, ou des mines d'argent plus ou moins mêlé d'or. Selon le même M. Bowles, celle de Mezquital, quoique la meilleure, ne donne au quintal que trente onces d'argent et vingt-deux grains d'or et demi. Mais il y a apparence qu'il a été mal informé sur la nature et le produit de cette mine; car si elle ne tenoit en effet que vingt-deux grains d'or et demi sur trente onces d'argent par quintal , ce qui ne feroit pas six grains d'or par marc d'argent , on n'en feroit pas le départ à la monnoie de Mexico, puisqu'il est réglé par les ordonnances qu'on ne séparera
3ue l'argent tenant par marc vingt-sept grains or et au dessus, et qu'autrefois il falloit trente grains pour qu'on en fit le départ ; ce
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qui est, comme l'on voit, une très petite
Juantité d'or en comparaison de celle do argent; et eet argent du Mexique, restant toujours mêlé d'un peu d'or, même après les opérations du départ, est plus estimé que celui du Pérou, surtout plus que celui des mines de Sainte-Pécaque , que l'on transporte à Compostelle.
Les relateurs s'accordent à dire que la province de Garthagène fournissoit autrefois beaucoup d'or, et l'on y voit encore des fouilles et des travaux très-anciens ; mais ils sont actuellement abandonnés. C'est au Pérou que le travail de ces mines est aujourd'hui en pleine exploitation. Frézier remarque seulement que les mines d'or sont assea rares dans la partie méridionale de oa royaume, mais que la province de Popayan en est remplie , et que l'ardeur pour les exploiter semble être toujours la même.
M. d'Ulloa dit que chaque jour on y découvre de nouvelles mines qu'on s'empresse de mettre en valeur, et nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici ce que ce savant naturaliste péruvien a écrit sur les mines do son pays. « Les partidot ou districts de Ccli% de Buga, tiAlmaguer, et de Marhocoa$% sont, dit-il, les plus abondans en métal, avec l'avantage que l'or y est très pur, et qu'on n'a pas besoin d'y employer le mer* cure pour te séparer des parties étrangères. Les mineurs appellent minas de Casa celles où le minéral est renfermé entre des pierres. Celles de Popayan ne sont pas dans cet ordre; car l'or s'y trouve répandu dans les terres et les sables... Dans le bailliage de Choccy outre les mines qui se traitent au lavoir, il s'en trouve quelques unes où le minerai est enveloppé d'autres matières métalliques et de sucs bitumineux dont on ne peut ie séparer qu'au moyen du mercure. La platiné est un autre obstacle oui oblige
Suelquefois d'abandonner les rames : on onne ce nom i une pierre si dure, que, ne pouvant la briser sur une enclume d'acier ni la réduire par la calcination, où ne peut tirer le minerai qu'elle renferme qu'avec un travail et des frais extraordinaires. Entre toutes ces mines , il y en a plusieurs où l'or est mêlé d'un tombac aussi fin que celui de l'Orient, avec la propriété singulière de ne jamais engendrer de vert-de-gris et de résister aux acides.
• Dans le bailliage de Zaruma an Pérou, Tor des mines est de si bas aloi, qu'il n'est quelquefois qu'à dix-huit et même à seize karats; mais cette mauvaise qualité est réparée par l'abondance.... Le gouvernement
Minéraux*
de Jaên dé Sracamoros a des minet de la même espèce , qui rendoient beaucoup il y un siècle... . Autrefois il y avoit quantité le mines d'or Ouvertes dans la province de Quito, et plus encore de mines d'argent...' On a recueilli des grains d'or dans les ruisseaux qui tirent leur source de la montagne 4e Pitchincha; mais rien ne marque qu'on y ait ouvert des mines.... Le pays de Pattac* tanga , dans la juridiction de Riobamba , est si rempli de mines, qu'en 1743 un habitant de cette ville avoit fait enregistrer pour son seul compte dix-huit veines d'or et d'argent toutes riches et de bon aloi. L'une de ces mines d'argent rendoit quatre-vingts marcs par cinquante quintaux de minerai , tandis
3u'elles passent pour riches quand elles en onnent huit à dix marcs.... Il y a aussi des mines d'or et d'argent dans les montagnes de la juridiction de Cuenca , mais qui rendent peu. Les gouvernemens de Quixos et de Macas sont riches en mines; ceux de Marinai et $ Atomes en ont aussi d'une grande valeur... Les terres arrosées par quelques rivières qui tombent dans le Maragnon , et par les rivières de San-Iago et de Mira, sont remplies de veines d'or. »
Les anciens historiens du Nouveau-Monde, et entre autres le P. Acosta , nous ont laissé quelques renseignemens sur la manière dont la nature a disposé l'or dans ces riches contrées; on le trouve sous trois formes différentes : i* en grains ou pépites , qui sont des morceaux massifs et sans mélange d'autre métal ; a° en poudre; 3<> dans des pierres. « J'ai vu , dit cet historien , quelques unes de ces pépites qui pesoient plusieurs livres. L'or, dit-il, a par excellence sur les autres métaux de se trouver pur et sans mélange; cependant, ajoule-t-il, on trouve quelquefois des pépites d'argent tout-à-fait pures : mais l'or en pépites est rare en comparaison de celui qu'on trouve en poudre. L'or en pierre est une veine d'or infiltrée dans la pierre, comme je l'ai vu à Caruma, dans le gouvernement des salines.... Les anciens ont célébré les fleuves qui rouloient de l'or; savoir, le Tage en Espagne, le Pactole en Asie, et le Gange aux Indes orientales. Il y a de même dans les rivières des îles de Barlovento, de Cuba, Porto-Rico, et Saint- Domingue, de l'or mêlé dans leurs sables,... Il s'en trouve aussi dans les torrens au Chili, à Quito, et au nouveau royaume de Grenade. L'or qui a le plus de réputation est celui de Caranava au Pérou, et celui de Valdivia au Chili , parce qu'il est très-pur et de vingt-trois karats et demi. L'on fait
aussi état de l'or de Veragua% qui est trèsfin : celui de la Chine et des Philippines, qu'on apporte en Amérique, n'est pas, à beaucoup près, aussi pur. »
Le voyageur Wafer raconte qu'on trouve de même une grande quantité d'or dans les sables de la rivière de Coquimbo au Pérou , et que le terrain voisin de la baie où se décharge cette rivière dans la mer est comme poudré de poussière d'or, au point, dit-il, que quand nous y marc/ûons, nos habits en etoient couverts; mais cette poudre étoit si menue, que c'eût été un ouvrage infini de vouloir ta ramasser. « La même chose nous arriva, continue-t-il, dans quelques autres lieux de cette même cote, où les rivières amènent de cette poudre avec le sable; mais l'or se trouve en paillettes et en grains plus gros à mesure que Ton remonte ces rivières aurifères vers leurs sources. »
Au reste, il paroit que les grains d'or que l'on trouve dans les rivières ou dans les terres adjacentes n'ont pas toujours leur brillant jaune et métallique; ils sont souvent teints d'autres couleurs, brunes, grises, etc. : par exemple, on tire des ruisseaux du pays à' Arecaja de l'or en forme de dragées de plomb , et qui ressemblent à ce métal par leur couleur grise; on trouve aussi de cet or gris dans les torrens de Coroyeo : celui que les eaux roulent dans le pays d'Arecaja vient probablement des mines de la province de Carahaja, qui en est voisine; et c'est l'une des contrées du Pérou qui est la plus abondante en or fin , qu'Alphonse Barba dit être de vingt-trois karats trois grains , ce qui seroit à très-peu près aussi pur que notre or le mieux raffiné.
Les terres du Chili sont presque aussi riches en or que celles du Mexique et du Pérou. On a trouvé à douze lieues vers Test de la ville de la Conception des pépites d'or, dont quelques unes étoient du poids de huit ou dix marcs , et de très-haut aloi. On liroit autrefois beaucoup d'or vers Angol , à dix ou douze lieues plus loin., et l'on pourroit en recueillir en mille autres endroits; car tout cet or est dans une terre qu'il suffit de laver. Frézier, dont nous tirons celte indication, en a donné plusieurs autres, avec un égal discernement, sur les mines des diverses provinces du Chili. On trouve encore de l'or dans les terres qu'arrosent le Maragnon, l'Orénoque , etc. ; il y en a aussi dans quelques endroits de la Guiane. Enfin les Portugais ont découvert et fait travailler depuis près d'un siècle les mines du Brésil et du Paraguay, qui se sont trouvées, dit-on, encore
DE L'OH
plus riches que celles du Mexique et du Pérou. Les mines les plus prochaines de Bio- Janeiro, où Ton apporte ce métal, sont à une assex grande distance de cette Tille. M. Cook dit qu'on ne sait pas au juste où elles sont situées, et que les étrangers ne peuvent les visiter, parce qu'il y a une garde continuelle sur les chemins qui conduisent à ces mines : on sait seulement qu'on en tire beaucoup d'or , et que les travaux en sont difficiles et périlleux; car on achète annuellement, pour le compte du roi, quarante mille Nègres qui ne sont employés qu'à les exploiter.
Selon Faillirai Anson, ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'on a trouvé de l'or au Brésil On remarqua que les naturels du pays se servoient d'hameçons d'or pour la pêche, et on apprit d'eux qu'ils recueilloient cet or dans les sables et graviers que les pluie et les torrens détachoient des montagnes. « Il y a, dit ce voyageur, de l'or disséminé dans les terres basses, mais qui paie à peine les frais de la recherche, et les montagnes offrent des veines d'or engagées dans les rochers ; mais le moyen le plus facile de se procurer de l'or, c'est de le prendre dans le limon des torrens qui en charrient. Les esclaves employés à cet ouvrage doivent fournir à leurs maîtres un huitième d'once par jour ; le surplus est pour eux , et ce surplus les a souvent mis en état d'acheter leur hlttrté. Le roi a droit de quint sur tout l'or que l'on extrait des mines, ce qui va à trois cent mille livres sterling par an; et par conséquent la totalité de l'or extrait des mines chaque année est d'un million cinq cent mille livres sterling, sans compter l'or que l'on exporte en contrebande, et qui monte peut-être au tiers de cette somme. »
Nous n'avons aucun autre indice sur ces mines d'or si bien gardées par les ordres du roi de Portugal; quelques voyageurs nous disent seulement qu'au nord du fleuve /«jambi il y a des montagnes qui s'étendent de trente à quarante lieues de l'est à l'ouest sur dix à quinze lieues de largeur; qu'elles renferment plusieurs mines d'or ; qu'on y trouve aussi ce métal en grains et en poudre, enque son aloi est communément de vingt-deux karats : ils ajoutent qu'on y rencontre quel-
3uefois des grains ou pépites qui pèsent eux ou trois onces.
Il résulte, de ces indications , qu'en Amérique comme en Afrique , et partout ailleurs où la terre n'a pas encore été épuisée par les recherches de l'homme, l'or le plus pur se trouve pour ainsi dire à k surface du terrain,
en poudre, en paillettes, ou en grains, et quelquefois en pépites, qui ne sont que des grains plus gros et souvent aussi purs que des lingots fondus; ces pépites et ces grains* ainsi que les paillettes et les poudres, ne sont que les débris plus ou moins brisés et atté» nues par le frottemeut de plus gros morceaux d'or arrachés par les torrens et, détachés de veines métalliques de première formation : ils sont descendus en roulant du haut des montagnes dans les vallées. Le quartz et les autres gangues de l'or, entraînés en même temps par le mouvement des eaux, se sont brisés, et ont, par leur frot* tement, divisé, comminué ces morceaux dé métal , qui dès lors se sont trouvés isolés , et se sont arrondis en grains ou atténués eu paillettes par la continuité du frottement dans l'eau ; et enfin ces mêmes paillettes, en • core pins divisées , ont forme les poudres plus ou moins fines de ce métal. On voit aussi des agrégats assez grossiers de parcelles d'or qui paraissent s'être réunies par la stillation et l'intermède de l'eau, et qui sont plus ou moins mélangées de sables ou de matières terreuses rassemblées et déposées dans quelque cavité, où ces parcelles métalliques n'ont que peu d'adhésion avec la terre et le sable dont elles^ont mélangées; mais toutes ces petites masses d'or, ainsi que les grains , les paillettes et les poudres de ce métal, tirent également leur origine des mines primordiales, et leur pureté dépend en partie de la grande division que ces grains métalliques ont subie en s'exfoliant et se comminuant par les frottemens qu'ils n'ont cessé d'essuyer depuis leur séparation de la mine jusqu'aux lieux où ils ont été entraînés : car cet or arraché de ses mines et roulé dans le sable des torrens a été choqué et divisé par tous les corps durs qui se sont rencontrés sur sa route; et plus ces particules d'or auront été atténuées, plus elles auront acquis de pureté en se séparant de tout alliage par cette division mécanique, qui, dans l'or, va pour ainsi dire à l'infini : il est d'autant plus pur qu'il est plus divisé; et cette différence se remarque en comparant ce métal en paillettes ou en poudre avec l'or des mines; car il n'est qu'à vingt-deux karats dans les meilleures mines en montagnes, souvent à dix-neuf ou vingt, et quelquefois à seize et même à quatorze, tandis que communément l'or en paillettes est à vingt-trois karats, et rarement au-dessous de vingt. Comme ce métal est toujours plus ou moins allié d'argent dans ses mines primordiales , et quelquefois d'argent mêle d'autres matières me*
ttJttques, la très-grande division qu'il éprouve ptr les frottemens, lorsqu'il est détaché de gfTcime, le sépare de ces alliages naturels, et le rend d'autant plus pur qu'il est réduit en atomes plus petits; en sorte qu'au heu du bas aloi que l'or avait dans sa mine il prend un plus haut titre à mesure qu'il s'en Soigne, et cela par la séparation, et, pour ainsi dire , par le départ mécanique de toute matière étrangère.
1 II y a donc double avantage à ne recueillir l'or qu'au pied des montagnes et dans les eaux courantes qui ont entraîné les parties détachées des mines primitives : ces parties détachées peuvent former par leur accumulation des mines secondaires en quelques en-
droits» L'extraction du métai, qui, dans ces sortes de mines, ne sera mêlé que de sable ou de terre , sera bien plus facile que dans les mines primordiales, où l'or se trouve toujours engagé dans le quartz et le roc le plus dur. D autre côté, l'or de ces mines de seconde formation sera toujours plus pur que
le premier ; et vu la quantité de ce métal dont nous sommes actuellement surchargés, on devroit au moins se borner à ne ramasser que cet or déjà purifié par la nature, et réduit en poudre, en paillettes , ou en grains, et seulement dans les lieux où le produit de ce travail seroit évidemment au dessus de sa dépense.
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