SECONDE ÉPOQUE
Lorsque la matière, s'étant consolidée, ajbrmf la roche intérieure du globe, ainsi que les grandes masses vUrescibles qui sont à sa surface.
Oir vient de voir que , dans notre hypothèse, il a dû s'écouler deux mille neuf cent trente-six ans avant que le globe terrestre ait pu prendre toute sa consistance , et que sa masse entière se soit consolidée jusqu'au centre. Comparons les effets de celte consolidation du globe de la terre en fusion à ce que nous voyons arriver à une masse de métal ou de verre fondu, lorsqu'elle commence à se refroidir : il se forme à la surface de ces masses des trous, des ondes, des aspérités; et au dessous de la surface il se fait àei vides, des cavités, des boursouflures, lesquelles peuvent nous représenter ici les premières inégalités qui se sont trouvées sur la surface de la terre et les cavités de son intérieur : nous aurons dès lors une idée du grand nombre de montagnes, de vallées, de cavernes, et d'anfractuosités, qui se sont formées dès ce premier temps dans les couches extérieures de la terre. Notre comparaison est d'autant plus exacte que les montagnes les plus élevées, que je suppose de trois mille ou trois mille cinq cents toises de hauteur, ne sont, par rapport au diamètre de la terre, que ce qu'un huitième de ligne est par rapport au diamètre d'un globe de deux pieds. Ainsi ces chaînes de montagnes qui nous paraissent si prodigieuses tant par le volume que par la hauteur, ces vallées de la mer qui semblent être des abîmes de profondeur, ne sont, dans la réalité, que de légères inégalités proportionnées à la grosseur du globe, et qui ne pou voient manquer de se former lorsqu'il prenoit sa consistance: ce sont des effets naturels produits par une cause tout aussi naturelle et fort simple, c'est-à-dire par l'action du refroidissement sur les matières en fusion lorsqu'elles se consolident à la surface.
C'est alors que se sont formés les élémens par le refroidissement et pendant ses progrès : car à cette époque , et même longtemps après , tant que la chaleur excessive a duré , il s'est fait une séparation et même une projection de toutes les parties volatiles,1 telles que l'eau, l'air, et les autres substances
que la grande chaleur chasse au dehors , el qui ne peuvent exister que dans une région
S lus tempérée que ne l'étoit alors la surface e la terre. Toutes ces matières volatiles s'élendoient donc autour du globe en forme d'atmosphère à une grande dislance où la chaleur éloit moins forte , tandis que 1rs matières Gxes, fondues et \i»riliées, sïtant consolidées, formèrent la roche intérieure du
S lobe et le noyau des grandis montagnes ont les sommets, les masses intérieures, el les bases , sont en effet composés de matières viiresribles. Ainsi le premier établissement local des grandes chaînes de montagnes appartient à cette seconde époque, qui a précédé de plusieurs siècles celle de la formation des montagnes calcaires, lesquelles n'ont existé qu'après l'établissement des eaux, puisque leur composition suppose la production des coquillages et des autres substances que la mer fomente et nourrit. Tant que la surface du globe n'a pas été refroidie au point de permettre à l'eau d'y séjourner sans s'exhaler en vapeurs , toutes nos mers étoient dans l'atmosphère; elles n'ont pu tomber et s'établir sur la terre qu'au moment où sa surface s'est trouvée assez attiédie pour ne plus rejeter l'eau par une trop forte ebullition. Et ce temps de l'établissement des eaux sur la surface du globe n'a précédé que de peu de siècles le moment où l'on aurait pu toucher cette surface sans se brûler; de sorte qu'en comptant soixante-quinze mille ans depuis la formation de la terre, et la moitié de ce temps pour son refroidissement au point de pouvoir la toucher, il s'est peutêtre passé vingt-cinq mille des premières années avant que Peau, toujours rejetée dans l'atmosphère , ait pu s'établir à demeure sur la surface du globe; car, quoiqu'il y ait une assez grande différence entre le degré auquel l'eau chaude cesse de nous offenser et celui où elle entre en ébullition, et qu'il y ait encore une distance considérable entre ce premier degré d'ébullition et celui où elle se disperse subitement en vapeurs, on peut néanmoins assurer que cette différence de
i»4 iDES ÉPOQUES
temps ne petit pu être plus grande que je l'admets ici.
Ainsi, dans ces premières vingt-cinq mille années, le globe terrestre, d'abord lumineux et chaud comme le soleil, n'a perdu que peu à peu sa lumière et son feu : son état d'incandescence a duré pendant deux mille neuf cent trenle-six ans, puisqu'il a fallu ce temps pour qu'il ait été consolidé jusqu'au centre. Ensuite les matières fixes dont il est composé sont devenues encore plus fixes en se resserrant de plus en plus par le refroidissement ; elles ont pris peu à peu leur nature et leur consistance telle que nous la reconnoissons aujourd'hui dans la roche du globe et dans les hautes montagnes qui ne sont en effet composées, dans leur intérieur et jusqu'à leur sommet , que de matières de la même nature. Ainsi leur origine date de cette même époque.
C'est aussi dans les premiers trente-sept mille ans que se sont formés , par la sublimation , toutes les grandes veines et les gros filons de mines où se trouvent les métaux. Les substances métalliques ont été séparées des autres matières vitrescibles par la chaleur longue et constante qui les a sublimées et poussées de l'intérieur de la masse du globe dans toutes les emmenées de sa surface, où le resserrement des matières causé par un plus prompt refroidissement laissoit des fentes et des cavités qui ont été incrustées et quelquefois remplies par ces substances métalliques que nous y trouvons aujourd'hui » ; car il faut, à l'éçard de l'origine des mines, faire la même distinction que nous avons indiquée pour l'origine des matières vitrescibles et des matières calcaires, dont les premières ont été produites par l'action du feu, et les autres par l'intermède de l'eau. Dans les mines métalliques, les principaux filons , ou , si l'on veut , les masses primordiales ont été produites par la fusion et par la sublimation, c'est-à-dire par l'action du feu ; et les autres mines, qu'on doit regarder comme des filons secondaires et parasites, n'ont été produites que postérieurement par le moyen de l'eau. Ces filons principaux, qui semblent présenter les troncs des arbres métalliques , ayant tous été formés soit par la fusion, dans le temps du feu primitif, soit par la sublimation , dans les temps subséquens, ils se sont trouvés et se trouvent encore aujourd'hui dans les fentes perpendiculaires des hautes montagnes; tandis que c'est au pied de ces mêmes montagnes que
t To}«s les jdtUitioHS d* Buffon, p*f« 109.
DE IA NATURE
Sîsent les petits filons, que Ton prendrait 'abord pour les rameaux de ces arbres métalliques, mais dont l'origine est néanmoins bien différente; car ces mines secondaires n'ont pas été formées par le feu, elles ont été produites par l'action successive de l'eau, qui , dans des temps postérieurs aux premiers, a détaché de ces anciens filons des 5 articules minérales, qu'elle a charriées e* éposées sous différentes formes, et toujours au dessous des filons primitifs *.
Ainsi la production de ces mines secondaires étant bien plus récente que celle des mines primordiales, et supposant le concours et l'intermède de l'eau , leur formation doit, comme celle des matières calcaires , se rapporter à des époques subséquente? , c'est-àdire au temps où la chaleur brûlante s'étant attiédie , la température de la surface de la terre a permis aux eaux de s'établir , et ensuite au temps où ces mêmes eaux ayant laissé nos continens à découvert, les vapeurs ont commencé à se condenser -contre les montagnes , pour y produire des sources d'eau courante. Mais , avant ce second et ce troisième temps, il y a eu d'autres grands effets que nous devons indiquer.
Représentons-nous , s'il est possible , l'aspect qu'offrait la terre à cette seconde époque , c'est-à-dire immédiatement après que sa surface eut pris de la consistance, et avant que la grande chaleur permit à l'eau d'y séjourner , ni même de tomber de l'atmosphère : les plaines, les montagnes, ainsi que l'intérieur du globe, étoient également et uniquement composés de matières fondues par le feu, toutes vitrifiées, toutes de la même nature. Qu'on se figure pour un instant la surface actuelle du globe , dépouillée de toutes ses mers , de toutes ses collines calcaires , ainsi que de toutes ses couches horizontales de pierre , de craie , de tuf, de terre végétale , d'aiple , en un mot de toutes les matières liquides ou solides qui ont été formées ou déposées par les eaux : quelle seroit cette surface après l'enlèvement de ces immenses déblais? Il ne resterait que le squelette de la terre , c'est-à-dire la roche vitrescible qui en constitue la masse intérieure; il resterait les fentes perpendiculaires produites dans le temps de la consolidation , augmentées , élargies par le refroidissement ; il resterait les métaux et les minéraux fixes, qui, séparés de la roche vitrescible par l'action du feu , ont rempli, par fusion ou par sublimation, les fentes perpendicu-
a. Voye» le* jidiitiwu à» Muffv* , paf • n*.
laires de ces prolongemens de la roche intérieure du globe; et enfin il resterait les trous, les anfractuosités , et toutes les cavités intérieures de cette roche qui en est la base, et qui sert de soutien à toutes les matières terrestres amenées ensuite par les eaux.
Et comme ces fentes occaskmées par le refroidissement coupent et tranchent le plan ▼ertical des montagnes non seulement de haut en bas , mais de devant en arrière , ou d'un côté à l'autre, et que dans chaque montagne elles ont suivi là direction générale de sa première forme, il en a résulté que les mines, surtout celles des métaux précieux, doivent se chercher à la boussole, en suivant toujours la direction qu'indique la découverte du premier filon; car dans chaque montagne les fentes perpendiculaires qui la traversent sont à peu près parallèles : néanmoins il n'en faut pas conclure , comme l'ont fait quelques minéralogistes , qu'on doive toujours chercher les métaux dans la même direction, par exemple sur la ligne de onze heures ou sur celle de midi; car souvent une mine de midi ou de onze heures se trouve coupée par un filon de huit ou neuf heures, etc. , qui étend des rameaux sous différentes directions; et d'ailleurs on voit que, suivant la forme différente de chaque montagne , les fentes perpendiculaires là traversent, à la vérité, parallèlement entre elles , mais que leur direction , quoique commune dans le même lieu , n'a rien de commun avec la direction des fentes perpendiculaires d'une autre montagne, à moins que cette seconde montagne ne soit parallèle à la première.
Les métaux et la plupart des minéraux métalliques sont donc l'ouvrage du feu, puisqu'on ne les trouve que dans les fentes de la roche vitrescible , et que , dans ces mines
Erimordiales , l'on ne voit jamais ni coquils ni aucun autre débris de la mer mélangés avec elles. Les mines secondaires , qui se trouvent au contraire , et en petite quantité , dans les pierres calcaires, dans les schistes, dans les argiles, ont été formées postérieurement, aux dépens des premières et par l'intermède de l'eau. Les paillettes d'or et d'argent que quelques rivières charrient viennent certainement de ces premiers filons métalliques renfermés dans les montagnes supérieures : des particules métalliques encore plus petites et plus ténues peuvent, en se rassemblant, former de nouvelles petites mines des mêmes métaux; mais ces mines parasites , qui prennent mille
SECONDE ÉPOQUE. io5
formes différentes, appartiennent, comme je l'ai dit, à des temps bien modernes en comparaison de celui de la formation des premiers filons qui ont été produits par l'action du feu primitif. L'or et l'argent , qui peuvent demeurer très-long-temps en fusion sans être sensiblement altérés , se présentent souvent sous leur forme native : tous les autres métaux ne se présentent communément que sous une forme minéralisée, parce qu'ils ont été formés plus tard par la combinaison de l'air et de l'eau qui sont entrés dans leur composition. Au reste, tous les métaux sont susceptibles d'être volatilisés par le feu à différens degrés de chaleur ; en sorte qu'ils se sont sublimés successivement pendant le progrès du refroidissement.
On peut penser que s'il se trouve moins de mines d'or et d'argent dans les terres septentrionales que dans les contrées du du midi , c'est que communément il n'j a dans les terres du nord que de petites montagnes en comparaison de celles des pays méridionaux : la matière primitive, c'est-àdire la roche vitreuse , dans laquelle seule se sont formés l'or et l'argent , est bien plus
abondante, bien plus élevée, bien plus' découverte , dans les contrées du midi. Ces métaux précieux paraissent être le produit immédiat du feu : les gangues et les autres matières qui les accompagnent dans leur mine sont elles-mêmes des matières vitrescibles ; et comme les veines de ces métaux se sont formées soit par la fusion , soit par la sublimation, dans les premiers temps du refroidissement , ils se trouvent en plus grande quantité dans les hautes montagnes du midi. Les métaux moins parfaits , tels que le fer et le cuivre, qui sont moins fixes au feu , parce qu'ils contiennent des matières que le feu peut volatiliser plus aisément, se sont formés dans des temps postérieurs : aussi les trouve-t-on en bien plus grande quantité dans les pays du nord que dans ceux du midi. Il semble même que la nature ait assigné aux différens climats du globe les différens métaux ; l'or et l'argent aux régions les plus chaudes, le fer et le cuivre aux pays les plus froids , et le plomb et l'étaiu aux contrées tempérées : il semble de même qu'elle ait établi l'or et l'argent dans les plus hautes montagnes , le fer et le cuivre dans les montagnes médiocres , et le plomb et l'étain dans les plus basses. Il parait encore que , quoique ces mines primordiales des différens métaux se trouvent toutes dans la roche vitrescible , celles d'or et d'argent sont quelquefois mélangées d'autres
le
métaux ; que le fer et le cuivre sont souvent accompagnés de matières oui supposent l'intermède de l'eau, ce qui semble prouver qu'ils n'ont pas été produits en même temps ; et à l'égard de l'étain , du plomb, et du merr..«/» j H y a des différences qui semblent indiquer qu'ils ont été produits dans des temps très-différens. Le plomb est le plus vitrescible de tous les métaux , et l'étain Test le moins : le mercure est le plus volatil de tous ; et cependant il ne diffère de l'or , qui est le plus fixe de tous , que par le degré de feu que leur sublimation exige ; car l'or , ainsi que tous les autres métaux , peuvent également être volatilisés par une plus ou moins grande chaleur. Ainsi tous les métaux ont été sublimés et volatilisés successivement pendant le progrès du refroidissement. Et comme il ne faut qu'une très-légère chaleu* pour volatiliser le mercure , et qu une cnaleur médiocre suffit pour fondre l'étain et le plomb , ces deux métaux sont demeurés liquides et coulans bien plus long-temps que les quatre premiers ; et le mercure l'est encore , parce que la chaleur actuelle de la terre est plus que suffisante pour le tenir en fusion : il ne deviendra solide que quand le globe sera refroidi d'un cinquième de plus qu'il ne Test aujourd'hui , puisqu'il faut 197 degrés au dessous de la température actuelle de la terre pour que ce métal fluide se consolide ; ce qui fait à peu près la cinquième partie des 1000 degrés au dessous de la congélation.
Le plomb, l'étain, et le mercure, ont donc coulé successivement, par leur fluidité, dans les parties les plus basses de la roche du globe , et ils ont été , comme tous les autres métaux, sublimés dans les fentes des montagnes élevées. Les matières ferrugineuses qui pouvoient supporter une très-violente chaleur, sans se fondre assez pour couler, ont formé , dans les pays du nord , des amas métalliques si considérables , qu'il s'y trouve des montagnes entières de fer » , c'est-à-dire d'une pierre vitrescible ferrugineuse, qui rend souvent soixante-dix livres de fer par quintal : ce sont là les mines de fer primitives; elles occupent de très-vastes espaces dans les contrées de notre nord ; et leur substance n'étant que du fer produit par l'action du feu , ces mines sont demeurées susceptibles de l'attraction magnétique, comme le sont toutes les matières ferrugineuses qui ont subi le feu.
L'aimant est de cette même natuie; ce
n'est qu'une pierre ferrugineuse, dont il se trouve de grandes masses et même des montagnes dans quelques contrées , et particulièrement dans celles de notre nord * : c'est par cette raison que l'aiguille aimantée se dirige toujours vers ces contrées , où toutes les mines de for sont magnétiques. Le magnétisme est un effet constant de l'électricité constante, produite far la chaleur intérieure et par la rotation du globe ; mais s'il dépesdoit uniquement de cette cause générale, l'aiguille aimantée pointerait toujours et partout directement au pôle : or les différentes déclinaisons suivant tes différens pays, quoique sous le mémo parallèle, démontrent que lé magnétisme particulier des montagnes de fer et d'aimant influe considérablement sur la direction de l'aiguille, puisqu'elle s'écarte olus ou moins à droite ou & gauche du pèle, selon le lieu oà elle se trouve, et selon la distance plus ou moins grande de ces montagnes de fer.
Mais revenons à notre objet principal, i la topographie du globe antérieure à la chute des eaux. Nous n'avons que quelques indices encore subsistans de la première forme de sa surface ; les plus hautes montagnes , composées de matières vitrescibles , sont les seuls témoins de cet ancien état : elles étoieot alors encore plus élevées qu'elles ne le sont aujourd'hui; car, depuis ce temps, et après l'établissement des eaux , les mouvemens do la mer, et ensuite les pluies, les vents, les gelées, les courans d'eau , la chute des torrens, enfin toutes les injures des élémens do l'air et de l'eau , et les secousses des mouvemens souterrains , n'ont pas cessé de les dé grader, de les trancher, et même d'en renverser les parties les moins solides ; et nous ne pouvons douter que les vallées qui sont au pied de ces mootagnes ne fussent bien plus profondes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Tâchons de donner un aperçu plutôt qu'une énumération de ces éminences primitives du globe. i° La chaîne des Gordilières ou des montagnes de l'Amérique, qui s'étend depuis la pointe de la Terre-de-Feu jusqu'au nord du Nouveau-Mexique , et aboutit enfin à des régions septentrionales que l'on n'a pas encore reconnues. On peut regarder cette chaîne de montagnes comme continue dans une Ion gueur de plus de 120 degrés , c'est-à-dire de trois mille lieues; car le détroit de Magellan n'est qu'une coupure accidentelle et postérieure à rétablissement local de cette chaîne
s. Toyei les Additions dïBuffon, page m.
». VcrjttX* AMi**uêiB*ftm,w%iu
SECONDE
dont les plus hauts sommets sont dans la contrée du Pérou, et se rabaissent à peu près également vers le nord et vers le midi : c'est donc sous Téquateur même que se trouvent les parties les plus élevées de celte chaîne primitive des plus hautes montagnes du monde ; et nous observerons , comme chose remarquable, que de ce point de Téquateur elles vont en se rabaissant a peu près également vers le nord et vers le midi , et aussi qu'elles arrivent à peu près à la même distance , c'est-à-dire à quinze cents lieues de chaque côté de Téquateur; en sorte qu'il ne veste à chaque extrémité de cette chaîne de montagnes qu'environ 3o degrés, c'est-à-dire sept cent cinquante lieues de mer ou de terre inconnue vers le pôle austral , et un égal espace dont on a reconnu quelques côtes vers te pôle boréal. Cette chaîne n'est pas précisément sous le même méridien, et ne forme pas une ligne droite ; elle se courbe d'abord vers Test, depuis BaWivia jusqu'à Lima, et sa plus grande déviation se trouve sous le tropique du Capricorne ; ensuite elle avance vers l'ouest , retourne à Test , auprès de Po-
f>ayan , et de là se courbe fortement vers 'ouest, depuis Panama jusqu'à Mexico ; après quoi elle retourne vers Test , depuis Mexico jusqu'à son extrémité , qui est à 3o degrés du pôle , et qui aboutit à peu près aux îles découvertes par de Foute. En considérant la situation de cette longue suite de montagnes, on doit observer encore , comme chose trèsremarquable, qu'elles sont toutes bien plus voisines des mers de l'Occident que de celles de l'Orient. a° Les montagnes d'Afrique, dont la chaîne principale, appelée par quelques auteurs V épine au monde, est aussi fort élevée, et s'étend du sud au nord, comme celle des Cordillères en Amérique. Cette chaîne, qui forme en effet l'épine du dos de l'Afrique , commence au cap de Bonne- Espérance, et court presque sous le même méridien jusqu'à la mer Méditerranée , visà vis la pointe de la Morée. Nous observerons encore , comme chose très-remarquable , que le milieu de cette grande chaîne de montagnes, longue d'environ quinze cents lieues, se trouve précisément sous Téquateur , comme le point milieu des Cordilières ; en sorte qu on ne peut guère douter que les parties les plus élevées des grandes chaînes ae montagne* en Afrique et en Amérique ne se trouvent également sous Téquateur.
Dans ces deux parties du monde, dont Téquateur traverse assez exactement les con tinens , tes principales montagnes sont donc
dirigées du sud au nord; mais elles jettent des branches très-considérables vers 1 orient et vers l'occident. L'Afrique est traversée de Test à l'ouest par une longue suite de montagnes, depuis le cap Guardafui jusqu'au îles du cap Vert : le mont Atlas la coupe aussi d'orient en occident. En Amérique, un premier rameau des Cordilières traverse les terres Magellaniques de Test à l'ouest ; un autre s'étend à peu près dans la même direction au Paraguay et dans toute la largeur du Brésil; quelques autres branches s'étendent depuis Popayan dans la Terre-Ferme, et jusque dans la Guiane : enfin, si nous suivons toujours cette grande chaîne de mon tagnes, il nous paroitra que la péninsule d'Tucatan, les îles de Cuba, de la Jamaïque, de Saint-Domingue, Porto-Rico, et toutes les Antilles, n'en sont qu'une branche, qui s'étend du sud au nord , depuis Cuba et la pointe de la Floride , jusqu'aux lacs du Canada , et de là court de Test à l'ouest pour rejoindre l'extrémité des Cordilières, au delà des lacs Sioux. 3° Dans le grand continent de l'Europe et de l'Asie , qui non seulement u est pas, comme ceux de l'Amérique et de l'Afrique, traversé par Téquateur, mais en est même fort éloigné , les chaînes des principales montagnes , au lieu d'être dirigées du sud au nord, le sont d'occident en orient. La plus longue de ces chaînes commence au fond de l'Espagne , gagne les Pyrénées , .s'étend en France par l'Auvergne et le Vivarais, passe ensuite par les Alpes, en Allemagne, en Grèce, en Crimée, et atteint le Caucase, le Taurus, Tlmaiis, qui environ nent la Perse , Cachemire , et le Mogol ai nord, jusqu'au Thibet? d'où elle s'étend dans la Tartarie chinoise , et arrive vis-à-vis la terre d'Yeço. Les principales branche* que jette cette chaîne principale sont dirigées du nord au sud en Arabie , jusqu'au détroit de la mer Rouge ; dans llndostan , jusqu'au cap Comorin; du Thihet, jusqu'à la pointe de Malaca. Ces branches ne lais sent pas de former des suites de montagnes particulières dont les sommets sont fort élevés. D'autre côté , cette chaîne principale jette du sud au nord quelques rameaux, qui s'étendent depuis les Alpes du Tyrol jusqu'en Pologne ; ensuite, depuis le mont Caucase jusqu'en Moscovie, et depuis Cachemire jusqu'en Sibérie; et ces rameaux, qui sont du sud au nord de la chaîne principale, ne présentent pas des montagnes aussi élevées que celles des branches de cette même chaîne qui s'étendent du nord au sud.
Voilà donc , à peu près , la topographie
ioS DES ÉPOQUES
de la surface de la terre, dan» le temps de noire seconde époque, immédiatement après la consolidation de la matière. Les hautes montagnes que nous venons de désigner sont les éminences primitives , c'est-à-dire les aspérités produites à la surface du globe au moment qu'il a pris sa consistance; elles doivent leur origine à l'effet du feu, et sont aussi, par cette raison, composées, dans leur intérieur et jusqu'à leurs sommets , de matières vitrescibles : toutes tiennent par leur base à la roche intérieure du globe, qui est de même nature. Plusieurs autres éminences moins élevées ont traversé dans ce même temps et presque en tous sens , la surface de la terre ; et l'on peut assurer que, dans tous les lieux où Ton trouve des montagnes de roc vif ou de toute autre matière solide et vitrescible , leur origine et leur établissement local ne peuvent être attribués qu'à l'action du feu et aux effets de la consolidation , qui ne se fait jamais sans laisser des inégalités sur la superficie de toute masse de matière fondue.
En même temps que ces causes ont produit des éminences et des profondeurs à la surface de la terre-, elles ont aussi formé des boursouflures et des cavités à l'intérieur, surtout dans les couches les plus extérieures. Ainsi le globe, dès le temps de cette seconde époque, lorsqu'il eut pris sa consistance, et avant que les eaux y fussent établies , présentent une surface hérissée de montagnes et sillonnée de vallées : mais toutes les causes subséquentes et postérieures à cette époque ont concouru à combler toutes les profondeurs extérieures , et même les cavités intérieures. Ces causes subséquentes ont aussi altéré presque partout la forme de ces inégalités primitives ; celles qui ne s'élevoient qu'à une hauteur médiocre ont été, pour la plupart , recouvertes dans la suite par les sédimens des eaux , et toutes ont été environnées à leurs bases jusqu'à de grandes hauteurs de ces mêmes sédimens. C'est par cette raison que nous n'avons d'autres témoins appareils de la première forme de la surface de la terre que les montagnes composées de matières' vitrescibles dont nous venons de faire l'énumération : cependant ces témoins sont sûrs et suffisans ; car, comme les plus hauts sommets de ces premières montagnes n'ont peut-être jamais été surmontés par les eaux , ou du moius qu'ils ne l'ont été que pendant un petit temps , attendu qu'on n'y trouve aucun débris des productions marines, et qu'ils ne sont composes que de matières vitrescibles , on ne
DE LA If AXPRE.
peut pas douter qu'ils ne doivent leur origine au feu , et que ces éminences , ainsi que la roche intérieure du globe, ne fassent ensemble un corps continu de même nature , c'est-à-dire de matières vitrescibles, dont la formation a précédé celle de toutes les autres matières.
En tranchant le globe par l'équateur , et comparant les deux hémisphères, on voit que celui de nos conlinens contient à proportion beaucoup plus de terres que l'autre; car l'Asie seule est plus grande que les parties de l'Amérique, de l'Afrique , de la Nouvelle-Hollande , et de tout ce qu'on a découvert de terres au déjà. Il y avoit donc moins d 'éminences et d'aspérités sur l'hémisphère austral que sur le boréal , dès le temps même de la consolidation de la terre; et si l'on considère pour un instant ce gisement général des terres et des mers , on reconnoîtra que tous les continens vont en se rétrécissant du côté du midi , et qu'au contraire toutes les mers vont en s'élargissant vers ce même côté du midi. La pointe étroite de l'Amérique méridionale, celle de Californie, celle du Groenland , la pointe de l'Afrique, celle des deux presqu'îles de l'Inde , et enfin celle de la Nouvelle-Hollande , démontrent évidemment ce rétrécissement des terres et cet élargissement des mers vers les régions australes. Cela semble indiquer que la surface du globe a eu originairement de plus profondes vallées dans l'hémisphère austral, et des éminences en plus grand nombre dans l'hémisphère boréal. Nous tirerons bientôt quelques inductions de cette disposition générale des continens et des mers.
La terre, avant d'avoir reçu les eaux, étoit donc irrégulièrement hérissée d'aspérités, de profondeurs, et d'inégalités semblables à celles que nous voyons sur un bloc de métal ou de verre fondu ; elle avoit de même des boursouflures et des cavités intérieures, dont l'origine, comme celle des inégalités extérieures, ne doit être attribuée qu'aux effets de la consolidation. Les plus grandes éminences, profondeurs extérieures, et cavités intérieures, se sont trouvées dès lors, et se trouvent encore aujourd'hui sous l'équateur entre les deux tropiques, parce
3 ne cette zone de la surface du globe est la ernière qui s'est consolidée, et que c'est dans cette zone où le mouvement de rotation étant le plus rapide , il aura produit les plus grands effets ; la matière en fusion s'f étant élevée plus que partout ailleurs, et s'étant refroidie la dernière , il a dû s'y former plus d'inégalités que dans toutes les autres
SECONDE
parties du globe où le mouvement de rotation étoit plus lent , et le refroidissement plus prompt Aussi trouve-t-on sous cette zone les plus hautes montagnes, les mers les plus entrecoupées, semées d'un nombre infini d'îles, à la vue desquelles on ne peut douter que , dès son origine , cette partie de la terre ne fût la plus irrégulière et la moins solide de toutes.
Et quoique la matière en fusion ait dû arriver également des deux pôles pour renfler Téqualeur , il paroit , en comparant les deux hémisphères, que notre pôle en a un peu moins fourni que l'autre , puisqu'il y a beaucoup plus de terres et moins de mers depuis le tropique du Cancer au pôle boréal, et qu'au contraire il y a beaucoup plus de mers et moins de terres depuis celui du Capricorne à l'autre pôle. Les plus profondes vallées se sont donc formées dans les zones froides et tempérées de l'hémisphère austral, et les terres les plus solides et les plus élevées se sont trouvées dans celles de l'hémisphère septentrional. «
Le globe étoit alors , comme il Test encore aujourd'hui, renflé sur Téqualeur, d'une épaisseur de près de six lieues un quart ; mais les couches superficielles de cette épaisseur y étoient, à l'intérieur, semées de cavités, et coupées à l'extérieur d'éminences et de profondeurs plus grandes que partout ailleurs : le reste du globe étoit sillonné et traversé en différons sens par des aspérités toujours moins élevées à mesure qu'elles approchoient des pôles ; toutes n'étoient composées que de la même matière fondue dont est aussi composée la roche intérieure du globe; toutes doivent leur origine à l'action du feu primitif et à la vitrification générale. Ainsi la surface de la terre , avant l'arrivée des eaux, ne présentoit que ces premières aspérités qui forment encore aujourd'hui les noyaux de nos plus hautes montagnes ; celles qui étoient moins élevées ayant été dans la suite recouvertes par les sédimens des eaux et par les débris des productions de la mer, elles ne nous sont pas aussi évidemment connues que les premières : on trouve souvent des bancs calcaires au dessus des rochers de granité , de roc vif , et des autres masses de matières vitrescibles; mais l'on ne voit pas de masses de roc vif au dessus des bancs calcaires. Nous pouvons donc assurer , sans craindre de nous tromper, que la roche du globe est continue avec toutes les éminences hautes et basses qui se trouvent être de la même nature , c'est-àdira de matières vitrescibles ; ces éminences
font masse avec le solide du globe; elles n'en sont que de très-petits '/rolongemens , dont les moins élevés ont ensuite été recouverts par les scories du verre , les sables , les argiles , et tous les débris des productions de la mer amenés et déposés par les eaux dans les temps subséquens, qui fout l'objet de notre troisième époque.
ADDITIONS DE BUFFON
(Sur l* fagr 10A,)
« Les veines métalliques , dit M. EUer, se trouvent seulement dans les endroits élevés , en une longue suite de montagnes : cette chaîne de montagnes suppose toujours . pour son soutien une base de roche dure. Tant que ce roc conserve sa continuité , il n'y a guère apparence qu'on y découvre quelques filons métalliques; mais, quand on rencontre des crevasses ou des fentes, on espère d'en découvrir. Les physiciens minéralogistes ont remarqué qu'en Allemagne la situation la plus favorable est lorsque la chaîne de montagnes s'éievant petit à petit, se dirige vers le sud-est , et qu'ayant atteint sa plus grande élévation elle descend insensiblement vers le nord-ouest.
« C'est ordinairement un *oc sauvage, dont l'étendue est quelquefois presque sans bornes, mais qui est fendu et entrouvert en divers endroits, qui contient les métaux quelquefois purs , mais presque toujours minéralisés: ces fentes sont tapissées pour l'ordinaire d'une terre blanche et luisante, que les mineurs appellent quartz, et qu'ils nomment spath lorsque cette terre est plus pesante, mais mollasse et feuilletée à peu
Srès comme le talc : elle est enveloppée en ehors, vers le roc, de l'espèce de limon qui paroit fournir la nourriture à ces terres quartzeuses ou spatheuses ; ces deux enveloppes sont comme la gaine ou l'étui du filon ; plus il est perpendiculaire , et plus on doit en espérer ; et toutes les fois que les mineurs voient que le filon est perpendiculaire , ils disent qu'il va s'ennoblir.
« Les métaux sont formés dans toutes ces fentes et cavernes par une évaporation continuelle et assez violente : les vapeurs des mines démontrent cette évaporation encore subsistante ; les fentes qui n'en exhalent point sont ordinairement stériles: la marque la plus sûre que les vapeurs exhalantes portent des atomes ou des molécules minérales , et qu'elles les appliquent partout aux paflh't
no DES É OQUES
des crevasses du roc , c'est cette incrustation successive qu'on remarque dans toute la circonférence de ces fentes ou de ces creux de roches , jusqu'à ce que la capacité en soit entièrement remplie et le filon solidement formé; ce qui est encore confirmé par les outils qu'on oublie dans les ereux , et qu'on retrouve ensuite couverts et incrustés de la mine , plusieurs années après.
« Les fentes du roc qui fournissent une veine métattique abondante inclinent toujours ou poussent leur direction vers la perpendiculaire de la terre ; à mesure que les mineurs descendent, ils rencontrent une température d'air toujours plus chaude, et quelquefois des exhalaisons si abondantes et si nuisibles à la respiration , qu'ils se trouvent •forcés de se retirer au plus vite vers le puits ou vers la galerie, pour éviter la suffocation, que les parties sulfureuses et arsenicales leur causeroient à l'instant. Le soufre et l'arsenic se trouvent généralement dans toutes les mines des quatre métaux imparfaits et de tous les demi-métaux , et c'est par eux qu'ils sont minéralisés.
« Il n'y a que l'or, et quelquefois l'argent et le cuivre , qui se trouvent natifs en petite quantité; mais , pour l'ordinaire , le cuivre, le fer, le plomb, et Pétain, lorsqu'ils se tirent des filons, sont minéralisés avec le soufre et l'arsenic. On sait , par expérience, que les métaux perdent leur forme métallique à un certain degré de chaleur relatif à chaque espèce du métal : cette destruction de la forme métallique, que subissent les quatre métaux imparfaits, nous apprend que la base des métaux est une matière terrestre; et comme ecs chaux métalliques se vitrifient à un certain degré de chaleur, ainsi que les terres calcaires, gypseuses, etc., nous ne pouvons pas douter que la terre métallique ne soit du nombre des terres vitrifiantes. » ( Extrait du Mémoire de M. Eller sur l'origine et la génération des métaux, dans le recueil de l'Académie de Berlin , année 1753.)
(Sur ta page io40
M. Lehman , célèbre chimiste, est le seul qui ait soupçonné une double origine aux mines métalliques; il distingue judicieusement les montagnes à filons des montagnes à couches. « L'or et l'argent, dit-il , ne se trouvent en masse que dans les montagnes à filons ; le fer ne se trouve guère que dans les montagnes à couches : tous les morceaux ou petites parcelles d'or et d'argent qu'on trouve dans les montagnes à couches n'y
DE LA NATURE
sont que répandus , et ont été détachés des filons qui sont dans les montagnes supérieures et voisines de ces couches.
« L'or n'est jamais minéralisé ; il se trouve toujours natif ou vierge, c'est-à-dire tout formé dans sa matrice, quoique souvent il y soit répandu en particules si déliées , qu'on chercherait vainement à le recounoître, même avec les meilleurs microscopes. On ne trouve point d'or dans les montagnes à couches; il est aussi assez rare qu'on y trouve de l'argent ; ces deux métaux appartiennent , de préférence aux montagnes à filons : on a néanmoins trouvé quelquefois de l'argent en petits feuillets ou sous la forme de cheveux dans de l'ardoise : il est moins rare de trouver du cuivre natif sur de l'ardoise , et communément ce cuivre natif est aussi en forme de filets ou de cheveux.
« Les mines de fer se reproduisent peu d'années après avoir été fouillées; elles ne se trouvent point dans les montagnes à filons, mais dans les montagnes à couches: on n'a point encore trouvé de fer natif dans les montagnes à couches , ou du moins c'est une chose très-rare.
m Quant à l'étain natif , il n'en existe point qui ait été produit par la nature sans le secours du feu; et la chose est aussi très-douteuse pour le plomb , quoiqu'on prétende que les grains de plomb de Massel en Silesie sont de plomb natif.
« On trouve le mercure vierge et coulant dans les couches de terre argileuses et grasses ou dans les ardoises.
« Les mines d'argent qui se trouvent dans les ardoises ne sont pas , à beaucoup près , aussi riches que celles qui se trouvent dans les montagnes à filons : ce métal ne se trouve guère qu'en particules déliées , en filets, ou en végétations , dans ces couches d'ardoises ou de schistes , mais jamais en grosses mines ; et encore faut-il que ces couches d'ardoises soient voisines des montagnes à filons. Toutes les mines d'argent qui se trouvent dans les couches ne sont pas sous une forme solide et compacte ; toutes les autres mines qui contiennent de l'argent en abondance se trouvent dans les montagnes à filons. Le cuivre se trouve abondamment dans les couches d'ardoises, et quelquefois aussi dans les charbons de terre.
« L'étain est le métal qui se trouve le plut rarement répandu dans les couches. Le plomb s'y trouve plus communément : on en rencontre sous la forme de galène , attaché aux ardoises ; mais on n'en trouve que très-rarement avec les charbons de terre.
SECONDE
« Lt fer est presque universellement répandu, et se trouve dans les couches sous un grand nombre de formes différentes.
« Le cinabre, le cobalt , le bismuth , et la calamine se trouvent aussi assez communément dans les couches. » (Lehman, tome III, pages 38 1 etsuiv.)
« Les charbons de terre , le jayet , le succin , la terre alumineuse , ont été produits par des végétaux, et surtout par des arbres résineux qui ont été ensevelis dans le sein de la terre , et qui ont souffert une décomposition plus ou moins grande; car on trouve, au dessus des mines de charbon de terre , très-souvent du bois qui n'est point du tout décomposé, et qui Test davantage i mesure qu'il est plus enfoncé en terre. L'ardoise, qui sert de toit ou de couverture au charbon, est souvent remplie des empreintes de plantes qui accompagnent ordinairement les forêts, telles que les fougères, les capillaires, etc. Ce qu'il y a de remarquable , c'est <jue ces plantes dont on trouve les empreintes sont toutes étrangères, et les bois paraissent aussi des bois étrangers. Le succin, qu'on doit regarder comme une résine végétale , renferme souvent des iusectes qui , considérés attentivement , n'appartiennent point au climat où on les rencontre présentement : enfin la terre alumineuse est souvent feuilletée , et ressemble à du bois , tantôt plus, tantôt moins décomposé. » (Ibid., ïbid)
«Le soufre, l'alun, le sel ammoniac, se trouvent dans les couches formées par les volcans.
« Le pétrole, le napbte, indiquent un feu acluellemeut allumé sous la terre, qui met, pour ainsi dire , le charbon de terre en distillation : on a des exemples de ces embrasemens souterrains, qui n'agissent qu'en silence dans les mines de charbon de terre , en Angleterre et en Allemagne , lesquelles brûlent depuis très-long-temps sans explosion ; et c'est dans le voisinage de ces embratemens souterrains qu'on trouve les eaux chaudes thermales.
« Les montagnes qui contiennent des filons ne renferment point de charbon de terre, ni des substances bitumineuses et combustibles ; ces substances ne se trouvent jamais que dans les montagnes à couches. » {Note sur Lehman, par M. le baron d'Holbach, t. ni, p. 435.)
{Sur la page to6.)
Je citerai pour exemple la mine de fer
EPOQUE. m
près de Taberg en Smoland, partie de l'île de Gothland en Suède : c'est 1 une des plus remarquables de ces mines ou plutôt de ces montagnes de fer, qui toutes ont la propriété de céder à l'attraction de l'aimant , ce qui prouve qu'elles ont été formées par le feu. Cette montagne est dans un sol de sable extrêmement fin ; sa hauteur est de plus de 400 pieds , et son circuit d'une lieue : elle est en entier composée d'une matière ferrugineuse très-riche, et l'on y trouve même du fer natif ; autre preuve qu'elle a éprouvé Faction d'un feu violent. Cette miue étant brisée montre à sa fracture de petites parties brillantes, qui tantôt se croisent et tantôt sont disposées par écailles : les petits rochers les plus voisins sont de roc pur (saxopuro). On travaille à cette mine depuis environ deux cents ans ; on se sert pour l'exploiter de poudre à canon, et la montagne paraît fort peu diminuée, excepté dans les puits qui sont au pied du côté du vallon.
Il paroit que cette mine n'a point de lits réguliers ; le ter n'y est point non plus partout de la même bonté. Toute la montagne a beaucoup de fentes, tantôt perpendiculaires et tantôt horizontales : elles sont toutes remplies de sable qui ne contient aucun fer ; ce sable est aussi pur et de même espèce que celui des bords de la mer : on trouve quelquefois dans ce sable des os d'animaux et des cornes de cerf ; ce qui prouve qu'il a été amené par les eaux , et que ce n'est qu'après la formation de la montagne de fer par le feu que les sables en ont rempli les crevasses et les fentes perpendiculaires et horizontales.
Les masses de mine que l'on tire tombent aussitôt au pied de la montagne, au lieu que, dans les autres mines, il faut souvent tirer le minéral des entrailles de la terre ; on doit concasser et griller cette mine avant de la mettre au fourneau, où on la fond avec la pierre calcaire et du charbon de bois.
Celte colline de fer est située dans un endroit montagneux fort élevé, éloigné de la mer de près de 80 lieues : il paroit qu'elle étoit autrefois entièrement couverte de sable. (Extrait d'un article de l'ouvrage périodique qui a pour titre : Nordisc/te Beytrage, etc. Contribution du Nord pour lej progrès de la physique, des sciences , et des arts, A Altone , chez David If ers , 1 756.)
(Sur la page 106.)
On vient de voir, par Fexemple cité dans la note précédente, que la montagne de fer
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
de Taberg s'élève de plus de 400 pieds au dessus de la surface de la terre. M. Gmelin, dans son Voyage en Sibérie , assure que, dans les contrées septentrionales de l'Asie , presque toutes les mines des métaux se trouvent à la surface de la terre , tandis que dans les autres pays elles se trouvent profondément ensevelies dans sou intérieur. Si ce fait étoit généralement vrai , ce seroit une nouvelle preuve que les métaux ont été formés par le feu primitif, et que le globe de la terre ayant moins d'épaisseur dans les parties septentrionales, ils s'y sont formés plus près de la surface que dans les contrées méridionales.
Le même M. Gmelin a visité la grande montagne d'aimant qui se trouve en Sibérie, chez les Baschkirs : cette montagne est divisée eu huit parties , séparées par des vallons : la septième de ces parties produit le meilleur aimant ; le sommet de cette portion de montagne est formé d'une pierre jaunâtre , qui paroît tenir de la nature du jaspe. On y trouve des pierres que l'on prendroit de loin pour du grès, qui pèsent deux mille cinq cents ou trois milliers, mais qui ont toutes la vertu de l'aimant. Quoiqu'elles soient couvertes de mousse , elles ne laissent pas d'attirer le fer et l'acier, à la distance de plus d'un pouce : les côtés exposes à l'air ont la plus forte vertu magnétique, ceux qui sont enfoncés en terre en ont beaucoup moins : ces parties les plus exposées aux injures de l'air sont moins dures , et par conséquent moins propres à être armées. Un gros quartier d'aimant de la grandeur qu'on vient de dire est composé de quantité de petits quartiers d'aimant, qui opèrent en différentes directions. Pour les bien travailler, il faudroit les séparer en les sciant , afin que tout le morceau qui renferme la vertu de chaque aimant particulier conservât son intégrité; on obtiendrait vraisemblablement de cette façon des aimans d'une grande force : mais on coupe des morceaux à tout hasard, et il s'en trouve plusieurs qui ne valent rien du tout, soit parce qu'on travaille un morceau de pierre qui n'a point * de vertu magnétique , ou qui n'en renferme qu'une petite portion, soit que dans un seul morceau il y ait deux ou trois aimans réunis. A la vérité, ces morceaux ont une vertu magnétique ; mais , comme elle n'a pas sa direction vers un même point, il n'est pas étonnant que l'effet d'un pareil aimant soit sujet à bien des variations.
L'aimant de cette montagne , à la réserve te celui qui est exposé * l'air est d'une
grande dureté, taché de noir, et rempli de tubérosités qui ont de petites parties anguleuses, comme on en voit souvent à la surface de la pierre sanguine, dont il ne diffère 3ue par la couleur^; mais souvent , au lieu e ces parties anguleuses , on ne voit qu'une tspèce de terre d'ocre : en général, les aimans qui ont ces petites parties anguleuses ont moins de vertu que les autres. L'endroit de la montagne où sont les aimans est presque entièrement composé d'une bonne mine de fer, qu'on tire par petits morceaux entre les pierres d'aimant. Toute la section de la montague la plus élevée renferme une pareille mine ; mais plus elle s'abaisse moins elle contient de métal. Plus bas, au dessous de la mine d'aimant , il y a d'autres pierres ferrugineuses , mais qui rendoient fort peu de fer, si on vouloit les faire fondre : les morceaux qu'on en tire ont la couleur de métal, et sont très-lourds; ils sont inégaux en dedans , et ont presque l'air de scories : ces morceaux ressemblent assez par l'extérieur aux pierres d'aimant ; mais ceux qu'on tire à huit brasses au dessus du roc n'ont plus aucune vertu. Entre ces pierres , on trouve d'autres morceaux de roc qui paroissent composés de très -petites particules de fer; la pierre par elle-même est pesante , mais fort molle ; les particules intérieures ressemblent à une matière brûlée, et elles n'ont que peu ou point de vertu magnétique. On trouve aussi de temps en temps un minerai brun de fer dans des couches épaisses d'un pouce; mais il rend peu de métal. (Extrait de V Histoire générale des voyages, tome XVIII, pages 141 et suiv.)
Il y a plusieurs autres mines d'aimant en Sibérie dans les monts Poïas. A 10 lieues de la route qui mène de Catherinbourg à Solikamskaia est la montagne de Galazinski; elle a plus de vingt toises de hauteur, et c'est entièrement un rocher d'aimant , d'un brun couleur de fer dur et compacte.
A ao lieues de Solikamskaia on trouve un aimant cubique et verdâtre ; les cubes en sont d'un brillant vif : quand on les pulvérise , ils se décomposent en paillettes brillantes, couleur de feu. Au reste, on ne trouve l'aimant que dans les chaînes de montagnes dont la direction est du sud au nord. (Extrait de Y Histoire générale des voyages, tome XIX, page 47a.)
Dans les terres voisines des confins de la Laponie, sur les limites de la Bothnie4, i deux lieues de Cokluanda, on voit une mine de fer dans laquelle on tire des pierres d'aimant tout-à-fait bonnes. « Nous admirâmes
SECOND
avec bien du plaisir, dit le relateur, les effets surprenans de cette pierre , lorsqu'elle est encore dans le lieu natal : il fallut faire beaucoup de violence pour en tirer des pierres aussi cousidérables que celles que nous voulions avoir; et le marteau dont on se servoit, qui étoit de la grosseur de la cuisse, demeuroil si fixe en tombant sur le ciseau qui étoit dans ta pierre, que celui qui f rapport avoit besoin de secours pour le retirer. Je voulus éprouver cela moi-même ; et ayant
ÉPOQUE. îiî
pris une grosse pince de fer, pareille à celle dont on se sert à remuer les corps les plus pesans, et que j a vois de la peine à soutenir, je rapprochai du ciseau , qui l'attira avec une. violence extrême, et la soutenoit avec une force inconcevable. Je mis une boussole au milieu du trou où étoit la mine, et l'aiguille tournoil continuellement d'une vitesse incroyable. » (OEuvres de Regnard, Paris , t7îa. tome I, page x85.)
TROISIEME ÉPOQUE
Lorsque les eaux ont couvert nos contlnens.
A la date de tren!^ ou trente-cinq mille ans de la formation des planètes , la terre se trouvoit assez attiédie pour recevoir les eaux sans les rejeter en vapeurs. Le chaos de l'atmosphère avoit commencé de se débrouiller : nou seulement les eaux , mais toutes les matières volatiles que la trop grande chaleur y tenoit reléguées et suspendues , tombèrent successivement ; elles remplirent toutes les profondeurs , couvrirent toutes les plaines, tous les intervalles qui se trouvoient entre les éminences de la surface du globe , et même elles surmontèrent tontes celles qui n'éloient pas excessivement élevées. On a des preuves évidentes que les mers ont couvert le continent de l'Europe jusqu'à quinze cenis toises du niveau de la mer actuelle , puisqu'on trouve des coquilles et d'autres productions marines dans les Alpes et dans les Pyrénées jusqu'à cette même hauteur. On a les mêmes preuves pour les coutinens de l'Asie et de l'Afrique ; et même dans celui de l'Amérique, où les montagnes sont plus élevées qu'en Europe, on a trouvé des coquilles marines à plus de deux milles toises de hauteur au dessus du niveau de la mer du Sud. Il est donc certain que, dans ces premiers temps, le diamètre du globe avoit deux lieues de plus, puisqu'il étoit enveloppé d'eau jusqu'à deux mille toises de hauteur. La surface de la terre en général étoit donc beaucoup plus élevée qu'elle ne Test aujourd'hui ; et , pendant une longue suite de temps, les mers l'ont recouverte en entier, à l'exception peut-être de quelques terres très-élevees et des sommets des hautes montagnes, qui seuls surinon-
Porroir, II,
toient cette mer universelle, dont l'élévation étoit au moins à cette hauteur où l'on cesse de trouver des coquilles : d'où l'on doit inférer que les animaux auxquels ces dépouilles ont appartenu peuvent être regardés comme les premiers habitants du globe ; et cette population étoit innombrable , à en juger par l'immense quantité de leurs dépouilles et de leurs détrimens, puisque c'est de ces mêmes dénouilles et de leurs détrimens qu'ont été formées toutes les couches des pierres calcaires, des marbres, des craies, et des tufs qui composent nos collines , et qui s'étendent sur de grandes contrées dans toutes les parties de la terre.
Or , dans les commencemens de ce séjour des eaux sur la surface du globle, n'a voientelles pas un degré de chaleur que nos poissons et nos coquillages actuellement exista us n'auroient pu supporter? et ne devons-nou* pas présumer que les premières productions d'une mer encore bouillante étoient dilïé • rentes de celles qu'elle nous offre aujourd'hui ? Cette grande chaleur ne pouvoit convenir qu'à d'autres natures de coquillages et de poissons ; et par conséquent c'est aux premiers temps de cette époque, c'est-à dire depuis trente jusqu'à quarante mille aus de la formation de la terre, que l'on doit rapporter l'existence des espèces perdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivans. Ces premières espèces, maintenant anéanties, ont subsisté pendant les dix ou quinze mille aus qui ont suivi le temps auquel les eaux venoient de s'établir.
El l'on ne doit point être étonné de ce que j'avance ici , qu'il v a eu des poissons
et d'autTfcs animaux aquatiques capables de supporter, un degré de chaleur beaucoup plus grand qne celui de la température actuelle de nos mers méridionales, puisqu'encore anjouTd'hui nous connoissons des espèces de poissons et de plantes qui vivent et végètent dans des eaux presque bouillantes , ou du moins chaudes jusqu'à 5o ou 60 degrés du thermomètre *.
Mais, pour ne pas perdre le fil des grands et nombreux phénomènes que nous avons à exposer, reprenons ces temps antérieurs où les eaux, jusqu'alors réduites en vapeurs, se sont condensées , et ont commencé de tomber sur la terre brûlante , aride , desséchée , crevassée par le feu. Tâchons de nous représenter les prodigieux effets qui ont accompagné et suivi cette chute précipitée des matières volatiles, toutes séparées, combinées, sublimées, dans le temps de la consolidation, et pendant le progrès du premier refroidissement. La séparation de l'élément de l'air et de l'élément de l'eau , le choc des vents et des flots qui tomboient en' tourbillons sur une terre fumante ; la dépuration de l'atmosphère qu'auparavant les rayons]du soleil ne pouvoient pénétrer; celte même atmosphère obscurcie de nouveau par les nuages d'une épaisse fumée ; la cohobalion mille fois répétée , et le bouillonnement continuel des eaux tombées et rejetées alternativement, enfin la lessive de l'air, par l'abandon des matières volatiles précédemment sublimées, qui toutes s'en séparèrent et descendirent avec plus ou moins de précipitation : quels mouvements, quels tempêtes ont dû précéder, accompagner, et suivre, l'établissement local de chacun de ces élémens ! et ne devons-nous pas rapporter à ces premiers momens de choc et d'agitation les bouleversemens, les premières dégradations , les irruptions, et les changements qui ' ont donné une seconde forme à la plus grande partie de la surface de la terre ? Il est aisé de sentir que les eaux qui la couvroient alors presque tout entière , étant continuellement agitées par la rapidité de leur chute, par l'action de la lune sur l'atmosphère et sur les eaux déjà tombées, par la violence des vents , etc., auront obéi à toutes ces impulsions, et que, dans leurs mouvements, elles auront commencé par sillonner plus à fond les vallées de la terre, par renverser les éminences les moins solides, rabaisser les crêtes des montagnes , percer leurs chaînes dans les points les plus foibles ; et qu'après