Voyez les Additions de Bu/fon, page
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
leur établissement ces mêmes eaux se tout ouvert des routes souterraines , qu'elles ont miné les voûtes des cavernes , fes ont fait écrouler, et que par conséquent ces mêmes eaux se sont abaissées successivement pour remplir les nouvelles profondeurs qu elles venoient de former. Les cavernes etoient l'ouvrage du feu : l'eau , dès son arrivée , a commencé par les attaquer ; elle les a détruites , et continue de les détruire encore. Nous devons donc attribuer l'abaissement des eaux à l'affaissement des cavernes, comme la seule cause qui nous soit démontrée par les faits.
Voilà les premiers effets produits par la masse, par le poids, et par le volume de l'eau; mais elle en a produit d'autres par sa seule qualité : elle a saisi toutes les matières qu'elle pou voit délayer et dissoudre ; elle s'est combinée avec l'air, la terre, et le feu, pour former les acides , les sels , etc. ; elle a converti les scories et les poudres du verre primitif en argiles ; ensuite elle a , par son mouvement, transporté de place en place ces mêmes scories et toutes les matières qui se trouvoient réduites en petits volumes. Il s'est donc fait dans cette seconde période, depuis trente - cinq jusqu'à cinquante mille ans , un si grand changement à la surface du globe , que la, mer universelle , dTabord très-élevée, s'est successivement abaissée pour remplir les profondeurs occasionées par l'affaissement des cavernes, dont les voûtes naturelles , sapées ou percées par faction et le feu de ce nouvel élément, ne pouvoient plus soutenir le poids cumulé des terres et des eaux dont elles étoient chargées. A mesure qu'il se faisoit quelque grand affaissement par la rupture d'une ou de plusieurs cavernes , la surface de la terre se déprimant en ces endroits , Fean arrivoit de toutes parts pour remplir cette nouvelle profondeur, et
Sar conséquent la hauteur générale des mers iminuoit d'autant ; en sorte qu'étant d'abord à deux mille toises d'élévation la mer a successivement baissé jusqu'au niveau où nous la voyons aujourd'hui.
On doit présumer que les coquilles et les autres productions marines, que Ton trouve à de grandes hauteurs au dessus du niveau actuel des mers , sont les espèces les plus anciennes de la nature ; et il seroit important pour Fhistoire naturelle de recueillir un assez grand nombre de ces productions de la mer, qui se trouvent à celte plus grande hauteur, et de les comparer avec celles qui sont dans les terrains plus bas. Nous sommes assurés que les coquilles dont nos collinei
TROISIÈME
sont composées appartiennent en partie à des espèces " inconnues , c'est-à-dire à des espèces dont aucune mer fréquentée ne nous offre les analogues vivans. Si jamais on fait un recueil de ces pétrifications prises à la plus grande élévation dans les montagnes , on sera peut-être en étal de prononcer sur l'ancienneté plus ou moins grande des espèces relativement aux autres. Tout ce que nous pouvons en dire aujourd'hui c'est que quelques-uns des monuments qui nous démontrent l'existence de certains animaux terrestres et marins dont nous ne connoissons pas les analogues vivans, nous montrent en même temps que ces animaux étoient beaucoup plus grauds qu'aucune espèce du même genre actuellement subsistante. Ces grosses dents molaires à pointes mousses, du poids de onze ou doUze livres ; ces cornes d'ammon, de sept à huit pieds de diamètre sur un pied d'épaisseur, dont on trouve les moules pétrifiés, sont certainement des êtres gigantesques dans le genre des animaux quadrupèdes et dans celui des coquillages, La nature étoit alors dans sa première force, et travailloit la matière organique et vivante avec une puissance plus active dans une température plus chaude : cette matière organique étoit plus divisée, moins combinée avec d'autres matières, et pouvoit se réunir et se combiner avec elle-même en plus grandes masses, pour se développer en plus grandes dimensions. Cette cause est suffisante pour rendre raison de tontes les productions gigantesques qui paroissent avoir été fréquentes dans ces premiers âges du monde «.
En fécondant les mers, la nature répandoit aussi les principes de vie sur toutes les terres que l'eau rfavoit pu surmonter, ott qu'elle avoit promptement abandonnées ; et ces terres, comme les mers, ne pouvoient être peuplées que d'animaux et de végétaux capables de supporter nne chaleur plus grande que celle qui convient aujourd'hui à la nature vivante. Nous avons des monumens tirés du sein de la terre , et particulièrement du fond des minières de charbon et d'ardoise , qui nous démontrent que quelquesuns des poissons et des végétaux que ces matières contiennent ne sont pas des espèces actuellement existantes 3. On peut donc croire que la population de la mer en animaux n'est pas plus ancienne que celle de la terre en végétaux : les monumens et les
i* Voyez les Additions de Baffon, p. t*5. a. Voyea les Additions de Btiffon, j». 1*7,
ÉPtfQUE. nS
témoins sont plus nomoreux , plus évident pour la mer ; mais ceux qui déposent pour fa terre sont aussi certains, et semblent nous démontrer que ces espèces anciennes dans les animaux marins et dans les végétaux terrestres se sont anéanties, ou plutôt ont cessé de se multiplier, dès que la terre et la mer ont perdu la grande chaleur nécessaire à l'effet de lenr propagation.
Les coquillages ainsi que les végétaux de ce premier temps s'étant prodigieusement multipliés pendant ce long espace de vingt mille ans , et la durée de leur vie n'étant que de peu d'années, les animaux à coquilles , les polypes des coraux , des madré* pores, des astroïtes, et tous les petits animaux qui convertissent l'eau de la mer en pierre, ont, à mesure qu'ils périssoient» abandonné leurs dépouilles et leurs ouvrages aux caprices des eaux : elles auront transporté, brisé, et déposé ces dépouilles en mille et mille endroits ; car c'est dans ce même temps que les mouvements des marées et des vents réglés ont commencé de former les couches horizontales de la surface de la terre par les séditnens et le dépôt des •aux ; ensuite les courans ont donné à toutes les collines et à toutes les montagnes de médiocre hauteur des directions correspondantes ; en sorte que leurs angles saillant sont toujours opposes à des angles rentrant. Nous ne répéterons pas ici ce que noos avons dit à ce sujet dans notre T/iéorie de la terre , et nous nous contenterons d'assurer que cette disposition générale de la surface du globe par angles correspondons f ainsi que sa composition par couches horizontales , ou également et parallèlement inclinées, Remontrent évidemment que la structure et la forme de la surface actuelle de la terre ont été disposées par les eaux , et produites par leurs sédimens. Il n'y a eu que les crêtes et les pics des plus hautes montagnes qui peut-être se sont trouvés hors d'atteinte aux eaux, ou n'en ont été surmontés que pendant un petit temps , et sur lesquels par conséquent la mer n'a point laissé d'empreintes : mais , ne pouvant les attaquer par leur sommet , elle les a prises par la base ; elle a recouvert ou miné les parties inférieures de ces montagnes primitives ; elle les a environnées de nouvelles matières, ou bien elle a percé les voûtes qui les soutenoient ; souvent elle les a fait pencher ; enfin elle a transporté dans leurs cavités intérieures les matières combustible* provenant du détriment des végétaux , ainsi que les matières pyriteuses, bkumiaeuses,
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et minérales , pures ou mêlées de terres et de sédiroens de toute espèce.
La production des argiles paroît avoir précédé celle des coquillages; car la première opération de l'eau a été de transformer les scories et les poudres de verre en argiles : aussi les lits d'argiles se sont formés quelque temps avant les bancs de pierres calcaires; et Ton voit que ces dépôts de matières argileuses ont précédé ceux des matières calcaires, car presque partout les rochers calcaires sont posés sur des glaises qui leur servent de base. Je n'avance rien ici qui ne soit démontré par l'expérience, ou confirmé par les observations ; tout le monde pourra s'assurer par des procédés aisés à répéter, que le verre et le grès en poudre se convertissent en peu de temps en argile, seulement en séjournant dans l'eau « ; c'est d'après cette connaissance que j'ai dit, dans ma Théorie de la terre, que les argiles n'étoient que des sables vitrescibles décomposés et pourris. J'ajoute ici que c'est probablement à cette décomposition du sable vitrescible dans l'eau qu'on doit atribuer l'origine de l'acide ; car le principe acide qui se trouve dans l'argile peut être regardé comme une combinaison de terre vitrescible avec le feu, l'air, et l'eau; et c'est ce même principe acide qui est la première causé de la ductilité de l'argile et de toutes les autres matières, sans même en excepter les bitumes, les huiles , et les graisses , qui ne sont ductiles et ne communiquent de la ductilité aux autres matières que parce qu'elles contiennent des acides.
Après la chute et l'établissement des eaux bouillantes sur la surface du globe , la plus grande partie des scories de verre qui la couvroient en entier ont donc été converties en assez peu de temps en argiles : tous les mouvemens de la mer ont contribué à la prompte formation de ces mêmes argiles, en remuant et transportant les scories et les poudres de verre, et les forçant de se présenter à l'action de l'eau dans tous les sens; et, peu de temps après, les argiles formées par l'intermède et l'impression de 4'eau ont successivement été transportées et déposées au dessus de la roche primitive du globe , c'est-à-dire au dessus de la masse solide de matières vitrescibles qui en fait 4e fond , et qui , par sa ferme consistance et sa dureté , «voit résisté à cette même action des eaux.
Ja décomposition des poudres et des sables vitrescibles et la production desargi-