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I. Voyei les Addition» de Buffon, page i*g

BE LA NATURE

les, se sont faites en d'autant moins de temps que l'eau étoit plus chaude : cette décomposition a continué de se faire et se fait encore tous les jours , mais plus lentement et en bien moindre quautilé ; car, quoique les argiles se présentent presque partout comme enveloppant le globe, quoique souvent ces couches d'argiles aient cent et deux cents pieds d'épaisseur, quoique les rochers de pierres calcaires et toutes les collines composées de ces pierres soient ordinairement appuyés sur des couches argileuses, on trouve quelquefois au dessous de ces mêmes couches des sables vitrescibles qui n'ont pas été4 convertis et qui conservent le caractère de leur première origine. Il y a aussi des sables vitrescibles à la superficie de la terre et sur celle du fond des mers : mais la formation de ces sables vitrescibles qui se présentent à l'extérieur est d'un temps bien

Sostérieur à la formation des autres sables e même nature qui se trouvent à de grandes profondeurs sous les argiles ; car ces sables qui se présentent à la superficie de la terre ne sont que les détriments des granités, des grès, et de la roche vitreuse, dont les masses forment les noyaux et les sommets des montagnes, desquelles les pluies, la gelée , et les autres agens extérieurs , ont détaché et détachent encore tous les jours de petites parties, qui sont ensuite entraînées et déposées par les eaux courantes sur la surface de la terre : on doit donc regarder comme très-récente, en comparaison de l'an, tre, cette production des sables vitrescibles qui se présentent sur le fond de la mer ou à la superficie de la terre.

Ainsi les argiles et l'acide qu'elles contiennent ont été produits très- peu de temps après l'établissement des eaux, et peu de temps avant la naissance des coquillages; car nous trouvons dans ces mêmes argiles une infinité de bélemnites, de pierres leuticulaires, de cornes d'ammon, et d'autres échantillons de ces espèces i>erdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivans. J'ai trouvé moi-même dans une fouille que j'ai fait creuser à cinquante pieds de profondeur, au plus bas d'un petit vallon * tout composé d'argile, et dont les collines voisines étoient aussi d'argile jusqu'à quatrevingt pieds de hauteur; j'ai trouvé, dis-jc, des bélemnites qui avoient huit pouces de long sur -près d un pouce de diamètre, et dont quelques-unes étoient attachées à une partie plate et mince comme l'est le têt des

2. Ce petit Talion est tout voisin de la ville de Montbard au midi,

TROISIÈME ÉPOQUE

crustacés. J'y al trouvé de même un graad nombre de cornes d'ammon pyriteuses et bronzées, et des milliers de pierres lenticulaires. Ces anciennes dépouilles étoienl , comme Ton voit, enfouies dans l'argile à cent trente pieds de profondeur ; car, quoi-

3u'on n'eût creusé qu'à cinquante pieds ans cette argile au mdieu du vallon, ri est certain que l'épaisseur de cette argile étoit originairement de cent trente pieds , puisque les couches en sont élevées des deux côtés à quatre-vingts pieds de hauteur au dessus : cela me fut démontré par la correspondance de ces couches et par celle des bancs de pierres calcaires qui les surmontent de chaque côté du vallon. Ces bancs calcaires ont cinquante-quatre pieds d'épaisseur, et leurs différens lits se trouvent correspondans et posés horizontalement à la même hauteur au dessus de la couche immense d'argile qui leur sert de base et s'étend sous les collines calcaires de toute cette contrée.

Le temps de la formation des argiles a doue immédiatement suivi celui de l'établissement des eaux ; le temps de la formation des premiers coquillages doit être placé quelques siècles après ; et le temps du transport de leurs dépouilles a suivi presque immédiatement : il n'y a eu d'intervalle qu'autant que la nature en a mis entre la naissance et la mort de ces animaux à coquilles. Comme l'impression de l'eau convertissoit chaque jour les sables vitrescibles en argiles, et que son mouvement les transportait de place en place, elle entrai noit en même temps les coquilles et les autres dépouilles et débris des productions marines , et déposant le tout comme des sédimens , elle a formé dès lors les couches d'argile où nous trouvons aujourd'hui ces monumens, les •lus anciens de la nature organisée , dont

les modèles ne subsistent plus. Ce n'est pas qu'il n'y ait aussi dans les argiles des coquilles dont l'origine est moins ancienne, et même quelques espèces que l'on peut comparer avec celles de nos mers , et mieux encore avec celles des mers méridionales ; mais cela n'ajoute aucune difficulté à nos explications , car l'eau n'a pas cessé de convertir en argiles toutes les scories de verre et tous les sables vitrescibles qui se sont présentés à son action : elle a donc formé des argiles en grande quantité dès qu'elle s'est emparée de la surface de la terre : elle a continué et continue encore de produire le même effet ; car la mer transporte aujourd'hui ces vases avec les dépouilles des coquillages actuellement vivans , comme elle a autrefois trans-

porté ces mêmes vases avec les dépouilles des cou ui liages alors existans.

La formation des schistes , des ardoises , des charbons de terre , et des matières bitumineuses , date à peu près du même temps : ces matières se trouvent ordinairement dans les argiles à d'assez grandes profondeurs; elles paraissent même avoir précédé l'établissement local des dernières couches d'ar • gile , car au dessous de cent trente pieds d'argile dont les lits contenoient des bclemnites , des cornes d'ammon , et d'autres débris des plus anciennes coquilles, j'ai trouvé des matières charbonneuses et inflammables, et Ton sait que la plupart des mines de charbon de terre sont plus ou moins surmontées par des couches de terres argileuses. Je crois même pouvoir avancer que c'est dans ces terres qu'il faut chercher les veines de charbon, desquelles la formation est un peu plus ancienne que celle des couches extérieures des terres argileuses qui les surmontent : ce qui le prouve , c'est que les veines de ces charbons de terre sont presque toujours inclinées,, tandis que celles des argiles, ainsi que Coûtes les autres couches extérieures du globe, sont ordinairement horizontales. Ces dernières ont donc été formées par le sédiment des eaux qui s'est déposé de nouveau sur une base horizontale, tandis que les autres , puisqu'elles sout inclinées , semblent avoir été amenées par un courant sur un terrain en pente. Ces veines de charbon ,

3ui toutes sout composées de végétaux mêlés e plus ou moins de bitume , doivent leur origine aux premiers végétaux que la terre a formés : toutes les parties du globe qui se trouvoient élevées au dessus des eaux produisirent, dès les premiers temps, une infinité de niantes et d'arbres de toute espèce, lesquels bientôt tombant de vétusté furent entraînés par les eaux , et formèrent des dépôts de matières végétales en une infinité d'endroits ; et comme les bitumes et les autres huiles terrestres paroissent provenir des substauces végétales et animales, qu'en même temps l'acide provient de la décomposition du sable vitrescible par le feu, l'air, et l'eau, et qu'enfin il entre de l'acide dans la composition des bitumes, puisqu'avec uue huile végétale et de l'acide on peut faire du bitume, il paroi t que les eaux se sont dès lors mêlées avec ces bitumes et s'en sont imprégnées pour toujours ; et comme elles transportent incessamment les arbres et les autres matières végétales descendues des hauteurs de la terre, ces matières végétales ont continué de se mêler avec les bitumes

n8 DES ÉPOQUES DE LA NATURE.

déjà formés des résidus des premiers végétaux ; et la mer, par sou mouvement et par ses courans , les a remuées , transportées et déposées sur les éminences d'argile qu'elle avoit formées précédemment.

Les couches d'ardoises, qui contiennent aussi des végétaux et même des poissons , ont été formées de la même manière , ei l'on peut en donner des exemples qui sont, pour ainsi dire, sous nos yeux. Ainsi les ardoisières et les mines de charbon ont ensuite été recouvertes par d'autres couches de terres argileuses que la mer a déposées dans des temps postérieurs : il y a même eu des intervalles considérables et des alternatives de mouvement entre l'établissement des différentes couches de charbon dans le même terrain ; car on trouve souvent au dessous de la première couche de charbon une veine d'argile ou d'autre terre qui suit la même inclinaison, et ensuite on trouve assez communément une seconde couche de charbon inclinée comme la première, et souvent une troisième, également séparées l'une de l'autre par des veines de terre, et quelquefois même par des bancs de pierre calcaire , comme dans les mines de charbon du Hainaut. L'on ne peut donc pas douter que les couches les plus basses de charbon n'aient été produites, les premières, par le transport des matières végétales amenées par les eaux ; et lorsque le premier dépôt d'où la mer enlevoil ces matières végétales se trouvoit épuisé, le mouvement des eaux continuoit de transporter au même lieu les terres ou les autres matières qui environnoient ce dépôt : ce sont ces terres qui forment au-' jourd'hui la Veine intermédiaire entre les deux couches de charbon ; ce qui suppose que l'eau amenoit ensuite , de quelqu'autre dépôt, des matières végétales pour former la seconde couche de charbon. J'entends ici par couches la veine entière de charbon prise dans toute son épaisseur, et non pas les petites couches ou feuillets dont la substance même du charbon est composée , et qui souvent sont extrêmement minces : ce sont ces mêmes feuillets , toujours parallèles entre eux, qui démontrent que ces masses de charbon ont été formées et déposées par le sédiment et même par la si i liât ion des eaux imprégnées de bitume ; et cette même forme de feuillets se trouve dans les nouveaux charbons dont les couches se forment par stillation, aux dépens des couches les plus anciennes. Ainsi les feuillets du charbon de terre ont pris leur forme par deux causes combinées : la première est le dépôt tou-

jours horizontal de l'eau ; et la seconde, la disposition des matières végétales, qui tendent à faire des feuillets ». Au surplus , ce sont les morceaux de bois, souvent entiers, et les détriments très-reconnoissables d'autres végétaux, qui prouvent évidemment que la substance de ces charbons de terre n'est cju'un assemblage de débris de végétaux liés ensemble par des bitumes.

La seule chose qui pourroit être difficile à concevoir, c'est l'immense quantité de débris de végétaux que la composition de ces mines de charbon suppose ; car elles sont très-épaisses , très-étendues , et se trouvent en une infinité d'endroits : mais si l'on fait attention à la production peut-être encore plus immense de végétaux]qui s'est faite pendant vingt ou vingt-cinq mille ans, et si l'on pense en même temps que l'homme n'étant pas encore créé , il n'y avoit aucune destruction des végétaux par le feu, on sentira qu'ils ne pouvoient manquer d'être emportés par les eaux , et de former en mille endroits différens des couches très- étendues de matière végétale. Ou peut se faire une idée en petit de ce qui est alors arrivé en grand : quelle énorme quantité de gros arbres certains fleuves, comme le Mississipi, n'entrainent-ils pas dans la mer ! le nombre de ces arbres est si prodigieux, qu'il empêche , dans certaines saisons , la navigation de ce large fleuve : il en est de même sur la rivière des Amazones, et sur la plupart des grands fleuves des continens déserts ou mal peuplés. On peut donc penser, par cette comparaison, que toutes les terres élevées au dessus des eaux étant dans le commencement couvertes d'arbres et d'autres végétaux que rien ne detruisoit que leur vétusté , À s est fait, dans cette longue période de temps, des transports successifs de tous ces végétaux et de leurs détrimens, entrâmes par les eaux courantes du haut des montagnes jusqu'aux mers. Les mêmes contrées inhabitées de l'Amérique nous en fournissent un exemple frappant : on voit à la Guiane des forêts de palmiers lataniers de

{ïlusieurs lieues d'étendue, qui croissent dans es espèces de marais qu'on appelle des savanes noyées, qui ne sont que des appendices de la mer ; ces arbres, après avoir vécu leur âge , tombent de vétusté , et sont emportés par le mouvement des eaux. Les fo rets plus éloignées de la mer et qui couvrent toutes les hauteurs de l'intérieur du pays ,

i. Voye* l'expirîene de M. de Morvean *ur une concrétion blunche qui est devenue du charboi «U terre ngjr et feuilleté, ,

sont moins peuplées d'arbres sains et vigoureux que jonchées d'arbres décrépits et à demi nourris. Les voyageurs qui sont obligés de passer la nuit dans ces bois ont soin d'examiner le lieu qu'ils choisissent pour gîle, afin de reconnoilre s'il n'est environné que d'arbres solides , et s'ils ne courent pas ■.risque d'être écrasés pendant leur sommeil par la chute de quelques arbres pourris sur pied ; et la chute de ces arbres en grand nombre est très-fréquente : un seul coup de vent fait souvent un abatis si considérable qu'on en entend le bruit à de très-grandes distances. Ces arbres, roulant du haut des montagnes, en renversent quantité d'autres, et ils arrivent ensemble dans les lieux les plus bas , où ils achèvent de pourrir, pour former de nouvelles couches de terre végétale ; ou bien ils sont entraînés par les eaux courantes dans les mers voisines, pour aller former au loin de nouvelles couches de charbon fossile.

Les détrimens des substances végétales sont donc le premier fonds des mines de charbon; ce sont des trésors que la nature semble avoir accumulés d'avance pour les besoins à venir des grandes populations. Plus les hommes se multiplieront , pins les forêts diminueront; les bois ne pouvant plus suffire à leur consommation , ils auront recours à ces immenses dépôts de matières combustibles , dont l'usage leur deviendra d'autant plus nécessaire que le globe se refroidira davantage ; néanmoins ils ne les épuiseront jamais , car une seule de ces mines de charbon contient peut-être plus de matière combustible que toutes les forêts d'une vaste contrée.

) L'ardoise, qu'on doit regarder comme une argile durcie, est formée par couches qui contiennent de même du bitume et des végétaux, mais en bien plus petite quantité ; et en même temps elles renferment souvent des coquilles, des crustacés et des poissons, qu'on ne peut rapporter à aucune espèce connue. Ainsi l'origine des charbons et des ardoises date du même temps ; la seule différence qu'il y ait entre ces deux sortes de matières , c'est que les végétaux composent la majeure partie de la substance des charbons de terre , au lieu que le fonds de la 'substance de l'ardoise est le même u^ue celui 'de l'argile , et que les végétaux , ainsi que îles poissons, ne paroissent s'y trouver qu'ae- 'cidentollement et en assez petit nombre : mai» toutes deux contiennent du bitume, et sont formées par feuillets ou par couches Ircs-minces , toujours parallèles entre elles ;

iKOfîSIÈME ÉPOQTÏE 119

ce qui démontre clairement qu'elles ont également été produites par les sédimens successifs d'une eau tranquille , et dont les oscillations étoient parfaitement réglées, telles 3ue sont celles de nos marées ordinaires ou es courans constans des eaux.

Reprenant donc pour un instant tout ce que je viens d'exposer, la masse du globe terrestre , composée de verre en fusion , ne présentait d'abord que des boursoufflures et les cavités irrégulières qui se forment à la superficie de toute matière liquéfiée par le feu et dont le refroidissement resserre les

Sarties. Pendant ce temps et dans le progrès u refroidissement , les élémens se sont séparés, les liquations et les sublimations des substances métalliques et minérales se sont faites , elles ont occupé les cavités des terres élevées et les fentes perpendiculaires des montagnes ; car ces pointes avancées au dessus de la surface du globe s'étant refroidies les premières , elles ont aussi présenté aux élémens extérieurs les premières fentes produites par le resserrement de la matière qui se refroidissoit. Les métaux et les minéraux ont été poussés par la sublimation , ou déposés par les eaux , dans toutes ces fentes , et. c'est par cette raison qu'on les trouve presque toutes dans les hautes montagnes , et qu'on ne rencontre dans les terres plus basses que des mines de nouvelle formation : peu de temps après, les argiles se sont formées, les premiers coquillages el les premiers végétaux ont pris naissance; et , à mesure qu'ils ont péri , leurs dépouilles et leurs détrimens ont fait les pierres calcaires, et ceux des végétaux ont produit les bitumes et les charbons ; et en même temps les eaux , par leur mouvement et par leurs sédimens , ont composé l'organisation de la surface de ta terre par couches horizontales; ensuite les eourans de ces mêmes eaux lui ont donné sa force extérieure par angles salllans et rentrons; et ce n'est pas trop étendre le temps nécessaire pour toutes ces grandes opérations et ces immenses constructions de la nature , que de compter vingt mille ans depuis la naissance des premiers coquillages et des premiers végétaux : ils étoient déjà • très-multiplés , très-nombreux , à la date de quarante-cinq mille ans de la formation de la terre ; et comme les eaux , qui d'abord étoient si prodigieusement élevées, s'abaissèrent successivement et abandonnèrent les terres qu'elles surmontoient auparavant , ces terres présentèrent dès lors une surface toute jonchée de productions marines.

La durée du temps pendant lequel les eaux

tao DES ÉPOQUES

couvraient nos continens a été très-longue; l'on n'en peut pas douter en considérant l'immense quantité de productions marines qui se trouvent jusqu'à d'assez grandes profondeurs et à de très-grandes hauteurs dans toutes les parties de la terre : et combien ne devons-nous pas encore ajouter de durée à ce temps déjà si long, pour que ces mêmes productions marines aient été brisées, réduites en poudre, et transportées par le mouvement des eaux, pour former ensuite les marbres , les pierres calcaires, et les craies! Cette longue suite de siècles , cette durée de vingt mille ans , me paroît encore trop courte pour la succession des effets que tous ces mouvemens nous démontrent.

Car il faut se représenter ici la marche de la nature, et même se rappeler l'idée de ses moyens. Les molécules organiques vivantes ont existé dès que les élemens d'une chaleur douce ont pu s'interposer avec les substances qui composent les corps organisés; elles ont produit sur les parties élevées du globe une infinité de végétaux, et dans les eaux un nombre immense de coquillages, de crustacés, et de poissons, qui se sont bientôt multipliés par la voie de la génération. Celte multiplication des végétaux et des coquillages, quelque rapide qu'on puisse la supposer , n'a pu se faire que dans un grand nombre de siècles , puisqu'elle a produit des volumes aussi prodigieux que le sont ceux de leurs détrimens. En effet, pour juger de ce qui s'est passé, il faut considérer ce qui se passe : or ne faut-il pas bien des années pour que des huîtres qui s'amoncèlent dans quelques endroits de la mer s'y multiplient en assez grande quantité pour former une espèce de rocher ? Et combien n'a-t-il pas fallu de siècles pour que toute la matière calcaire de la surface du globe ait été produite ? Et n'est-on pas forcé d'admettre non seulement des siècles , mais des siècles de siècles, pour que ces productionsmarines aient été non seulement réduites en {>oudre , mais transportées et déposées par es eaux , de manière à pouvoir former les craies, les marnes, les marbres, et les pierres calcaires? Et combien de siècles encore ne faut-il pas admettre pour que ces mêmes* matières calcaires, nouvellement déposées par les eaux , se soient purgées de leur humidité superflue , puis sechées et durcies au point qu'elles le sont aujourd'hui et depuis si long-temps ?

Comme le globe terrestre n'est pas une sphère parfaite, qu'il est plus épais sous 1 équateur que sous les pôles , et que l'action

DE LA NATURE

du soleil est aussi bien plus grande dans les climats méridionaux , il en résulte que les contrées polaires ont été refroidies plus tôt

3ue celles de l'équateur. Ces parties polaires e la terre ont donc reçu les premières les eaux et les matières volatiles qui sont tombées de l'atmosphère : le reste de ces eaux a dû tomber ensuite sur les climats que nous appelons tempérés , et ceux de l'équateur auront été les derniers abreuvés. Il s'est passé bien des siècles avant que les parties de l'équateur aient été assez attiédies pour admettre les eaux ; l'équilibre et même l'occupation des mers a donc été long-temps à se former et à s'établir, et les premières inondations ont dû venir des deux pôles. Mais nous avons remarqué z que tous les continent terrestres finissent en pointe vers les régions australes : ainsi les eaux sont venues en plus grande quantité du pôle austral que du pôle boréal , d'où elles ne pouvoient que refluer et non pas arriver, du moins avec autant de force ; sans quoi les continens auraient pris une forme toute différente de celle qu'ils nous présentent; ils se seroient élargis vers les plages australes, au lieu de se rétrécir. En effet, les contrées du pôle austral ont dû se refroidir plus vite que celles du pôle boréal , et par conséquent recevoir plus tôt les eaux de l'atmosphère, parce que le soleil fait un peu moins de séjour sur cet hémisphère austral que sur le boréal ; et celte cause me paroît suffisante pour avoir déterminé le premier mouvement des eaux, et le perpétuer ensuite assez longtemps pour avoir aiguisé les pointes de tous les continens terrestres.

D'ailleurs il est certain que les deux continens n'étoient pas encore séparés vers notre nord , et que même leur séparation ne s'est faite que long -temps après l'établissement de la nature vivante dans nos climats septentrionaux, puisque les éléphant ont en même temps existé en Sibérie et au Canada; ce qui prouve invinciblement la continuité de l'Asie ou de l'Europe avec l' Amérique, tandis qu'au contraire il paroît' également certain que l'Afrique étoit, dès les premiers temps, séparée de l'Amérique méridionale , puisqu'on n'a pas trouvé dans cette partie du Nouveau- Monde un seul des animaux de l'ancien continent, ni aucune dépouille qui puisse indiquer qu'ils y aient autrefois existé. Il paroît Sue les élépnans dont on trouve Ses ossemens ans l'Amérique septentrionale y sont dé-

t. Voyez tome I, Théorie de la terre, article

Géographie.

TROISIÈME

Ihèurés confinés ; qu'ils n'ont pu franchir les hautes montagnes qui sont au sud de l'isthme de Panama , et qu'ils n'ont jamais pénétré dans les vastes contrées de l' Amérique méridionale : mais il est encore plus certain que les mers qui séparent l'Afrique et l'Amérique existaient avant la naissance des éléphans en Afrique ; car si ces deux continens eussent été contigus, les animaux de Guinée se trouveroient au Brésil , et Ton • eût trouvé des dépouilles de ces animaux dans l'Amérique méridionale , comme l'on en trouve dans le terres de l'Amérique septentrionale.

Ainsi , dès l'origine et dans le commencement de la nature vivante, les terres les plus élevées du globe et les parties de notre nord ont été les premières peuplées par les espèces d'animaux terrestres auxquels la grande chaleur convient le mieux : les régions de l'équateur sont demeurées loug - temps désertes , et même arides et sans mers. Les terres élevées de la Sibérie, de la Tar tarie, et de plusieurs autres endroits de l'Asie , toutes celles de l'Europe qui forment la chaîne des montagnes de Galice, des Pyrénées, de l'Auvergne, des Alpes, des Apennins, de Sicile, de la Grèce, et de la Macédoine, ainsi que les monts Riphées, Ry tuniques, etc. , ont été les premières contrées habitées, même pendant plusieurs siècles, tandis que toutes les terres moins élevées étoient encore couvertes par les eaux.

Pendant ce loug espace de durée que la mer a séjourné sur nos terres , les sédimens et les dépôts des eaux ont formé les couches horizontales de la terre, les inférieures d'argiles , et les supérieures de pierres calcaires. C'est dans la mer même que s'est opérée la

Eétrification des marbres et des pierres : d'aord ces matières étoient molles , ayant été successivement déposées les unes sur les autres, à mesure que les eaux les amenoient et les laissaient tomber en forme de sédiment ; ensuite elles se sont peu à peu durcies par la force de l'affinité de leurs parties 1 constituantes, et enfin elles ont formé toujtes les masses des rochers calcaires, qui sont 1 composées de couches horizontales ou également inclinées, comme le sont toutes les autres matières déposées par les eaux.

C'est dès les premiers temps de cette même période de durée que se sont déposées les argiles où se trouvent les débris des anciens coquillages ; et ces animaux à coquilles n'étoient pas les seuls alors existans dans la mer; car, indépendamment des coquilles, on trouve des débris de crustacés . des pointes

ÉPOQUE. m

d'oursins , des vertèbres d'étoiles , dans ces mêmes argiles ; et dans les ardoises , qui ne sont que des argiles durcies et mêlées d'un peu de bitume, on trouve, ainsi. que dans les schistes, des impressions entières et trèsbien conservées de plantes, de crustacés, et de poissons de différentes grandeurs : enfin, dans les minières de charbon de terre, la masse entière de charbon ne paraît composée que de débris de végétaux. Ce sont là les plus anciens monumens de la nature vivante, et les premières productions organisées tant de la mer que de la terre.

Les régions septentrionales, et les parties les plus élevées du globe, et surtout les sommets des montagnes dont nous avons fait rénumération, et oui, pour la plupart, ne présentent aujourd'hui que des faces sèches et des sommets stériles , ont donc autrefois été des terres fécondes , et les premières où la nature se soit manifestée , parce que ces parties du globe ayant été bien plus tôt refroidies que les terres plus tasses ou plus voisines de l'équateur, elles auront les premières reçu les eaux de l'atmosphère et toutes les autres matières qui pouvoient contribuer à la fécondation. Ainsi l'on peut présumer qu'avant l'établissement fixe des mers toutes les parties de la terre qui se trouvoient supérieures aux eaux ont été fécondées, et qu'elles ont dû, dès lors et dans ce temps, produire les plantes dont nous retrouvons aujourd'hui les impressions dans les ardoises , et toutes les substances végétales qui composent les charbons de terre.

Dans ce même temps où nos terres étoieul couvertes par la mer, et tandis que les bancs calcaires de nos collines se formoient des détrimens de ses productions, plusieurs monumens nous indiquent qu'il se détachoit du sommet des montagnes primitives, et des autres parties découvertes du globe, une grande quantité de substances vitrescibles , lesquelles sont venues par alluvion , c'est-àdire par le transport des eaux , remplir les fentes et les autres intervalles que les masses calcaires laissoient entre elles. Ces fentes perpendiculaires, ou légèrement inclinées dans les bancs calcaires, se sont formées par le resserrement de ces matières calcaires , lorsqu'elles se sont séchées et endurcies, de la même manière mie s'étoient faites précédemment les premières fentes perpendiculaires dans les monlagnes vitrescibles produites par le feu , lorsque ces matières se sont resserrées par leur consolidation. Les pluies, les vents, et les autres agens extérieurs . avoivnt déjà détaché de ces masses

lia DES ÉPOQUES DE LA NATURE,

vitrescibles une grande quantité de petits

fragmens que Les eaux transportoient en différons endroits. En cherchant des mines de fer dans des collines de pierres calcaires, j'ai trouvé plusieurs fentes et cavités remplies de mines de fer en grains , mêlées de sable vitrescible et de petits cailloux arrondis. Ces sacs ou nids de mine de 1er ne s'étendent pas horizontalement , mais descendent presque perpendiculairement, et ils sont tous situés sur la crête la plus élevée des collines calcaires ». J'ai reconnu plus d'une centaine de ces sacs, et j'en ai trouvé huit principaux et très-considérables dans la seule étendue de terrain qui avoisine mes forges , à une ou deux lieues de distance : toutes ces mines étoient en grains assez menus, et plus ou moins mélangées de sable vitrescible et de petits cailloux. J'ai fait exploiter cinq de ces mines pour l'usage de mes fourneaux : on a fouillé les unes à cinquante ou soixante pieds , et les autres jusqu'à cent soixante-quinze pieds de profondeur : elles sont toutes également situées dans les fentes des rochers calcaires ; et il n'y a dans cette contrée ni roc vitrescible , ni quartz, ni grès, ni cailloux, ni granités ; en sorte que ces mines de fer, qui sont en grains plus ou moins gros, et qui sont toutes plus ou moins mélangées de sable vitrescible et de petits cailloux , n'ont pu se former dans les matières calcaires où elles sont renfermées de tous côtés comme entre deux murailles , et par conséquent elles y ont été amenées de loin par le mouvement des eaux, qui les y auront déposées en même temps

3u'elles déposoient ailleurs des glaises et 'autres sédimens ; car ces sacs de mines de fer en grains sont tous surmontés ou latéralement accompagnés d'une espèce de terre limoneuse rougeâtre, plus périssable, plus pure, et plus fine que l'argile commune. Il paroît même que cette terre limoneuse, plus ou moins colorée de la teinture rouge que le fer donne à la terre , est l'ancienne matrice de ces mines de fer, et que c'est dans cette même terre que les grains m étal - - liques ont dû se former avant leur transport. Ces mines , quoique situées dans des collines entièrement calcaires, ne contiennent aucun gravier de cette même nature ; il se trouve seulement , à mesure qu'on descend, quelques masses isolées de pierres calcaires.

x. Je puis encore citer ici les mines de fer en pierre qui se trourent en Champagne , et qui sont êmsachées entre les rochers calcaires, dans des directions et des inclinaisons différentes , perpendi eulaires on obliques. „

autour desquelles tournent les veines de la mine , toujours accompagnées de la terre rouge , qui souvent traverse les veines de la mine ou bien est appliquée contre les parois des rochers calcaires qui la renferment Et ce qui prouve d'une manière évidente que ces dépôts de mines se sont faits par le mouvement des eaux , c'est qu'après avoir vidé les fentes et cavités qui les contiennent , on voit, à ne pouvoir s'y tromper, que les parois de ces fentes ont été usées et même polies par l'eau , et que , par conséquent , elle les a remplies et baignées pendant un assez long temps , avant d'y avoir déposé la mine de fer, les petits cailloux', le sable vitrescible , et la terre limoneuse dont ces fentes sont actuellement remplies : et l'on ne peut pas se prêter à croire que les grains de ter se soient formés dans cette terre limoneuse depuis qu'elle a été déposée dans ces fentes de rochers; car une chose tout aussi évidente que la première s'oppose à cette idée , c'est que la quantité de mines de fer paroît surpasser de beaucoup celle de la terre limoneuse. Les grains de cette substance métallique ont,, à la vérité , tous été formés dans cette même terre , qui n'a ellemême été produite que par le résidu des matières animales et végétales, dans lequel nous démontrerons la production du fer en grains; mais cela s'est fait avant leur transport et leur dépôt dans les fentes des rochers. La terre limoneuse , les grains de fer, le sable vitrescible et les petits cailloux, ont été transportés et déposés ensemble; et si depuis il s'est formé dans cette même terre des grains de fer, ce ne peut être qu'en petite quantité. J'ai tiré de chacune de ces mines plusieurs milliers de tonneaux; et, sans avoir mesuré exactement la quantité de terre limoneuse qu'on a laissée dans ces mêmes cavités , j'ai vu qu'elle étoit bien moins considérable que la quantité de mine de fer dans chacune.

Mais ce qui prouve encore que ces mines de fer en grains ont été toutes amenées par le mouvement des eaux , c'est que, dans ce même canton, à trois lieues de distance, il y a une assez grande étendue de terrain formant une espèce de petite plaine au dessus des collines calcaires , et aussi élevée que celles dont je viens de parler, et qu'on trouve dans ce terrain une grande quantité ae mine de fer en grains qui est très-différemraent mélangée et autrement située:

car, au lieu d'occuper les fentes perpendi* culaires et les cavités intérieures des rochers calcaires , au lieu de former un ou plusieurs

TROISIÈME

sacs peipendiculaires , cette mine de fer est au contraire déposée en nappe, c'est-à-dire par couches horizontales , comme tous les autres sédimens des eaux; au lieu de descendre profondément comme les premières, elle s'étend presque à la surface du terrain sur une épaisseur de quelques pieds; au lieu d'être mélangée de cailloux et de sable vitrescible, elle n'est, au contraire , mêlée partout que de graviers et de sables calcaires. Elle présente de plus un phénomène remarquable : c'est un nombre prodigieux de cornes d'ammon et d'autres anciens coquillages , en sorte qu'il semble que la mine entière en soit composée, tandis, que dans les huit autres mines dont j'ai parlé ci-dessus» il n'existe pas le moindre vestige de coquilles, ni même aucuu fragment, aucun indice du genre calcaire , quoiqu'elles soient enfermées entre des masses de pierres entièrement calcaires. Cette autre mine, qui contient un nombre si prodigieux de débris de coquilles marines, même des plus anciennes , aura donc été transportée avec tous ces débris de coquilles par le mouvement des eaux, et déposée en forme de sédiment par couches horizontales ; et les grains de fer qu'elle contient, et qui sont encore bien plus petits que ceux des premières mines , mêlées de cailloux , auront été amenés avec les coquilles mêmes. Ainsi le transport de toutes ces matières et le dépôt de toutes ces mines de fer en grains se sont faits par alluvion à peu près dans le même temps, c'està-dire lorsque les mers couvroient encore nos collines calcaires.

Et le sommet de toutes ces collines , ni les collines elles-mêmes, ne nous représentent plus à beaucoup près le même aspect qu'elles avoient lorsque les eaux les ont abandonnées. A. peine leur forme primitive s'est-elle maintenue ; leurs angles saillans et rentrans sont devenus plus obtus , leurs pentes moins rapides, leurs sommets moins élevés et plus chenus ; les pluies en ont détaché et entraîné les terres : les collines se sont donc rabaissées peu à peu , et les vallons se sont en même temps remplis de ces terres entraînées par les eaux pluviales ou courantes. Qu'on se figure ce que devoit être Autrefois la forme du terrain à Paris et aux environs : d'une part, sur les collines de Vau-

Sirard jusqu'à Sevré , on voit des carrières e pierres calcaires remplies de coquilles pétrifiées; de l'autre côté, vers Montmartre, des collines de plâtre et de matières argileuses; et ces collines , à peu près également élevées au dessus de la Seine , ne sont au-

ÉPOQUE, i»3

jourd'hui que d'une hauteur très-médiocre ; mais au fond des puits que Ton a faits à Bicétre et à l'École militaire on a trouvé des bois travaillés de main d'homme à soixantequinze pieds de profondeur. Ainsi l'on ne peut douter que cette vallée de la Seine ne se soit remplie de plus de soixante-quinze pieds , seulement depuis que les hommes existent : et qui sait de combien les collines adjacentes ont diminué dans le même temps par l'effet des pluies, et quelle étoit l'épaisseur de terre aont elles étoient autrefois revêtues? Il en est de même de toutes les autres collines et de toutes les autres vallées; elles étoient peut-être du double plus élevées et du double plus profondes dans lé temps, que les eaux d<J la mer les ont laissées à découvert. On est même assuré que les montagnes s'abaissent encore tous les jours et que les vallées se remplissent à peu près dans la même proportion ; seulement cette diminution de la hauteur des montagnes , qui ne se fait aujourd'hui que d'une manière presque insensible , s'est faite beaucoup plus vile dans les premiers temps, en raison de la plus grande rapidité de leur

f>ente, et il faudra maintenant plusieurs miliers d'années pour que les inégalités de la surface de la terre se réduisent encore autant qu'elles l'ont fait en peu de siècles dans les premiers âges.

Mais revenons à cette époque antérieure où les eaux, après êire arrivées des régions polaires, ont gagné celles de l'équateur. C'est dans ces terres de la zone torride où se sont faits les plus grands bouleversements : pour en être convaincu , il ne faut que jeter les yeux sur un globe géographique ; on reconnoîtra que presque tout l'espace compris entre les cercles de cette zone ne présente que les débris de continens bouleversés et d'une terre ruinée. L'immense quantité d'îles, de détroits, de hauts et de basfonds, de bras de mer et de terre entrecoupés , prouve les nombreux affaissemens qui se sont faits dans cette vaste partie du monde. Les montagnes y sont plus élevées, les mers plus profondes, que dans tout le reste de la terre ; et c'est sans doute lorsque ces grands affaissemens se sont faits dans les contrées de l'équateur que les eaux qui couvroient nos continens se sont abaissées et retirées en coulant à grands flots vers ces terres du midi , dont elles ont rempli les profondeurs en laissant à découvert d'abord les parties les plus élevées des terres , ensuite toute la surface de nos continens.

Qu'on se représente l'immense quantité

des matières de toute espèce qui ont alors été transportées par les eaux : combien de sédimens de différente nature n'ont-elles pas déposés les uns sur les autres, et combien, par conséquent, la première face de la terre n'a-t-elle pas changé par ces révolutions! D'une part , le flux et le reflux donnoient aux eaux uu mouvement constant d'orient en occident; d'autre part, les alluvions venant des pôles croisoient ce mouvement, et déterminoient les efforts de la mer autant et peut-être plus vers l'équateur que vers l'occident. Combien d'irruptions particulières se sont faites alors de tous côtés ! A mesure que quelque grand affaissement présentent une nouvelle profondeur, la mer s'abaissoit et les eaux couroient pour la remplir; et quoiqu'il paroisse aujourd'hui que l'équilibre des mers soit à peu près établi , et que toute leur action se réduise à gagner quelque terrain vers l'occident et en laisser à découvert vers l'orient , il est néanmoins très-certain qu'en général les mers baissent tous les jours de plus en plus, et qu'elles baisseront encore à mesure qu'il se fera quelque nouvel affaissement , soit par l'effet des volcans et des tremblemens de terre , soit par des causes plus constantes et plus simples : car toutes les parties caverneuses de l'intérieur du globe ne sont pas encore affaissées ; les volcans et les secousses des tremblemens de terre en sont une preuve démonstrative. Les eaux mineront peu à peu les voûtes et les remparts de ces cavernes souterraines ; et lorsqu'il s'en écroulera quelques-unes, la surface de la terre, se déprimant dans ces endroits, formera de nouvelles vallées dont la mer viendra s'emparer. Néanmoins, comme ces événemens, qui, dans les commencemens, dévoient être trèsfréquens, sont actuellement assez rares, on peut croire que la terre est à peu près parvenue à un état assez tranquille pour que ses habitans n'aient plus à redouter les désastreux effets de ces grandes convulsions.

L'établissement de toutes les matières métalliques et minérales a suivi d'assez près l'établissement des eaux ; celui des matières argileuses et calcaires a précédé leur retraite; la formation , la situation , la position de toutes ces dernières matières, dalenLdu temps où la mer couvroit les continens. Mais nous devons observer que le mouvement général des mers ayant commencé de se faire alors comme il se fait encore aujourd'huit d'orient en occident, elles ont travaillé la surface de la terre dans ce sens d'orient en occident autant et peut-être plus qu'elles

DE LA NATURE

ne l'avoient fait précédemment dans le sens du midi au nord. L'on n'en doutera pas si l'on fait attention à un fait très-général et très- vrai : c'est que , dans tous les conti* nens du monde, la pente des terres, à la prendre du sommet des montagnes, est toujours beaucoup plus rapide du coté de l'occident que du côté de l'orient * ; cela est évident dans le continent entier de l'Amérique, où les sommets de la chaîne des Cordilières sont très-voisins partout des mers de l'ouest , et sont très-éloignés de la mer de Test. La chaîne qui sépare l'Afrique dans sa longueur, et qui s'étend depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'aux monts de la Lune, est aussi plus voisine des mers à l'ouest qu'à l'est. Il en est de même des montagnes qui s'étendent depuis le cap Comorin dans la presqu'île de l'Inde; elles sont bien plus près de la mer à l'orient qu'à l'occident ; et si nous considérons les presqu'îles, les promontoires, les îles, et toutes les terres euvironnées de la mer, nous reconnoîtrons partout que les pentes sont courtes et rapides vers l'occident, et qu'elles sont douces et longues vers l'orient : les revers de toutes les montagnes sont de même plus escarpés à l'ouest qu'à l'est, parce que le mouvement général des mers s'est toujours fait d'orient en occident, et qu'à mesure que les eaux se sont abaissées elles ont détruit les terres et dépouillé les revers des montagnes dans le sens de leur chute , comme l'on voit dans une cataracte les rochers dépouillés et les terres creusées par la chute continuelle de l'eau. Ainsi tous les continens terrestres ont été d'abord aiguisés en pointe vers le midi par les eaux qui sont venues du pôle austral plus abondamment que du pôle boréal ; et ensuite ils ont été tous escarpés eu pente plus rapide à l'occident qu'à l'orient , dans le temps subséquent où ces mêmes eaux ont obéi au seul mouvement général qui les porte constamment d'orient en occident.

ADDITIONS DE BUFFON

(Sur la page 114.)

On voit plusieurs exemples de plantes qui croissent dans les eaux thermales les plus chaudes, et M. Sonnerat a trouvé des poissons dans une eau dont la chaleur étoit si active , qu'il ne pouvoit y plonger la main.

I, Voyez le* Additions de Buffon, page i3i.

TROISIÈME

Voici l'extrait de sa relation à ce sujet : « Je trouvai, dit-il, à deux lieues de Calamba, dans l'île de Luçon , près du village de Rally, un ruisseau dont l'eau étoit chaude au point que le thermomètre, division de Réaumur, plongé dans ce ruisseau, à une lieue de sa source, marquoit encore 69 degrés. J'imaginois, en voyant un pareil degré de chaleur, que toutes les productions de la nature dévoient être éteintes sur les bords du ruisseau, et je fus très-surpris de voir trois arbrisseaux très-vigoureux dont les racines trempoient dans cette eau bouillante, et dont les branches étoient environnées de sa vapeur; elle étoit si considérable, que les hirondelles qui osoient traverser ce ruisseau, à la hauteur de sept ou huit pieds y tomboient sans mouvement. L'un de ces trois arbrisseaux étoit un agnus cas tus, et les deux autres des aspalathus. Pendant mon séjour dans ce village , je ne bus d'autre eau que celle de ce ruisseau , que je faisois refroidir : son goût me parut terreux et ferrugineux. On a construit différons bains sur ce ruisseau , dont les degrés de chaleur sont proportionnés à k distance de la course. Ma surprise redoubla lorsque je vis le premier bain : des poissons nageoient dans cette eau où je ne pouvois plonger la main. Je fis tout ce qu'il me fut possible pour me procurer quelques-uns de ces poissons; mais leur agilité et la maladresse des gens du pays ne me permirent pas d'en prendre un seul. Je les examinai nageant; mais la vapeur de l'eau ne me permit pas de les distinguer assez bien pour les rapprocher de quelque genre : je les reconnus cependant pour des poissons à écailles brunes ; la longueur des plus grands étoit de quatre pouces. J'ignore comment ces poissons sont parvenus dans ces bains. »

M. Sonnerat appuie son récit du témoignage de M. Prévost, commissaire de la marine, qui a parcouru avec lui l'intérieur de l'île de Luçon. Voici comment est conçu ce témoignage :

« "Wius avez eu raison, monsieur, défaire part à M. de Buffon des observations que vous avez rassemblées dans le voyage que nous avons fait ensemble. Vous désirez que je confirme par écrit celle qui nous a si fort surpris dans le village de Bally, situé sur le bord de la lagune de Manille, à Los-Bagnos; je suis fâché de n'avoir point ici la note de nos observations faites avec le thermomètre de M. de Réaumur; mais je me rappelle très-bien que l'eau du petit ruisseau qui passe dans ce village pour se jeter dans le

lac fit monter le mercure à 66 ou 67 degrés quoiqu'il n'eût été plongé qu'à une lieue de sa source : les bords de ce ruisseau sont garnis d'un gazon toujours vert. Vous n'aurez sûrement pas oublié cet agnus cas tus que nous avons vu en fleur, dont les racines étoient mouillées de l'eau de ce ruisseau, et la tige continuellement enveloppée de la fumée qui en sort oit. Le père franciscain, curé de la paroisse de ce village, m'a aussi assuré avoir vu des poissons dans ce même ruisseau : quant à moi, je ne puis le certifier; mais j'en ai vu dans l'un des bains dont la chaleur faisoit monter le mercure à 48 et 5o degrés. Voilà ce que vous pouvez certifier avec assurance. Si£né Paevost. » ( Voyage à la Nouvelle- Guinée i par M. Sonnerat, correspondant de l'Académie des Sciences et du Cabinet du Roi; Paris, 1776 ; pages 38 et roiv.)

Je ne sache pas qu'on ait trouvé des poissons dans nos eaux thermales ; mais il est certain que, dans celles mêmes qui sont les

5 lus chaudes, le fond du terrain est tapissé e plantes. M. l'abbé Mazéas dit expressément que dans l'eau presque bouillante de la solfatare de Viterbè le fond du bassin est couvert des mêmes plantes qui croissent au fond des lacs et des marais. ( Mémoire des savons étrangers , tomeV, page 3a5.)

(Sur tapage n5. )

Les grosses dents à pointes mousses dont nous avons parlé indiquent une espèce gigantesque, relativement aux autres espèces et même à celle de l'éléphant ; mais cette espèce gigantesque n'existe plus. D'autres crosses dents, dont la face qui broie est figurée en trèfle , comme celle des hippopotames, et qui néanmoins sont quatre fois plus grosses que celle des hippopotames actuellement subsistans , démontrent qu'il y a eu des individus très-gigantesques dans l'espèce de l'hippopotame. D'énormes fémurs, plus grands et beaucoup plus épais que ceux de nos éléphans, démontrent la même chose pour les éléphans; et nous pouvons citer encore quelques exemples qui vont à l'appui de notre opinion sur les animaux gigantesques.

On a trouvé auprès de Rome, en 1772 , une tète de bœuf pétrifiée, dont le P. Jacquier a donné la description. « La longueur du front, comprise entre les deux cornes, est, dit-il, de 2 pieds 3 pouces; la distance entre les orbites des yeux, de 14 pouces; celle depuis la portion supérieure du front jusqu'4

Porbite de IVeiï , de t pied 6 ponces : la circonférence d'une corne mesurée dans te bourrelet inférieur, de i pied 6 pouces; la longueur d'une corne mesurée dans toute sa courbure, de 4 pieds; la distance des sommets des cornes , de 3 pieds : l'intérieur est d'une pétrification très-dure : cette tête a été trouvée dans un fonds de pouzzolane , à la profondeur de plus de *o pieds. »

« On voyoit, en 1768, dans la cathédrale de Strasbourg, une très-grosse corne de bœuf, suspendue par une chaîne contre un pilier près du chœur; elle m'a paru excéder trois fois la grandeur ordinaire de celte des plus grands bœufs : comme elle est fort élevée , je n'ai pu en prendre les dimensions 9 mais je l'ai jugée d'environ 4 pieds 1/2 de longueur sur 7 à 9 pouces de diamètre an gros bout». »

Lionel Waffer rapporte qu'il a vu, ai»

Mexique, des ossements et des dents d'une prodigieuse grandeur; entre autres use dent de 3 pouces de large sur 4 pouces de longueur; et que les puis habiles gens du paya ayant été consultés jugèrent que la tête ne pouvoit pas avoir moins d'une aune de largeur. (Waffer, Voyage en Amérique, page 367.)

C'est peut-être la même dent dont parle le P. A costa. « J'ai vu, dit-il, une dent molaire qui m'étonna beaucoup par son énorme grandeur, car ehe étoit aussi grosse que le poing d'un homme. » Le P. Torquemado, franciscain, dit aussi qu'il a eu en son pouvoir une dent molaire deux fois aussi grosse que le poing, et qui pesoit plus de deux livres : il ajoute que, dans cette même ville de Mexico, au couvent de Saint*Augustiny il avoit vu un os fémur si grand, que l'individu auquel cet os avoit appartenu devoit avoir été haut de 11 à 1a coudées, c'est-» dire 17 ou 18 pieds, et que la tête dont la dent avoit été tirée étoit aussi grosse qu'une de ces grandes cruches dont on se sert en Cas l il le pour mettre le vin.

Philippe Hernandès rapporte qu'on trouve à Tezcaco et à Tosuca plusieurs os de grandeur extraordinaire, et que, parmi ces os, il y a des dents molaires larges de 5 pouces et hautes de 10 ; d'où l'on doit conjecturer que la grosseur de la tète à laquelle elles appartenoient étoit si énorme, que deux hommes auraient à peine pu l'embrasser.

Don Lorenzo Boturini Benaduci dit aussi que, dans la Nouvelle-Espagne, surtout dans les hauteurs de Santa-Fé et dans le terri-

r. Note communiquée à M. de Boffra , ptt M. ttrtf dm, le H septettfaw «777.

DE LA NATURE

toire de la Puebla et de Tlascallan, on trouve des os énormes et des dents molaires dont une qu'il conservoit dans son cabinet est cent fois plus grosse que les plus grosses dents humaines. ( Gigantologie espagnole , par le P. Torrubia, Journal étranger, novembre 1760.)

L'auteur de cette Gigantologie espagnole, attribue ces dents énormes et ces grands os à des géans de l'espèce humaine. Mais est-il croyable qu'il y ait jamais eu des hommes dont la tête ait eu 8 à 10 pieds de circoulérenée? N'est -il pas même assez étonnant que , dans l'espèce de l'hippopotame ou de l'éléphant , il y en ait eu de cette grandeur? Nous pensons doue que ces énormes dents sont de la même espèce que celles qui ont été trouvées nouvellement en Canada sur la rivière d'Ohio, que nous avons dit appartenir à un animal inconnu dont l'espèce étoit autrefois existante en Tar tarie, en Sibérie, au Canada, et s'est étendue depuis les Minois jusqu'au Mexique. Et comme ces auteurs espagnols ne disent pas que l'on ait trouvé, dans la Nouvelle-Espagne, des défense» d'éléphans mêlées avec ces grosses dents molaires, cela nous fait présumer qu'il y avait en effet une espèce différente de celle de l'éléphant, à laquelle ces grosses dents molaires appartenoient, laquelle est parvenue jusqu'au Mexique. Au reste, les. grosses dents d'hippopotame paroissent avoit été anciennement connues; car saint Augustin 'dit avoir vu une dent molaire si grosse, qu'en la divisant elle auroit fait cent dents molaires d'un homme ordinaire2. Fulgose dit aussi qu'on a trouvé en Sicile des dent» dont chacune pesoit trois livres 3. ■ M. John Sommer rapporte avoir trouvé à Chalham* près de Cantorbery, à 17 pieds de profondeur, quelques oâ étrangers et monstrueux , tes uns entiers, les autres rompus, et quatre dents saines et parfaites pesant chacune un peu plus d'une demi-livre, grosses à peu près comme le poing d'un homme : toutes quatre étoient des dents molaires ressemblant assez aux dents molaires de l'homme, si ce n'est par la grosseur. Il dit que Louis Vives parle d'une dent encore plus grosse 4 qui lui fut montrée pour une dent de saint Cristophe. Il dit aussi qu'Acosta rapporte avoir vu dans les Indes une dent semblable qui avoit été tirée de terre avec plusieurs autres os, lesquels rassembles et arrangés représentoient un homme d'une

l. De CivUatê Dei , Mb. XV, cap. ix.

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