MARNE
qui se trouvent dans les fentes ou dans tes joints des pierres et entre les lits des bancs calcaires ne donnent, au lieu de nitre, que du sel marin, parce qu'elles doivent leur formation à l'eau pluviale tombée immédiatement dans ces tentes , et que cette eau ne contient que du sel marin, sans aucun mélange de nitre ; au lieu que , les craies, les marnes, et les tufs amassés au bas des collines et dans les vallons étant perpétuellement baignés par des eaux qui lavent à chaque instant la grande quantité de plantes dont la superficie de la terre est couverte et qui arrivent par conséquent toutes chargées et imprégnées du nitre qu'ils ont dissous à la superficie de la terre , ces couches reçoivent le nitre d'autant plus abondamment que ces mêmes eaux y demeurent sans écoulement et presque stagnantes.
DE LA PIERRE CALCAIRE
La formation des pierres calcaires est l'un des plus grands ouvrages de la nature ; quel-
3ue brute que nous en paroisse la matière , est aisé d'y reconnoitre une forme d'organisation actuelle , et des traces d'une organisation antérieure, bien plus complète dans les parties dont cette matière est originairetteot composée. Ces pierres ont en effet été primitivement formées du détriment des coquilles, des madrépores, des coraux, et de toutes les autres substances qui ont servi d'enveloppe ou de domicile à ces animaux infiniment nombreux , qui sont pourvus des organes nécessaires pour celte production de matière pierreuse : je dis que le nombre de «es animaux est immense , infini , car l'imagination même seroit épouvantée de leur quantité, si nos yeiix ne nous en assuroient pas en nous démontrant leurs débris réunis en grandes masses, et formant des collines, des montagnes , et des terrains de plusieurs lieues d'étendue. Quelle prodigieuse pullulalion ne doit-on pas supposer dans tous les animaux de ce genre 1 quel nombre d'espèces ne faut-il pas compter, tant dans les coquillages et crustacés actuellement existons que pour ceu* dont les espèces ne subsistent plus , et qui sont encore beaucoup plus nombreux 1 enfin combien de temps et Quel nombre de siècles n'est-on pas forcé d'admettre pour l'existence successive des vus et des autres 1 Rien ne peut satisfaire
notre jugemeut à cet égard , si nous n'admettons pas une grande antériorité de temps pour la naissance des coquillages avant tous les autres animaux, et une multiplication non interrompue de ces mêmes coquillages pendant plusieurs centaines de siècles : car toutes les pierres et craies disposées et déposées en couches horizontales par les eaux de la mer ne sont en effet formées que de ces coquilles ou de leurs débris réduits en poudre; et il n'existe aucun autre agent, aucune autre puissance particulière dans la nature qui puisse produire la matière calcaire, doat nous devons par conséquent rapporter la première origine à ces êtres organisés.
Mais dans les amas immenses de cette matière, toute composée des débris des animaux à coquilles , nous devons d'abord distinguer les grandes couches , qui sont d'ancienne formation , et en séparer celles qui , ne l'étant formées que des détrimeus des premières , sont , à la vérité , d'une même nature, mais d'une date de formation postérieure ; et l'on reconnoîtra toujours leurs différences par des indices faciles à saisir. Dans toutes les pierres d'ancienne formation il y a toujours des coquilles ou des impressions de coquilles et de crustacés très- évidentes , au lieu que dans celles de formation moderne il n'y a nul vestige , nulle figure de coquilles. Ces carrières de pierres para-
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sites , formées du détriment des premières , gisent ordinairement an pied ou à quelque distance des montagnes et des collines dont les anciens bancs ont été attaqués dans leur contour par l'action de la gelée et de l'humidité : les eaux ont ensuite entraîné et déposé dans les lieux plus bas toutes les poudres et les graviers détachés des bancs supérieurs; et ces débris stratifiés les uns sur les autres par le transport et le sédiment des eaux ont formé ces lits de pierres nouvelles où l'on ne voit aucune impression de coquilles, quoique ces pierres de seconde ormation soient, comme la pierre ancienne, entièrement composées de substance coquillcuse.
Et dans ces pierres de formation secondaire on peut encore en distinguer de plusieurs dates différentes , et plus ou moins modernes ou récentes : toutes celles , par exemple , qui contiennent des coquilles fluviatiles, comme on en voit dans la pierre qui se tire derrière l'Hôpital général à Paris, ont été formées par des eaux vives et courantes, long-temps après que la mer a laissé notre continent à découvert ; et néanmoins la plupart des autres, dans lesquelles on ne trouve aucune de ces coquilles fluviatiles , sont encore plus récentes. Voilà donc trois dates de formation bien distinctes : la première et plus ancienne est celle de la formation des pierres dans lesquelles on voit des coquilles ou des impressions de coquilles marines , et. ces anciennes pierres ne présentent jamais des impressions de coquilles terrestres ou fluviatiles ; la seconde formation est celle de ces pierres mêlées de petites w et limaçons fluviatiles ou terrestres ; et la troisième sera celle des pierres qui , ne contenant aucunes coquilles marines ou terrestres , n'ont été formées que des détrimens et des débris réduits en poussière des unes ou des autres.
Les lits de ces pierres de seconde formation ne sont pas aussi étendus ni aussi épais que ceux des anciennes et premières couches dont ils tirent leur origine ; et ordinairement les pierres elles-mêmes sont moins dures , quoique d'un grain plus fin : souvent aussi elles sont moins pures , et se trouvent mélangées de différentes substances que l'eau a rencontrées et charriées avec la matière de pierre x. Ces lits de pierres nouvelles ne
i. Dans une carrière de cette espèce, dont la pierre est blanche et d'un grain assez fin , située à Condat , près d'Agen , on trouve non seulement des pyrites , mais du charbon de bois brûlé , qui a conservé sa nature d« charbon, \oici ce que ju'ci; a écrit M. de La Ville de Lacépede, par sa lettre du • novembre »776 « « I* carrière «le Couda* , aoUQt
sont, dans la réalité, que des dépôts * blables à ceux des incrustations, et chacune de ces carrières parasites doit être regardée comme une agrégation d'un grand nombre d'incrustations ou concrétions pierreuses, superposées et stratifiées les unes sur les autres. Elles prennent avec le temps plus ou moins de consistance et de dureté, suivant leur degré de pureté, ou selon les mélanges qui sont entrés dans leur composition. Il y a de ces concrétions, telles que les albâtres, qui reçoivent le poli ; d'autres qu'on peut comparer à la craie par leur blancheur et leur légèreté ; d'autres qui ressemblent plus au tuf. Os lits 'de pierre de seconde et de troisième formation sont ordinairement séparés les. uns des autres par des joints ou délits horizontaux assez larges , et qui sont remplis d'une matière pierreuse, moins pure et moins liée, que l'on nomme bousin, tandis que , dans les pierres de première formation , les délits horizontaux sont remplis de spath. On peut encore remarquer que, dans les pierres de première formation, il V a plus de solidité, plus d'adhérence entre les grains , dans le sens horizontal que dans le sens vertical; en sorte qu'il est plus aisé de les fendre ou casser verticalement qu'horizontalement, au lieu que , dans les pierres de seconde et troisième formation , il est à peu près également aisé de les travailler dans tous les sens. Enfin, dans les pierres d'ancienne formation , les bancs ont d'autant plus
qu'on en peut juger, occupe un arpent de terre, et paroît s'étendre à une assez grande profondeur, quoiqu'elle n'ait été encore exploitée qu'à celle de deux ou trois toises : les couches supérieures sont fort minces et dirisées par un grand nombre de fentes perpendiculaires ; elles sont moins dures que celles qui sont situées plus bas. Cette pierre ne contient aucune impression de coquilles , mais elle renferme plusieurs matières hétérogènes, comme du silex entre les couches, et même dans les fentes perpendiculaires , des pyrites qui sont comme incorporées avec la substance de la pierre , et enfin des morceaux de charbon. Vous pourrez , monsieur, Voir par vous-même la manière dont ces matières étrangères y sont renfermées , en jetant les yeux sur les morceaux de pierre que je vais avoir l'honneur de vous envoyer au Jardin du Roi , et que vous m'aviez demandés.... J'ai trouvé aussi des pyrites enchâssées dans des pierres d'nne carrière voisine de celle de Condat, ayant la même composition intérieure, et ne contenant point de coquilles ; ces deux carrières occupent les deux côtés d*ua très-petit vallon qui les sépare, et sont à peu près à la même hauteur.... et toutes deux sont situées au bas de plusieurs montagnes dont les sommet* sont composés de pierres calcina blet d'ancienne formation , et d'un grain bien moins fin que celui des pierres de Condat , qui seules ont cette blancheur éclatante et cette facilité b recevoir un beat poil <iul 1« font employer jk la place du marbre, *
d'épaisseur et de solidité qu'ils sont situés plus bas , au lieu que les lits de formation moderne ne suivent at:run crdre, ni pour leur dureté ni pour leur épai eur. Ces différences, très - apparentes , suffisent pour qu'on puisse reconnoître et distinguer au premier coup d'oeil une carrière d'ancienne ou de nouvelle pierre.
Mais , outre ces couches de première, de seconde , et de troisième formation , dans lesquelles la pierre calcaire est en masses uniformes ou par bancs composés de grains . plus ou moins fins , on trouve en quelques endroits des amas entassés et très-étendus de pierres arrondies et liées ensemble par un ciment pierreux, ou séparées par des cavités remplies d'une terre presque aussi dure que les pierres avec lesquelles elle fait masse continue , et si solide qu'on ne peut en détacher des blocs qu'au moyen de la poudre. Ces couches de pierres arrondies sont peutêtre d'une date aussi nouvelle que celles des carrières parasites de dernière formation. La finesse du grain de ces pierres arrondies, leur résistance à l'action du feu , plus grande que celle des autres pierres à chaux , le peu de profondeur où se trouve la base de leurs amas , la force même de ces pierres , qui semble démontrer qu'elles ont été roulées, tout se réunit pour faire croire que ce sont des blocs en débris de pierres plus ou moins anciennes , lesquels ont été arrondis par le frottement , et ensuite liés ensemble par une terre mêlée d'une assez grande quantité de substance spathique pour se durcir et faire corps avec ces pierres.
Nous devons encore citer ici d'autres pierres en blocs, qui d'abord étoient liées ensemble par des terres durcies, et qui se sont ensuite séparées lorsque ce ciment terreux a été dissous ou délayé par les élémens humides : on trouve dans le ht de plusieurs rivières un très-grand nombre de ces pierres calcaires arrondies en petit ou gros volume, et à des distances considérables des montagnes dont elles sont descendues '.
Et c'est à cette même interposition de matière terreuse entre ces blocs en débris qu'on doit attribuer l'origine des pierres trouées qu'on rencontre si communément dans les petites gorges et vallons où les eaux ont autrefois coulé en ruisseaux , qui depuis ont tari ou ne coulent plus que pendant une
i. Dans le Rhône et dans les rivières et ruisseaux qui descendent du mont Jura , dont tous les contours sont de pierres calcaires jusqu'à une grande hauteur, on trouve une très-grande quantité de ces pierrei calcaires- arrondie» , à plusieurs lieues d> ëiiHucfl de en muntapes ,
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partie de l'année ; ces eaux ont peu à peu délayé la terre contenue dans les intervalles de la masse de ces pierres , qui se présentent actuellement avec tous leurs vides, souvent trop grands pour qu'elles puissent être employées dans la maçonnerie. Ces pierres à grands trous ne peuvent aussi être taillées régulièrement ; elles se brisent sous le marteau , et tiennent ordinairement plus ou moins de la mauvaise qualité de la roche morte, qui se divise par écailles ou en morceaux irréguliers : mais lorsque ces pierres ne sont percée* que de petits trous de quelques lignes de diamètre, on les préfère pour bâtir, parce qu'elles sont plus légères, et qu'elles reçoivent et saisissent mieux le mortier que les pierres pleines.
Il y a dans le genre calcaire, comme dans le vitreux, des pierres vives et d'autres qu'on peut appeler mortes, parce qu'elles ont perdu les principes de leur solidité et qu'elles sont en partie décomposées : ces roches mortes se trouvent le plus souvent au pied des collines, environnent leur base à quelques toises de hauteur et d'épaisseur, au delà desquelles on trouve la roche vive sur le même niveau : ce (jui suffit pour démontrer
3ue cette roche aujourd'hui morte étoit jais aussi vive que l'autre ; mais qu'étant exposée aux impressious de l'air, de la gelée, et des pluies, elle a subi les différentes altérations qui résultent de leur action longtemps continuée , et qui tendent toutes à la désunion de leurs parues constituantes, soit en interrompant leur continuité , soit en décomposant leur substance.
On voit déjà que , quoiqu'en général toutes les pierres calcaires aient une première origine commune , et que toutes soient essentiellement de la même nature , il y a de grandes différences entre elles pour les temps de leur formation , et une diversité encore plus grande dans leurs qualités particulières Nous avons parlé des différens degrés de leur dureté , qui s'étendent de la craie jusqu'au marbre : la craie, dans ses couches supérieures , est souvent plus tendre que l'argile sèche; et le marbre le plus dur ne l'est jamais autant , à beaucoup près, que le quartz ou le jaspe : entre ces deux extrêmes , ou trouve toutes les nuances du plus ou moins de dureté dans les pierres calcaires , soit de première, soit de seconde ou de troisième formation ; car, dans ces dernières carrières, çn rencontre quelquefois des lits de pierre aussi dure que dans les couches anciennes 9 comme la pierre de liais , qui se tire dans les environs de Paris, et dont la dureté vient
%So
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de ce qu'elle est surmontée de plusieurs bancs d'autres pierres, dont elle a reçu les sucs pétrifians.
Le plits ou moins de dureté des pierres dépend de plusieurs circonstances, dont la première est celle de leur situation au dessous d'une plus ou moins grande épaisseur d'autres pierres ; et la seconde la finesse des grains et la pureté des matières dont elles sont formées : leur force d'affinité s'étant exercée avec d'autant plus de puissance que la matière étoit plus pure et que les grains se sont trouvés plus fins , c'est à cette cause qu'il faut attribuer la première solidité de ces pierres, et cette solidité se sera ensuite fort augmentée par les sucs pierreux continuellement infiltrés des bancs supérieurs dans les inférieurs. Ainsi c'est à ces causes, toutes deux évidentes , qu'on doit rapporter les différences de la dureté de toutes les pierres calcaires pures ; car nous ne parlons pas encore ici de certains mélanges hétérogènes qui peuvent augmenter leur dureté : le fer, les minéraux métalliques, et l'argile même, produisent cet effet lorsqu'ils se trouvent mêlés avec la matière calcaire en proportion convenable.
Une autre différence qui, sans être essentielle à la nature de la pierre , devient très-importante pour l'emploi qu'on en fait, c'est de résister ou non à l'action de la gelée : il y a des pierres qui , quoique en apparence d'une consistance moins solide que d'autres, résistent néanmoins aux impressions du plus grand froid , et d'autres qui , malgré leur dureté et leur solidité apparente , se fendent et tombent en écailles plus ou moins promptement lorsqu'elles sont exposées aux injures de t'air. Ces pierres gelisses doivent être soigneusement rejetées de toutes les constructions exposées à l'air et à la gelée ; néanmoins elles peuvent être employées dans celles qui en sont à l'abri. Ces pierres commencent par se fendre, s'éclater en écailles, et finissent par se réduire avec le temps en graviers et en sables r.
x. M. Dumorey, habile ingénieur et constructeur très-expérimenté , m'a donné quelques remarques sur ce sujet. « J'ai , m'a-t-il dit , constamment observé que les pierres gelisses se fendent parallèlement à leur lit de carrière , et très-rarement dans le sens vertical : celle dont le grain est lisse et luisant est plus sujette à geler que la pierre dont le grain paroît rond , ou plutôt grenu,
« On peut tenir pour certain que plus le grain de la pierre est aplati et luisant dans ses fractures, et plus cette pierre est gelisse : toutes les carrières dé Bourgogne que j'ai obserrées portent ce caractère; il est surtout très-sensible dans celles où il se trouve entre plusieurs bancs gelisses un seul qui
On reconnoîtra donc les pierres gelisses aux caractères ou plutôt aux défauts que je vais indiquer ï elles sont ordinairement moins pesantes * et plus poreuses que les autres ; elles s'imbibent d'eau beaucoup pins aisément : on n'y voit pas ces points brillans qui , dans les bonnes pierres , sont les témoins du spath ou suc lapidifique dont elles sont pénétrées ; car la résistance qu'elles opposent à l'action de la gelée ne dépend pas seulement de leur tissu plus serré, puisqu'il se trouve aussi des pierres légères et très-
{>oreuses qui ne sont pas gelisses , et dont a cohérence des grains est si forte que l'expansion de l'eau gelée dans leurs interstices n'a pas assez de force pour les désunir, tandis que , dans d'autres pierres plus pesantes et moins poreuses , cet effet de la gelée est assez violent pour les diviser , et même pour les réduire en écailles et en sables.
Pour expliquer ce fait, auquel peu de gens ont fait attention , il faut se rappeler que toutes les pierres calcaires sont composées ou des détrimens des coquilles , ou des sables et graviers provenant des débris des pierres précédemment formées de ces mêmes détrimens liés ensemble par un ciment qui n'est lui-même qu'un extrait de ce qu'il' y a de plus homogène et de plus pur dans la matière calcaire : lorsque ce suc lapidifique en a rempli tous les interstices, la pierre est alors aussi dense, aussi solide, et aussi pleine
2u'elle peut l'être; mais quand ce suc lapiifique , en moindre quantité , n'a fait que réunir les grains sans remplir leurs intervalles , et que les grains eux - mêmes n'ont pas été pénétrés de cet élément pétrifiant, qu'enfin ils n'ont pas encore été pierre compacte, mais une simple craie ou poussière de coquilles, dont la cohésion est foible, l'eau se glaçant dans tous les petits vides de ces pierres , qui s'en imbibent aisément, rompt tout aussi aisément les liens de leur cohésion, et les réduit en assez peu de temps
soit exempt de ce défaut, comme on peut l'observer à la carrière de Saint-Siméon, à la porte d'Auxerre, et dans les carrières de Givry près Chàlons-sur- Saône, où la pierre qui reçoit le poli gèle, et celle dont le grain est rond et ne peut se polir ne gèle point. Je présume que celte différence vient de es que l'expansion de l'eau gelée se fait plus aisément entre les interstices des grains de la pierre , qu'elle ne peat se faire entre les lames de celle qui est formée par des couches horizontales très-minces ; ce qui les rend luisantes et naturellement polies dans leurs fractures. »
a. Le poids des pierres calcaires les plus denses n'excède guère deux cents livres le pied cube, et celui des moins denses cent soixante-quinze livres l toutes les pierres gelisses approchent plus de cette dernière limite que de la première* *
DE LÀ PIERRE CALCAIRE
en écailles et en sables ; tandis qu'elle ne fait aucun effet avec les mêmes efforts contre la ferme cohérence des pierres tout aussi poreuses , mais dont les grains précédemment pétrifiés ne peuvent ni s'imbiber ni se gonfler par l'humidité, et qui , se trouvant liés ensemble par le suc pierreux, résistent, sans se désunir, à la force expansive de l'eau qui se glace dans leurs interstices.
En observant la composition des pierres dans les couches d'ancienne formation, nous reconnottrons, à n'en pouvoir douter, que ces couches , pour la plupart , sont composées de graviers , c'est-à-dire de débris d'autres pierres encore plus anciennes, et qu'il n'y a guère que les couches de craie qu'on puisse regarder comme produites immédiatement par les détrimens des coquilles. Cette observation semble reculer encore de beaucoup la date de la naissance des animaux à coquilles, puisque, avant la formation de nos rochers calcaires , il existoit déjà d'autres rochers de même nature , dont les débris ont servi à leur construction ; ces débris ont quelquefois été transportés sans mélange, par le mouvement des eaux , d'autres fois ils se sont trouvés mêlés de coquilles , ou bien les graviers et les coquilles auront été déposés par lits alternatifs : car les coquilles sont rarement dispersées dans toute la hauteur des bancs calcaires; souvent, sur une douzaine de ces bancs , tous posés les uns sur les autres , il ne s'en trouvera qu'un ou deux qui contiennent des coquilles, quoique l'argile, qui d'ordinaire leur sert de base , soit mêlée d'un très-grand nombre de coquilles dispersées dans toute l'étendue oVces couches, ce qui prouve que dans l'argile , où l'eau, n'ayant pas pénétré, n'a pu les décomposer, elles se sont mieux conservées que dans les couches de matière calcaire , où elles ont été dissoutes et ont formé ce suc pétrifiant qui a rempli les pores des bancs inférieurs, et a lié les grains de la pierre qui les compose.
Car c'est à la dissolution des coquilles et des poussières de craie et de pierre qu'on doit attribuer l'origine de ce suc pétrifiant; et il n'est pas nécessaire d'admettre dans ce liquide des qualités semblables à celles des sels, comme l'ont imaginé quelques physiciens pour expliquer la dureté que ce suc donne aux corps qu'il pénètre : on pèche toujours en physique lorsqu'on multiplie les causes sans nécessité ; car il suffit ici de considérer que ce liquide ou suc pétrifiant n'est que de l'eau chargée des molécules les plus fines de la matière pierreuse, et que ces molécules , toutes homogènes et réduites à
la plut grande ténuité, venant à se réunir par leur force d'affinité, forment elles-mêmes une matière homogène , transparente , et assex dure , connue sous le nom de spar ou spath calcaire , et que , par la même raison de leur extrême ténuité, ces molécules peuvent pénétrer tous les pores des matières calcaires qui se trouvent au dessous des premiers lits dont elles découlent; qu'enfin et par conséquent elles doivent augmenter la densité et la dureté de ces pierres en raison de la quantité de ce suc qu'elles auront reçu 4 dans leurs pores. Supposant donc que le banc supérieur, imbibé par les eaux, fournisse une certaine quantité de ces molécules pierreuses , elles descendront par stillation et se fixeront en partie dans toutes les cavités et les pores des bancs inférieurs où l'eau pourra les conduire et les déposer; et cette même eau . en traversant successivement les bancs, et détachant partout un grand nombre de ces molécules , diminue la densité des bancs supérieurs , et augmente celle des bancs inférieurs.
Le dépôt de ce liquide pétrifiant se fait par une cristallisation plus ou moins parfaite, et se manifeste par des points plus eu moins brillans, qui sont d'autant plus nombreux que la pierre est plus pétrifiée, c'est-à-dire plus in*» timement et plus pleinement pénétrée de cette matière spathique; et c'est par la raison contraire qu'on ne voit guère de ces points brillans dans les premiers lits des carrières qui sont à découvert , et qu'il n'y en a qu'un petit nombre dans ces premiers lits lorsqu'ils sont recouverts de sables ou de terres, taihdis que , dans les lits inférieurs , la quantité de cette substance spathique et brillante sur passe quelquefois la première matière pierreuse. Dans cet état, la pierre est vive et résiste aux injures des élémens et du temps; la gelée ne peut en altérer la solidité , au lieu que la pierre est morte dès qu'elle est • privée de ce suc , qui seul entretient sa force de résistance à l'action des causes extérieures : aussi tombe-t-elle avec le temps en sables et en poussières qui ont besoin de nouveaux sucs pour se pétrifier.
On a prétendu que la cristallisation en rhombes étoit le caractère spécifique du spath calcaire , sans faire attention que certaines matières vitreuses ou métalliques et sans mélange de substance calcaire sont cristallisées de même en rhombes , et que d'ailleurs, quoique le spath calcaire semble affecter de préférence la figure rhomboïdale , il prend aussi des formes très-différentes ; et nos cristalhgraphes , en voulant emprunter des géomè-
a5a MINÉRAUX.
très la manière dont un rhombe peut devenir lui octaèdre, une pyramide et même une lentille ( parce qu'il se trouve du spath lenticulaire ) , n'ont fait que substituer des combinaisons idéales aux faits réels de la nature. Il en est de cette cristallisation en rhombes comme de toutes les autres : aucuue ne fera jamais un caractère spécifique, parce que toutes varient pour ainsi dire à l'infini , et que non seulement il n'y a guère de formes de cristallisation qui ne soient communes à plusieurs substances de nature différente, mais que réciproquement il y a peu ' de substances de même nature qui n'offrent différentes formes de cristallisation ; témoin la prodigieuse variété de formes des spaths calcaires eux-mêmes : en sorte qu'il seroit plus que précaire d'établir des différences ou des ressemblances réelles et essentielles par ce caractère variable et presque accidentel. Ayant examiné les bancs de plusieurs collines de pierre calcaire, j'ai reconnu presque partout que le dernier banc, qui sert de base aux autres et qui porte sur la glaise, contient une infinité de particules spath iques brillantes, et beaucoup de cristallisations de spath en assez grands morceaux ; en sorte que le volume de ces dépôts du suc lapidifique est plus considérable que le volume de la première matière pierreuse déposée par les eaux de la mer. Si l'on sépare les parties spathiques, on voiique l'ancienne matière pierreuse n'est que du gravier calcaire , c'est-à-dire des détrimens de pierre encore plus ancienne que celle de ce banc inférieur, qui néanmoins a été formé le' premier dans ce lieu par les sédimens des eaux. Il y a donc eu d'autres rochers calcaires qui ont existé dans le sein de la mer avant la formation des rochers de nos collines , puisque les bancs situés au dessous de tous les autres bancs ne sont pas simplement composés de coquilles , mais plutôt de gravier et d'autres débris de pierres déjà formées ; il est même assez rare de trouver dans ce dernier temps quelques vestiges de coquilles , et il paroîl que ce premier dépôt des sédimens ou du transport des eaux n est qu'un banc de sable et de gravier calcaire sans mélange de coquilles , sur lequel les coquillages vivans se sont ensuite établis et ont laissé leurs dépouilles, qui bientôt auront été mêlées et recouvertes par d'autres débris pierreux amenés et déposés comme ceux du premier banc : car les coquilles , comme je viens de le dire , ne se trouvent pas dans tou& les bancs, mais seulement dans quelques-uns; et ces. bauci coquilleux soi)t
pour ainsi dire interposés entre les autres bancs , dont la pierre est uniquement composée de graviers et de détrimens pierreux.
Par ces considérations tirées de l'inspection même des objets , ne doit-on pas présumer, comme je l'ai ci-devant insinué, qu'il a fallu plus de temps à la nature que je n'en ai compté pour la formation de nos collines calcaires , puisqu'elles ne ; sont que les décombres immenses de ses premières constructions dans ce genre? Seulement on pourroit se persuader que les matériaux de ces anciens rochers , qui ont précédé les nôtres , n'avoient pas acquis dans l'eau de la mer la même dureté que celle de nos pierres, et que, par leur peu de consistance, ils auront été réduits en sable et transportés aisément par le mouvement des eaux ; mais cela ne diminue que de très-peu l'énormité du temps, puisqu'il a fallu que ces coquillages se soient habitués et qu'ils aient vécu , et se soient multipliés sans nombre , avant d'avoir péri sur les lits ou leurs dépouilles gisent aujourd'hui en bancs d'une si grande étendue et en masses aussi prodigieuses. Ceci même peut encore se prouver par les faits ; car on trouve des bancs entiers , quelquefois épais de plusieurs pieds, composés en totalité d'une seule espèce de coquillages, dont les dépouilles sont toutes couchées sur la même face et au même niveau. Cette régularité dans leur position, et la présence d'une seule espèce à l'exclusion de toutes les autres , semblent démontrer que ces coquilles n'ont pas été amenées de loin par les eaux, mais que les bancs où elles se trouvent se sont formée sur le lieu même, puisqu'en supposant les coquilles transportées, elles se trouveroient mêlées d'autres coquilles, et placées irrégulièrement en tous sens avec les débris pierreux amenés en même temps, comme on le voit dans plusieurs autres couches de pierre. La plupart de nos collines ne sont donc pas formées par des dépôts successifs amenés par un mouvement uniforme et constant: il faut nécessairement admettre des repos dans ce grand travail , des intervalles considérables de temps entre les dates de la formation de chaque blanc, pendant lesquels intervalles certaines espèces de coquillages auront habité, vécu, multiplié sur ce bauc, i-t formé le lit coquilleux qui le surmonle; il faut accorder encore du temps pour que d'autres sédi mens de graviers et de matières pierreuses aient été transportes et amenés par les eauj pour recouvrir ce dépôt 4c coquilles.
En ne coasidtraul h uatwe cju/ua çèni*
DE LA PIERRE CALCAIRE
rai , nous avons dit que soixante-seize mille ans d'ancienneté su fus oient pour placer la suite de ses plus grands travaux sur le globe terrestre, et nous avons donné la raison pour laquelle nous nous sommes restreints « à cette limite de durée, en avertissant qu'on pourrait la doubler, et même la quadrupler li l'on vouloit se trouver parfaitement à l'aise pour l'explication de tous les phénomènes. En effet, lorsqu'on examine en détail la composition de ces mêmes ouvrages 9 chaque point de cette analyse augmente la durée et recule les limites de ce temps, trop immense pour l'imagination , et néanmoins trop court pour notre jugement.
Au reste, la pétrification a pu se faire au fond de la mer tout aussi facilement qu'elle s'opère à la surface de la terre; les marbres qu'on a tirés sous Peau vers les côtes de Provence , les albâtres de Malte , les pierres des Maldives, les rochers calcaires durs qui se trouvent sur la plupart des hauts-fonds dans toutes les mers , sont des témoins irrécusables de cette pétrification -sous les eaux : le doute de quelques physiciens à cet égard étoit fondé sur ce que le suc pétrifiant se forme sous nos yeux par la stillation des eaux pluviales dans nos collines calcaires, dont les pierres ont acquis, par un long dessèchement , leur solidité et leur dureté ; au lieu que , dans la mer, ils présumoient qu'étant toujours pénétrées d'humidité ces mêmes pierres ne pouvoient acquérir le dernier degré de leur consistance. Mais, comme je viens de le dire, cette présomption est démentie par les faits : •1 y a des rochers au fond des eaux tout aussi durs que ceux de nos terres les plus sèches ; les amas de graviers ou de coquilles, d'abord pénétrés d'humidité , et sans cesse baignés par les eaux , n'ont pas laissé de se durcir avec le temps par le seul rapprochement et la réunion de leurs parties solides ; plus elles se seront rapprochées , plus elles auront exclu les parties humides ; le suc pétrifiant, distillant continuellement de haut jeu bas, aura, comme dans nos rochers ter- Jrestres , achevé de remplir les interstices et les pores des bancs inférieurs de ces rochers sous-marins. On ne doit donc pas être étonné de trouver au fond des mers, à de trèsgrandes dislances de toute terre, de trouver dis-je, avec la sonde , des graviers calcaires aussi durs, aussi pétrifiés que nos graviers de la surface de la terre. En général , on peut assurer qu'il s'est fait, se fait, et se fera partout une conversion successive de coquilles en pierres , de pierres en graviers ,
et de graviers en pierres , selon que ces matières se trouvent remplies ou dénuées de cet extrait tiré de leur propre substance, qui seul peut achever l'ouvrage commencé par la force des affinités , et compléter celui de la pleine pétrification.
Et cet extrait sera lui-même d'autant plus pur et plus propre à former une masse plus solide et plus dure , qu'il aura passé par un plus grand nombre de filières : plus il aura subi de filtrations depuis le banc supérieur, plus ce liquide pétrifiant sera chargé de molécules denses , parce que la matière des bancs inférieurs étant déjà plus dense, il ne peut en détacher que des parties de même densité. Nous verrons dans la suite que c'est à de doubles et triples filtrations qu'on doit attribuer l'origine de plusieurs stalactites du genre vitreux ; et quoique cela ne soit pas aussi apparent dans le genre calcaire, on voit néanmoins qu'il y a des spaths plus ou moins purs, et même plus ou moins durs , qui nous représentent les différentes qualités du suc pétrifiant, dont ils ne sont que le résidu , ou , pour mieux dire, la substance même cristallisée et séparée de son eau superflue.
Dans les collines dont les flancs sont ouverts par des carrières coupées à pic , l'on peut suivre les progrès et reconnoître les formes différentes de ce suc pétrifiant et pétrifié : on verra qu'il produit communément ces concrétions de même nature que la matière à travers laquelle il a filtré; si la colline est de craie et de pierre tendre sous la couche de terre végétale , l'eau , en passant dans cette première couche, et s'innltrant ensuite dans la craie , en détachera et entraînera toutes les molécules dont . elle pourra se charger , et elle les déposera aux environs de ces carrières en forme de concrétions branchues et quelquefois fis t (lieuses, dont la substance est composée de poudre calcaire mêlée avec de la terre végétale, et dont les masses réunies forment un tuf plus léger et moins dur que la pierre ordinaire. Ces tufs ne sont en effet que des amas de concrétions, où l'on ne voit ni fentes perpendiculaires ni délits horizontaux , où l'on ne trouve jamais de coquilles marines , mais souvent de petits coquillages terrestres et des impressions de plantes, particulièrement de celles qui croissent sur le terrain de la colline même; mais lorsque l'eau s'infiltre dans les bancs d'une pierre plus dure , il lui faut plus de temps pour en détacher des particules, parce qu'elles sont plus adhérentes et plus denses que
dans la pierre tendre; et dès lors les concrétions formées par la réunion de ces particules denses deviennent des congélations à peu près aussi solides que les pierres dont elles tirent leur origine ; la plupart seront même à demi transparentes , parce qu'elles ne contiennent que peu de matières hétérogènes en comparaison des tufs et des concrétions impures dont nous venons de parler. Enfin , si l'eau filtre à travers les marbres et autres pierres les plus compactes et les plus pétrifiées , les congélations ou stalactites seront alors si pures, qu'elles auront la transparence du cristal. Dans tous les cas , l'eau dépose ce suc pierreux partout où elle peut s'arrêter et demeurer en repos, soit dans les fentes perpendiculaires, soit entre les couches horizontales des rochers ; et, par ce long séjour entre ces couches, le liquide pétrifiant pénètre les bancs inférieurs et en augmente la densité.
laves en plusieurs provinces , et dont on se sert, au lieu de tuiles, pour couvrir les maisons rustiques l : mais, immédiatement au dessous de ce lit de pierres minces, on retrouve les bancs sohdes et épais qui n'ont subi aucune altération , et qui sont encore tels qu'ils ont été formés par le transport et le dépôt des eaux de la mer.
En remontant de nos collines isolées aux carrières des hautes montagnes calcaires, dont les bancs supérieurs n'ont point été détruits, on observera partout que ces bancs supérieurs sont les plus minces , et que les intérieurs deviennent d'autant plus épais qu'ils sont situés plus bas. La cause de cette différence me paroît encore simple. Il faut considérer chaque banc de pierre comme composé de plusieurs petits lits stratifiés les uns sur les autres : or , à mesure que l'eau pénètre et descend à travers les mas* ses de gravier ou de craie , elle se charge
On voit , par ce qui vient d'être exposé, • de plus en plus des molécules qu'elle en
que les pierres calcaires ne peuvent acquérir un certain degré de dureté qu'autant qu'elles sont pénétrées d'un suc déjà pierreux ; qu'ordinairement les premières couches des montagnes calcaires sont de pierre tendre , parce qu'étant les plus élevées elles n'ont pu recevoir ce suc pétrifiant, et qu'au contraire elles l'ont fourni aux couches inférieures. Et lorsqu'on trouve de la pierre dure aux sommets des collines, on peut s'assurer , en considérant le local , que ces sommets de collines ont été , dans le commencement, surmontés d'autres bancs de pierre, lesquels ensuite ont été détruits. Cet effet est évident dans les collines isolées , elles sont toujours moins élevées que les montagnes voisines ; et , en prenant le niveau du banc supérieur de la colline isolée , on trouvera à la même hauteur , dans les collines voisines , le banc correspondant et d'égale dureté surmonté de plusieurs autres bancs dont il a reçu les sucs pétrifians, et par conséquent le degré de dureté qu'il a conservé jusqu'à ce jour. Nous avons expliqué comment les » courans de la mer ont dû rabaisser les sommets de toutes les colhncs isolées ; et il n'y a eu nul changement, nulle altération, dans les couches de ces pierres depuis la retraite des mers, sinon dans celles où le banc supérieur s'est trouvé exposé aux injures de l'air, ou recouvert d'une trop petite épaisseur de terre végétale. Ce premier lit s'est en effet délité horizontalement et fendu verticalement ; et c'est là d'où l'on tire ces pierres calcaires dures et minces que Ton nomme
détache; et, dès qu'elle est arrêtée par un lit de pierre plus compacte, elle dépose sur ce ht une partie des molécules dont elle étoit chargée , et entraine le reste dans les pores et jusqu'à la surface inférieure de ce lit , et même sur la surface supérieure du lit au dessous. L'épaisseur des deux lits augmente donc en même temps , et leurs surfaces se rapprochent , pour ainsi dire, par l'addition de cette nouvelle matière; enfin ces petits lits se joignent et ne forment plus qu'un seul et même lit qui se réunit de même à un troisième lit, en sorte que plus il y a de matière lapidifique amenée par la stillation des eaux , plus il se fait de réunion des petits lits , dont la somme fait l'épaisseur totale de chaque banc, et par conséquent cette épaisseur doit être plus grande dans les bancs inférieurs
2ue dans les supérieurs , puisque c'est aux épens de ceux-ci que leurs joints se remplissent et que leurs surfaces se réunissent.
Pour reconnoitre évidemment ce produit du travail de l'eau, il ne faut que fendre une pierre dans le sens de son lit de carrière : en la divisant horizontalement , on verra que les deux surfaces intérieures qu'on vient de séparer sont réciproquement hérissées d'un très-grand nombre de petits mamelons qui se correspondent alternative-
x. II ne faut pas confondre ees pierres calcaire: en lares avec les lares de grès feuilleté dont Mm£ avons parlé ci-devant ; et bien moins encore avet les véritables £er«t volcanifues, qui sont d'une lonsf antre nature,
DE LA PIERRE CALCAIRE
ment, et qui ont été formés pu* le dépôt des filiations de l'eau; 'la pierre délitée dans ce sens présente une cassure spathique qui est partout convexe et concave, et comme ondée de petites éminences ,\au lieu que la cassure dans le sens vertical n'offre aucun de ces petits mamelons, mais le grain seul de la pierre.
Comme ce travail de l'eau chargée du suc pétrifiant a commencé de se faire sur les pierres calcaires dès les premiers temps de leur formation , et qu'il s'est fait sous les eaux par l'infiltration de l'eau de la mer , et sur la terre par la stillation des eaux pluviales, on ne doit pas être étonné de la grande quantité de matière spathique qui en est le produit : non seulement cette matière a formé le ciment de tous les marbres et des autres pierres dures , mais elle a pénétré et pétrifié chaque particule de la craie et des autres dé tri mens immédiats des coquilles, pour les convertir en pierre ; elle a même formé de nouvelles pierres en grandes masses, telles que les albâtres, comme nous le prouverons dans l'article suivant Souvent cette matière spathique s'est accumulée dans les fentes et les cavités des rochers , où elle se présente en petits volumes cristallisés, et quelquefois en blocs irréguliers, qui, par la finesse de leurs grains et le grand nombre de points brillans qu'ils offrent à la cassure, démontrent leur origine et leur composition toujours plus ou moins pure à mesure que cette matière spathique y est plus ou moins abondante.
Ce spath, cet extrait le plus pur des substances calcaires , est donc le ciment de toutes les pierres de ce genre , comme le suc cristallin, qui n'est qu'un extrait des matières vitreuses , est aussi le ciment de toutes les pierres vitreuses de seconde et de troisième formation; mais, indépendamment de ces deux cimens, chacun analogue aux substances qu'ils pénètrent, et dont ib réunissent et consolident les parties intégrantes, il y a une autre sorte de gluten ou ciment commun aux matières calcaires et aux substances formées des débris de matières vitreuses, dont l'effet est encore plus prompt que celui du suc pétrifiant , calcaire, ou vitreux. Ce gluten est le bitume , qui , dès le premier temps de la mort et de la décomposition des êtres organisés, s'est formé dans le sein de la terre , et a imprégné les eaux de la mer, où il se trouve quelquefois en grande quantité. îl y a de certaines plages voisines des côtes de la Sicile, près de Messine, et de celles de Cadix
en Espagne ', où l'on a observé qu'en moins d'un siècle les graviers, les petits cailloux, et les sables, de quelque nature
3u'ils soient, se réunissent en grandes masses ures et solides, et dont la pétrification sous l'eau ne fait que s'augmenter et se consolider de plus en plus avec le temps. Nous en parlerons plus en détail lorsqu'il sera question des pierres mélangées de aétrimens calcaires et de débris vitreux ; mais il est bon de reconnoître d'avance l'existence de ces trois glutens ou cimens différens , dont le premier et le second , c'est-à-dire le sue cristallin et le suc spathique, réunis au bitume , ont augmenté la dureté des pierres de ces deux genres lorsqu'elles se sont formées sous l'eau. Ce dernier ciment paroît être celui de la plupart des pierres schis* teuses , dans lesquelles il est souvent assez abondant pour les rendre inflammables; et quoique la présence de ce ciment ne soit pas évidente clans les pierres calcaires , l'odeur qu'elles exhalent lorsqu'on lés taille indique qu'il est entré de la matière inflammable dans leur composition.
Mais revenons à notre objet principal; et, après avoir considéré la formation et la composition des pierres calcaires, suivons en détail l'examen des variétés de la nature dans leur décomposition. Après avoir vu les coupes perpendiculaires des rochers dans les carrières, il faut aussi jeter un coup d'œil sur les pierres errantes qui s'en sont détachées , et dont il y a trois espèces assez remarquables. Les pierres de la première sorte sont des blocs informes qui se trouvent communément sur la pente des collines et jusque dans les vallons ; le grain de ces pierres est fin et semé de points brillans , sans aucun mélange ni vestige de co-
x. Cadix est situé dans une presqu'île, sur des rochers, où Tient se briser la mer. Ces rochers sont on mélange de différentes matières , comme marbre, quartz, spath, cailloux, et coquilles réduites en mortier avec le sable et le gluten ou bitume de la mer, lequel est'si puissant dans cet endroit , que l'on observe dans les décombres qu'on y jette que les briques , les pierres , le sable , le plâtre , les coquilles , etc. , se trouvent , après un certain temps , si bien nnis et attachés ensemble , que le tout ne paroît qu'un morceau de pierre. . (Histoin naturelle d'Espagne, par M. Bowles.)
M. le prince de Pignatelli d'£gmont, amateur très-éclaîré de toutes les grandes et belles connoissances , a eu la bonté de me donner, pour le Cabinet du Roi , un morceau de cette même nature , tiré sur le rivage de la mer de Sicile, ou cette pétrification s'opère en très-peu de temps. Fazelli , de Rébus tiadis , attribue à l'eau du détroit de Charybde cette propriété de cimenter le gravier de ses rivages.
MINERAUX
quilles : l'une des surfaces de ces blocs est hérissée de mamelons assez longs, ta plupart figurés en cannelures et comme travaillés de main d'homme , tandis que les autres surface» sont unies. On reconnoit donc évidemment le travail de l'eau sur ces blocs, dont la surface cannelée portdft horizontalement sur le banc duquel ils ont été détachés : leur composition n'est qu'un amas de congélations grossières, faites par les stillationi de l'eau à travers une matière calcaire tout aussi grossière.
Les pierres de la seconde sorte ne sont pas des blocs informes ; ils affectent au contraire des figures presque régulières. Ces blocs ne se trouvent pas communément sur la pente des collines ni dans leurs vallons , mais plutôt dans les plaines au dessus des montagnes calcaires, et la substance dont ils sont composés est ordinairement blanche : les uns sont irrégulièrement sphériques ou elliptiques, les autres hémisphériques; et
Quelquefois on en trouve qui sont étroits ans leur milieu, et qui ressemblent à deux moitiés de sphère reunies par un collet. Ces sortes de blocs figurés présentent encore la forme de la substance des astroîtes, cerveaux de mer, etc., dont ils ne sont que les masses entières ou les fragmens ; leurs rides et leurs pores ont été remplis d'une matière blanche toute semblable à celle de ces productions marines. Les stries et les étoiles que
postérieurement à ces noyaux : néanmoins ils ne paraissent pas être d'une formation aussi ancienne que ceux de la seconde sorte; car ils ne contiennent point de coquilles: leur couleur et les points brillans dont leur substance est parsemée indiquent qu'ils ont d'abord été formés par une matière pierreuse, imprégnée de fer ou de quelque autre minéral qui les a colorés , et qu'après avoir été sépares des rochers où ils se sont formés, ils ont été roulés et aplatis en forme de galets, et qu'enfin ce n est qu'après tous ces mouvemens et ces altérations qu'Us ont été saisis de nouveau par le liquide pétrifiant qui les a tous enveloppés séparément, et
3uelquefois réunis ensemble ; car on trouve e ces pierres à noyau coloré non seulement en gros blocs , mais même en grands bancs de carrières , qui toutes sont situées sur la pente et au pied des montagnes ou collines calcaires, dont ces blocs ne sont que les plus anciens débris.
On trouve encore sur les pentes douces des collines calcaires, dans les champs cultivés , une grande quantité de pétrifications de coquilles et de crustacés entières et bien conservées , que le soc de la charrue a détachées et enlevées du premier banc qui gît immédiatement sous la couche de terre végétale. Cela s'observe dans tous les lieux où ce premier banc est d'une pierre tendre et gelisse. Les morceaux de moellon que le soc
l'on voit à la surface de plusieurs de ces enlève se réduisent en gravier et en pousblocs ne laissent aucun doute sur la pre- sière au bout de quelques années d'exposimière nature de ces pierres , qui n'étoient tion à l'air, et laissent à découvert les pétrid'abord que des masses coquilleuses produites par les polypes et autres animaux de même genre, et qui, dans la suite, par l'addition et la pénétration du suc extrait de ces mêmes substances, sont devenues des pierres solides et même sonores.
La troisième espèce de ces pierres en blocs et en débris se trouve, comme la première, sur la pente des montagnes calcaires, et même dans leurs vallons : ces pierres sont plates comme le moellon commun, et presque toujours renflées dans leur milieu, et plus minces sur les bords, comme sont les galets ; toutes sont colorées de gris foncé ou de bleu dans cette partie du milieu qui est toujours environnée d'une substance pierreuse blanchâtre, qui sert d'enveloppe à tous ces noyaux colorés », et qui a été formée
i. Aux bords de l'Albarine , surtout près de Saint-Denis, il y a une immensité de cailloux roulés (qui sont bien de terre calcaire, puisqu'on en fait de très-bonne chaux) ; ils ont une croule blanche à ocu près concentrique, et un noyau d'un beau
» pétrifications qu'ils contenoient , et qui étoient auparavant enveloppées dans la matière pierreuse : preuve évidente que ces pétrifications sont plus dures et plus solides que la matière qui les environnoit , et que la décom- Sosition de la coquille a augmenté la densité e la portion de cette matière qui en a rempli la capacité intérieure; car ces pétrifications en forme de coquilles, quoique exposées à la gelée et à toutes les injures de l'air,
gris-bleu. Le hasard ne peut avoir fait que des fragmens de blocs mêlés se soient usés et arrondis concentriquement suivant leurs couleurs • quelle peut donc être la formation de ces cailloux ? {Lettre de M, de Morveau à M. le comte de Buffon , datée de Bourg-en-Bresse, le ai septembre 1778.)
Je puis ajouter que , dans presque tous les pays dont les collines sont composées de pierres calcaires , il se trouve de ces pierres dont l'intérieur, plus anciennement formé que l'extérieur, est teint de gris ou de bleu , tandis que les couches supérieures et inférieures sont blanches ; ces pierres sont en moellons plats , et il ne leur manque , pour ressembler entièrement aux prétendus cailloux du Rhône , que d'avoir été roules.
DE LA pmUUZ CALCAIRC
y ont résisté sans se fendre ni s'égrener, tandis qoe les autres morceaux de pierre enlevé» du même banc ne peuvent subir une seule fois' Faction de la gelée sans s'égrener ou se diviser en écailles. On doit donc dans ce cas regarder ia décomposition de la coquille comme la substance spathique qui a augmenté la densité de la matière pierreuse, contenue et moulée dans son intérieur, laquelle, sans -cette addition de substance tirée de la coquille même, n'auroit pas eu plus de solidité que la pierre environnante. Cette remarque vient à l'appui de toutes les observations par lesquelles on peut démontrer que l'origine des pierres en général, et de la matière spathique en particulier, doit être rapportée à la décomposition des coquilles par Tintermède de l'eau. J'ai de plus observé que l'on trouve assez communément une espèce de pétrification dominante dans chaque endroit, et plus abondante qu'aucune autre ; il y aura, par exemple, des milliers de coeurs de boeufs (bucardites) dans un canton, des milliers de cornes d'ammon dans un autre, autant d'oursins dans un troisième, souvent seuls , ou tout au plus accompagnés d'autres espèces en très-petit nombre; ce qui prouve encore que la matière des bancs où se trouvent ces pétrifications n'a pas été amenée et transportée confusément par le mouvement des eaux , mais que certains coquillages se sont établis sur le lit inférieur, et qu'après y avoir vécu et s'être multipliés en grand nombre, ils y ont laissé leurs dépouilles. L'on trouve encore , sur la pente des col- Unes calcaires , de gros blocs de pierres calcaires grossières, enterrées à une petite profondeur, qu'on appelle vulgairement des pierres à four, parce qu'elles résistent sans se fendre aux feux de nos fours et four- 'neaux , tandis que toutes les antres pierres qui résistent à la gelée et au plus grand froid ne peuvent supporter ce même degré de feu sans s'éclater avec bruit. Communément les pierres légères , poreuses , et gelisses , peuvent être chauffées jusqu'au point de se convertir en chaux sans se casser, tandis que les plus pesantes et les plus dures , sur lesquelles la gelée ne fait aucune impression , ne peuvent supporter la première action de ce même feu. Or notre pierre à four est composée de gros graviers calcaires détachés des rochers supérieurs, et qui , se trouvant recouverts par une couche de terre végétale, se sont fortement agglutinés par leurs angles sans se joindre de près , et ont laissé entre eux des intervalles que la matière spathique n'a pas remplis. Cette pierre criblée
ltorroit IL
de petits vides n'est en effet qu'un amas do graviers durs, dont la plupart sont colorés de jaune ou de rougeâtre , et dont la réunion ne paroît pas s'être faite par le suc spathique : car on n'y voit aucun de ces points brillans qui le décèlent dans les autres pierres auxquelles il sert de ciment. Celui qui lie les grains de ce gros gravier de la pierre à four n'est pas apparent, et peut-être est-il d'une autre nature ou en moindre quantité que le ciment spathique : on pourrait croire que c'est un extrait de la matière ferrugineuse qui a lié ces grains en même temps qu'elle leur a donne la couleur x ; ou bien ce ciment , qui n'a pu se former que par la filtration de l'eau pluviale à travers la couche de terre végétale , est un produit de ces mêmes parties ferrugineuses et pyriteuses provenant de la dissolution des pyrites qui se sont effleuries par l'humidité dans cette terre végétale; car cette pierre à four, lorsqu'on la travaille, répand une odeur de soufre encore plus farte que celle des autres pierres. Quoi qu'il en soit, cette pierre à four, dont les grains sont gros et pesans, et dont la masse est néanmoins assez légère par la grandeur de set vides, résiste sans se fendre au feu où les antres s'éclatent subitement : aussi l'einploie-t-on de préférence pour les âtres des fourneaux , les gueules de four, les contrecœurs de cheminée, etc.
Enfin l'on trouve , au nied et sur la pente douce des collines calcaires, d'autres asas de gravier ou d'un sable plus fin , dans lesquels il s'est formé plusieurs lits de pierres inclinées suivant la pente du terrain, et qui se délitent très-aisément selon cette même inclinaison. Ces pierres ne contiennent point de coquilles , et sont évidemment d'une formation nouvelle; leurs bancs inclinés n'ont guère plus d'un pied d'épaisseur et se divisent nisément en moellons plats, dont les deux surfaces sont unies. Ces pierres parasites ont été nouvellement formées par l'agrégation de ces sables ou graviers , et elles ne sont ni dures, ni pesantes, parce qu'elles n'ont pas été pénétrées du suc pétrifiant, comme les pierres anciennes qui sont posées sous des bancs d autres pierres.
La dureté, la pesanteur , et la résistance à l'action de la gelée, dans les pierres, dépendent donc principalement de la grande quantité de suc lapidifique dont elles sont pénétrées ; leur résistance au feu suppose au
x. Il me semble qu'on pourrait rapporter a. notre pierre 4 four celle qu'on nomme rmusitr en Normandie.
Mnrtiuu*.
cdtftrtfrè dès* fft&trèHfefCtli, * Méme d'&se* fcrànds vides entre les partie* constipantes : néanmoins plus les pierres sont denses , plus 11 faut de temps pour les convertir en chaux. Ce n'est donc pas que la pierre à four se calcine plus difficilement que les autres ; ce n'est pas qu'elle tte se réduise également en chaux ; mais c'est parcequ'elle se calcine sans se fendre , sans s'écailler ni tdhibër en fraginens , qu'elle a de l'avantage sûr les autres pierres pour être employée aux fours et aux fourneaux : et il est aisé de voir pourquoi ces pierre* en se calciriarft ne se divisent ni ne s'égrènent ; cela vient de ce qat les vides , disséminés en grattd tiombre dans toute leur masse , donnent à chaque graïn dilaté par la chaleur la facilité de se gotofler, s'étendre, et occuper pins d'espace, sans forcer les autres grains à céder leur jflaee, an lien que, dans les pierres pleines , là dilatation causée par la chaleur ne peut rènflfer les grains sans faire fetidre la masse en d'autant plus d'endroits qti'èltè seYà plus solide.
Ordinairement les pierres tendres sont blanches, et celles qui sOnt pliis dures ontdès teîntcs rie quelques couleurs ; les grises et les jaunâtres, celles qui ont une nuance de ronce , de bleu , de vert , doivent toutes ces couleurs au fet ou à quelque autre miuéral qui est entré dans leur composition ; et c'est surtout dans les marbres que l'on voit toutes les variétés possibles des plus belles couleurs ; les minéraux métalliques ont teint et imprégné la Substance de toutes ces pierres colorées dès le premier temps de leur formation ; car la hlerre rousse même, dont on attribue là couleur aux parties ferrugineuses de la couche végétale , se trouve souvent fort a« dessous de Cette couche, et surmontée de plusieurs bancs qui n'ont pdirit de couleur. Il en est dé même de la plupart dès matbres colorés : c'est dans le temps de leur formation et de leur première pétrification qu'ils ont reçu leurs couleurs par le mélange dd fer ou de quelque antre minéral ; et ce n'est que dans des cas particuliers et par des circonstances locales que certaines pierres ont été colorées par la stillalion des eaux à travers la terre végétale.
Les couleurs, surtout celles qui sont vives ou foncées , appartiennent donc aux marbres et autres pierres calcaires d'ancienne formalion ; et , lorsqu'elles se trouvent dans des pierres de seconde et de troisième formation, c'est qu'elles y ont été entraînées arec la matière même de ces pierres par la siîllalion des eaux. Nous avons déjà parle de
ces carrières « lieu bas qui se rttot1 fanftétt aux dépens des rochers phis élevés ; les pierres en sont communément blanches , et il n'y a que celles qui sont mêlées d'une petite quantité d'argile ou de terre végétale qui soient colorées de jaune ou de gris. Ces carrières de nouvelle formation sont irès-commttues dans les vallées et dans le voisinage des grandes rivières , et il est aisé d'en reconaottre l'origine et de suivre les progrès de leur établissement depuis le sommet des montagnes calcaires jusqu'aux plaines les plus basses.
On trouve quelquefois dans ces carrière* de nouvelle formation des lits d'une pierre aussi dure que celle des bancs anciens dont elle tire son origine ; cela dépend , dans ces nouvelles carrières comme dans les anciennes, de l'épaisseur des lits superposés : les inférieurs, recevant le sUc pierreux des lits supérieurs , prendront tous les degrés de dureté et de densité à mesure qu'ils en seront pénétrés ; mais les pierres qui se trouvent dans les plaines ou dans les vallées voisines des grandes rivières * disposées en lits horizontaux ou inclinés , n'ont été formées que des sédimens de craie ou de poussière de pierre qui primitivement ont été détachés des rochers, et atténués par le mouv • ment et l'impression de l'eau. Ce sont les torrens, les ruisseaux, et toutes les eaux courantes sur la terre découverte , qui ont aniené ces poudres calcaires dans les vaflées et les plaines , et qui souvent y ont mêlé des substances de toute nature. On ne trouve jamais de coquilles marines dans ces pierres, mais souvent des coquilles fluviatiles et terrestres * : on y a même trouvé des morceaux de fer * et de bois * , travaillés de main
i. La pierre qu'on tire à peu 4e distance de la Seine, près de l'Lôpital général de Paris, et dont j'ai parlé plus haut, est remplie de petites vit, qui sont communes dans les ruisseaux d'eau vive : cetta pierre de U Seine ressemble I peu près aux pierres que Ton tire dans les vallées , entre la Sadne et U Yiugeanne, auprès du village de Talinay en Bouc* gogne. le cite ce dernier exemple, parce qu'il démontre évidemment que la matière de ces lits de pierre a été amenée de loin , puisqu'il n'y a aucune montagne calcaire qu'à environ une lieue de cbs tance.
2. Le sieur Dumontier, maître maçon à Paris , m*a assuré qu'il y a quelques années if avoit trouve dons un bloc de pierre dite de S*ftU-L*u , laquelle ne ee tire qu'à la surface de la terre » c'est-à-dire à quelques pieds de profondeur, un corps cylindrique qui lui paroissoit être une pétrification, parce qu'il élott incrusté de matières pierreuses ; mais que , l'ayant nettoyé avec soin, il reconnut que c'étoit vrai meut un canon de pistolet, c'est-à-dire du 1er.
3. Dans un bloc de pierre de plusieurs pieds de longueur sur une épaisseur d'environ un pied on
Dt LA PIERRE CALCAIRE.
d'homme ; nous avons vu du charbon de bois dans quelques - unes de ces pierres : ainsi l'on ne peut douter que toutes les carrières en lieu bas ne soient d'une formation moderne , qu'on doit dater depuis que nos coetinens, déjà découverts, ont été eiposés awi dégradations de leurs parties , même le» plus solides, par la gelée et par les autres injures des élément humides. Au reste, toutes les pierres de ces basses carrières ne présentent qu'un grain plus ou moins fin, et très-peu de ces noints brillant qui indiquent la présence de la matière apathique : aussi sent-eUee ordinairement plus légères et moins dures que la pierre des hautes carrières, dans lesquelles les bancs inférieurs sont de la plus grande densité.
Il cette matière spathique * qui remplit tous les vides et s'étend dans les délits et dans les couches horkontales des bancs de pierre, s'accumule aussi le long de leurs fentes perpendiculaires : elle commence par en tapisser les parois , et peu à peu elle les recouvre d'une épaisseur considérable de
plient, lorsqu'ils deviennent plus gros et plus distincts , ils ressemblent par leur forme à des grains de sel marin : aussi les ouvriers donnent aux pierres revêtues de ces cristallisations spathiqttes le nom impropre de pierre* de sel. Ce ne sont pas toujours les pierres les plus dures ni celles qui sont composées de gravier, mais celles qui contiennent une très-grande quantité de coquilles et de pointes d'oursins» qui offrent cette espèce de cristallisation en forme de grains de sel ; et l'on peut observer qu'elle paroit être toujours en plus gros grains sur la surface qu'à l'intérieur des pierres , parce que les grains dans l'intérieur sont toujours liés ensemble.
Ce sue pétrifiant qui pénètre les pierres des bancs inférieurs, qui en remplit les oa< vîtes, les joints horiaontaux, et les fentes perpendiculaires, ne provenant que de la décomposition de la matière des bancs su* périeursi doit , en se séparant , y causer une altération sensible : aussi remarque-t-on dans la pierre des premiers bancs des carrières
cpuehes additionnelles et successives ( elle y quelle a éprouvé pVs dégradations; on n'y ferme des mamelons , des stries , des canne- voit qu'un très-petit nombre de points brUlures creuses et saillantes , qui souvent dus- Ions ; elle se divise en petits morceaux irrécendent d'en haut jusqu'où point le plus bas, guliers , minces , asses légers , et qui se bi> où elle se réunit en congélations , et finit sent aisément L'eau , en passant par ce» par remplir quelquefois en entier la fente premiers bancs , a donc enlevé les élément qui séparoil auparavant les deux parties du du ciment apathique qui lioit les parties de rocher. Celle matière apathique qui s'occu- la niene. et en même temps elle en a démule dans les cavités et les fentes des ro- tacné une grande quantité d'autre matière) chers n'est pas ordinairement du spath pur, pierreuse plus grossière ; et c'est de ce meamis mélangé de parties pierreuses pi us. lange qu'ont été composées toutes les oongrosiières et opaques ; on y reconnoît seule* Relations opaques qui remplissent les cavités
des rochers : mais lorsque l'eau chargée dé cette même matière passe à travers un second filtre eu pénétrant la pierre des bancs inférieurs , dont le tissu est plus serré, elle abandonne et dépose en chemin ces parties grossières , et alors les stalactites qu'elle forme sont du vrai spath pur, homogène t et transparent. Nous verrons ci-apres que, dans les pierres vitreuses comme dans les calcaires , la pureté des congélations dépend du nombre dis filtrations qu'elles ont subies, et de la ténuité des pores dans les matières qui ont servi de filtre.
ment le spath par les points brillant qui se trouvent en puis eu moins grande quantité daas cas congélations.
Et brique ses points brillant se multi-
qtttflie potieea< tiré tU* carrière» du faubourg Saint* Marceau à Paris, l'ouvrier tailleur de pierre s'aperçut* en la sciant, que sa scie poussolt au denors uhe matière noire , qu'il jugea être de» débrh de bois pourri. Bit affet » la pierre ayant été se*
Sréf en deux bfoç», il trouva qu'elle reuferinoit , us «on intérieur, un morceau d« Lois de près de deux pouces d'épaisseur sur six à sept pouces de longueur, lequel étoit en partie pourri et sans autan ittdicj» de pétri fanion.
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DE L'ALBATBE.
Cit albâtre, auquel lea poètes ont si souvent comparé la blancheur de nos belles , est toute une autre matière que l'albâtre dont nous allons parler; ce n'est qu'une substance gypseuse , une espèce de plâtre très-blanc , au lieu que le véritable albâtre est une matière purement calcaire , plus souvent colorée que blanche , et qui est plus dure que le plâtre, mais en même temps plus tendre que le marbre. Les couleurs les plus ordinaires des albâtres sont le blanchâtre, le jaune , et le rougeâtre ; on en trouve aussi qui sont mêlés de gris , et de brun ou noirâtre : souvent ils sont teints de deux de ces couleurs , quelquefois de trois , rarement de quatre ou cinq. L'on verra qu'ils peuvent recevoir toutes les nuances de couleur qui se trouvent dans les marbres, sous la masse desquels ils se forment
L'albâtre d'Italie est un des plus beaux ; il porte un grand nombre de taches d'un rouge foncé sur un fond jaunâtre , et il n'a de transparence que dans quelques petites parties. Celui de Malte est jaunâtre mêlé de gris et de noirâtre , et Ton y voit aussi quelques parties transparentes. Les albâtres que les Italiens appellent agates sont ceux qui ont le plus de transparence, et qui ressemblent aux agates par la disposition des couleurs. Il y en a même que l'on appelle albâtre onyx t parce qu'il présente des cercles concentriques de différentes couleurs. On counoît aussi des albâtres herborises, et ces herborisations sont ordinairement brunes ou noires. Volterra est l'endroit de l'Italie le plus renommé par ses albâtres ; on y en compte plus de vingt variétés différentes par les degrés de transparence et les nuances de couleurs. Il y en a de blancs à reflets diaphanes , avec quelques veines noires et opaques , et d'autres qui sont absolument opaques et de couleur assez terne, avec des taches noires et des herborisations branchues.
Tous les albâtres sont susceptibles d'un poli plus ou moins brillant : mais on ne peut polir les albâtres tendres qu'avec des matières encore plus tendres, et surtout avec de la cire; et quoiqu'il y. en ait d'assez durs à Volterra et dans quelques autres endroits d'Italie , on assure cependant qu'ils le sont moins que l'albâtre de Perse et de quelques autres contrées de l'Orient.
L'on ne doit donc pas se persuader avec le vulgaire que l'albâtre soit toujours blanc, quoique cela ait passé parmi nous en proverbe. Ce qui a donné heu à cette méprise, c'est que la plupart des artistes , et même quelques chimistes, ont confondu deux matières , et donné, comme les poètes, le nom $ albâtre à une sorte de plâtre très -tendre et d'une grande blancheur, tandis que les naturalistes n'ont appliqué ce nom d'albâtre qu'à une matière calcaire qui se dissout par les acides et se convertit en chaux au même degré de chaleur que la pierre : les acides ne font au contraire aucune impression sur cette autre matière blanche qui est du vrai plâtre; et Pline avoit bien indiqué notre albâtre calcaire en disant qu'il est de couleur de miel.
Étant descendu, en 1740, dans les grottes d- Arcy-sur-Cure , près de Vermanton, je pris' dès lors une idée nette de la formation de l'albâtre, par l'inspection des grandes stalactites en tuyaux, en colonnes, et en nappes, dont ces grottes, qui ne paroissent être que d'anciennes carrières , sont incrustées et en partie remplies. La colline dans laquelle se trouvent ces anciennes carrières a été attaquée par le flanc à une petite hauteur au dessus de la rivière de Cure; et l'on peut juger, par la grande étendue des excavations , de l'immense quantité de pierres à bâtir qui en ont été tirées : on voit en quelques endroits les marques des coups de marteau qui en ont tranché les blocs. Ainsi Ton ne peut douter que ces grottes, quelque grandes qu'elles soient, ne doivent leur origine au travail de l'homme; et ce travail est bien ancien, puisque, dans ces mêmes carrières, abandonnées depuis long-temps , il s'est formé des masses trèsconsidérables , dont le volume augmente encore chaque jour par l'addition de nouvelles concrétions formées , comme les premières , par la stillation des eaux : elles ont filtré dans les joints des bancs calcaires qui surmontent ces excavations et leur servent de voûtes ; ces bancs sont superposés horizontalement, et forment toute l'épaisseur et la hauteur de la colline , dont la surface est couverte de terre végétale : l'eau des pluies passe donc à travers cette couche de terre, et en prend la couleur jaune ou rougeâtre; ensuite elle pénètre dans les joints