‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 102 sur 186 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

traires à leurs habitudes ou à leur naturel. On ne peut donc pas espérer de savoir jamais par cette voie quelle est la race primitive des chiens, non plus que celle des autres animaux qui, comme le chien, sont sujets à des variétés permanentes; mais au défaut de ces connaissances de faits qu'on ne peut acquérir, et qui cependant seraient nécessaires pour arriver à la vérité, on peut rassembler des indices, eten tirer des conséquences vraisemblables.

Les chiens qui ont été abandonnés dans les solitudes de l'Amérique, et qui vivent en chiens sauvages depuis cent cinquante ou deux cents ans , quoique originaires de races altérées, puisqu'ils sont provenus des chiens domestiques, ont dû , pendant ce long espace de temps, se rapprocher au moins en partie de leur forme primitive. Cependant les voyageurs nous disent qu'ils ressemblent à nos lévriers ‘; ils disent la même chose des chiens sauvages ou devenus sauvages au Congo ?, qui, comme ceux d'Amérique, se rassemblent par troupes pour faire la guerre aux tigres, aux lions, ete. Mais d'autres, sans comparer les chiens sauvages de Saint-Domingue aux lévriers, disentseu!ement*, qu'ils ont pour l'ordinaire la tête plate et longue, le museau effilé, l'air sauvage, le corps mince et décharné; qu'ils sont très-légers à la course; qu'ils chassent en perfection; qu'ils s'apprivoisent aisément en les prenant tout petits. Ainsi ces chiens sauvages sont extrêmement maigres et légers; et, comme le lévrier ne diffère d’ailleurs qu’assez peu du mâtin, ou du chien que nous appelons chien de berger, on peut croire que ces chiens sauvages sont plutôt de cette espèce que de vrais lévriers ; parce que d'autre côté les anciens voyageurs ont dit que les chiens naturels du Canada avaient les oreilles droites comme les renards, et ressemblaient aux mâtins de médiocre grandeur “ de nos villageois , c’est-à-dire à nos chiens de berger; que ceux des sauvages des Antilles avaient aussi la tête et les oreilles fort longues , et approchaient de la forme des renards ; que les Indiens du

1 Histoire des Aventuriers flibustiers, par Oexmelin; Paris, 1686, in-12, tome I, page 112.

2 Histoire générale des Voyages, par M. l'abbé Prévost; in-4°, tome 1, pages6.

5 Nouveaux voyages aux iles de l'Amérique, Paris, 4722, tome V, page 195.

4 Voyage au pays des Hurons, par Sabard Théodat , récollet; Paris, 1672, pages 510et 511.

5 Histoire géuérale des Antilles, par le P. du Tertre; Paris, 1667, tome LJ, page 506.

Pérou n'avaient pas toutes les espèces de chiens que nous ayons en Europe, qu'ils en avaient seulement de grands et de petits qu'ils nommaient Alco'; que ceux de l'isthme de l'Amérique étaient laids, qu'ils avaient le poil rude et long, ce qui suppose aussi les oreilles droites ?. Ainsi on ne peut guère douter que les chiens originaires d'Amérique et qui, avant la découverte de ce nouveau monde, n'avaient eu aucune communication avec ceux de nos climats, ne fussent tous, pour ainsi dire, d'une seule et même race, et que de toutes les races de nos chiens celle qui en approche le plus ne soit celle des chiens à museau effilé, à oreilles droites et à long poil rude, comme les chiens de berger : et ce qui me fait croire encore que les chiens devenus sauvages à Saint-Domingue ne sont pas de vrais lévriers, c'est que comme les lévriers sont assez rares en France, on en tire, pour le roi, de Constantinople et des autres endroits du Levant, et que je ne sache pas qu'on en ait jamais fait venir de Saint-Domingue ou de nos autres colonies d'Amérique. D'ailleurs , en recherchant dans la même vue ce que les voyageurs ont ditde la forme des chiens des différents pays, on trouve que les chiens des pays froids ont tous le museau long et les oreilles droites; que ceux de la Laponie sont petits , qu'ils ont le poil long, les oreilles droites et le museau pointu ; que ceux de Sibérie et ceux que l'on appelle chiens-loups sont plus gros que ceux de Laponie, mais qu'ils ont de même les oreilles droites, le poil rude et le museau pointu ; que ceux d'Islande sont aussi, à très-peu près, semblables à ceux de Sibérie, et que de même, dans les climats chauds, comme au cap de Bonne-Espérance, les chiens naturels ont le museau pointu, les oreilles droites, la queue longue et trainante à terre, le poil clair, mais long et toujours hérissé; que ces chiens sont excellents pour garder les troupeaux, et que, par conséquent, ils ressemblent non-seulement par la figure, mais encore par l'instinct, à nos chiens de berger ; que dans d’autres climats encore plus chauds, comme à Madagascar, à Maduré , à Calicut, à Malabar, les chiens originai-

{Histoire des Incas, Paris, 1744, tome 1, page 265. Voyage de Wafer imprimé à la suite de ceux de Dampier, tome IV, page 225.

? Nouveanx voyages aux Îles de l'Amérique; Paris, 4722, tome V, page 195.

* Voyage de La Martinière; Paris, 4674, page 75. J1 genio Yagaate : Parma , 1691 vol. I], page 45.

HISTOIRE NATURELLE

res de ces pays ont tous le museau long, les oreilles droites, et ressemblent encore à nos chiens de berger ; que quand même on y transporte des mâtins, des épagneuls, des barbets, des dogues, des chiens courants, des lévriers, etc., ils dégénèrent à la seconde ou à la troisième génération ; qu'enfin dans les pays excessivement chauds , comme en Guinée! , cette dégénération est encore plus prompte, puisqu'au bout de trois où quatre aus ils perdent leur voix, qu'ils naboient plus, mais hurlent tristement ; qu'ils ne produisent plus que des chiens à oreilles droites comme celles des renards ; que les chiens du pays sont fort laids, qu'ils ont le museau pointu, les oreilles longues et droites , la queue longue et pointue, sans aucun poil, la peau du corps nue, ordinairement tachetée et quelquefois d'une seule couleur; qu’enfin ils sont désagréables à la vue et plus encore au toucher.

On peut done déjà présumer, avec quelque vraisemblance, que le chien de berger est de tous les chiens celui qui approche le plus de la race primitive de cette espèce, puisque dans tous les pays habités par des hommes sauvages, oumême à demi civilisés, les chiens ressemblent à cette sorte de chiens plus qu'à aucune autre ; que dans le continent entier du Nouveau Monde il n’y en avait pas d’autres; qu'on les retrouve seuls de même au nord et au midi de notre continent, et qu’en France, où on les appelle communément chiens de Brie, et dans les autres climats tempérés , ils sont encore en grand nombre, quoiqu'on se soit beaucoup plus occupé à faire naitre où à multiplier les autres races qui avaient plus d'agrément, qu'à conserver celle-ci qui n’a que de l'utilité, et qu'on a par cette raison dédaignée etabandonnée aux paysans chargés du soin des troupeaux. Si l'on considère aussi que ce chien, malgré sa laideur et son air triste et sauvage , est cependant supérieur par l'instinct à tous les autres chiens ; qu'il a un caractère décidé auquel l'éducation n'a point de part; qu'il est le seul qui naisse, pour ainsi dire, tout élevé, et que, guidé par le seul naturel, il s'attache de lui-même à la garde des troupeaux avec une assiduité, une vigilance, une fidélité singulières; qu'il les conduit avec une intelligence admirable et non communiquée; que ses talents font l'étonne-

1 Histoire générale des Voyages, par l'abbé prévost, t. AV,

DU CHIEN

ment et le repos de son maitre, tandis qu'il faut au contraire beaucoup de temps et de peines pour instruire les autres chiens, et les dresser aux usages auxquels on les destine; onse confirmera dans l'opinion quece chien est le vrai chien de la nature , celui qu'elle nous a donné pour la plus grande utilité, celui qui a le plus de rapport avee l'ordre général des êtres vivants , qui ont mutuellement besoin les uns des autres, celui enfin qu'on doit regarder comme la souche et le modèle de l'espèce entière.

Et de même que l'espèce humaine paraît agreste, contrefaite et rapetissée dans les climats glacés du nord ; qu'on ne trouve d'abord que de petits hommes fort laids en Laponie, en Groënland, et dans tous les pays où le froid est excessif; mais qu'ensuite dans le elimat voisin et moins rigoureux on voit tout à coup paraître la belle race des Finlandais, des Danois, ete., qui par leur figure , leur couleur et leur grande taille, sont peut-être les plus beaux de tous les hommes; on trouve aussi dans l'espèce des chiens le même ordre et les mêmes rapports. Les chiens de Laponie sont très-laids, très-petits, et n'ont pas plus d’un pied de longueur {. Ceux de Sibérie, quoique moins laids, ont encore les oreilles droites et l’air agreste et sauvage, tandis que dans le climat voisin, où l'on trouve les beaux hommes dont nous venons de parler, on trouve aussi les chiens de la plus belle et de la plus grande taille. Les chiens de Tartarie, d’Albanie, du nord de la Grèce, du Danemarck, de l'Irlande, sont les plus grands, les plus forts et les plus puissants de tous les chiens : on s’en sert pour tirer des voitures. Ceschiens, que nous appelons chiens d’Irlande, ont une origine très-ancienne, et se sont maintenus, quoiqu'en petit nombre, dans le climat dont ils sont originaires. Les anciens les appelaient chiens d'Épire, chiens d’Albanie; et Pline rapporte, en termes aussi élégants qu'énergiques, le combat d’un de ces chiens contre un lion, et ensuite contre un éiéphant ?. Ces chiens sont beaucoup plus grands que nos plus

. grands mâtins. Comme ils sont fort rares en France, je n’en ai jamais vu qu'un, qui me parut avoir, tout assis, près de cinq pieds de hauteur, et ressembler par la forme au chien que

4111 Genio vagante ; vol. IE, p. 45.

3? Andiam petenti Alexandro magno, rex Albaniæ donodede- |

rat iousitatæ magnitudinis unum, cu,us specie delectatus, jus-

sit ursos, mox apros et deinde damas emitli, contemptu im- !

nous appelons grand danois; mais il en différait beaucoup par l’énormité de sa taille : il était tout blanc et d'un naturel doux et tranquille. On trouve ensuite dans les endroits plus tempérés, comme en Angleterre, en France, en Allemagne, en Espagne , en Italie, des hommes et des chiens de toutes sortes de races. Cette variété provient en partie de l'influence du climat, et en partie du concours et du mélange des races étrangères ou différentes entre elles, qui ont produit en très-grand nombre des races métives ou mélangées dont nous ne parlerons point ici, parce que M. Daubenton les a décrites et rapportées chacune aux races pures dont elles proviennent; mais nous observerons , autant qu'il nous sera possible , les ressemblances et les différences que l'abri, le soin, la nourriture et le climat ont produites parmi ces animaux.

Le grand danois, le mâtin et le lévrier, quoique différents au premier coup d'œil, ne font cependant que le même chien : le grand danois n'est qu'un mâtin plus fourni, plus étoffé ; le lévrier, un mâtin plus délié, plus effilé , et tous deux plus soignés ; et il n’y a pas plus de différence entre un chien grand danois, un mâtin et un lévrier, qu'entre un Hollandais , un Français et un Italien. En supposant done le mâtin originaire ou plutôt naturel de France, il aura produit le grand danois dans un elimat plus froid, et le lévrier dans un climat plus chaud : et c’est ce qui se trouve aussi vérifié par le fait; car les grands danois nous viennent du nord, et les lévriers nous viennent de Constantinople et du Levant. Le chien de berger, le chien-loup, et l'autre espèce de chien-loup que nous appellerons chien de Sibérie , ne font aussi tous trois qu’un même chien : on pourrait même y joindre le chien de Laponie, celui de Canada, celui des Hottentots et tous les autres chiens qui ont les oreilles droites: ils ne diffèrent en effet du chien de berger que par la taille, et parce qu'ils sont plus ou moins étoffés, et que leur poil est

mobili jacente eo ; quâ segnitie tanti corporis offensus imperator generosi spiritûs, eum interimi jussil. Nunciavit hoc fuma regi; itaque alterum mittens, addidit mandata ne in parvis experiri vellet, sed in leone, elephantove; duos sibi fuisse hoc interempto, prælereà nullum fore. Nec distulit Alexander, leonemque fractum protinüs vidit. Posteà elephantum jussit induci, haudalio magisspectaculolætatus. Horrentibusquippe per totum corpus villis, ingenti primüm latratu intonuit, moxque increvit assultans, contraque belluam exsurgens hincet illinc artifici dimicatione, quâ maximè opus esset, infestans atque evitans, donec assidu rolatam vertigine afilixit, ad casum ejus tellure concussä. Plin., Hist. nal., lib, VIIL

628 HISTOIRE NATURELLE

plus ou moins rude , plus ou moins long et plus ou moins fourni. Le chien courant, le braque , le basset, le.barbet, et même l'épagneul , peuvent encore être regardés comme ne faisant tous qu'un même chien : leur forme et leur instinct sont à peu près les mêmes , et ils ne diffèrent entre eux que par la hauteur des jambes, et par l'ampleur des vreilles, qui dans tous sont cependant longues , molles et pendantes. Ces chiens sont naturels à ce climat, et je ne crois pas qu'on doive en séparer le braque qu'on appelle chien du Bengal, qui ne diffère de notre braque que par la robe. Ce qui me fait penser que ce chien n’est pas originaire du Bengale ou de quelque autre endroit des Indes , et que ce n’est pas, comme quelques-uns le prétendent , le chien indien dont les anciens ont parlé, et qu'ils disaient être engendré d’un tigre et d’une chienne., c’est que ce même chien était connu en Italie il y a plus de cent cinquante ans, et qu'on ne le regardait pas comme un chien venu des Indes, mais comme un braque ordinaire :

Canis sagax , (vulgd brachus) , dit Aldrovande, an unius vel varii coloris sit parüm refert ; in Ltalià eligitur varius et maculosæ lynci persimilis, cùm tamen niger color vel albus aut fulvus non sit spernendus1.

L'Angleterre, la France , l'Allemagne ; ete., paraissent avoir produit le chien courant, le braque et le basset; ces chiens même dégénèvent dès qu'ils sont portés dans des climats plus chauds, comme en Turquie, en Perse ; mais les épagneuls et les barbets sont originaires d'Espagne et de Barbarie, où la température du climat fait que le poil de tous les animaux est plus long, plus soyeux et plus fin que dans tous les autres pays. Le dogue, le chien que l'on appelle petit danois (mais fort improprement, puisqu'il n'a d'autre rapport avec le grand danois que d’avoir le poil court), le chien-ture, et, si l'on veut encore, le chien d'Islande, ne font aussi qu'un mème chien qui, transporté dans un climat très-froid comme l'Islande, aura pris une forte fourrure de poil , et dans les climats très-chauds de l'Afrique et des Indes aura quitté sa robe : car le chien sans poil:, appeléchien-ture ; est encore mal nommé : ce n’est point dans le climat tempéré de la Turquie que les chiens perdent leur poil, c'est en Guinée et dans les climats les plus chauds des

4 Ulyssis Aldrovandi , de Quadruped. digitat. vivip., lib. 5, pago 552.

Indes que ce changement arrive; et le chienture n’est autre chose qu'un petit danois qui, transporté dans les pays excessivement chauds, aura perdu son poil , et dont la race aura ensuite été transportée en Turquie, où l’on aura eu soin de les multiplier. Les premiers que l'on ait vus en Europe, au rapport d'Aldrovande, furent apportés de son temps en Italie, où cependant ils ne purent, dit-il, ni durer, ni multiplier , parce que le climat était beaucoup trop froid pour eux : mais comme il ne donne pas la description de ces chiens nus, nous ne savons pas s’ils étaient semblables à ceux que nous appelons aujourd'hui chiens-tures, et si l’on peut par conséquent les rapporter au petit danois, parce que tous les chiens , de quelque race et de quelque pays qu'ils soient, perdent leur poil dans les climats excessivement chauds; et, comme nous l'avons dit, ils perdent aussi leur voix. Dans de certains pays ils sont tout à fait muets, dans d’autres ils ne perdent que la faculté d'aboyer ; ils hurlent comme les loups, ou glapissent comme les renards. Ils semblent

par cette altéralion se rapprocher de leur état.

de nature : car ils changent aussi pour la forme et pour l'instinct : ils deviennent laïds?, et prennent tous des oreilles droites et pointues. Ce n'est aussi que dans les climats tempérés que les chiens conservent leur ardeur, leur courage, leur sagacité , et les autres talents qui leur sont naturels. Ils perdent donc tout lorsqu'on les transporte dans des climats trop chauds : mais, comme si la nature ne voulait jamais rien faire d'absolument inutile, il se trouve que, dans ces mêmes pays où les chiens ne peuvent plus servir à aucun des usages auxquels nous les employons , on les recherche pour la table , et que les Nègres en préfèrent la chair à celle de tous les autres animaux. On conduit les chiens au marché pour les vendre; on les achète plus cher que le mouton, le chevreau , plus cher même que tout autre gibier ; enfin, le mets le plus délicieux d’un festin chez les Nègres , est un chien rôti. On pourrait croire que le goût si décidé qu'ont ces peuples pour la chair de cet animal 1 Histoire générale des Voyages, par l'abbé Prévost, tome IV, D en de La Boullaye-le-Gouz ; Paris, 1657, page 157. Voyages de Jean Ovington; Paris, 1723, tome I, page 276. Histoireuniverselle des voyages, par du Perrier de Montfrasier Paris, 4707, pages 544 et suivantes. Viede Christophe Colomb; Paris, 1681, première parie, page 106. Voyage de Bosman en Guinée, etc. Utrecht, 1703, p. 240. Histoire générale des Voyages, par l'abbé Prévost, tome LV, p. 229.

DU CHIEN

vient du changement de qualité de cette même chair qui, quoique très-mauvaise à manger dans nos climats tempéres, acquiert peut-être un autre goût dans ces climats brûlants : mais ce qui me fait penser que cela dépend plutôt de la nature de l'homme que de celle du chien, c'est que les sauvages du Canada, qui habitent un pays froid , ont le même goût que les Nègres pour la chair du chien , et que nos missionnaires en ont quelquefois mangé sans dégoût. « Les « chiens servent en guise de mouton pour être « mangés en festin (dit le P. Sabard Théodat). « Je me suis trouvé diverses fois à des festins de « chien : j'avoue véritablement que du commen- « cement cela me faisait horreur ; mais je n’en «eus pas mangé deux fois, que j'en trouvai la « chair bonne, et de goût un peu approchant de « celle du porc". »

Dans nos climats, les animaux sauvages qui approchent le plus du chien, etsurtout du chien à oreilles droites, du chien de berger, que je regarde comme la souche et le type de l'espèce entière , sont le renard et le loup; et comme la conformation intérieure est presque entièrement la même , et que les différences extérieures sont assez légères , j'ai voulu essayer s'ils pourraient produire ensemble : j'espérais qu’au moins on parviendrait à les faire acccupler, et que s'ils ne produisaient pas des individus féconds, ils engendreraient des espèces de mulets qui auraient participé de la nature des deux. Pour cela, j'ai fait élever une louve prise dans les bois à l’âge de deux ou trois mois, avec un mâtin de même âge. Ils étaient enfermés ensemble et seuls dans une assez grande cour où aucune autre bête ne pouvait entrer , et où ils avaient un abri pour se retirer. Ils ne connaissaient, ni l'un ni l’autre, aucun individu de leur espèce , ni même aucun homme que celui qui était chargé du soin de leur porter tous les jours à manger. On les a gardés trois ans, toujours avec la même attention , et sans les contraindre ni les enchainer. Pendant la première année, ces jeunes animaux jouaient perpétuellement ensemble et paraissaient s'aimer beaucoup. A la seconde année ils commencèrent par se disputer la nourriture, quoiqu'on leur en donnât plus qu'il ne leur en fallait. La querelle venait toujours de la louve. On leur portait de la viande et des os sur un grand plat de bois que l’on po-

4 Vovage au pays des Hurons, par le P. Sabard Théodat, récoilet ; Paris, 1632, page 514.

sait à terre : dans l'instant même la louve, au lieu de se jeter sur la viande, commençait par écarter le chien, et prenait ensuite le plat par la tranche si adroitement, qu’elle ne laissait rien tomber de ce qui était dessus, etemportait le tout en fuyant ; et comme elle ne pouvait sortir , je l'ai vue souvent faire cinq ou six fois de suite le tour de la cour tout le long des murailles, toujours tenant le plat de niveau entre ses dents, et ne le reposer à terre que pour reprendre haleine et pour se jeter sur la viande avec voracité , et sur le chien avec fureur lorsqu'il voulait approcher. Le chien était plus fort que la louve ; mais comme il était plus doux, ou plutôt moins féroce, on craignit pour sa vie, et on lui mit un collier. Après la deuxième année, les querelles étaient encore plus vives et les combats plus fréquents, et on mit aussi un collier à la louve, que le chien commençait à ménager beaucoup moins que dans les premiers temps. Pendant ces deux ans, il n’y eut pas le moindre signe de chaleur ou de désir, ni dans l'un, ni dans l’autre : ce ne fut qu'à la fin de la troisième année, que ces animaux commencèrent à ressentir les impressions de l’ardeur du rut, mais sans amour; ear loin que cet état les adoucit , ou les rapprochàt l’un de l’autre, ils n'en devinrent que plus intraitables et plus féroces : ce n'étaient plus que des hurlements de douleur mêlés à des cris de colère ; ils maigrirent tous deux en moins de trois semaines , sans jamais s'approcher autrement que pour se déchirer : enfin ils s'acharnèrent si fort l’un contre l'autre , que le chien tua la louve, qui était de. venue la plus maigre et la plus faible ; et l’on fut obligé de tuer le chien quelques jours après, parce qu'au moment qu'on voulut le mettre en liberté , il fit un grand dégêt en se lançant avec fureur sur les volailles, sur les chiens , et même sur les hommes.

J'avais, dans le même temps , des renards, deux mâles et une femelle, que l'on avait pris dans des piéges, et que je faisais garder loin les uns des autres dans des lieux séparés. J'avais fail attacher l'un de cesrenards avec une chaine légère, mais assez longue, et on lui avait bâti une petite hutte où il se mettait à l'abri. Je le gardai pendant plusieurs mois; il se portait bien, et quoiqu'il eût l'air ennuyé et les yeux toujours fixés sur la campagne, qu'il voyait de sa hutte, il ne laissait pas de manger de trèsgrand appétit. On lui présenta une chienne en

650 HISTOIRE NATURELLE

chaleur que l'on avait gardée, et qui n'avait pas été couverte; et comme elle ne voulait pas rester auprès du renard, on prit le parti de l'enchainer dans le même lieu , et de leur donner largement à manger. Le renard ne la mordit ni ne la maltraita point : pendant dix jours qu'ils demeurèrentensemble, iln'y eut pas la moindre querelle, ni le jour, ni la nuit, ni aux heures du repas; le renard s'approchait même assez familièrement; mais dès qu'ilavaitflairé detrop près sa compagne, le signe du desir disparaissait, et il s'en retournait tristement dans sa hutte. Il n'y eut done point d'accouplement. Lorsque la chaleur de cette chienne fut passée, on lui en substitua une autre qui venait d'entrer en chaleur, et ensuite une troisième et une quatrième ; le renard les traita toutes avee la mème douceur, mais avec la mème indifférence : et afin de m'assurer si e’était la répugnance naturelle ou l'état de contrainte où il était qui l'empêchait de s’accoupler, je lui fis amener une femelle de son espèce. Il la couvrit dès le même jour plus d'une fois, et nous trouvâmes, en la disséquant quelques semaines après, qu'elle était pleine, et qu'elle aurait produit quatre petits renards. On présenta de même successivement à l’autre renard plusieurs chiennes en chaleur; on les enfermait avec lui dans une cour où ils n'étaient point enchainés; il n'y eut ni haine, niamour, ni combat, ni caresses , et ce renard mourut au bout de quelques mois, de dégoût ou d'ennui.

Ces épreuves nous apprennent au moins que le renard et le loup ne sont pas tout à fait de la même nature que le chien ; que ces espèces nonseulement sont différentes, mais séparées et assez éloignées pour ne pouvoir les rapprocher, du moins dans ces climats ; que, par couséquent, le chien ne tire pas son origine du renard ou du loup , et que les nomenclateurs ‘, qui ne regardent ces deux animaux que comme des chiens sauvages, ou qui ne prennent le chien que pour un loup ou un renard devenu domestique, et qui leur donnent à tous trois le nom commun de chien, se trompent, pour n'avoir pas assez consulté la nature.

Il y a dans les climats plus chauds quelenôtre une espèce d'animal féroce et cruel , moins différent du chien que ne le sont le renard ou le loup : cet animal, qui s'appelle adive ou chacal,

a été remarqué et assez bien décrit par quelques voyageurs. On en trouve en grand nombre en Asieeten Afrique, aux environs de Trébisonde*?, autour du mont Caucase, en Mingrélie?, en Natolie*, en Hyrcanie *, en Perse, aux Indes , à Surate 5, à Goa, à Guzarat, à Bengale, au Congo®, en Guinée, et en plusieurs autres endroits : et quoique cet animal soit regardé par les naturels des pays qu'il habite, comme un chien sauvage, et que son nom même le désigne, comme il est très-douteux qu'il se mêle avec les chiens et qu'il puisse engendrer ou produire avec eux, nous en ferons l'histoire à part , comme nous ferons aussi celle du loup, celle du renard, et celle de tous les autres animaux qui, ne se mêlant point ensemble, font autant d'espèces distinctes et séparées.

Ce n’est pas que je prétende d’une manière décisive et absolue que l'adive, et même que le renard etle loup, ne sesoient jamais, dans aucun temps ni dans ‘aucun climat, mêlés avec les chiens. Lesanciens l’assurent assez positivement pour qu'on puisse encore avoirsur cela quelques

doutes, malgré les épreuves que je viens derap- :

porter; et j'avoue qu'il faudrait un plus grand nombre de pareilles épreuves pour acquérir sur ce fait une certitude entière. Aristote , dont je suis très-porté à respecter le témoignage, dit précisément ? qu'il est rare que les animaux qui sont d'espèces différentes se mêlent ensemble; que cependant il est certain que cela arrive dans les chiens, les renards etles loups; queleschiens indiens proviennent d'une autre bête sauvage semblable et d'un chien. On pourrait croire que cette bête sauvage, à laquelle il ne donne point denom, est l’adive: mais il dit dans un autre endroit que ces chiens indiens viennent du tigre et d'un chien, ce qui me parait encore plus difficile à croire , parce que le tigre est d’une nature et d’une forme bien plus différentes de celles du chien, que le loup, le renard ou l’adive. II faut convenir qu'Aristote semble lui-même infirmer son témoignage à cet égard : car, après

1 Voyages de Gemelli Carreri; Paris, 1719, tome E, page 419.

2 Voyage de Chardin ; Londres, 1685, page 76.

3 Voyage de Dumont ; La Haye, 1699, tome IV, page 28 ct suiv.

4 Voyage de Chardin ; Amsterdam, 4741, tome JE, p. 29.

5 Voyage d'Inigo de Biervillas ; Paris, 4756, première partie, p: 178.

8 Voyage de Bosman, pages 241, 551 et 552. Voyage du P.

* Canis caudä (sinistrorsum) recurvä, le chien. Canis caudà | Zuchel, capucin, page 295.

incurva, le loup. Canis caudà rectä, le renard. Linnæi syst. Nat.

7 Arist., de Generat. Animal., lib. IE, cap. 3, ‘ Jdem, Hist. Anim, lib, VII, cap. 28.

DU CHIEN

avoir dit que les chiens indiens viennent d'une bête sauvage semblable au loup ou au renard, il dit ailleurs qu'ils viennent du tigre; etsans énoncer si c’est du tigre et de la chienne , ou du chien et de la tigresse, il ajoute seulement que la chose ne réussit pas d’abord, mais seulement à la troisième portée; que de la première fois il ne résulte encore que des tigres; qu'on attache les chiens dans les déserts, et qu'à moins que le tigre ne soit en chaleur, ils sont souvent dévorés ; que ce qui fait que l'Afrique produitsouvent des prodiges et des monstres , c'est que Veau y étant très-rare, et la chaleur fort grande, lesanimaux de différentes espèces serencontrent assemblés en grand nombre dans le même lieu pour boire; que c’est là qu'ils se familiarisent , s’accouplent et produisent. Tout cela me parait conjectural, incertain , et même assez suspect pour n'y pas ajouter foi; car, plus on observe la nature des animaux, plus on voit que l'indice le plus sûr pour en juger, c’est l'instinct. L'examen le plus attentif des parties intérieures ne nous découvre que les grosses différences : le cheval et l'âne, qui se ressemblent parfaitement par la conformation des partiesintérieures, sont cependant des animaux d’une naturedifférente; le taureau, le bélier et le bouc, qui ne diffèrent en rien les uns des autres pour la conformation intérieure de tous les viscères, sont d'espèces encore plus éloignées que l'âne et le cheval, et il en est de même du chien, du renard et du loup. L'inspection de la forme extérieure nous éclaire davantage ; mais, comme dans plusieurs espèces, et surtout dans celles qui ne sont pas éloignées, il y a, même à l'extérieur, beaucoup plus de ressemblance que de différence , cette inspection ne suffit pas encore pour décider si ces espèces sont différentes ou les mêmes; enfin, lorsque les nuances sontencore plus légères, nous ne pouvons les saisir qu’en combinant les rapports de l'instinct. C'est en effet par le naturel des animaux qu’on doit juger deleurnature; etsil’on supposait deux animaux toutsemblables pour la forme, mais tout différents pour le naturel, ces deux animaux qui ne voudraient pas se joindre, et qui ne pourraient produire ensemble, seraient, quoique semblables, de deux espèces différentes.

Ce même moyen auquel on est obligé d’avoir recours pour juger de la différence des animaux dans les espèces voisines, est, à plus forte raison, celui qu'on doit employer de préférence à

tous autres , lorsqu'on veut ramener à des points fixes les nombreuses variétés que l'on trouve dans la même espèce. Nous en connaissons trente dans celle du chien , et assurément nous ne les connaissons pas toutes. De ces trente variétés, il y en a dix-sept que l'on doit rapporter à l’influence du climat, savoir: le chien de berger, le chien-loup, le chien de Sibérie, le chien d'Islande et le chien de Laponie, le mâtin , les lévriers, le grand danois et le chien d’Irlande, le chien courant, les braques, les bassets, les épagneuls etle barbet, lepetit danois, le chienture et le dogue: les treize autres, qui sont le chien-ture métis, le lévrier à poil de loup, le chien-bouffe , le chien de Malte ou bichon, le roquet, le dogue de forte race, le doguin ou mopse, le chien de Calabre, le burgos, le chien d’Alicante , le chien-lion , le petit barbet et le chien qu’on appelle artois , issois où quatrevingts, ne sont que des métis qui proviennent du mélange des premiers; et, en rapportant chacun de ces chiens métis aux deux races dont ils sont issus , leur nature est dès lors assez connue. Mais, à l'égard des dix-sept premières races, si l'on veut counaitre les rapports qu'elles peuvent avoirentre elles, il faut avoir égard à l'instinct, à la forme et à plusieurs autres circonstances. J'ai mis ensemble le chien de berger, le chienloup, le chien de Sibérie, le chien de Laponie et le chien d'Islande, parce qu'ilsse ressemblent plus qu'ils ne ressemblent aux autres par la figure et par le poil; qu’ilsont tous cinq le museau pointu à peu près comme le renard ; qu’ils sont les seuls qui aient les oreilles droites, et que leur instinct les porte à suivre et garder les troupeaux. Le mâtin , le lévrier, le grand danois et le chien d'Irlande ont, outre la ressemblance dela forme et du long museau, le même naturel; ils aiment à courir , à suivre les chevaux, les équipages; ilsont peu denez, etchassent plutôt à vue qu'à l’odorat. Les vrais chiens de chasse sont les chiens courants, les braques, les bassets, les épagneuls et les barbets : quoiqu'ils différent un peu par la forme du corps, ils ont cependant tous le museau gros; et comme leur instinct est le même, on ne peut guère se tromper en les mettant ensemble. L'épagneul, par exemple, a été appelé par quelques naturalistes, canis aviarius terrestris , et le barbet, canis aviarius aquaticus; et en effet , la seule différence qu'il y ait dans le naturel de ces deux chiens, c'estque le barbet avec son poil touffu,

long et frisé, vaplus volontiers à l'eau que l’épagneul, qui a le poil lisse et moins fourni, ou que les trois autres, qui l'ont trop courtettrop clair pour ne pas craindre de se mouiller la peau.

Enfin le petit danois et le chien-turenepeuvent manquer d'aller ensemble , puisqu'il est avéré que le chien-ture n’est qu'un petit danois qui a perdu son poil. Il ne reste que le dogue, qui, par son museau court, semble se rapprocher du petit danois plus que d’aueun autre chien, mais qui en diffère à tant d'autres égards, qu'il parait seul former une variété différente de toutes les autres , tant pour la forme que pour l’instinet. Il semble aussi affecter un climat particulier, il vient d'Angleterre, et l’on a peine à en maintenir la race en France; les métis qui en proviennent, et qui sont le dogue de forte race et le doguin, y réussissent mieux. Tous ces chiens ont le nez si court qu'ils ont peu d'odorat, et souvent beaucoup d'odeur. IL parait aussi que la finesse de l'odorat, danses chiens, dépend de Ja grosseur plus que de la longueur du museau, parce que le lévrier, le mâtin et le grand danois, qui ont le museau fort allongé, ont beaucoup moins denezque le chien courant, le braque et le basset et même que l'épagneul et le barbet, qui ont tous, à proportion de leur taille, le museau moins long, mais plus gros que les premiers.

La plus ou moins grande perfection des sens, qui ne fait pas dans l’homme une qualité émipente, ni même remarquable, fait dans les animaux tout leur mérite, et produit, commecause, tous les talents dont leur nature peut être susceptible. Je n'entreprendrai pas de faire ici l’é-

numération de toutes les qualités d’un chien de

chasse; on sait assez combien l'excellence de l'odorat, jointe à l'éducation, lui donne d’avantage et de supériorité sur les autres animaux; mais ces détails n’appartiennent que de loin à l'histoire naturelle; et d'ailleurs les ruses et les moyens, quoique émanés de la simple nature, que les animaux sauvages mettent en œuvre pour se dérober à la recherche, ou pour éviter la poursuite et les atteintes des chiens , sont peut-être plus merveilleux que les méthodes les plus fines de l’art de la chasse.

Le chien, lorsqu'il vient de naître , n’est pas encore entièrement achevé. Dans cette espèce, comme dans celles de tous les animaux qui produisent en grand nombre, les petits, au mornent

HISTOIRE NATURELLE

dans les animaux qui n'en produisent qu’un ou deux. Les chiens naissent communément avec les yeux fermés : les deux paupières ne sont pas simplement collées, mais adhérentes par une membrane qui se déchire lorsque le musele de la paupière supérieure est devenu assez fort pour la relever et vaincre cet obstacle, et la plupart des chiens n'ont les yeux ouverts qu'au dixième ou douzième jour. Dans ce même temps, les os du cräne ne sont pas achevés, le corps est bouffi, le museau gonflé, et leur forme n'est pas encore bien dessinée; mais en moins d'un mois ils apprennent à faire usage de tous leurs sens, et prennent ensuite de la force et un prompt accroissement. Au quatrième mois, ils perdent quelques-unes de leurs dents, qui, comme dans les autres animaux , sont bientôt remplacées par d'autres qui ne tombent plus.

Ils ont en tout quarante-deux dents, savoir : six incisives en haut et six en bas, deux canines en haut et deux en bas, quatorze mâchelières en haut et douze en bas : mais cela n’est pas constant ; et il se trouve des chiens qui ont plus où moins de dents mächelières. Dans ce premier âge, les mâles comme les femelles s’'accroupissent un peu pour pisser : ce n’est qu'à neuf ou dix mois que les mâles, et même quelquefois les femelles, commencent à lever la cuisse, et c’est dans ce même temps qu'ils commencent à être en état d'engendrer. Le mâle peut s'accoupler en tout temps, mais la femelle ne le recoit que dans des temps marqués : c’est ordinairement deux fois par an, et plus fréquemment en hiver qu'en été. Sa chaleur dure dix, douze et quelquefois quinze jours; elle se marque par des signes exterieurs ; les parties de la génération sont humides, gonflées et proéminentes au dehors ; il y a un petit écoulement de sang tant que cette ardeur dure , et cet écoulement, aussi bien que le gonflement de la vulve, commence quelques jours avant l'accouplement. Le mâle sent de loin la femelle dans cet état et la recherche; mais ordinairement elle ne se livre que six ou sept jours après qu'elle a commencé à entrer en chaleur. On a reconnu qu'un seul accouplement suffit pour qu'elle concoive, même en grand nombre : cependant, lorsqu'on la laisse en liberté, elle s'accouple plusieurs fois par jour avec tous les chiens qui se présentent; on observe seulement que lorsqu'elle peut #hoisir, elle préfère toujours ceux

de leur naissance, ne sont pas aussi parfaits que ! de la plus grosse et de la plus grande taille,

d LO D LE Sa ei ñ k " * Le .

Page 1