‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 105 sur 186 · VARIÉTÉS DANS LES CHIENS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DANS LES CHIENS

Il y avait, ces années dernières, à la foire Saint-Germain, un chien de Sibérie, qui nous a paru assez différent de ceux connus jusqu'ici, pour que nous en ayons retenu une courte description. Il était couvert d’un poil beaucoup plus long, et qui tombait presque à terre. Au premier coup d'œil, il ressemblait à un gros bichon; mais ses oreilles étaient droites et en même temps beaucoup plus grandes. IL était tout blane, et avait vingt pouces et demi de longueur depuis le bout du nez jusqu’à l'extrémité du corps; onze poucesneuflignes de hauteur, mesurée aux jambes de derrière, et onze pouces trois lignes à celles de devant : l'œil d'un brun châtain, le bout du nez noirâtre, ainsi que le tour des narines et le bord de l'ouverture de la gueule. Les oreilles, qu'il porte toujours droites, sont très-garnies de poil d'un blanc jaune en dedans , et fauve sur les bords et aux extrémités. Les longs poils qui lui couvrent la tête lui cachent en partie les yeux, et tombent jusque sur le nez ; les doigts et les ongles des pieds sont aussi cachés par les longs poils des jambes , qui

sont de la même grandeur que ceux du corps; la queue, quise recourbe comme celle du chienloup, est aussi couverte de très-grands poils pendants, longs en général de sept à huit pouces. C’est le chien le plus vêtu et le mieux fourré de tous les chiens.

D'autres chiens amenés à Paris par des Russes, en 1759, et auxquels ils donnaient le nom de chiens de Sibérie, étaient d'une race trèsdifférente du précédent. Ils étaient de grosseur égale, le mâle et la femelle, à peu près de la grandeur des lévriers de moyenne taille, le nez pointu , les oreilles demi-droites , un peu pliées par le milieu. Ils n'étaient point effilés comme les lièvres, mais bien ronds sous le ventre. Leur queue avait environ huit à neuf pouces de long, assez grosse et obtuse à son extrémité. Ils étaient de couleur noire et sans poils blancs; la femelle en avait seulement une touffe grise au milieu de la tête, et le mâle une touffe de même couleur au bout de la queue. Ils étaient si caressants, qu'ils en étaient incommodes, et d’une gourmandise ou plutôt d’une voracité si grande, qu'on ne pouvait jamais les rassasier : ils étaient en même temps d'une malpropreté insupportable , et perpétuellement en quête pour assouvir leur faim. Leurs jambes n'étaient ni trop grosses ni trop menues; mais leurs pattes étaient larges, plates et même fort épatées ; enfin leurs doigts étaient unis par une petite membrane.

Leur voix était très-forte. Ils n'avaient nulle inclination à mordre, et caressaient indistinetement tout le monde: mais leur vivacité était au-dessus de toute expression ‘. D'après cette notice il parait que ces chiens prétendus de Sibérie sont plutôt de la race de ceux que j’ai appelés chiens d'Islande , qui présentent un grand nombre de caractères semblables à ceux qui sont indiqués dans la description ci-dessus.

« Je me suis informé, m'écrit M. Collinson, « des chiens de Sibérie. Ceux qui tirent des trai- « neaux et des charrettes sont de médiocre « grandeur ; ils ont le nez pointu les oreilles « droites et longues: ils portent leur queue re- « courbée ; quelques-uns sont comme des loups, « et d’autres comme des renards; et il est cer- « tain que ces chiens de Sibérie s'accouplent « avec des loups et des renards. Je vois, con- « tinue M. Collinson, par vos expériences, que « quand ces animaux sont contraints, ils ne

4 Extrait d'une lettre de M. Pasumot, de l'Académie de Dij0n, à M. de Buffon, en date du 2 mars 1775.

HISTOIRE NATURELLE

« veulent pas s'accoupler; mais en liberté ils y consentent : je l'ai vu moi-même en Angle- « terre pour le chien et la louve; mais je n'ai « trouvé personne qui m'ait dit avoir vu l’ac- « couplement des chiens et des renards : ce- « pendant, par l'espèce que j'ai vue venir d'une « chienne qui vivait en liberté dans les bois, « je ne peux pas douter de l'accouplement « d’un renard avec cette chienne. Il y a des « gens à la campagne qui connaissent cette « espèce de mulet, qu'ils appellent chien-re- «nard", »

La plupart des chiens du Groënland sont blancs, mais il s'en trouve aussi de noirs et d'un poil très-épais. Ils hurlent et grognent plutôt qu'ils n'aboient : ils sont stupides, et ne sont propres à aucune sorte de chasse ; on s’en sert néanmoins pour tirer des traineaux , aux- | quels on les attelle au nombre de quatre ou six. | Les Groënlandais en mangent la chair, etse font

des habits de leurs peaux.

Les chiens du Kamtschatka sont grossiers, rudes et demi-sauvages comme leurs maitres.

Ils sont communément blanes ou noirs, plus agiles et plus vifs que nos chiens. Ils mangent beaucoup de poisson : on les fait servir à tirer des traineaux. On leur donne toute liberté pendant l'été : on ne les rassemble qu'au mois d'oc- | tobre pour les atteler aux traineaux ; et pendant l'hiver on les nourrit avec une espèce de pâte faite de poisson qu'on laisse fermenter dans une fosse. On fait chauffer et presque cuire ce mélange avant de le leur donner.

Il parait, par ces deux derniers passages tirés des voyageurs, que la race des chiens de Groënland et de Kamtschatka , et peut-être des autres climats septentrionaux , ressemble plus aux chiens d'Islande qu'à toutes autres races de chiens; car la description que nous avons donnée ci-dessus des deux chiens amenés de Russie à Paris , aussi bien que les notices qu'on vient de lire sur les chiens du Groënland et sur ceux du Kamtschatka, conviennent assez entre elles , et peuvent se rapporter également à notre chien d'Islande.

Quoique nous ayons donné toutes les variétés constantes que nous avons pu rassembler dans l'espèce du chien, il en reste néanmoins quelques-unes que nous n'avons pu nous proeurer. Par exemple, il y a une race de chiens

* Lettre de feu M. Collinson à M. de Buffon, datée de Londres, 9 février 4764.

DU CHIEN. 057

sauvages dont j'ai vu deux individus, et que je n'ai pas été à portée de décrire ni de faire des-

siner. M. Aubry, curé de Saint-Louis , dont tous |

les savants connaissent le beau cabinet, et qui joint à beaucoup de connaissances en histoire naturelle le goût de les rendre utiles par la communication franche et honnête de ce qu'il possède en ce genre, nous à souvent fourni des animaux nouveaux qui nous étaient inconnus ; et, au sujet des chiens, il nous a dit avoir vu, il y a plusieurs années, un chien de la grandeur à peu près d'un épagneul de la moyenne espèce, qui avait de longs poils et une grande barbe au menton. Ce chien provenait de parents de même race, quiavaient autrefois été donnés à LouisX IV par M. le comte de Toulouse. M. le comte de Lassai eut aussi de ces mêmes chiens; mais on ignore ce que cette race singulière est devenue.

A l'égard des chiens sauvages , dans lesquels il se trouve, comme dans les chiens domestiques, des races diverses, je n'ai pas eu d’autres informations que celles dont j'ai fait mention dans monouvrage : seulement M. le vicomte de Querhoent a eu la bonté de me communiquer une note au sujet des chiens sauvages qui se trouvent dans les terres voisines du cap de Bonnc-Espérance. Il dit « qu'il y a au cap des compagnies très-nombreuses de chiens sauvages, qui sontdela taille denosgrands chiens, et qui ontle poil marqué de diverses couleurs. Ils ont les oreilles droites, courent d'une grande vitesse, et ne s'établissent nulle part fixement. Ils détruisent une quantité étonnante de bêtes fauves. On en tue rarement, et ils se prennent difiicilement aux piéges; car ils n'approchent pas aisément des choses que l'homme a touchées. Comme on rencontre quelquefois de leurs petits dans les bois, on a tenté de les rendre domestiques; mais ils sont si méchants étant grands, qu’on y arenoncé. »

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