T€ ADDITION A L'ARTICLE DU CHEVREUIL
J'ai dit que, dans les animaux libres, le fauve, le brun et le gris sont les couleurs ordinaires, et que c’est l’état de domesticité qui a produit les daims blancs , les lapins blancs, ete. Cependant la nature seule produit aussi quelquefois ce même effet dans les animaux sauvages. M. l'abbé de la Villette m'a écrit qu'un particulier des terres de M. son frère, situées près d’Orgelet en Franche-Comté, venait de lui apporter deux chevrillards, dont l'un était de la couleur ordinaire, et l’autre, qui était femelle, était d’un blanc de lait, et n'avait de noi-
4 Cervus campestris, F. Cuvier.— Cerf gouazou poucou, d'après quelques autres naturalistes.
? Kay, Synops. animal. quadr. page 90.
DU CHEVREUIL
râtre que l'extrémité du nez et des ongles.
Dans toute l'Amérique septentrionale , on trouve des chevreuils semblables à ceux d’'Europe; ils sont seulement plus grands, et d'autant plus que le climat devient plus tempéré. Les chevreuils de la Louisiane sont ordinairement du double plus gros que ceux de France.
M. de Fontenette, qui m'a assuré ce fait, ajoute qu'ils s'apprivoisent aisément. M. Kaim dit la même chose ; il citeun chevreuil qui allait, pendant le jour, prendre sa nourriture au bois, et revenait le soir à la maison. Mais dans les terres de l'Amérique méridionale, il ne laisse pas d'y avoir d'assez grandes variétés dans cette espèce. M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne, dit : |
« Qu'on y connait quatre espèces de cerfs, qui portent indistinctement , mâles et femelles, le nom de biches. La première espèce, appelée biche des bois ou biche rouge!, se tient tou- - jours dans les bois fourrés ,pour être moins tourmentée des maringoins. Cette biche est plus grande et plus grosse que l’autre espèce, qu'on appelle biche des palétuviers, qui est la plus petite des quatre; et néanmoins elle n’est pas si grosse que la biche appelée biche de barallou , qui fait laseconde espèce, et qui est de la même couleur que la biche des bois. Quand les mâles sont vieux , leurs bois ne forment qu'une branche de médiocre grandeur et grosseur; eten tout temps ces bois n’ont guère que quatre ou cinq pouces de hauteur. Ces biches de barallou sont rares, etse battent avec les biches des bois. On remarque dans ces deux espèces, à la partie latérale de chaque narine, deux glandes, d’une grosseur fort apparente. qui répandent une humeur blanche et fétide.
« La troisième espèce est celle que l’on appelle la biche des savanes. Elle a le pelage grisâtre , les jambes plus longues que les précédentes, et le corps plus allongé. Les chasseurs ont assuré à M. de la Borde que cette biche des savanes n'avait pas de glandes au-dessus des narines comme les autres; qu'elle en diffère aussi par le naturel, en ce qu'elle est moins sauvage, et même curieuse au point de s'approcher des hommes qu'elle aperçoit.
« La quatrième est celle des palétuviers, plus petite et plus commune que les trois autres. Ces petites biches ne sont point du tout farouches ;
Lervus Rufus ; Cuvier.
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leur bois est plus long que celui des autres, et plus branchu, portant plusieurs andouillers. On les appellebiches des palétuviers, parce qu’elles habitent les savanes noyées et les terrains couverts de palétuviers.
« Ces animaux sont friands de manioc, et en détruisent souvent les plantations. Leur chair est fort tendre et d’un très-bon goût ; les vieux se mangent comme les jeunes, et sont d'un goût supérieur à celui des cerfs d'Europe. Elles s’apprivoisent aisément; on en voit dans les rues de Cayenne, qui sortent de la ville et vont partout, sans que rien les épouvante : il y a même des femelles qui vont dans les bois chercher des mâles sauvages, et qui reviennent ensuite avec leurs petits.
« Le cariacou est plus petit ; son poil est gris, tirant sur le blanc ; ses bois sont droits et pointus. Il est plutôt de la race des chevreuils que de celle des cerfs. Il ne fréquente pas les endroits habités: on n’en voit pas aux environs de la ville des Cayenne : mais il est fort commun dans les grands bois; cependant on l’apprivoise aisément. Il ne fait qu'un petit tous les ans. »
Si l’on compare ce que l’on vient de lire avec ce que nous dirons à l’article des #4azames, on verra que tous ces prétendus cerfs ou biches de M. de la Borde ne sont que des chevreuils, dont les variétés sont plus nombreuses dans le nouveau continent que dans l’ancien.