‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 168 sur 186 · LE CHEVREUIL DES INDES · texte numérisé non relu

LE CHEVREUIL DES INDES

Nous donnons ici la description d’un animal des Indes , qui nous paraît être d’une espèce très-voisine de celle de nos chevreuils d'Europe, mais quinéanmoins en diffère par un caractère assez essentiel, pour qu'on ne puisse pas le considérer comme ne formant qu'une simple variété dans l'espèce du chevreuil : ce caractère consiste dans la structure des os supérieurs de Ja tête, sur lesquels sont appuyées les meules qui portent le bois de ce chevreuil. C’est encore au savant professeur M. Allamand que je dois la connaissance de cet animal ; etje ne puis mieux faire que de rapporter ici la description qu'il en a publiée dans le nouveau supplément à mon ouvrage sur les animaux quadrupèdes.

HISTOIRE NATURELLE

« Nous avons vu, dans les articles précédents, que l'Afrique renferme grand nombre d'animaux qui n'ont jamais été décrits : cela n'est pas étonnant; l’intérieur de cette vaste partie du monde nous est presque encore entièrement inconnu, On à plus de raison d’être surpris que l'Asie, habitée en général par des peuples plus policés , et très-fréquentée par les Européens, en fournisse souvent dont aucun voyageur n’a parlé : nous en avons un exemple dans le joli animal qui est représenté dans cette planche.

« Il a été envoyé de Bengale, en 1778, à feu M, Vanderstel, commissaire de la ville d'Amsterdam ; il est arrivé chez lui en très-bon état, et il y a vécu pendant quelque temps. Ignorant le nom sous lequel il est connu dans le pays dont il est originaire , je lui ai donné celui de chevreuil, parce qu'il lui ressemble par son boïs et par toute sa figure, quoiqu'il soit beaucoup plus petit. Celui de chevrolain aurait mieux répondu à sa taille; mais ceux d’entre les chevrotains qui portent des cornes , les ont creuses, et non pas solides comme le sont celles de l'animal dont nous parlons, qui par conséquent en diffère par un caractère essentiel. Il a plus de traits de ressemblance avec le cerf : mais il en est trop différent par la grandeur, pour qu'on puisse lui en donner le nom; à peine a-t-il deux pieds sept pouces de longueur, et sa plus grande hauteur n’est que d'un pied et demi: !

« Le poil court dont son corps est couvert est blanc depuis sa racine jusqu'à la moitié de'sa longueur , l'extrémité en est brune; ce qui fait un pelage gris, où cependant le brun domine , principalement sur le dos et moins sous le ventre; l'intérieur des cuisses et le dessous du cou sont blanchätres ; les sabots sont noirs et surmontés d'une pelite tache blanche; les ergots sont à peine visibles.

« Satête, comme celle de la plupart des animaux mâles à pieds fourchus, est chargée.de deux cornes qui offrent des singularités bien remarquables. Elles ont une origine commune à la distance de deux pouces du bout du museau; là elles commencent à s’écarter l’une .de l'autre, en faisant un angle d'environ quarante degrés sous la peau, qu'elles soulèvent d’une manière très-sensible; ensuite elles montent en ligne droite le long des bords de la tête , toujours recouvertes de la peau, mais de façon que l'œil peut les suivre avec autant de facilité que l’attouchement les fait découvrir ; car elles

DU CHENREUNL.

formentsur les os auxquels ellessont appliquées une arête d’un travers de doigt d’élévation, Parvenues au haut de la tête, elles prennent uné autre direction; elles s'élèvent perpendiculairement au-dessus de l'os frontal , jusqu'à la hauteur detrois pouces, sans que la peau qui les environne là de tous côtés les ait quittées. À ce degré d'élévation , elles sont surmontées par ce qu'on nomme les meules et leurs pierrures dans les cerfs; elles couronnent la peau quireste en dessous. Du milieu de ces meules, les cornes continuent à monter, mais inécalement. La corne gauche s'élève jusqu'à la hauteur de trois pouces, et elle est recourbée à son extrémité, qui se termine en pointe; elle pousse, presque immédiatement au-dessus de la meule, un andouiller dirigé en avant, de la longueur d'un demi-pouce : la corne droite n’a que deux pouces et demi de longueur, et il en Sort un andouil- Jer plus petit encore que celui de la gauche, et dirigé en arrière, La figure qui a été faite d’après l'animal vivant représente bien tout ce que je viens de dire. Ces cornes sont sans écorce, lisses, et d’un blanc tirant un peu sur le jaune ; elles sont sans perlures, et par conséquent sans gouttières.

« Cet animal n'a pas vécu fort longtemps dans <e pays,.et rien n’a indiqué son âge : ainsi j'ignores'il aurait mis bas sa tête, comme les chevreuils, où si celle qu'il avait était naissante, et serait devenue plus grande et plus chargée d'andouillers.

« Si l'on regarde comme une portion du bois cette partie qui a son origine près du museau , qui s'étend sous la peau de la face, et qui en reste couverte jusqu'à la meule, on ne peut pas douter que ce bois ne soit permanent; et, dans ce cas, cet animal offrira de même que la girafe, une anomalie très-remarquable dans la classe des animaux qui ont du bois ou des cornes solides.

« Mais on sait que le bois des cerfs, des daims et des chevreuils, pose sur deux éminences de l'os frontal. Dans notre chevreuil indien, ces éminences sont des tubérosités beaucoup plus élevées, dont les prolongements s'étendent entre les yeux jusqu'au museau, en s'appliquant fortement aux os du nez, si même ils ne font

pas corps avec eux; car, quelque effort que j'aie fait pour insinuer à travers la peau une

pointe entre deux, il m'a été impossible d’y |

réussir, Comme la dépouille de cet animal ne m'appurtient pas, ie regrette de n'avoir pas la permission d'enlever la peau qui couvre ces os, pour savoir au juste ee qui en est. Quoi qu'il en soit, il peut mettre bas sa tête avec autant de facilité que le cerf, puisque, posées sur le haut de ces éminences , les meules ne sont pas plus fortement adhérentes à ce point d'appui que dans les autres animaux qui perdent leur bois chaque année; ainsi je suis très-porté à croire qu'il le perd aussi : mais ce qu'il y a ici de certain, c’est que cette singulière conformation en forme une espèce particulière dans la classe des ruminants, et non pas une simple variété, telle qu'est le eujuacu-apara du Brésil, qui est à peu près de lamême grandeur.

« Au milieu du front, entre les deux prolongements des tubérosités dont je viens de parler, il y à une peau molle, plissée et élastique, dans les plis de laquelle on remarque une substance glanduleuse, dont il suinte une matière qui a de l'odeur.

« Il a huit dentsincisives danslamächoire inférieure, etsix dents molaires à chaque côté des deux mâchoires. Il'a de plus deux crochets dans la mâchoire supérieure, comme le cerf, qui ne se trouvent point dans le chevreuil d'Europe ; ces crochets se projettent tant soit peu en dehors, et ils font une légère impression sur la lèvre inférieure.

«El a de beaux yeux bien fendus : au-dessous sont deux larmiers très-remarquables par leur grandeur et leur profondeur, comme ceux du cerf; ces larmiers qui manquent au chevreuil avec ses deux dents en crochets, m'ont fait dire ci-dessus qu'il avait plus de traits de ressemblance avec le cerf qu'avec ce dernier animal.

«Tlalalangue fort longue : il s’en servait nonseulement à nettoyer ses larmiers, mais encore ses yeux, et quelquefois même il la poussait audelà

« Ses oreilles ont trois pouces en longueur ; elles sont placées à ün demi-pouce de distance de la partie inférieure des éminences qui soutiennent le bois. Sa queue est fort courte, mais assez large: elle est blanche en dessous.

« La figure decetanimal avait la même grâce et la même élégance que celle de notre chevreuil ordinaire; il paraissait même être plus leste et plus éveillé. Il n’aimait pas à être touché de ceux qu'il ne connaissait point; il prenait cependant ce qu’ils lui présentaient : il mangeait

du pain, des carottes et toutes sortes d'herbes. H était dans un pare, où il entra en chaleur dans les mois de mars et d'avril : il y avait avec lui une femelle d'axis, qu'il tourmentait beaucoup pour la couvrir, mais il était trop petit pour y réussir. Il mourut pendant l'hiver de 1779. »

p. p.1l Longueur du corps depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue . . .. . . .. 2 7 0 Hauteur du train de devant. . ,......, 1 4 0 Hauteur du train de derrière . . . . . . . .. 1 6 0 Longueur de la tête, depuis le bout du museau jusqu'aux oreilles. . ..,...,...,.., 0 7 0 Distance entre le bout du museau et l'extrémité des prolongements des éminences de l'os frontal, qui soutiennent le bois. . . . . 0 2,0

Longueur de ces prolongements jusqu'à l’en-

droit où ils s'élèvent au-dessus de la tête. . Q 5 0 Longueur des éminences de l'os frontal, qui

sont recouvertes de la peau, et terminées

par les meules . . .

Loagueur de la corne gauche, depuis la meule

jusqu’à son extrémité en ligne droite, « . . 0 5 Longueur de son andouiller . . ....... 0 0 Lougueur de la corne droite , depuis la meule

jusqu'à son extrémité. ........... 0 2 6 Longueur de son andouiller, ....,.... © © 4 Distance entre les cornes, mesurée sur l'os

MONNE SRE -ti- 072" Circonférence des cornes au-dessous de la

IIEUIB EN Ne ne Meteo letlelalte le ire 0 2 0 Longueur des oreilles. . . ..,.,.:.... 0 5 9 Longueur des veux d'un angle à l'autre . , . 0 4 0 Largeur des oreilles. 4.5 » 1e =1e02, 10 +1 © 121.0 Ouverture des Yet. {eee em sf +14:2. 0,0 9 Longueur de la queue, . . . . . . ... . . .. 0 5 0 Circonférence du museau derrière les naseaux 0 4 0 Circonférence de la tête entre les cornes et les

oreilles +. . .. sonné loire 011 0 Circonférence du milieu du cou . . . . . . + 4"20100 Circonférence du corps derrière les jambes de

devant Mn ASEUF EPL CANETANNEN PU EN Circonférence du milieu du corps . . . . . « 4 10 0

Circonférence du corps devant les jambes de derriérenté48 21e mou d mel end on 19.1 0

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