‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 178 sur 186 · DU LAPIN · texte numérisé non relu

DU LAPIN

rares; mals il y en a beaucoup de tout blancs, beaucoup de tout gris, et beaucoup de mêèlés. Tous les lapins sauvages sont gris, et parmi les lapins domestiques, c’est encore la couleur dominante; car dans toutes les portées ilsetrouve toujours des lapins gris, et même en plus grand nombre, quoique le père et la mère soient tous deux blancs, ou tous deux noirs, ou l’un noir et * l'autre blanc : il est rare qu'ils en fassent plus de deux ou trois qui leur ressemblent; au lieu que les lapinsgris, quoique domestiques, ne produisent d'ordinairequedes lapins de cettemème couleur, et que ce n’est que très-rarement et comme par hasard qu'ils en produisentde blancs, de noirs et de mèêlés.

Ces animaux peuvent engendrer et produire à l’âge de cinq ou six mois : on assure qu'ilssont constants dans leurs amours, et que communément ils s'attachent à une seule femelle et ne la quittent pas ; elle est presque toujours en chaleur, ou du moins en état de recevoir le mâle. Elle porte trente ou trente-un jours , et produit quatre, cinq ou six, et quelquefois sept et huit petits : elle a, comme la femelle du lièvre, une double matrice, et peut par conséquent mettre bas en deux temps; cependant il parait que les superfétations sont moins fréquentes dans Cette espèce que dans celle du lièvre, peut-être par cette même raison que les femelles changent moins souvent, qu’il leur arrive moins d’aventures , et qu'il y a moins d'accouplements hors de saison.

Quelques jours avant de mettre bas, elles se creusent un nouveau terrier , non pas en ligne droite, mais enzigzag, au fond duquel elles pratiquent une excavation , après quoi elles s’arrachent sous le ventre une assez grande quantité de poils, dont elles font une espèce de lit pour recevoir leurs petits. Pendant lesdeux premiers jours, elles ne les quittent pas ; elles ne sortent que lorsque le besoin les presse, et reviennent dès qu'elles ont pris de la nourriture : dansce temps, elles mangent beaucoup'et fori vite; elles soignent ainsi et allaitent leurs petits pendant

plus de six semaines. Jusqu’alors le père ne Jes

connaît point, il n'entre pas dans ce terrierqu'a pratiqué Ja mère; souvent même, quand elleen sort, et qu’elle y laisse ses petits, elle en bouche l'entrée avec de la terredétrempéedeson urine ; mais lorsqu'ils commencent à venir au bord du trou et à manger du sénecon et d’autres herbes que la mère leur présente, le père semble les

reconnaître, il les prend entre ses pattes, illeur lustre le poil, il leur lèche les yeux; et tous, les uns après les autres , ont également part à ses soins : dans ce même temps la mère lui fait beaucoup de caresses, et souvent devient pleine peu de jours après.

Un gentilhomme de mes voisins, qui pendant plusieurs années s'est amusé à élever des lapins, m'a communiqué ces remarques. « J'ai « commencé, dit-il, par avoir un mâle et une fe- « melle seulement; le mâleétait tout blanc et la « femelletoute grise; et dans leur postérité, qui « fut très-nombreuse, il y en eut beaucoup plus « de gris que d'autres, un assez bon nombre de « blanesetdemêélés, et quelques-uns denoirs.….. « Quand la femelle est en chaleur, le mâle ne la « quitte presque point; son tempérament est si « Chaud, que je l'ai vu se lieravec elle cinq ou six « fois en moins d'uneheure... La femelle, dans « le temps de l’accouplement, se couche sur le « ventre à plate terre, les quatre pattes allon- « gées; elle fait de petits cris quiannoncent plu- « tôt le plaisir que la douleur. Leur facon de « s'accoupler ressemble assez à celle des chats, « à la différence pourtant que le mâle ne mord « que très-peu sa femelle sur le chignon... La « paternité, chez ces animaux, est très-respec- « tée; j'en juge ainsi par la grande déférence « que tous mes lapins ont eue pour leur premier « père, qu'il m'était aisé de reconnaitre à cause « de sa blancheur, et qui est le seul mâle que « j'aie conservé de cette couleur. La famille « avait beau s'augmenter , ceux qui devenaient « pères à leur tour lui étaient toujours subor- « donnés : dès qu’ils se battaient, soit pour des « femelles, soit parce qu'ils se disputaient la « nourriture, le grand-père, qui entendait du « bruit, accourait de toutesa force, et dès qu'on « l'apercevait, tout rentrait dans l'ordre; et s’il « en attrapait quelques uns aux prises, il les sé- « paraitet en faisaitsur-le-champ unexemplede « punition. Une autre preuve de sa domination « sur toute sa postérité, c’est que les ayant ac- « coutumés à rentrer tous à un coup de sifflet, « lorsque je donnais ce signal, et quelque éloi- « gnés qu'ils fussent, je voyais le grand-pèrese « mettre à leur tête, et, quoique arrivé le pre- « mier, les laisser tous défiler devant lui et ne rentrer que le dernier... Je les nourrissais avec du son de froment, du foin et beaucoup « de genièvre;illeur en fallait plus d'une voiture « par semaine : ils en mangeaient toutes les

« baies , les feuilles et l'écorce, et ne laissaient « quele gros bois. Cette nourriture leur donnait « du fumet , et leur chair était aussi bonne que « celle des lapins sauvages. »

Ces animaux vivent huit ou neuf ans : comme ils passent la plus grande partie de leur vie dans leurs terriers, où ils sont en repos et tranquilles, ils prennent un peu plus d'embonpoint que les lièvres, Leur chair est aussi fort différente par la couleur et par le goût; celle des jeunes lapereaux esttrès-délicate, mais celle des vieux lapins est toujours sèche et dure. Ilssont, comme je l'ai dit, originaires des climats chauds : les Grecs les connaissaient, et il paraît que les seuls endroits de l'Europe où il y en eût anciennement étaient la Grèce et l'Espagne; de là on les a transportés dans des climats plus tempérés, comme en Italie, en France, en Allemagne, où ils se sont naturalisés; mais dans les pays plus froids, comme en Suède et dans le reste du nord , on ne peut les élever que dans les maisons, et ils périssent lorsqu'on les abandonne à la campagne. Ils aiment, au contraire, le chaud excessif ; car on en trouve dans les contrées les plus méridionales de lAsie et de l'Afrique, comme au golfe Persique, à la baie de Saldana, en Libye, au Sénégal, en Guinée; et on en trouve aussi dans nos iles de l'Amérique, qui y ont été transportés de l’Europe, et qui y ont très-bien réussi.

{r£ ADDITION A L'ARTICLE DU LAPIN.

LE TOLAIT.

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