DE LA PUBERTÉ
La puberté accompagne l'adolescence et précède la jeunesse. Jusqu’alors la nature ne paraît avoir travaillé que pour la conservation et l'accroissement de son ouvrage, elle ne fournit à l'enfant que ce qui lui est nécessaire pour se nourrir et pour croître; il vit, ou plutôt il végète d'une vie partieulière, toujours faible , renfernée en lui-même, et qu'il ne peut commupiquer; mais bientôt les principes de vie se multiplient, il a non-seulement tout ce qu'il lui faut pour être, mais encore de quoi donner
HISTOIRE NATURELLE
l'existence à d’autres; cette surabondance de vie, source de la force et de la santé, ne pouvant plus étre contenue au dedans, cherche à se répandre au dehors; elle s'annonce par plusieurs signes ; l'âge de la puberté est le printemps de Ja nature, la saison des plaisirs. Pourronsnous écrire l'histoire de cet àge avec assez de circonspection pour ne réveiller dans l’imagination que des idées philosophiques? La puberté, les circonstances qui l'accompagnent, la cireoncis'on, la castration , la virginité, l'impuissance, sont cependant trop essentielles à l’histoire de l’homme pour que nous puissions supprimer les faits qui y ont rapport; nous tâcherons seulement d'entrer dans ces détails avec cette sage retenue qui fait la décence du style, et de les présenter comme nous les avons vus nous-mêmes, avec cette indifférence philosophique qui détruit tout sentiment dans l'expression, et ne laisse aux mots que leur simple signification.
La circoncision est un usage extrêmement ancien et qui subsiste encore dans la plus grande partie de l'Asie. Chez les Hébreux, cette opération devait se faire huit jours après la naissance de l'enfant; en Turquie on ne la fait pas avant l’âge de sept ou huit ans, et même on attend souvent jusqu’à onze ou douze; en Perse, c’est à l'âge de cinq ou six ans; on guérit la plaie en y appliquant des poudres caustiques ou astringentes , et particulièrement du papier brülé, qui est, dit Chardin , {e meilleur remède; il ajoute que la circoncision fait beaucoup de douleur aux personnes âgées, qu'elles sont obligées de garder la chambre pendant trois semaines où un mois, et que quelquefois elles en meurent.
Aux îles Maldives , on circoncit les enfants à
l'âge de sept ans, et on les baigne dans la mer |
pendant six ou sept heures avant l'opération , pour rendre la peau plus tendre et plus molle. Lcs Israélites se servaient d’un couteau de pierre; les Juifs conservent encore aujourd’hui cet usage dans la plupart de leurs synagocues ; mais les Mahométans se servent d’un couteau de fer ou d’un rasoir.
Dans de certaines maladies, on est obligé de faire une opération pareille à la circoncision ( Voy. l’Anat. de Dionis, Dém. 4). On croit que les Tures et plusieurs autres peuples, chez qui la circoncision est en usage , auraient naturellement le prépuce trop long si on n'avait pas la précaution de le couper. La Boulaye dit qu'il
DE a vu dans les déserts de Mésopotamie et d'Arabie , le long des rivières du Tigre et de l'Euphrate, quantité de petits garçons arabes qui avaient le prépucesi long, qu'il croit que , sans le secours de la circoncision , ces peuples seraient inhabiles à la génération.
La peau des paupières est aussi plus longue chez les Orientaux que chez les autres peuples, et cette peau est, comme l'on sait, d’une substance semblable à celle du prépuce; mais quel rapport y a-t-il entre l'accroissement de ces deux parties si éloignées ? €
Une autre circoncision est celle des filles; elle leur est ordonnée comme aux garcons en quelques pays d'Arabie et de Perse, comme vers le golfe Persique et vers la mer Rouge; mais ces peuples ne circoncisent les filles que quand elles ont passé l’âge de la puberté, parce qu'il n'y a rien d'excédant avant ce temps-là. Dans d'autres climats, cet accroissement trop grand des nymphes est bien plus prompt, et il est si général chez de certains peuples , comme ceux de la rivière de Benin, qu'ils sont dans l'usage de cireoncire toutes les filles, aussi bien que les garcons , huit ou quinze jours après leur naïissance; cette circoncision des filles est même très-ancienne en Afrique, Hérodote en parle comme d'une coutume des Éthiopiens.
La circoncision peut donc être fondée sur la nécessité, et cet usage a du moins pour objet la propreté; mais l'infibulation et la castration ne peuvent avoir d'autre origine que la jalousie ; ces opérations barbares et ridicules ont été imaginées par des esprits noirs et fanatiques , qui, par une basse envie contre le genre humain, ont dicté des lois tristes et cruelles, où la privation fait la vertu, et la mutilation le mérite.
L'infibulation pour les garcons se fait en tirant le prépuce en avant, on le perce et on le traverse par un gros fil que l’on y laisse jusqu'à ce que les cicatrices des trous soient faites; alors on substitue au fil un anneau assez orand qui doit rester en place aussi longtemps qu'il plait à celui qui a ordonné l'opération, et quelquefois toute la vie. Ceux qui parmi les moines orientaux font vœu dechasteté, portent un trèsgros anneau pour se mettre dans l'impossibilité d'y manquer. Nous parlerons dans la suite de l'infibulation des filles , on ne peut rien imaginer de bizarre et de ridicule sur ce sujet que les hommes n'aient mis en pratique, ou par passion, où par superstition,