EL
L'HOMME
Dans l'enfance, il n'y a quelquefois qu'un testicule dans le scrotum , et quelquefois point du tout; on ne doit cependant pas toujours juger que les jeunes gens qui sont dans l'un ou l’autre de ces cas, soient en effet privés de ce qui parait leur manquer; il arrive assez souvent que les testicules sont retenus dans l'abdomen ou encasés dans les anneaux de muscles; mais souvent ils surmontent avec le temps les obstacles qui les arrêtent, et ils descendent à leur place ordinaire; cela se fait naturellement à l’âge de huit ou dix ans, ou même à l'âge de puberté; ainsi on ne doit pas s'inquiéter pour les enfants qui n'ont point de testicules ou qui n’en ont qu'un. Les adultes sont rarement dans le cas d'avoir les testicules cachés, apparemment qu'à l'âge de puberté la nature fait un effort pour les faire paraitre au dehors; c'est aussi quelquefois par l'effet d’une maladie ou d’un mouvement violent, tel qu'un saut ou une chute , ete. Quand même les testicules ne se manifestent pas, on n’en est pas moins propre à la génération; l'on a même observé que ceux qui sont dans cet état, ont plus de vigueur que les autres.
Il se trouve des hommes qui n’ont réellement qu'un testicule, ce défaut ne nuit point à la génération; l’on a remarqué que le testicule qui est seul, est alors beaucoup plus gros qu'à l’ordinaire : il y a aussi des hommes qui en ont trois, ils sont, dit-on, beaucoup plus vigoureux et plus forts de corps que les autres. On peut voir par l'exemple des animaux, combien ces parties contribuent à la force et au courage; quelle différence entre un bœuf et un taureau, un bélier et un mouton, un coq et un chapon!
L'usage de la castration des hommes est fort ancien et assez généralement répandu, c’étaitla peine de l'adultère chez les Égyptiens; il y avait beaucoup d’eunuques chez les Romains; aujourd'hui dans toute l'Asie et dans une partie de l’Afrique, on se sert de ces hommes mutilés pour garder les femmes. En Italie, cette opération infâme et cruelle n’a pour objet que la perfection d'un vain talent. Les Hottentots coupent un testicule dans l'idée que ce retranchement les rend plus légers à-la course; dans d’autres pays les pauvres mutilent leurs enfants pour éteindre leur postérité, et afin que ces enfants ne se trouvent pas un jour dans la misère et dans l’affliction où il se trouvent eux-mêmes lorsqu'ils n’ont pas de pain à leur donner.
Il y a plusieurs espèces de castration ; ceux qui n'ont en vue que la perfection de la voix , se contentent de couper les deux testicules; mais ceux quisont animés par la défiance qu'in-
spirela jalousie, ne croiraient pas leurs femmes |
en sûreté si elles étaient gardées par des eunuques de cette espèce, ils ne veulent que ceux auxquels on a retranché toutes les parties extérieures de la génération.
L'amputation n’est pas le seul moyen dont on se soit servi; autrefois on empèchait l'accroissement des testicules, et on les détruisait, pour ainsi dire, sans aucune incision ; l'on baignait les enfants dans l’eau chaude et dans des décoctions de plantes, et alors on pressait et on froissait les testicules assez longtemps pour en détruire l'organisation ; d'autres étaient dans l'usage de les comprimer avec un instrument:
on prétend que cette sorte de castration ne fait courir aucun risque pour la vie.
L'amputation des testicules n’est pas fort dangereuse; on peut la faire à tout âge, cependant on préfère le temps de l'enfance; mais l'amputation entière des parties extérieures de la gé-
nération est le plus souvent mortelle, si on la |
fait après l’âge de quinze ans; et en choisissant
l’âge le plus favorable qui est depuis sept ans |
jusqu'à dix, il y a toujours du danger. La difficulté qu'il y a de sauver ces sortes d'eunuques dans l'opération, les rend bien plus chers que
les autres; Tavernier dit que les premiers coù- | ! la puberté ou un peu plus tard, sont à peu près
tent cinq ou six fois plus que les autres en Turquie et en Perse; Chardin observe que l'amputation totale est toujours accompagnée de la plus vive douleur, qu'on la fait assez sûrement
sur les jeunes enfants, mais qu'elle est très- | dangereuse passé l'âge de quinze ans, qu'il en | çante, n'est jamais d’un ton grave; souvent les
réchappe à peine un quart, et qu'il faut six semaines pour guérir la plaie; Pietro della Valle dit au contraire que ceux à qui on fait cette opé-
ration en Perse pour punition du viol et d'autres |
crimes du même genre, en guérissent fort heureusement, quoique avancés en âge, et qu'on n’applique que de la cendre sur la plaie. Nous lie Savons pas si ceux qui subissaient autrefois la même peine en Égypte, comme le rapporte Diodore de Sicile, s'en tiraient aussi henreusement, Selon Thevenot, il périt toujours un grand nombre des nègres que les Tures sou-
mettent à cette opération, quoiqu'ils prennent des |
enfants de huit ou dix ans.
Outre ces eunuques nègres, il y a d'autres
HISTOIRE NATURELLE
eunuques à Constantinople, dans toute la Turquie, en Perse, etc., qui viennent pour la plupart du royaume de Golconde, de la presqu'ile en-deçà du Gange, des royaumes d'Assan, d'Atracan, de Pégu et de Malabar , où le teint est gris, du golfe de Bengale, ou ils sont de couleur olivâtre; il y en a de blancs de Géorgie et de Circassie , mais en petit nombre. Tavernier dit qu'étant au royaume de Golconde, en 1657, on y fit jusqu'à vingt-deux mille eunuques.
Les noirs viennent d'Afrique , principalement d'Éthiopie; ceux-ci sont d'autant plus recherchés et plus chers qu'ils sont plus horribles, on veut qu'ils aient le nez fort aplati, le regard affreux, les lèvres fort grandes et fort grosses , et surtout les dents noires et écartées les unes des autres; ces peuples ont communément les dents belles, mais ce serait un défaut pour un eunuque noir, qui doit être un monstre hideux.
Les eunuques auxquels on n’a Ôté que les testicules, ne laissent pas de sentir de l’irritation dans ce qui leur reste , et d'en avoir le siene extérieur , même plus fréquemment que les autres hommes; cette partie qui leur reste, n'a cependant pris qu'un très-petit accroissement, car elle demeure à peu près dans le même état où elle était avant l'opération; un eunuque fait à l’âge de sept ans, est à cet égard à vingt ans comme un enfant de sept ans; ceux au contraire qui n’ont subi l'opération que dans le temps de
comme les autres hommes.
Il y a des rapports singuliers, dont nous ignorons les causes , entre les parties de la générationet celles de la gorge; les eunuquesn'ont point de barbe; leur voix, quoique forte et per-
maladies secrètes se montrent à la gorge. La correspondance qu'ont certaines parties du corps humain avec d’autres fort éloignées et fort différentes , et qui est ici si marquée, pourrait s’observer bien plus généralement; mais on ne fait pas assez d'attention aux effets, lorsqu'on ne soupconne pas quelles en peuvent être les causes : c'est sans doute par cette raison qu'on n'a jamais songé à examiner ayec soin ces cor-
| respondances dans le corps humain , sur les-
quelles cependant roule une grande partie du jeu de la machine avimale : il y a dans les femmes une grande correspondance entre ja matrice, les mameiles et Ja tête ; combien n’en
trouverait-on pas d'autres si les grands médecins tournaient leurs vues de ce côté-là ? il me paraît que cela serait peut-être plus utile que la nomenclature de l'anatomie. Ne doit-on pas être bien persuadé que nous ne connaitrons jamais les premiers principes de nos mouvements ? les vrais ressorts de notre organisation ne sont pas ces muscles , ces veines , ces artères , ces nerfs que l’on décrit avec tant d’exactitude et de soin; il réside, comme nous l'avons dit, des forces intérieures dans les corps organisés, qui ne suivent point du tout les lois de la mécanique grossière que nous ayons imaginée , et à laquelle nous voudrions tout réduire; au lieu de chercher à connaitre ces forces par leurs effets , on a tâché d'en écarter jusqu'à l'idée , on a voulu les bannir de la philosophie , elles ont reparu cependant, etavee plus d'éclat que jamais, dans la 2ravitation, dans les affinités chimiques, dans . les phénomènes de l'électricité, ete.; mais malgré leur évidence et leur universalité , comme elles agissent à l'intérieur, comme nous ne pouons les atteindre que par le raisonnement, comme en un mot elles échappent à nos yeux, nous ayons peine à les admettre, nous voulons toujours juger par l’extérieur, nous nous imaginons que cet extérieur est tout, il semble qu'il ne nous soit pas permis de pénétrer au-delà, et nous négliseons tout ce qui pourrait nous y conduire.
Les anciens , dontle génie étaitmoins limité et la philosophie plus étendue, s’étonnaient moins que nous des faits qu'ils ne pouvaient expliquer; ils voyaient mieux la nature telle qu'elle est, une sympathie, une correspondance singulière n'était pour eux qu'un phénomène, et c’est pour nous un paradoxe dès que nous ne pouvons le rapporter à nos prétendues lois du mouvement: ils savaient que la nature opère par des moyens inconnus la plus grande partie de ces effets; ils étaient bien persuadés que nous ne pouvons pas faire l'énumération de ces moyens et de ces ressources de la nature, qu'il est par conséquent impossible à l'esprit humain de vouloir Ja limiter en la réduisant à un certain nombre de principes d'action et de moyens d'opération: il leur suffisait au contraire d’avoir remarqué un certin nombre d'effets relatifs et du même ordre, pour constituer une cause.
Qu'avec les anciens on appelle sympathie cette correspondance singulière des différentes parties du corps, ou qu'avec les modernes on
la considère comme un rapport inconnu dans l'action des nerfs, cette sympathie ou ce rapport existe dans toute l’économie animale, et l'on ne saurait trop s'appliquer à en observer les effets, si l'on veut perfectionner la théorie de la médecine; mais ce n’est pas ici le lieu de m'étendre sur ce sujet important. J'observerai seulement que cette correspondance entre Ja yoix et Jes parties de la génération se reconnait nop-seulement dans les eunuques , mais aussi dans les autres hommes, etmême dans les femmes ; la voix change dans les hommes à l'âge de puberté, et les femmes qui ont la voix forte, sont soupconnées d’avoir plus de penchant à l'amour, ete.
Le premier signe de la puberté est une espèce d’engourdissement aux aines, qui devient plus sensible lorsque l'on marche ou lorsque l'on plie le corps en avant; souvent cet engourdissement est accompagné de douleurs assez vives dans toutes les jointures des membres ; ceci arrive presque toujours aux jeunes gens qui tiennent un peu du rachitisme : tous ont éprouvé auparavant , ou éprouyent en même temps une sensation jusqu'alors inconnue dans les parties qui caractérisent le sexe : il s'y élève une quantité de petites proéminences d’une couleur blanchätre ; ces petits boutons sont les germes d’une nouvelle production , de cette espèce de cheveux qui doivent voiler ces parties; le son de la voix change, il devient rauque et inégal pendant un espace de temps assez long, après lequel il se trouve plus plein, plus assuré, plus fort et plus grave qu'il n’était auparavant; ce changement est très-sensible dans les garçons; et s’il l'est moins dans les filles ; c’est parce que le son de leur voix estnaturellement plus aigu.
Ces signes de puberté sont communs aux deux sexes , mais il y en a de particuliers à chacun; l’éruption des menstrues, l'accroissement du sein pour les femmes ; la barbe et l'émission de laliqueur séminale pour les hommes; ilest vrai que ces signes ne sont pas aussi constants les uns que les autres, la barbe, par exemple, ne paraît pas toujours précisément au temps de la puberté, il y amême des nations entières où les hommes n’ont presque point de barbe, et il n’y a au contraire aucun peuple chez qui la puberté des femmes ne soit marquée par l'accroissement des mamelles.
Dans toute l'espèce humaine les femmes arrivent à la puberté plus tôt que les mäles ; mais
180 HISTOIRE NATURE LLE
chez les différents peuples l’âge de puberté est différent et semble dépendre en partie de la température du climat et de la qualité des aliments; dans les villes et chez les gens aisés, les enfants, accoutumés à des nourritures succulentés et abondantes, arrivent plus tôt à cet état ; à la campagne et dans le pauvre peuple les enfants sont plus tardifs, parce qu’ils sont mal et trop peu nourris; il leur faut deux ou trois années de plus ; dans toutes les parties méridionales de l'Europe et dans les villes, Ja plupart des filles sont pubères à douze ans et les garcons à quatorze; mais dans les provinces dunord et dans les campagnes, à peine les filles le sont-elles à quatorze et les garcons à seize.
Si l'on demande pourquoi les filles arrivent plus tôt à l’état de puberté que les garcons, et pourquoi dans tous les climats, froids ou chauds, les femmes peuvent engendrer de meilleure heure que les hommes ; nous croyons pouvoir satisfaire à cette question en répondant que comme les hommes sont beaucoup plus grands et plus forts que les femmes, comme ils ont le corps plus solide, plus massif, les os plus durs, lies muscles plus fermes, la chair plus compacte, on doit présumer que le temps nécessaire à l’accroissement de leur corps, doit être plus long que le temps qui est nécessaire à l’accroissement de celui des femelles; et comme ce ne peut être qu'après cet accroissement pris en entier , ou du moins en grande partie, que le superflu de la nourriture organique commence à être renvoyé de toutes les parties du corps dans les parties de la génération des deux sexes, il arrive que dans les femmes la nourriture est renvoyée plus tôt que dans les hommes, parce que leur accroissement se fait en moins de temps, puisqu'en total il est moindre , et que les femmes sont réellement plus petites que les hommes.
Dans les climats les pluschauds de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, la plupart des filles sont pubères à dix et même à neuf ans ; l'écoulement périodique , quoique moins abondant dans ces pays chauds, parait cependant plus tôt que dans les pays froids; l'intervalle de cet écoulement est à peu près le même dans toutes les nations, et il y a sur cela plus de diversité d'individu à individu que de peuple à peuple ; car dans le même climat et dans la même nation, il y a des femmes qui tous les quinze jours sont sujettes au retour de cettwévacuation na-
turelle, et d'autres qui ont jusqu à cinq et six semaines de libres ; mais ordinairement l'intervalle est d'un mois, à quelques jours près.
La quantité de l'évacuation parait dépendre de la quantité des aliments, et de celle de la transpiration insensible. Les fermes qui mangent plus que les autres et qui ne font point d'exercice, ont des menstrues plus abondantes; celles des climats chauds, où la transpiration est plus grande que dans les pays froids, en ont moins. Hippocrate en avait estimé la quantité à la mesure de deux émines, ce qui fait neuf onces pour le poids; il est surprenant que cette estimation, qui a été faite en Grèce, ait été trouvée trop forte en Angleterre, et qu'on ait prétendu la réduire à trois onces et au-dessous; mais il faut avouer que les indices que l'on peut avoir sur ce fait, sont fort incertains; ce qu'il y a de sûr, c’est que cette quantité varie
beaucoup dans les différents sujets et dans les:
différentes circonstances; on pourrait peut-être aller depuis une ou deux onces jusqu’à une livre et plus. La durée de l'écoulement est de trois, quatre ou cinq jours dans la plupart des femmes, etde six, sept et même huit dans quelques-unes. La surabondance de la nourriture et du sang est la cause matérielle des menstrues, les symptômes qui précèdent leur écoulement, sont autant d'indices certains de plénitude, comme la chaleur, la tension, le gonflement, et même la douleur que les femmes ressentent, non-seulement dans les endroits mêmes où sont les réservoirs, et dans ceux qui les avoisinent, mais aussi dans les mamelles; elles sont gonflées, et l'abondance du sang y est marquée par la couleur de leur aréole qui devient alors plus foncée; les yeux sont chargés, et au-dessous de l'orbite la peau prend une teinte de bleu ou de violet; les joues se colorent, la tête est pesante et douloureuse , et en général tout le corps est dans un état d'accablement causé par la surcharge du sang.
C'est ordinairement à l'âge depuberté que le corps achève de prendre son accroissement en hauteur; les jeunes gens grandissent presque tout à coup de plusieurs pouces, mais de toutes les parties du corps, celle où l'accroissement est le plus prompt et le plus sensible, sont les parties de la génération dans l'un et l’autre sexe ; mais cet accroissement n'est dans les mâles qu'un développement, une augmentation de volume, au lieu que dans les femelles, il pro-
DE L'HOMME
duit souvent un rétrécissement auquel on a donné différents noms lorsqu'on a parlé des signes de la virginité.
Les hommes, jaloux des primautés en tout genre, ont toujours fait grand cas de tout ce qu'ils ont cru pouvoir posséder exclusivement et les premiers ; c'est cette espèce de foliequi a fait un être réel de la virginité des filles. La virginité, qui est un être moral, une vertu qui ne consiste que dans la pureté du cœur, est devenue un objet physique dont tous les hommes se sont occupés; ils ont établi sur cela des opinions, des usages, des cérémonies, des superstitions, et même des jugements et des peines ; les abus les plus illicites, les coutumes les plus déshonnèêtes , ont été autorisés; on a soumis à l'examen de matronesignorantes, etexposé aux yeux de médecins prévenus, les parties les plus secrètes de la nature, sans songer qu'une pareille indécence est un attentat contre la virgi- | nité, que c’est la violer que de chercher à la reconnaitre , que toute situation honteuse, tout état indécent dont une fille est obligée de rougir intérieurement, est une vraie défloration.
Je n'espère pasréussir à détruire les préjugés ridicules qu'on s'est formés sur ce sujet; les choses qui font plaisir à croire seront toujours crues, quelque vaines et quelque déraisonnables qu'elles puissent être; cependant comme dans une histoire on rapporte non-seulement la suite des événements et les circonstances des faits, mais aussi l’origine des opinions et des erreurs dominantes, j'ai cru que dans l’histoire de l'homme je ne pourrais me dispenser de parler de l’idole favorite à laquelle il sacrifie, d'examiner quelles peuvent être les raisons de son culte, et de rechercher si la virginité est un être réel, ousice n’estqu'unedivinité fabuleuse.
Fallope, Vesale, Diemerbroek, Riolan, Bartholin, Heister, Ruysch et quelques autres anatomistes prétendent que la membrane de l'hymen est une partie réellement existante, qui doit être mise au nombre des parties de la génération des femmes, et ils disent que cette membrane est charnue, qu'elle est fort mince dans les enfants, plus épaisse dans les filles adultes, qu'elle est située au-dessous de l’orifice de l'urètre, qu'elle ferme en partie l'entrée du vagin, que cette membrane est percée d'une ouverture ronde, quelquefois longue , ete., que l’on pourrait à peine y faire passer un pois dans l'enfance, et une grosse fève dans l'âge de pu-
berté. L'hymen, selon M. Winslow, est un repli membraneux plus ou moins cireulaire , plus ou moins large, plus ou moins égal, quelquefois semi-lunaire , qui laisse une ouverture très-petite dans les unes, plus grande dans les autres, ete. Ambroise Paré, Dulaurent, Graaf, Pineus, Dionis, Mauriceau, Palfyn et plusieurs autresanatomistes aussi fameux et tout au moins aussi accrédités que les premiers que nous avons cités, soutiennent au contraire que la membrane de l'hymen n’est qu'une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnentde ce queles autres en ont parlé comme d’ane chose réelle et constante ; ils leur opposent une multitude d'expériences par lesquelles ils se sont assurés que cette membrane n'existe pas ordinairement; ils rapportent les observations qu'ils ont faites sur un grand nombre de filles de différents âges, qu'ils ont disséquées et dans lesquelles ils n’ont pu trouver cette membrane ; ils avouent seulement qu'ils ont vu quelquefois , mais bien rarement, une membrane qui unissait des protubérances charnues qu'ils ont appelées caroncules myrtiformes; mais ils soutiennent que cette membrane était contre l’état naturel. Les anatomistes ne sont pas plus d’accordentre eux sur la qualité et le nombre de ces caroncules ; sont-elles seulement des rugosités du vagin?
sont-elles des parties distinctes et séparées? sont-elles des restes de la membrane de l'hymen ? le nombre en est-il constant? n'y enat-il qu'une seule ou plusieurs dans l’état de virginité? chacune de ces questions a été faite, et chacune a été résolue différemment.
Cette contrariété d'opinions sur un fait qui dépend d’une simple inspection prouve que les hommes ont voulu trouver dans la nature ce qui n’était que dans leur imagination, puisqu'il yaplusieurs anatomistes qui disent de bonne foi qu'ils n’ont jamais trouvé d’hymen ni de caroncules dans les filles qu'ils ont disséquées, même avant l’âge de puberté, puisque ceux qui soutiennent au contraire que cette membrane et ces caroncules existent, avouenten même temps que ces parties ne sont pas toujours les mêmes, qu’elles varient de forme , de grandeur et de consistance dans les différents sujets; que souvent au lieu d'hymen il n'y a qu'une caroncule, que d’autres fois il y en a deux ou plusieurs réunies par une membrane, que l'ouverture de cette membrane est de différente forme, etc.
Quelles sont les conséquences qu'on doit tirer de toutes ces observations? qu’en peut-on conclufe, sinon que les causes du prétendu rétrécissement de l'entrée du vagin ne sont pas constantes , et que lorsqu'elles existent, elles n’ont tout au plus qu'un effet passager qui est susceptible de différentes modifications ? L'anatomie laisse, comme l'on voit, une incertitude entière sur l'existence de cette membrane de lhymen et de ces caroneules; elle nous permet de rejeter ces signes de la virginité, non-seulement comme incertains, mais même comme imaginaires ; il en est de même d’un autresigne plus ordinaire, mais qui cependant est tout aussi équivoque, c'est le sang répandu : on a cru dans tous les temps que l'effusion de sang était une preuve réelle de la virginité ; cependant il est
. # o | évident quece prétendu signe estnul dans toutes
les circonstances où l'entrée du vagin a pu être relâchée ou dilatée naturellement. Aussi toutes les filles, quoique non déflorées, ne répandent pas du sang ; d’autres, qui le sont en effet, ne laissent pas d’en répandre; les unes en donnent abondamment et plusieurs fois, d’autres trèspeu et une seule fois, d’autres point du tout ; cela dépend de l'âge, de la santé, de la conformation et d'un grand nombre d’autres circonstances; nous nous contenterons d’en rapporter quelques-unes en même temps que nous tâcherons de démêler sur quoi peut être fondé tout ce qu'on raconte des signes physiques de la virginité.
Il arrive dans les parties de l’un et de l’autre sexe un changement considérable dans le temps de la puberté; celles de l'homme prennent un prompt accroissement ; et ordinairement elles arrivent en moins d’un an ou deux à l'état où elles doivent rester pour toujours; celles de la femme croissent aussi dans le même temps de la puberté, les nymphes surtout qui étaient auparavant presque insensibles , deviennent plus grosses, plus apparentes, et même elles excèdent quelquefois les dimensions ordinaires ; l'écoulement périodiquearrive en même temps, et toutes ces parties se trouvant gonflées par l'abondance du sang, et étant dans un état d'aecroissement, elles se tuméfient, elles se serrent mutuellement, et elles s’attachent les unes aux autres dans tous les points où elles se touchent immédiatement; l'orifice du vagin se trouve ainsi plus rétréci qu'il ne l'était, quoique le va- Sin lui-même ait pris aussi de l'accroissement
HISTOIRE NATURELLE
dans le même temps; la forme de ce rétrécissement doit, comme l'on voit, être fort différente dans les différents sujets et dans les différents degrés de l'accroissement de ces parties : aussi parait-il par ce qu'en disent les anatomistes, qu'il y a quelquefois quatre protubérances ou caroncules, quelquefois trois ou deux, et que souvent il se trouve une espèce d'anneau cireulaire où semi-lunaire, ou bien un froncement, une suite de petits plis; mais ce qui n’est pas dit par les anatomistes, c'est que quelque forme que prenne ce rétrécissement, il n'arrive que dans le temps de la puberté. Les petites filles que j'ai eu occasion de voir disséquer n'avaient rien de semblable, et ayant recueilli des faits sur ce sujet, je puis avancer
que quand elles ont commerce avec les hommes’
avant la puberté , il n’y a aucune effusion de sang, pourvu qu'il n'y ait pas une disproportion trop grande ou des efforts trop brusques ; au contraire, lorsqu'elles sont en pleine puberté et dans le temps de laccroissement de ces parties , il y a très-souvent effusion de sang pour peu qu'on y touche; surtout si elles ont de l'embonpoint et si les règles vont bien , car celles qui sont maigres ou qui ont des fleurs blanches n’ont pas ordinairement cette apparence de virginité; et ce qui prouve évidemment que ce n’est en effet qu'une apparence trompeuse , c'est qu’elle se répète même plusieurs fois, et après des intervalles de temps assez considérables; une interruption de quelque temps fait renaitre cette prétendue virginité, et il est certain qu'une jeune personne qui dans les premières approches aura répandu beaucoup de sang , en répandra encore après une absence, quand même le premier commerce aurait duré pendant plusieurs mois et qu'il aurait été aussi intime et aussi fréquent qu’on le peut supposer : tant que le corps prend de l'accroissement l’effusion de sang peutserépéter, pourvu qu'il y ait une interruption de commerce assez longue pour donner le temps aux parties de se réunir et de reprendre leur premier état; et il estarrivé plus d'une fois que des filles qui avaient eu plus d'une faiblesse, n'ont pas laissé de donner ensuite à leur mari cette preuve de leur virginité sans autre artifice que celui d’avoir renoncé pendant quelque temps à leur commerce illégitime. Quoique nos mœurs aient rendu les femmes trop peu sincères sur cet article, ils'en est trouvé plus d'une qui ont avoué les faits que
DE L'HOMME
je viens de rapporter ; il y en a dont la prétendue virginité s'est renouvelée jusqu'à quatre et même cinq fois, dans l’espace de deux ou trois
; : | ans : il faut cependant convenir que ce renou-
vellement n'a qu'un temps, c'est ordinairement de quatorze à dix-sept, ou de quinze à dix-huit ans ; dès que le corps a achevé de prendre son accroissement, les choses demeurent dans l'état où elles sont, et elles ne peuvent paraitre différentes qu'en employant des secours étrangers et des artifices dont nous nous dispenserons de parler.
Ces filles dont la virginité se renouvelle ne sont pas en aussi grand nombre que celles à qui la nature a refusé cette espèce de faveur ;
pour peu qu'il y ait de dérangement dans la |
santé, que l'écoulement périodique se montre mal et difficilement, que les parties soient trop humides et que les fleurs blanches viennent à les relâcher, il ne se fait aucun rétrécissement, aucun froncement; ces parties prennent de l'accroissement, mais étant continuellement humectées, elles n'acquièrent pas assez de fermeté pour se réunir, il ne se forme ni caroncules, ni anneau , ni plis, l'on ne trouve que peu d’obstacles aux premières approches, et elles se font sans aucune effusion de sang.
Rien n'est donc plus chimérique que les préjugés des hommes à cet égard , et rien de plus incertain que ces prétendus signes de la virginité du corps; une jeune personne aura commerce avec un homme avant l’âge de puberté, et pour la première fois, cependant elle ne donhera aucune marque de cette virginité ; ensuite la même personne après quelque temps d'interruption, lorsqu'elle sera arrivée à la puberté, ne manquera guère, si elle se portebien, d'avoir
tous ces signes et de répandre du sang dans de |
nouvelles approches; elle ne deviendra pucelle qu'après avoir perdu sa virginité , elle pourra même le devenir plusieurs fois de suite et aux mêmes conditions ; une autre au contraire qui sera vierge en effet, ne sera pas pucelle, ou du moins n’en aura pas la moindre apparence. Les hommes devraient donc bien se tranquilliser sur tout cela , au lieu dé se livrer, commeils le font souvent , à des soupcons injustes ou à de fausses joies, selon ce qu'ils s'imaginent avoirrencontré.
Si l'on voulait avoir un signe évident et infaillible de virginité pour les filles, il faudrait le chercher parmi ces nations sauvages et bar-
bares, qui n ayant point de sentiments de vertu et d'honneur à donner à leurs enfants par une bonne éducation , s'assurent de la chesteté de leurs filles par un moyen que leur a suggéré la grossièreté de leurs mœurs. Les Éthiopiens et plusieurs autres peuples de l'Afrique, les habitants du Pégu et de l'Arabie Pétrée et quelques autres nations de l'Asie, aussitôt que leurs filles sont nées, rapprochent par une sorte de couture les parties que la naturea séparées, et ne laissent libre que l'espace qui est nécessaire pour les écoulements naturels : les chairs adhèrent peu à peu à mesure que l'enfant prend son accroissement, de sorte que l’on est obligé de les séparer par une incision lorsque le temps du mariage est arrivé ; on dit qu’ils emploient pour cette infibulation des femmes un fil d'amiante, parce que cette matière n’est pas sujette à la corruption. Il y a certains peuples qui passent seulement un anneau; les femmes sontsoumises, comme les filles, à cet usage outrageant pour la vertu, on les force de mème à porter un anneau; la seule différence est que celui des filles ne peut s’ôter, et que celui des femmes a une espèce de serrure dont le mari seul à la clef. Mais pourquoi citer des nations barbares, lorsque nous avons de pareils exemples aussi près de nous ? la délicatesse dont quelques-uns de nos voisins se piquent sur la chasteté de leurs femmes, estelle autre chose qu’une jalousie brutale et criminelle ?
Quel contraste dans les goûts et dans les mœurs des différentes nations ! quelle contrariété dans leur façon de penser! Après ce que nous venons de rapporter sur le cas que Ja plupart des hommes font de la virginité, sur les précautions qu'ils prennent, etsur les moyens honteux qu'ilssesontavisés d'employer pours'en assurer, imaginerait-on que d’autres peuples la méprisent, et qu’ils regardent comme un ouvrage servile la peine qu'il faut prendre pour l'ôter ?
La superstition a porté certains peuples à céder les prémices des vierges aux prêtres de leurs idoles, ou à en faire une espèce de sacrifice à l'idole même; les prètres des royaumes de Cochin et de Calicut jouissent de ce droit, et chez les Canarins de Goa, les vierges sont prostituées de gré ou de force par leurs plus proches parents à une idole de fer; la superstition aveugle de ces peuples leur fait commettre ces excès dans des vues de religion; des vues purement
humaines en ont engagé d'autres à livrer avec empressement leurs filles à leuss chefs, à leurs maitres, à leurs seigneurs; les habitants des iles Canaries, du royaume de Congo, prostituent leurs filles de cette façon sans qu'elles en soient déshonorées : c'est à peu près la même chose en Turquie et en Perse, et dans plusieurs autres pays de l'Asie et de l'Afrique, où les plus grands seigneurs se trouvent trop honorés de recevoir de la main de leur maitre les femmes dont il s'est dégoûté.
Au royaume d’Arracan et aux iles Philippines, un homme se croirait déshonoré s’il épousait une fille qui n'eût pas été déflorée par un autre, et ce n'est qu'à prix d'argent que l'on peut engager quelqu'un à prévenir l'époux.
Dans la province de Thibet, les mères cherchent des étrangers et les prient instamment de mettre leurs filles en état de trouver des maris; les Lapons préfèrent aussi les filles qui ont eu commerce avec des étrangers; ils pensent qu'’elles ont plus de mérite que les autres, puisqu'elles ont su plaire à des hommes qu'ils regardent comme plus connaisseurs et meilleurs juges de la beauté qu'ils ne le sont eux-mêmes. À Madagascar et dans quelques autres pays, les filles les plus libertines et les plus débauchées sont celles qui sont le plus tôt mariées; nous pourrions donner plusieurs autres exemples de ce goût singulier , qui ne peut venir que de la grossièreté ou de la dépravation des mœurs.
L'état naturel des hommes après la puberté est celui du mariage ; un homme ne doit avoir qu'une femme , comme une femme ne doit avoir qu'un homme; cette loi est celle de la nature, puisque le nombre des femelles est à peu près égal à celui des mäles; ce ne peut donc être qu’en s'éloignant du droit naturel, et par la plus injuste de toutes les tyrannies, que les hommes ont établi des lois contraires; la raison, l'humanité, la justice réclament contre ces sérails odieux , où l’on sacrifie à la passion brutale ou dédaigneuse d'un seul homme, la liberté et le cœur de plusieurs femmes, dont chacune pourrait faire le bonheur d’un autre homme. Ces tyrans du genre humain en sont-ils plus heureux ? environnés d’eunuques et de femmes inutiles à eux-mêmes et aux autres hommes, ils sont assez punis, ils ne voient que les malheureux qu'ils ont faits.
Le mariage, tel qu'il est établi chez nous et chez les autres peuples raisonnables et religieux,
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est donc l'état qui convient à l'homme et dans lequel il doit faire usage des nouvelles facultés qu'il a acquises par la puberté, qui lui deviendraient à charge , et même quelquefois funestes, s'il s'obstinait à garder le célibat. Le trop long séjour de la liqueur séminale dans ses réservoirs peut causer des maladies dans l'un et dans l’autre sexe, ou du moins des irritations si violentes que la raison et la religion seraient à peine suflisantes pour résister à ces passions impétueuses; elles rendraient l’homme semblable aux animaux, qui sont furieux et indomptables lorsqu'ils ressentent ces impressions.
L'effet extrême de cette irritation dans les femmes est la fureur utérine; c'est une espèce de manie qui leur trouble l'esprit et leur ôte toute pudeur; les discours les plus lascifs , les actions les plus indécentes accompagnent cette triste maladie et en décèlent l'origine. J’ai vu, et je l'ai vu comme un phénomène, une fille de douze ans, très-brune, d’un teint vif et fort coloré, d'une petite taille, mais déjà formée, avec de la gorge et de l'embonpoint, faire les actions les plus indécentes au seul aspect d’un homme; rien n'était capable de l'en empécher, ni la présence de sa mère, ni les remontrances, ni les châtiments; elle ne perdait cependant pas la raison, et son accès, qui était marqué au point d'en être affreux, cessait dans le moment qu'elle demeurait seule avee des femmes. Aristote prétend que c'est à cet âge que l'irritation est la plus grande et qu'il faut garder le plus soigneusement les filles; cela peut être vrai pour le climat où il vivait, mais il parait que dans les pays plus froids le tempérament des femmes ne commence à prendre de l’ardeur que beaucoup plus tard.
Lorsque la fureur utérine est à un certain degré, le mariage ne la calme point, il y a des exemples de femmes qui en sont mortes. Heureusement la force de la nature cause rarement toute seule ces funestes passions, lors même que le tempérament y est diposé; il faut, pour qu'elles arrivent à cette extrémité, le concours de plusieurs causes dont la principale est une imagination allumée par le feu des conversations licencieuses et des images obscènes. Le tempérament opposé est infiniment plus commun parmi les femmes, la plupart sont naturellement froides ou tout au moins fort tranquilles sur le physique de cette passion; il y a aussi des hommes auxquels la chasteté ne coûte rien; j'en ai
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connu qui jouissaient d'une bonne sante, et qui avaient atteint l'âge de vingt-cinq à trente ans, sans que la nature leur eùt fait sentir des besoins assez pressants pour les déterminer à les satisfaire en aucune facon.
Au reste, les excès sont plus à craindre que fa continence : le nombre des hommes immodérés est assez grand pour en donner des exemples; les uns ont perdu la mémoire, les autres ont été privés de la vue, d'autres sont devenus chauves , d'autres ont péri d'épuisement; la saignée est, comme l'on sait, mortelle en pareil cas. Les personnes sages ne peuvent trop avertir les jeunes gens du tort irréparable qu'ils font à leur santé : combien n'y en a-t-il pas
qui cessent d'être hommes, ou du moins qui
cessent d'en avoir les facultés, avant l’âge de trente ans ! combien d'autres prennent à quinze et à dix-huit ans les germes d'une maladie honteuse et souvent incurable !
Nous avons dit que c'était ordinairement à l'âge de puberté que le corps achevait de prendre son accroissement : il arrive assez souvent dans la jeunesse, que de longues maladies font grandir beaucoup plus qu'on ne grandirait si l'on était en santé ; cela vient, à ce queje crois, de ce que les organes extérieurs de la génération étant sans action pendant tout le temps de la maladie, la nourriture organique n'y arrive pas, parce qu'aucune irritation ne l'y détermine , et que ces organes étant dans un état de
faiblesse et de langueur, ne font que peu ou
point de sécrétion de liqueur séminale ; dès lors ces particules organiques restant dans la masse du sang, doivent continuer à développer les extrémités des os, à peu près comme il arrive dans les eunuques; aussi voit-on très-souvent des jeunes gens après de longues maladies être beaucoup plus grands, mais plus mal faits qu'ils n'étaient; les uns deviennent contrefaits des jambes, d’autres deviennent bossus, ete., parce que les extrémités encore ductiles de leurs os se sont développées plus qu'il ne fallait par le superflu des molécules organiques, qui, dans un état de santé, n'aurait été employé qu'à former la liqueur séminale.
L'objet du mariage est d'avoir des enfants, mais quelquefois cet objet ne se trouve pas rempli; dans les différentes causes de la stérilité il y en a de communes aux hommes et aux femmes; mais comme elles sont plus apparentes dans les hommes, on les leur at*-ibue pour l'or-
dinaire. La stérilité est causée dans l’un et dans l’autre sexe, ou par un défaut de conformation, ou par un vice accidentel dans les organes; les défauts de conformation les plus essentiels dans les hommes, arrivent aux testicules ou aux muscles érecteurs; la fausse direction du canal de l'urètre, qui, quelquefois, est détourné à côté ou mal percé, est aussi un défaut contraire à la génération, mais il faudrait que ce canal fût supprime en entier pour la rendre impossible; l'adhérence du prépuce par le moyen du frein peut être corrigée, et d’ailleurs ce n'est pas un obstacle insurmontable. Les organes des femmes peuvent aussi être mal conformés; la matrice toujours fermée ou toujours ouverte serait un défaut également contraire à la génération; mais la cause de stérilité la plus ordinaire aux hommes et aux femmes, c'est l’altération de la liqueur séminale dans les testicules ; on peut se souvenir de l'observation de Vallisnieri, que j'ai citée ci-devant, qui prouve que les liqueurs des testicules des femmes étant corrompues, elles demeurent stériles; il en est de même de celles de l'homme: si la sécrétion par laquelle se forme la semence est viciée, cette liqueur ne sera plus féconde; et quoiqu'à l’extérieur tous les organes de part et d'autre paraissent bien disposés, il n'y aura aucune production.
Dans les cas de stérilité on a souvent employé différents moyens pour reconnaître si le défaut venait de l'homme ou de la femme : l'inspection est le premier de ces moyens, et il suffit en effet, si la stérilité est causée par un défaut extérieur de conformation ; mais si les organes défectueux sont dans l’intérieur du corps, alors on ne reconnait le défaut des organes que par la nullité des effets. Il y a des hommes qui, à la première inspection, paraissent être bien conformés, auxquels cependant le vrai signe de Ja bonne conformation manque absolument; il y en a d'autres qui n’ont ce signe que si imparfaitement ou si rarement, que c’est moins un signe de virilité, qu'un indice équivoque de l'impuissance.
Tout le monde sait que le mécanisme de ces parties est indépendant de la volonté; on ne commande point à ces organes, l'âme ne peut les régir; c'est du corps humain la partie la plus animale; elle agit en effet par une espèce d'instinct dont nous ignorons les vraies causes : combien de jeunes gens élevés dans la pureté, et
vivant dans la plus parfaite innocence et dans l'ignorance totale des plaisirs, ont ressenti les impressions les plus vives, sans pouvoir deviner quelle en était la cause et l'objet! combien de gens au contraire demeurent dans la plus froide langueur malgré tous les efforts de leurs sens et de leur imagination, malgré la présence des objets, malgré tous les secours de l'art de la débauche!
Cette partie de notre corps est donc moins à nous qu'aucune autre, elle agit ou elle languit sans notre participation, ses fonctions commencent et finissent dans de certains temps, à un certain âge ; tout cela se fait sans nos ordres, et souvent contre notre consentement. Pourquoi donc l'homme ne traite-t-il pas cette partie comme rebelle, ou du moins comme étrangère? pourquoi semble-t-il lui obéir ? est-ce parce qu'il ne peut lui commander ?
Sur quel fondement étaient donc appuyées ces lois si peu réfléchies dans le principe et si déshonnètes dans l'exécution ? comment le congrès a-t-il pu être ordonné par des hommes qui doivent se connaitre eux-mêmes et savoir que rien ne dépend moins d'eux que l'action de ces organes, par des hommes qui ne pouvaient ignorer que toute émotion de l'âme, et surtout la honte, sont contraires à cet état, et que la publicité et l'appareil seuls de cette épreuve étaient plus que suffisants pour qu'elle füt sans succès ?
Au reste, la stérilité vient plus souvent des femmes que des hommes, lorsqu'il n’y a aucun défaut de conformation à l'extérieur, car indépendamment de l'effet des fleurs blanches qui, quand elles sont continuelles, doivent causer où du moins occasionner la stérilité , il me parait qu'il y a une autre cause à laquelle on n'a pas fait attention.
On a vu par mes expériences (chap. VI) que les testicules des femelles donnent naissance à des espèces de tubérosités naturelles que j'ai appelées corps glanduleux ; ces corps qui croissent peu à peu, et qui servent à filtrer, à perfectionner et à contenir la liqueur séminale, sont dans un état de changement continuel: ils commencent par grossir au-dessous de lamembrane du testicule, ensuiteils lapercent, ils se gonflent , leur extrémité s'ouvre d'ellemême, elle laisse distiller la liqueur séminale pendant un certain temps, après quoi ces corps glanduleux s'affaissent peu à peu, se dessè-
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chent,seresserrent et s'oblitèrent enfin presque entièrement ; ils ne laissent qu'une petite cicatrice rougeätre à l'endroit où ils avaient pris naissance. Ces corps glanduleux ne sont passitôt évanouis qu'il en pousse d'autres, et même pendant l’affaissement des premiersil s'en forme de nouveaux, en sorte que les testicules des femelles sont dans un état de travail continuel; ils éprouvent des changements et des altérations considérables; pour peu qu'il y ait donc de dérangement dans cet organe, soit par l’épaississement des liqueurs, soit par la faiblesse des vaisseaux, il ne pourra plus faire ses fonctions, il n'y aura plus de sécrétion de liqueur séminale, ou bien cette même liqueur sera altérée, viciée, corrompue, ce qui causera nécessairement la stérilité. ,
Il arrive quelquefois que la conception devance les signes de la puberté; ily a beaucoup de femmes qui sont devenues mères avant que d'avoir eu la moindre marque de l'écoulement naturel à leur sexe; il y en a même quelquesunes qui, sans être jamais sujettes à cet écoulement périodique, ne laissent pas d'engendrer; on peut en trouver des exemples dans nos climats, sans les chercher jusque dans le Brésil où des nations entières se perpétuent, dit-on, sans qu'aucune femme ait d'écoulement périodique : ceci prouve encore bien elairement que le sang des menstrues n'est qu'une matière accessoire à la génération, qu’elle peut être suppléée, que la matière essentielle et nécessaire est la liqueur séminale de chaque individu; on sait aussi que la cessation des règles, qui arrive ordinairement à quarante ou cinquante ans, ne met pas toutes les femmes hors d'état de concevoir; il y en a qui ont conçu à soixante et soixante et dix ans, et même dans un âge plus avancé. On regardera, si l'on veut, ces exemples, quoique assez fréquents, comme des exceptions à la règle, mais ces exceptions suffisent pour faire voir que la matière des menstrues n'est pas essentielle à la génération.
Dans le cours ordinaire de la nature, les femmes ne sont en état de concevoir qu'après la première éruption des règles, et la cessation de cet écoulement à un certain âge les rend stériles pour le reste de leur vie. L'âge auquel l'homme peut engendrer n'a pas de termes aussi marqués: il faut que le corps soit parvenu à un certain point d'accroissement pour que la liqueur séminale soit produite, il faut peut-être
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un plus grand desré d'accroissement pour que l'élaboration de cette liqueur soit parfaite, cela arrive ordinairement entre douze et dix-huit ans; mais l'âge où l'homme cesse d'être en état d'engendrer ne semble pas être déterminé par la nature: à soixante ou soixante et dix ans, lorsque la vieillesse commence à énerver le corps, la liqueur séminale estmoins abondante,
ment de contraction ou de resserrement dans la matrice, et il ajoute que des femmes lui ont dit qu'elles avaient eu cette sensation au mo-
, ment où elles avaient concu; d'autres auteurs
et souvent elle n'est plus prolifique ; cependant | on à plusieurs exemples de vieillards qui ont
engendré jusqu'à quatre-vingts et quatrevingt-dix ans; les recueils d'observations sont remplis de faits de cette espèce.
11 y a aussi des exemples de jeunes garçons
| qui ont engendré à l’âge de neuf, dix et onze |
ans, et de petites filles qui ont concu à sept,
huit et neuf ans; mais ces faits sont extrême- |
ment rares, et on peutles mettre au nombre des phénomenes singuliers. Le signe extérieur de la virilité commence dans la première enfance; mais cela seul ne suffit pas, il faut de plus la production de la liqueur séminale poux que la génération S'accomplisse, et cette production ne se fait que quand le corps a pris la plus crande partie de son accroissement. La première émission est ordinairement accompagnee de quelque douleur, parce que la liqueur n'est pas encore bien fluide; elle est d'ailleurs en très-pétite quantité, et presque toujours inféconde dans le commencement de la puberté.
Quelques auteurs ont indiqué &eux signes pour reconnaitre si une femme a concu : lepremier est un saisissement ou une sorte d’ébranlement qu'elle ressent, disent-ils, dans tout le corps au moment de la conception, et qui méme dure pendant quelquès jours; le second est pris de l'orifice dela matrice, qu'ils assurent être entièrement fermé après la conception, Mais il me parait que ces signes sont au moins bien équivoques, s'ils ne sont pas imaginaires. Le saisissement qui arrive au moment de la conception est indiqué par Hippocrate dans ces termes : ZLiquidè constat harum rerum perilis, quèd mulier, ubi concepit, stalim inhorrescit ac dentibus stridet, et articulum reliquumque corpus convulsio prehendit. C'est donc une sorte de frisson que les femmes ressentent dans tout le corps au moment de la conception, selon Hippocrate, et le frisson serait assez fort pour faire choquer les dents les unes contre les autres, comme dans la fièvre. Galien explique ce symptôme par un mouve-
l'expriment par un sentiment vague de froid qui parcourt tout le corps, et ils emploient aussi le mot d’horror et d'Aorripilatio ; la plupart établissent ce fait, comme Galien, sur le rapport de plusieurs femmes.Ce symptôme serait done un effet de la contraction de la matrice qui se resserrerait au moment de la coneeption, et qui fermerait par ce moyen son
| orifice, comme Hippocrate l'a exprimé par
ces mots : Quæ in ulero gerunt, harum os uleri clausum esl; où selon un autre traducteur, Quæcumque sunt gravide, illis os uteri connivet. Cependant les sentiments sont partagés sur les changements qui arrivent à l'orifice interne de la matrice après la conception : les uns soutiennent que les bords de cet orifice se rapprochent de facon qu'il ne reste aucun espace vide entre eux, et c'est dans ce sens qu'ils interprètent Hippocrate; d'autres prétendent que ces bords ne sont exactement rapproches qu'après les deux premiers mois de la grossesse, mais ils conviennent qu'immédiatement après la conception l'orifice est fermé par l'adhérence d'une humeur glutineuse, et ils ajoutent que la matrice qui, hors de la grossesse, pourrait recevoir par son orifice un corps de la grosseur d'un pois, n'a plus d'ouverture sensible après la conception, et que cette différence est si marquée, qu'une sage-femme habile peut la reconnaitre; cela supposé, on pourrait done constater l'état de la grossesse dans les premiers jours. Ceux qui sont opposés à ce sentiment, disent que si l'orifice de la matrice était fermé après la conception, il serait impossible qu'il y eùt de superfétation. On peut répondre à cette objection, qu'il est très-possible que la liqueur séminale pénètre à travers les membranes de la matrice, que même la matrice peut s'ouvrir pour la superfétation dans de certaines circonstances, et que d’ailleurs les superfétations arrivent si rarement, qu'elles ne peuvent fairequ'une légère exception à la règle générale. D'autres auteurs ont avancé que le changement qui arriverait à l'orifice de la matrice ne pourrait être marqué que dans les femmes qui auraient déjà mis des enfants au monde, et non pas dans celles qui auraient coueu pour læpremière fois; il est à croire que
dans celles-ci la différence sera moins sensible, mais quelque grande qu'elle puisse être, en doit-on conclure que ce signe est réel, constant et certain ? ne faut-il pas du moins avouer qu'il n’est pas assez évident? L'étude de l'anatomie et l'expérience ne donnent sur ce sujet que des connaissances générales qui sont fautives dans un examen particulier de cette nature; il en est de même du saisissement ou du froid convulsif que certaines femmes ont dit avoir ressenti au moment de la conception :
comme la plupart des femmes n'éprouvent pas le même symptôme, que d’autres assurent au contraire avoir ressenti une ardeur brülante causée par la chaleur de la liqueur séminale du mâle, et que le plus grand nombre avouent n'avoir rien senti de tout cela, on doit en conclure que ces signes sont très-équivoques, et que lorsqu'ils arrivent, c'est peut-être moins un effet de la conception que d’autres causes qui paraissent plus probables.
J'ajouterai un fait qui prouveque l'orifice de la matrice ne se. ferme pas immédiatement après la conception, ou bien que, s'il se ferme, la liqueur séminale du mâle entre dans la matrice en pénétrant à travers le tissu de ce viscère. Une femme de Charles-Town, dans la Caroline méridionale, accoucha en 1714 de deux jumeaux qui vinrent au monde tout de suite l'un après l’autre; il se trouva que l'un était un enfant nègre, et l’autre un enfant blanc, ce qui surprit beaucoup les assistants. Ce témoignage évident de l'infidélité de cette femme à l'égard de son mari, la força d’avouer qu'un nègre qui la servait, était entré dans sa chambre un jour que son mari venait de la quitter et de la laisser dans son lit, et elle ajouta, pour s'excuser, que cenègre l'avait menacée de la tuer, et qu'elle avait été contrainte de le satisfaire. Voyez Lectures on muscular motion, by M. Parsons. London, 1745, p. 79.
Ce fait ne prouve-t-il pas aussi que la conceplion de deux ou de plusieurs jumeaux ne se fait pas toujours dans le même temps? et ne parait-il pas favoriser beaucoup mon opinion sur la pénétration de la liqueur séminale au travers du tissu de la matrice ?
La grossesse a encore un grand nombre de symptômes équivoques auxquels on prétend communément la reconnaître dansles premiers mois, savoir, une douleur légère dans la région de la matrice et dans les lombes, un en-
gourdissement dans tout le corps, et un assoupissement continuel, une mélancolie qui rend les femmes tristes et capricieuses, des douieurs de dents, le mal de tête, des vertiges qui offusquent la vue, le rétrécissement des prunelles, les yeux jaunes et injectés, les paupières affaissées, la pâleur et les taches du visage, le goût dépravé, le dégoût, les vomissements, les crachements, les symptômes hystériques, les fieurs blanches, la cessation de l'écoulement périodique ou son changementen hémorragie, la sécrétion du lait dans les mamelles, etc.
Nous pourrions encore rapporter plusieurs autres symptômes qui ont été indiqués comme des signes de la grossesse, mais qui ne sont souvent que les effets de quelques maladies.
Mais laissons aux médecins cet examen à faire, nous nous écarterions trop de notre sujet si nous voulions considérer chacune de ces choses en particulier; pourrions-nous même le faire d'une manière avantageuse, puisqu'il n'y en a pas une qui nedemandât une longue suite d'observations bien faites ? il en est ici commed'une infinité d'autres sujets de physiologie et d'économie animale; à l'exception d'un petit nombre d'hommes rares ‘ qui ont répandu de la lumière sur quelques points particuliers de ces sciences, la plupart des auteursquien ont écrit, lesont traitées d'une maniere si vague, et les ontexpliquées par des rapports si éloignés et par des hypothèses si fausses, qu'il aurait mieux valu n’en rien dire du tout; il n'y a aucune matière sur laquelle on ait plus raisonné, sur laquelle on ait rassemblé plus de faits et d'observations, mais ces raisonnements, ces faits et ces observations sont ordinairement si mal digérés, et entassés avec si peu de connaissance, qu'il n’est pas surprenant qu'on n’en puisse tirer aucune lumière, aucune utilité.
ADDITION