DU SENS DE L'OUIE
Comme le sens de l'ouie a de commun avec celui de la vue de nous donner la sensation des choses éloignées, il est sujet à des erreurs semblables , et il doit nous tromper toutes les fois que nous ne pouvons pas rectifier par le toucher les idées qu'il produit. De la même facon que le sens de la vue ne nous donne aucune idée de la distance des objets, le sens de l'ouie ne nous donne aucune idée de la distance des corps qui produisent le son; un grand bruit fort éloigné et un petit bruit fort voisin produisent la même sensation; et à moins qu'on n'ait déterminé la distance par les autres sens, on ne sait point si ce qu'on à entendu est en effet un grand ou un petit bruit.
Toutes les fois qu'on entend un son inconnu on ne peut donc pas juger par ce son de la distance non plus que de la quantité d'action du corps qui le produit; mais dès que nous pouvons rapporter ce son à une unité connue, c’est-à-dire dès que nous pouvons savoir que ce bruit est de telle ou telle espèce, nous pouvons
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juger alors à peu près non-seulement de la distance, mais encore de la quantité d'action: par exemple, si l'on entend un coup de canon ou le son d’une cloche, comme ces effets sont des bruits qu'on peut comparer avec des bruits de même espèce qu'on a autrefois entendus, on pourra juger grossièrement de la distance à laquelle on se trouve du canon ou de la cloche, et aussi de leur grosseur, c’est-à-dire de la quantité d'action.
Tout corps qui en choque un autre produit un son; mais ce son est simple dans les corps qui ne sont pas élastiques, au lieu qu'il se multiplie dans ceux qui ont du ressort. Lorsqu'on frappe une cloche ou un timbre de pendule, un seul coup produit d'abord un son qui se répète ensuite par les ondulations du corps sonore, et se multiplie réellement autant de fois qu'il y a d'oscillations ou de vibrations dans le corps sonore. Nous devrions done juger ces sons, non pas comme simples , mais comme composés, si par l'habitude nous n'avions pas appris à juger qu'un coup ne produit qu'un son. Je dois rapporter ici une chose qui m’arriva il ya trois ans: j'étais dans mon lit à demi endormi; ma pendule sonna etje comptai cinq heures, c’est-à-dire j'entendis distinetement cinq coups de marteau sur le timbre: je me levai sur-le-champ, et ayant approché Ja lumière, Je vis qu'il n'était qu'une heure, et la pendule n'avait en effet sonné qu'une heure, car la sonnerie n'était point dérangée : je conclus après un moment de réflexion que , si l'on ne savait pas par expérience qu'un coup ne doit produire qu'un son, chaque vibration du timbre serait entendue comme un différent son, et comme si plusieurs coups se succédaient réellement sur le corps sonore. Dans le moment que j'entendis sonner ma pendule, j'étais dans le cas où serait quelqu'un qui entendrait pour la première fois, et qui, n'ayant aucune idée de la manière dont se produit le son, jugerait de la succession des différents sons sans préjugé, aussi bien que sans règle, et par la seule impression qu'ils font sur l'organe; et dans ce cas il entendrait en effet autant de sons distincts qu'il y a de vibrations successives dans le corps sonore.
C'est la succession de tous ces petits coups répétés, ou, ce qui revient au même, c’est le nombre des vibrations du corps élastique qui fait le ton du son. Il n'y a point de ton dans un son simple; un coup de fusil, un coup de
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fouet, un coup de canon, produisent des sons différents qui cependant n'ont aueun ton. Il en est de mème de tous les autres sons qui ne durent qu'un instant. Le ton consiste donc dans la continuité du même son pendant un certain temps; cette continuité de son peut être opérée de deux manières différentes : la première et la plus ordinaire est la succession des vibrations dans les corps élastiques et sonores ; et la seconde pourrait être la répétition prompte et nombreuse du mème coup sur les corps qui sont incapables de vibrations: car un corps à ressort, qu'un seul coup ébranle et met en vibration, agit à l'extérieur et sur notre oreie comme s’il était en effet frappé par autant de petits coups égaux qu'il fait de vibrations; chacune de ces vibrations équivaut à un coup, et c'est ce qui fait la continuité de ce son et ce qui lui donne un ton; mais si l'on veut trouver cette même continuité de son dans un corps non élastique et incapable de former des vibrations, il faudra le frapper de plusieurs coups égaux , successifs et très-prompts, c'est le seul moyen de donner un ton au son que produit ce corps, et la répétition de ces coups égaux pourra faire dans ce cas ce que fait dans l’autre la succession des vibrations.
En considérant sous ce point de vue la production du son et des différents tons qui le modifient, nous reconnaitrons que puisqu'il ne faut que la répétition de plusieurs coups égaux sur un corps incapable de vibrations pour produire un ton, si l'on augmente le nombre de ces coups égaux dans le même temps, cela ne fera que rendre le ton plus égal et plus sensible, sans rien changer ni au son, ni à la nature du ton que ces coups produiront; mais qu'au contraire si on augmente la force des coups égaux, le son deviendra plus fort, et le ton pourra changer : par exemple, si la force des coups est double de la première, elle produira un effet double, c'est-à-dire un son une fois plus fort que le premier, dont le ton sera à l'octave; il sera une fois plus grave, parce qu'il appartient à un son qui est une fois plus fort, et qu'il n'est que l'effet continué d'une force double: si la force, au lieu d’être double de la première , est plus grande dans un autre rapport, elle produira des sons plus forts dans le même rapport, qui par conséquent auront chacun des tons proportionnels à cette quantitéde force du son, ou, ce quirevientau même,
L'HOMME
de la force des coups qui le produisent, et non pas de la fréquence plus où moins grande de ces coups égaux.
Ne doit-on pas considérer les corps élastiques qu'un seul coup met en vibration comme des corps dont la figure ou la longueur détermine précisément la force de ce coup, et la borne à ne produire que tel son qui ne peut être ni plus fort ni plus faible ? Qu'on frappe sur une cloche un coup une fois moins fort qu'un autre coup, on n’entendra pas d'aussi loin le son de cette cloche, mais on entendra toujours le même ton. IL en est de même d'une corde d'instrument ; la même longueur donnera toujours le même ton.
Dès lors ne doit-on pas croire que dans l’explication qu'on a donnée de la production des différents tons par le plus ou le moins de fréquence des vibrations, on a pris l'effet pour la cause ? Car les vibrations dans les corps sonores ne pouvant faire que ce que font les coups égaux répétés sur des corps incapables de vibrations, la plus grande ou la moindre fréquence de ces vibrations ne doit pas plus faire à l'égard des tons qui en résultent que la répétition plus ou moins prompte des coups successifs doit faire au ton des corps non sonores : or cette répétition plus ou moins prompfg n'y change rien; la fréquence des vibrations ne doit donc rien changer non plus, et le ton, qui dans le premier cas dépend de la force du coup, dépend dans le second de la masse du corps sonore; s’il est une fois plus gros dans la même longueur ou une fois plus long dans la même grosseur, le ton sera une fois plus grave, comme il l'est lorsque le coup est donné avec une fois plus de force sur un corps incapable de vibrations.
Si done l'on frappe un corps incapable de vibrations avec une masse double, il produira un son qui sera double, c'est-à-dire à l’octave en bas du premier : car c’est la même chose que si l'on frappait le même corps avec deux masses égales , au lieu de ne le frapper qu'avec une seule; ce qui ne peut manquer de donner au son une fois plus d'intensité. Supposons done qu'on frappe deux corps incapables de vibrations, l'un avec une seule masse, et l’autre avec deux masses, chacune égale à la première, le premier de ces corps produira un son dont l'intensité ne sera que la moitié de celle du son que produira le second; mais si l'on frappe l'un de ces corps avec deux masses et l’autre
avec trois, alors ce premier corps produira un son dont l'intensité sera moindre d'un tiers que celle du son que produira le second corps ; et de mème si l'on frappe l'un de ces corps avec trois masses égales, et l’autre avec quatre, le premier produira un son dont l'intensité sera moindre d'un quart que celle du son produit par le second : or, de toutes les comparaisons possibles de nombre à nombre, celles que nous faisons le plus facilement sont celles d’un à deux, d'un à trois, d'un à quatre, ete.; et, de tous les rapports compris entre le simple et le double, ceux que nous apercevons le plus aisément sont ceux de deux contre un, de trois contre deux, de quatre contre trois, ete. Ainsi nous ne pouvons pas manquer, en jugeant les sons, de trouver que l'octave est le son qui convient ou qui s'accorde le mieux avec le premier, et qu'ensuite ce qui s'accorde le mieux est la quinte et la quarte, parce que ces tons sont en effet dans cette proportion; car supposons que les parties osseuses de l’intérieur des oreilles soient des corps durs et incapablesde vibrations, qui reçoivent les coups frappés par ces masses égales, nous rapporterons beaucoup mieux à une certaine unité de son produit par une de ces masses les autfes sons qui seront produits par des masses dont les rapportsseront à la première masse comme 1 à deux, ou 2 à 3, ou 3 à 4, parce que ce sont en effet les rapports que l'âme aperçoit le plus aisément. En considérant donc le son comme sensation, on peut donner
la raison du plaisir que font les sons harmoni- |
ques : il consiste dans la proportion du son fondamental aux autres sons: si ces autres sons mesurent exactement et par grandes parties le son fondamental, ils seront toujours harmoniques et agréables; si au contraire ils sont incommensurables ou seulement commensurables par petites parties, ils seront discordants et désagréables.
On pourrait me dire qu'on ne conçoit pas trop comment une proportion peut causer du plaisir, etqu'on ne voit pas pourquoitelrapport, parce qu'il est exact, est plus agréable que tel autre quinepeut passe mesurer exactement. Je répondrai cependantquec'estdans cette justesse de proportion que consiste la cause du plaisir, puisque toutes les fois que nos sens sont ébranlés de cette façon , il en résulte un sentiment agréable, et qu'au contraire ils sont toujours aifectés désagréablement par la disproportion.
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On peut se souvenir de ce que nous avons dit au sujet de l’aveugle-né auquel M. Cheseiden donna la vue en lui abattant la cataracte : les objets qui lui étaient les plus agréables lorsqu'il commençait à voir étaient les formes régulières et unies; les corps pointus et irréguliers étaient pour lui des objets désagréables. Il n’est donc pas douteux que l’idée de la beauté et le sentiment du plaisir qui nous arrive par les yeux, ne naisse de la proportion et de la régularité. Il en est de même du toucher : les formes égales, rondes et uniformes nous font plus de plaisir à toucher que les angles , les pointes et les inégalités des corps raboteux, Le plaisir du toucher a done pour cause, aussi bien que celui de la vue, la proportion des corps et des objets; pourquoi le plaisir de l'oreille ne viendrait-il pas de la proportion des sons ?
Le son a, comme la lumière, non-seulement la propriété de se propager au loin , mais encore celle de se réfléchir. Les lois de celte réflexion du son ne sont pas à la vérité aussi bien connues que celles de la réflexion de la lumière; on est seulement assuré qu'il se réfléchit à la rencontre des corps durs; une montagne, un bâtiment, une muraille réfléchissent le son, quelquefois si parfaitement
| qu'on croit qu'il vient réellement de ce côté
opposé , et lorsqu'il se trouve des concavités dans ces surfaces planes , ou lorsqu'elles sont elles-mêmes régulièrement concaves, elles forment un écho qui est une réflexion du son plus parfaite et plus distincte; les voûtes dans un bâtiment, les rochers dans une montagne, les arbres dans une forêt, forment presque toujours des échos: les votes, parce qu’elles ont une figure concaverégulière ; les rochers, parce qu'ils forment des voûtes et des cavernes, ou qu'ils sont disposés en forme concave et régulière, et les arbres parce que dans le grand nombre de pieds d'arbres qui forment la forêt, il y en a presque toujours un certain nombre qui sont disposés etplantés les uns à l'égard des autres de manière qu'ils forment une espèce de figure concave.
La cavité intérieure de l'oreille paraît être un écho où le son se réfléchit avec la plus grande précision : cette cavité est creusée dans la partie pierreuse de l'os temporal , comme une concavité dans un rocher; le son se répète et s'articule dans cette cavité, et ébranle ensuite
DE L'HOMME. 255
la partie solide de la lame du limaçon; cet ébranlement se communique à la partie membraneuse de cette lame; cette partie membraneuse est une expansion du nerf auditif qui transmet à l'âme ces différents ébranlements dans l'ordre où elle les reçoit. Comme les parties osseuses sont solides et insensibles, elles ne peuvent servir qu'à recevoir et réfléchir le son; les nerfs seuls sont capables d'en produire la sensation. Or, dansl'organedel'ouie, la seule partie qui soit nerf est cette portion de la lame spirale; tout le reste est solide, et c'est par cette raison que je fais consister dans cette partie l'organe immédiat du son; on peut même le prouver par les réflexions suivantes.
L'oreille extérieure n'est qu'un accessoire à l'oreille intérieure ; sa concavité , ses plis peuvent servir à augmenter la quantité du son, mais on entend encore fort bien sans oreilles extérieures : on le voit par les animaux auxquels on les a coupées. La membrane du tympan, qui est-ensuite la partie la plus extérieure de cet organe n'est pas plus essentielle que l'oreille extérieure à la sensation du son; il y a des personnes dans lesquelles cette membrane est détruite en tout ou en partie, qui ne laissent pas d'entendre fort distinctement : on voit des gens qui font passer de la bouche dans l'oreille, et font sortir au dehors de la fumée de tabac, des cordons de soie, des lames de plomb, ete., et qui cependant ont le sens de l'ouie tout aussi bon que les autres. Il en est encore à peu près de même des osselets de l'oreille; ils ne sont pas absolument nécessaires à l'exercice du sens de l'ouie; il est arrivé plus d'une fois que ces osselets se sont cariés et sont même sortis de l'oreille par morceaux après des suppurations, et ces personnes, qui n'avaient plus d'osselets, ne laissaient pas d'entendre; d'ailleurs on sait que ces osselets ne se trouvent pas dans les oi- Seaux, qui cependant ont l'ouie très-fine et trèsbonne. Les canaux semi-cireulaires paraissent être plus nécessaires : ce sont des espèces de tuyaux courbés dansl’os pierreux, qui semblent servir à diriger et conduire les parties sonores jusqu’à la partie membraneuse du limacon sur laquelle se fait l’action du son et la production de la sensation.
Une incommodité des plus communes dans la vieillesse est la surdité. Cela se peut expliquer fort naturellement par le plus de densité que doit prendre la partie membraneuse de la
lame du limacon: elle augmente en solidité à mesure qu'on avance en âge; dès qu’elle devient trop solide, on a l'oreille dure; et lorsqu'elle s'ossifie, on est entièrement sourd, parce qu'alors il n'y a plus aucune partie sensible dans l'organe qui puisse transmettre la sensation du son. La surdité qui provient de cette cause est incurable ; mais elle peut aussi quelquefois venir d'une cause plus extérieure; le canal auditif peut se trouver rempli et bouché par des matières épaisses, Dans ce cas il me semble qu'on pourrait guérir la surdité, soit en seringuant des liqueurs ou en introduisant même des instruments dans ce canal ; et il y a un moyen fort simple pour reconnaitre si Ja surdité est intérieure ou si elle n’est qu'extérieure, c'est-à-dire pour reconnaitre si la lame spirale est en effet insensible, ou bien si c’est la partie extérieure du canal auditif qui est bouchée : il ne faut pour cela que prendre une petite montre à répétition, la mettre dans la bouche du sourd et la faire sonner: s'il entend ce son, sa surdité sera certainement causée par un embarras extérieur auquel il est toujours possible de remédier en partie.
J'ai aussi remarqué sur plusieurs personnes qui avaient l'oreille et la voix fausse qu'elles entendaient mieux d'une oreille que d'uneautre. On peut se souvenir de ce que j'ai dit au sujet des yeux louches; la cause de ce défaut est l'inégalité de force ou de portée dans les yeux ; une personne louche ne voit pas d'aussi loin avec l'œil qui se détourne qu'avec l’autre : l'analogie m'a conduit à faire quelques épreuves sur des personnes qui ont la voix fausse, et jusqu'à présent j'ai trouvé qu'elles avaient en effet une oreille meilleure que l'autre; elles recoivent donc à la fois par les deux oreilles deux sensations inégales, ce qui doit produire une discordance dans le résultat total de la sensation, et c'est par cette raison qu'entendant toujours faux , elles chantent faux nécessairement, et sans pouvoir même s’en apercevoir. Ces personnes, dont les oreilles sont inégales en sensibilité, se trompent souvent sur le cûté d’où vient le son : si leur bonne oreille est à droite, le son leur paraitra venir beaucoup plus souvent du côté droit que du côté gauche. Au reste, je re parle ici que des personnes nées avec ce défaut: ce n'est que dans ce cas que l'inégalité de sensibilité des deux oreilles leur rend l'oreille et la voix fausses; car ceux auxquels cette différence
n'arrive que par accident, et qui viennent avec l'âge à avoir une des oreilles plus dure que l'autre, n'auront pas pour cela l'oreille et la voix fausses, parce qu'ils avaient auparavant les oreilles également sensibles, qu'ils ont commencé par entendre et chanter juste, et que si dans la suite leurs oreilles deviennent inégalement sensibles et produisent une sensation de faux, ils la rectifient sur le champ par l'habitude où ils ont toujours été d'entendre juste et de juger en conséquence.
Les cornets ou entonnoirs servent à ceux qui ont l'oreille dure, comme Îles verres convexes servent à ceux dont les yeux commencent à baisser lorsqu'ils approchent de la vieillesse. Ceux-ci ont la rétine et la cornée plus dure et plus solide, et peut-être aussi les humeurs de l'œil plus épaisses et plus denses ; ceux-là ont la partie membraneuse de la lame spirale plus solide et plus dure; il leur faut done des instruments qui augmentent la quantité des parties lumineuses ou sonores qui doivent frapper ces organes; les verres convexes et les cornets produisent cet effet. Tout le monde connait ces longs cornets avec lesquels on porte la voix à des distances assez grandes ; on pourrait aisément perfectionner cette machine et la rendre à l'égard de l'oreille ce qu'est la lunette d’approche à l'égard des yeux; mais il est vrai qu'on ne pourrait se servir de ce cornet d’approche que dans des lieux solitaires où toute la nature serait dans le silence ; car les bruits voisins se confondent avec les sons éloignés, beaucoup plus que la lumière des objets qui sont dans le même cas. Cela vient de ce que la propagation de la lumière se fait toujours en ligne droite, et que quand il se trouve un obstacle intermédiaire elle est presque totalement interceptée; au lieu que le son se propage à la vérité en ligne droite; mais quand il rencontre un obstacle intermédiaire , il cireule autour de cet obstacle et ne laisse pas d'arriver ainsi obliquement à l'oreille presque en aussi grande quantité que s’il n’eût pas changé de direction.
L'ouie est bien plus nécessaire à l'homme qu'aux animaux ; ce sens n'est dans ceux-ci qu'une propriété passive capable seulement de leur transmettre les impressions étrangères.
Dans l'homme c’est non-seulement une propriété passive, mais une faculté qui devient active par j'organe de la parole. C’est en effet par ce sens que nous vivons en société , que nous rece-
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vons la pensée des autres , et que nous pouvons leur communiquer la nôtre. Les organes de la voix seraient des instrumentsinutiles, s'ils n'étaient mis en mouvement par ce sens. Un sourd de naissance est nécessairement muet; il ne doit avoir aucune connaissance des choses abstraites etgénérales. Je dois rapporter ici l'histoire abrégée d'un sourd de cette espèce, qui entendit tout à coup pour la première fois à l’âge de vingt-quatre ans, telle qu'on la trouve dans le volume de l'Académie, année 1703, page 18.
« M. Félibien, de l'Académie des Inserip- « tions , fit savoir à l'Académie des sciences un « événement singulier, peut-être inouï, qui ve- « nait d'arriver à Chartres. Un jeune homme « de vingt-trois à vingt-quatre ans, fils d’un « artisan, sourd et muet de naissance, Com- « mença tout d'un coup à parler, au grand éton- « nement de toute la ville. On sut de lui que « quelque trois ou quatre mois auparavant il « avait entendu ie son des cloches et avait été « extrêmement surpris de cette sensation nou- « velle et inconnue; ensuite il Jui était sorti « une espèce d’eau de l'oreille gauche, et il « avait entendu parfaitement des deux oreilles; « il fut ces trois ou quatre mois à écouter sans « rien dire, s'accoutumant à répéter tout bas « les paroles qu'il entendait, et s’affermissant « dans la prononciation et dans les idées atta- « chées aux mots; enfin il se crut en état de « rompre le silence, et il déclara qu'il parlait, « quoique ce ne füt encore qu'imparfaitement. « Aussitôt des théologiens habiles l'interroge- «rent sur son état passé, et leurs principales « questions roulèrent sur Dieu, sur l’âme, sur « la bonté ou la malice morale des actions; il « ne parut pas avoir poussé ses pensées jusque- « là. Quoiqu'il fût né de parents catholiques , « qu'il assistât à la messe, qu'il fût instruit à « faire le signe de la croix et à se mettre à ge- « noux dans la contenance d'un homme qui prie, «il n'avait jamais joint à tout cela aucune in- « tention, ni compris celle que les autres y joi- « gnaient; il ne savait pas bien distinetement « ce que c'était que la mort, etiln’y pensait ja- « mais ; il menait une vie purement animale, « tout occupé des objets sensibles et présents, «et du peu d'idées qu'il recevait par les yeux ; «il ne tirait pas même de la comparaison de « ces idées tout ce qu'il semble qu'il en aurait « putirer. Ce n’est pas qu'il n’eût naturellement « de l'esprit, mais l'esprit d'un homme privé
“ du commerce des autres est si peu exercé et « si peu cultivé, qu'il ne pense qu'autant qu'il « y est indispensablement forcé par les objets « extérieurs. Le plus grand fonds des idées des « hommes est dans leur commerce récipro- « que. » Ê
Il serait cependant très-possible de communiquer aux sourds ces idées qui leur manquent, et même de leur donner des notions exactes et précises des choses abstraites et générales, par des signes et par l'écriture. Un sourd de naissance pourrait avec le temps et des secours as-
. sidus lire et comprendre tout ce qui serait écrit,
et par conséquent écrire lui-même et se faire
entendre sur les choses même les plus compli- |
quées. Il y en a, dit-on, dont on a suivi l'édu-
cation avec assez de soin pour les amener à un :
point plus difficile encore , qui est de comprendre le sens des paroles par le mouvement des lèvres de ceux qui les prononcent; rien ne prouverait mieux combien les sens se ressemblent au fond , et jusqu'à quel point ils peuvent se suppléer. Cependant il me parait que comme la
plus grande partie des sons se forment et s’ar- |
tieulent au-dedans de la bouche par des mouvements de la langue qu'on n'apercoit pas dans un homme qui parle à la manière ordinaire , un sourd et muet ne pourrait connaitre de cette facon que le petit nombre des syllabes qui sont en effet articulées par le mouvement des lèvres. , :
Nous pouvons citer à ce sujet un fait tout nouveau, duquel nous venons d'être témoins.
M. Rodrigue Pereire, Portugais, ayant cherché les moyens les plus faciles pour faire parler les sourds et muets de naissance, s'est exercé assez longtemps dens cet art singulier pour le porter à un grand point de perfection ; il m'amena il y a environ quinze jours son élève, M. d'Azy d'Étavigny : ce jeune homme, sourd et muet de naissance, est âgé d’environ dixneuf ans. M. Pereire entreprit de lui apprendre à parler, à lire, ete., au moisde juillet 1746; au bout de, quatre mois il prononçait déjà des syllabes et des mots, et après dix mois il avait l'intelligence d'environ treize cents mots, et il les prononcait tous assez distinctement. Cette éducation si heureusement commencée fut interrompue pendant neuf mois par l'absence du maitre , et il ne reprit son élève qu'au mois de février 1748 : ille retrouva bien moins instruit qu’il ne l'avait laissé, sa prononciation
mt,
était devenue très-vicieuse, et. la plupart des mots qu'it avait appris étaient déjà sortis de sa tmémoire, parce qu'il ne s'en était pas servi pendant un assez long temps pour qu'ils eussent fait des impressions durables et permanentes. M Pereire commenca donc à l'instruire, pour ainsi dire, de nouveau au mois de février 1748; et depuis ce temps-là ilne l’a pas quitté jusqu'à ce jour (au mois de juin 1749). Nous avons vu ce jeune sourd et muet à l'une de nos assemblées de l'Académie : on lui a fait plusieurs questions par écrit; il y a très-bien répondu, tant par l'écriture que par la parole. Il a à la vérité la prononciation lente et le son de la voix rude; mäis cela ne peut guère être autrement, puisque ce n’est que par limitation que nous amenons peu à peu nos organes à former des sons précis, doux et bien articulés; et comme ce jeune sourd et muet n’a pas même l'idée d’un son, etqu'il n’a par conséquent jamais tiré aucun secours de limitation, sa voix ne peut manquer d’avoir une certaine rudesse que l’art de son maître pourra bien corriger peu à peu jusqu'à un certain point. Le peu de temps que le maître a employé à cette éducation, et les progrès de l'élève qui à la vérité parait avoir de la vivacité et de l'esprit, sont plus que suffisants pour démontrer qu'on peutavecdel’art amener tous les sourds et muets de naissance au pointde commercer ayec les autres hommes; car je suis persuadé que si l’on eût commencé à instruire ce jeune sourd dès l’âge de sept ou huit ans, il serait actuellement au même point où sont les sourds qui ont autrefois parlé, et qu'il aurait un aussi grand nombre d'idées que les autres hommes en ont communément.
ADDITION
A l'article du sens de l'ouie.
J'ai dit, dans cet article, qu'en considérant le son comme sensation , on peut donner la raison du plaisir que font les sons harmoniques, et qu'ils consistent dans la proportion du son fondamental aux autres sons. Maïs je ne crois pas que la nature ait déterminé cette proportion dans le rapport que M. Rameau établit pour principe : ce grand musicien , dans son Trailé del’ Harmonie , déduit ingénieusement son système d’une hypothèse qu'il appelle le principe
fondamental de la musique; cette hypothèse
est que le son n’est pas simple , mais composé, en sorte que l'impression qui résulte dans notre oreille d’un son quelconque n'est jamais une impression simple qui nous fait entendre ce,seul son , mais une impression composée qui nous fait entendre plusieurs sons ; que c'est là ce qui fait la différence du son et du bruit ; que le bruit ne produit dans l'oreille qu'une impression simple ; au lieu que le son produit toujours une impression composée. Z'oule cause, dit l’auteur, qui produit sur mon oreille une impression unique el simple, me fait entendre du bruit; toute cause qui produit sur mon oreille une impression composée de plusieurs autres, me fait entendre du son, Et de quoi est composée cette impression d’un seul son, de ut, par exemple? elle est composée : 1° du son même de ut que l’auteur appelle le son fondamental; 2° de deux autres sons très-aigus, dont l'un estla douzième au-dessus du son fondamental, c’est-à-dire l'octave desa quinte en montant; et l’autre la dix-septième majeure au-dessus de ce même son fondamental, c'est-àdire la double octave de sa tierce majeure en montant. Cela étant une fois admis, M. Rameau en déduit tout le système de la: musique, et il explique la formation de l'échelle diatonique, les règles du mode majeur, l’origine du mode mineur, les différents genres de musique qui sont le ie le chromatique etl'enharmonique : ramenant tout à ce système, il donne des règles plus fixes et moins arbitraires que toutes celles qu'on a données jusqu’à présentipour la composition.
C’est en cela que consiste la principale utilité du travail de M. Rameau. Qu'il existe en effet dans un son trois sons, savoir, le son fondamental, la douzième et la dix-septième, ou que l auteur les ysuppose, celarevient au même pour la plupart des conséquences qu'on en peut nirer ; et je ne serais pas éloigné de croire que M. Rameau, au lieu d’avoir trouvé ce principe dans la nature, l'a tiré des combinaisons de la pratique de son art : il a vu qu'avec cette supposition il pouvait tout expliquer , dès-lors il l’a adoptée, et a cherché à la trouver dans la nature. Mais y existe-t-elle? Toutes les fois qu'on entend un son , est-il bien vrai qu'on entend trois sons différents? Personne avant M. Rameau ne s’en était apercu ; c'est done un phénomène qui tout au plus n’existe dans la nature que pour des oreilles musiciennes; l'auteur
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semble en convenir lorsqu'il dit que ceux qui sont insensibles au plaisir de la musique n'entendent sans doute que le son fondamental, et que ceux qui ont l'oreille assez heureuse pour entendre en même temps le son fondamental et les sons concomitants sont nécessairement très-sensibles aux charmes de l'harmonie. Ceci est une seconde supposition, qui, bien loin de confirmer la première hypothèse, ne peut qu’en fairedouter. La condition essentielle d'un phénomène physique et réellement existant dans la nature est d’être général et généralement aperçu de tous les hommes : mais iei on
avoue qu'il n'y a qu'un petit nombre de per-
sonnes qui soient capables de le reconnaître ; l'auteur dit qu’il est le premier qui s'en soit aperçu, que les musiciens même ne s’en étaient pas doutés. Ce phénomène n’est donc pasigénéral ni réel; il n'existe que pour M. Rameau et pour quelques oreilles également musi
ciennes.
Les expériences par lesquelles l’auteur a voulu se démontrer à lui-même qu'un son est accompagné de deux autres sons, dont l'un est la douzième et l’autre la dix-septième au-dessus de ce même son, ne me paraissent pas concluantes; car M. Rameau conviendra que, dans tous les sons aigus et même dans tous les sons ordinaires, il n'est pas possible d'entendre en même temps la douzième et la dix-septième en haut, et il est obligé d'avouer que ces sons concomitanis ne s'entendent que dans les sons graves, comme ceux d'une grosse cloche ou d’une longue corde. L'expérience, comme l’on voit, au lieu de donner ici un fait général, ne donne même pour les oreilles musiciennes qu'un effet particulier, et encore cet effet particulier sera différent de ce que prétend l’auteur; car un musicien qui n'aurait jamais entendu parler du système de M. Rameau pourrait bien ne point entendre la douzième et la dix-septième dans les sons graves ; et quand même on lepréviendrait que le son de cette grosse cloche qu'il entend n’est pas un son simple , mais composé de trois sons, il pourrait convenir quil entend en effet trois sons, mais il dirait que ces trois sons sont le son fondements, la tierce ct la quinte. |
Il aurait donc été plus facile an. Rameau de faire recevoir ces derniers rapports que ceux qu'il emploie , s'il cata ue ee ‘eft de sa nature <biposé de trois ad : le son
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fondamental , la tierce et :a quinte; cela eût été moins difficile à croire et plus aisé à juger par l'oreille que ce qu'il affirme en nous disant que tout son est de sa nature composé du son fondamental , de la douzième et la dix-septième : mais comme dans cette première supposition il n'aurait pu expliquer la génération harmonique, il a préféré la seconde, qui s’ajuste mieux avecles règles de son art. Personne ne l'a en effet porté àun plus haut point de perfection, dans la théorie et dans la pratique, que cetillustre musicien , dont le talent supérieur a mérité les plus grands éloges.
La sensation de plaisir que produit l’harmonie semble appartenir à tous les êtres doués du
sens de l’ouie. Nous avons dit, dans l’histoire des quadrupèdes, que l'éléphant a le sens de l’ouie très-bon , qu'il se délecte au son des instruments et paraît aimer la musique; qu'il apprend aisément à marquer la mesure, à se remuer en cadence , et à joindre à propos quelques accents au bruit des tambours et au son des trompettes; et ces faits sont attestés par un grand nombre de témoignages.
J'ai vu aussi quelques chiens qui avaient un goût marqué pour la musique, et quiarrivaient de la basse-cour ou de la cuisine au concert, y restaient tout le temps qu'il durait , et s’en retournaiïent ensuite à leur demeure ordinaire. J'en ai vu d’autres prendre assez exactement l'unisson d’un son aigu qu'on leur faisait entendre de près en criant à leur oreille..Mais cette espèce d'instinct ou de faculté n'appartient qu'à quelques individus; la plus grande partie des chiens sont indifférents aux sons musicaux, quoique presque tous soient vivement agités par un grand bruit, comme celui des tambours , ou des voitures rapidement roulées.
Les chevaux, ânes, mulets, chameaux, bœufs et autres bêtes de somme, paraissent supporter plus volontiers la fatigue, et s'ennuyer moinsdans leurs longues marches, lorsqu'on les accompagne avec des instruments ; c'est par la même raison qu'on leur attache des clochettes ou sonnailles. L'on chante ou l’on siffle presque continuellement les bœufs pour les entretenir en mouvement dans leurs travaux les plus pénibles ; ils s’arrêtent et paraissent découragés dès que leurs conducteurs cessent de chanter ou de siffler : il y a même certaïnes chansons rustiques qui conviennent aux Ù vs par préférence à toutes autres, et ces
chansons renfermentordinairement les nomsdes quatre ou des six bœufs qui composent l'attelage; l'on a remarqué que chaque bœuf parait être excité par son nom prononcé dans la chanson. Les chevaux dressent les oreilles et paraissent se tenir fiers et fermes au son de la trompette, ete., comme les chiens de chasse s'animent aussi par le son du cor.
On prétend que les marsouins, les phoques et les dauphins approchent des vaisseaux , lorsque dans un temps calme on y fait une musique retentissante ; mais ce fait, dont je doute, n'est rapporté par aucun auteur grave.
Plasieurs espèces d'oiseaux, tels que les serins , linottes, chardonnerets, bouvreuils, tarins, sont très-susceptibles des impressions musicales , puisqu'ils apprennent et retiennent des airs assez longs. Presque tous les autres oiseaux sont aussi modifiés par les sons; les perroquets, les geais, les pies , les sansonnets, les merles, ete., apprennent à imiter lesiffletet même la parole ; ils imitent aussi la voix et les cris des, chiens, des chats et des autres ani-
En; énéral, les oiseaux des pays habités et DT ment policés, ont la voix plus douce ou le cri moins aigre que dans les climats déserts, et chez les nations sauvages. Les oiseaux del Amérique, comparés à ceux de l'Europe et de l'Asie, en offrent un exemple frappant : on peut avancer avec vérité que dans le nouveau continent il ne s’est trouvé que des oiseaux criards, et qu'à l'exception de trois ou quatre espèces, telles que celles de lorganiste, du scarlate et du merle-moqueur, presque tous les autres oiseaux de cette vaste région , avaient et ont encore la voix choquante pour notre oreille.
On sait que la plupart des oiseaux chantent d'autant plus fort qu’ils entendent plus de bruit ou de son dans le lieu qui les renferme. On connaît les assauts du rossignol contre la voix humaine, et il y a mille exemples particuliers de l'instinct musical des oiseaux, dont on n’a pas pris la peine de recueillir les détails.
11 y a même quelques insectes qui paraissent être sensibles aux impressions de la musique : le fait desaraignées qui descendent de leur toile et se tiennent suspendues tant que le son des instruments continue , et qui remontent ensuite à leur place, m'a été attesté par un assezgrand nombre de témoins oculaires, pour qu'on ne puisse guère le révoquer en doute.
260 HISTOIRE NATURELLE
Tout le monde sait que c’est en frappant sur des cliandrons qu'on rappelle les essaims fugitifs des abeilles, et que l'on fait cesser par un grand bruit la strideur incommode des grillons.
De la voix des animaux.
Je puis me tromper, mais il m'a paru que le mécanisme par lequel les animaux font entendre leur voix est différent de celui de la voix de l'homme; c’est par l'expiration que l'homme forme sa voix; les animaux au contraire semblent la former par l'inspiration. Les coqs, quand ils chantent, s'étendent autant qu'ils peuvent; leur cou s’allonge, leur poitrine s'élargit, le ventre se rapproche des reins, et le croupion s'abaisse : tout cela ne convient qu'à une forte inspiration. Un agneau nouvellement né, appelant sa mère, offre une attitude toute semblable; il en est de même d’un veau dans les premiers jours de sa vie : lorsqu'ils veulent former leur voix, le cou s’allonge et s'abaisse, de sorte que la trachée-ar tère est ramenée presque au niveau de la poitrine; celle-ci s "élargit. l'abdomen se relève beaucoup, apparemment parce que les intestins restent presque vides; les genoux se plient, les cuisses s'écartent, l'équilibre se perd , et le petit animal chancelle en formant sa voix; tout cela parait être l'effet d'une forte inspiration. J'invite les physiciens et les anatomistes à vérifier ces observations, qui me paraissent dignes de leur attention.
Il parait certain que les loups et les chiens ne burlent que par inspiration; on peut s'en assurer aisément en faisant hurler un petit chien près du visage; on verra qu'il tire l'air dans sa poitrine au lieu de le pousser au dehors; mais lorsque le chien aboie, il ferme la gueule à chaque coup de voix, et le mécanisme de l'aboiement est différent de celui du hurlement.