DU DEGRÉ DE CHALEUR
QUE L'HOMME ET LES ANIMAUX PEUVENT SuPrQatEn.
Quelques physiciens se sontconvaineus quele .
corps de l’homme pouvait résister à un degré de chaud fort au-dessus de sa propre chaleur. M. Ellis est, je crois, le premier qui ait fait cette
observation en 1758. M. l'abbé Chappe d'Aute-
roche nous a informé qu'en Russie l’on"chauffe les bains à soixante degrés du thermomètre de Réaumur.
Et en dernier lieu le docteur Fordice à construit plusieurs chambres de plain-pied ; qu'il a échauffées par des tuyaux de chaleur pratiqués dans le planéhers en y versant encore de l’eau bouillante. Il n’y avait point de cheminée dans ces chambres ni aucun passage à Vair, excepté par les fentes de la porte. il
Dans la première chambre, la plus haute élévation du thermomètre était à cent vingt degrés, la plus basse à cent dix. (IL y avait dans cette chambre trois thermomètres placés dans différents endroits.) Dans la seconde chambre, la chaleur était de quatre-vingt-dix à quatre-Vifigtcinq degrés. Dans la troisième, la chaleur était modérée, tandis que l'air extérieur étaiba au-dessous du point de la congélation. Environ "trois heures après le déjeuner, le docteur Fordice , ayant quitté, dans la première chambre, tous ses vêtements, à l'exception de sa chemisé, et
DE L'HOMME
* ayant pour chaussure des sandales attachées avec des Il y demeura cinq minutes à quatre-vingt-dix degrés de chaleur, ct il commença à suer modérément. Il entra alors dans la première chambre
-etse tint dans la partie échauffée à cent dix de- .grés. Au bout d'une demi-minute sa chemise de- - vintsi humide qu'il fut obligé de la quitter. Aussitôt l'eau coula comme un ruisseau sur tout son corps. Ayant encore demeuré dix minutes dans cette partie de la chambre échauffée à cent dix degrés, il vint à la partie échauffée à cent vingt degrés, et après y avoir resté vingt minutes, il trouva que le thermomètre, sous sa langue et
- dans ses mains, était à exactementcent degrés,
et que son urine était au même point. Son pouls S'éleva successivement jusqu'à donner cent quarante-cinq battements dans une minute. La cir- .Culation extérieure s'accrut grandement. Les veines devinrent grosses, et une rougeur enflammée se répandit sur tout son corps; sa respiratiowcependant ne fut que peu affectée.
Ici, dit M. Blagden, le docteur Fordice remarque que la condensation de la vapeur sur son corps, dans la première chambre, était frès-probablement la principale cause de l'humidité de Sa peau. Il revint enfin dans lasezonde chambre, où s'étant plongé dans l'eau échauffée à cent degrés; et s'étant bien fait essuyer, il se fit porter en"chaise chez lui. La circulation ne s'abaïssa entièrement qu'au bout de deux heures. Il sortit alors pour se promener au grand air, et il sentit à peine le froid de la saison !.
M. Tiliet, de l'Académie des Sciences de Paris, a voulu reconnaitre, par des expériences , les degrés de chaleur que l'homme et les animaux peuvent supporter; pour cela, il fit entrer dans un four une fille portant un thermomètre ; elle soutint pendant assez longtemps la chaleur intérieure du four jusqu'à cent douze degrés.
M. Marantin ayant répété cette expérience dans le même four, trouva que les sœurs de la fille qu'on vient de citer soutinrent, sans être incommodées , une chaleur de cent quinze à cent Vingt degrés pendant quatorze où quinze minutes ; et pendant dix minutes une chaleur de cent trente degrés; enfin , pendant cinq minutes, une chaleur de cent quarante degrés.
L'une de ces filles, qui aservi à cette opération
‘Journal anglais, mois d'octobre 1775, pages 49 et suiv.
J es entra dans la seconde chambre. |
de M. Marantin , soutenait la chaleur du four dans lequel cuisaient des pommes et de la viande de boucherie pendant l'expérience, Le thermomètre de M. Marantin était le même que celui dont s'était servi M. Tillet; il était à esprit-de-vin !.
On peut ajouter à ces expériences celles qui ont été faites par M. Boërhaave sur quelques oiseaux et animaux, dont le résultat semble prouver que l'homme est plus capable qué la plupart des animaux de supporter un très-grand degré de chaleur. Je dis que la plupart des animaux, parce que M. Boërhaave n'a fait ses expériences que sur des oiseaux et des animaux de notre climat, et qu'il y a grande apparence que les éléphants, les rhinocéros ct les autres animaux des climats méridionaux, pourraient Supporter un plus grand degré de chaleur que l'homme. C'est par cette raison que je ne r'apporte pas ici les expériences de M. Boérhaave, nicelles que M. Tillet a faites sur les poulets , les lapins , ete., quoique très-curieuses.
On trouve, dans les eaux thermales, des plantes et des insectes qui y naissent et croissent, et qui par conséquent supportent un trèsgranddegré de chaleur. LesChaudes-Aigues en Auvergne ont jusqu'à soixante-cinq degrés de chaleur aa thermomètre de Réaumur, et néanmoins il y a des plantes qui croissent dans ces eaux : dans celles de Plombières , dont la chaleur est de quarante-quatre degrés , on trouve au fond de l'eau une espèce de, {remella différente néanmoins de la éremella ordinaire , et qui parait avoir comme elle un certain degré de sensibilité ou de tremblement.
Dans l'ile de Lucon, à peu de distance de la ville de Manille, est un ruisseau considérable d'une eau dont la chaleur est de soixanteneuf degrés ; et dans cette eau si chaude il y a non-seulement des plantes, mais mème des poissons de trois à quatre pouces de longueur. M. Sonnerat, correspondant du Cabinet, m'a assuré qu'il avait vu , dans le lieu même, ces plantes et ces poissons, et il m'a écrit ensuite à ce sujet une lettre dont voici l'extrait :
« En passant dans un petit village situé à environ quinze lieues de Manille, capitale des Philippines , sur les bords du grand lac de l'ile de Lucon, je trouvai un ruisseau d'eau chaude, ou plutôt d'eau bouillante; car la liqueur u
‘ Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1764, pages 186 etsuiv,
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thermomètre de M. de Réaumur monta à soixante-neuf degrés Cependantlethermomètre ne fut plougé qu'à une lieue de la source : avec un pareil degré de chaleur, la plupart des hommes jugeront que toute production de la nature doit s'éteindre; votre système et ma note suivante prouveront lecontraire. Jetrouvai troisarbrisseaux très-vigoureux, dontles racines trempaient dans cette eau bouillante, et dont les têtes étaient environnées de sa vapeur, si considérable , que les hirondelles qui osaient traverser le ruisseau à la hauteur de sept à huit pieds , tombaient sans mouvement : l'un de ces trois arbriseaux était un agnus caslus, et les deux autresdes aspalalhus. Pendant mon séjour dans ce village , je n'ai bu d'autre eau que celle de ce ruisseau, que je faisais refroidir : je lui trouvai un petit goùt terreux et ferrugineux ; le gouvernement espagnol ayant cru apercevoir des propriétés dans cette eau , a fait construire différents bains, dont le degré de chaleur va en dégradation, selon qu'ils sont éloignés du ruisseau. Ma surprise fut extrême, lorsque je visitai le premier bain, de trouver des êtres vivants danscette eau, dont le degré de chaleur ne me permit pas d'y plonger les doigts. Je fis mes efforts pour retirer quelques-uns de ces poissons ; mais leur agilité et la maladresse des sauvages rustiques de ce canton m'empêchèrent de pouvoir en prendre un pour reconnaitre l'espèce. Je les examinai en nageant , mais les vapeurs de l'eau ne me permirent pas de les distinguer assez bien pour les rapprocher de quelque genre ; je les reconnus seulement pour des poissons à écailles de couleur bleuâtre ; les plus longs avaient environ quatre pouces...
Je laisse au Pline de notre siècle à expliquer cette singularité de la nature. Je n'aurais point osé avancer un fait qui parait si extraordinaire à bien des personnes , si je ne pouvais l'appuyer du certificat de M. Prévost , commissaire de la marine, qui a parcouru avec moi l'intérieur de l'ile de Luçon. »