‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 46 sur 186 · VARIÉTÉS DANS L'ESPÊCE HUMAINE · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DANS L'ESPÊCE HUMAINE

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici de la génération de l'homme, de sa formation , de son développement, de son état dans les diffé-

rents âges de sa vie, de ses sens et de la struc- ‘ure de son corps, telle qu'on la connait par les dissections anatomiques, ne faitencore que l'histoire de l'individu ; celle de l'espèce demandeun détail particulier, dont les faits principaux ne peuvent se tirer que des variétés qui se trouvent entre les hommes des différents climats. La première et la plus remarquable de ces variétés est celle de la couleur, la seconde est celle de la forme et de la grandeur, et Ja troisième est celle du naturel des différents peuples : chacun de ces objets, considéré dans toute son étendue, pourrait fournir un ample traité; mais nous nous bornerons à ce qu'il y a de plus général et de plus avéré.

En parcourant dans cette vue la surface de la terre, et en commencant par le nord», on trouve en Laponie etsur les côtes septentrionales de la Tartarie une race d'hommes de petite stature, d'une figure bizarre, dont la physionomie est aussi sauvage que les mœurs: Ces hommes, qui paraissent avoir dégénéré de l'espèce humaine, ne laissent pas que d'être assez nombreux et d'occuper de tres-vastes contrées: les Lapons danois, suédois, moscovites et indépendants, les Zembliens, les Borandiens, les Samoïèdes, les Tartares septentrionaux , et peut-être les Ostiaques dans l’ancien continent , les Groenlandais et les sauvages au nord des Esquimaux dans l’autre continent, semblent être tous de la même race, qui s'est étendue et multipliée le long des côtes des mers septentrionales dans des déserts et sous un climat inhabitable pour toutes les autres nations. Tous ces peuples ont le visage large et plat! le nez camus et écrasé, l'iris de l'œil jaune-brun et tirant sur le noir?, les paupières retirées vers les tempes”, les joues extrêmement élevées, la bouche très-grande, le bas du visage étroit, les lèvres grosses et relevées, la voix grêle, :a tête grosse, les cheveux noirs et lisses, {a peau basanée. Ils sont très-petits, trapus, quoique maigres; Ja plupart n'ont que quatre pieds de hauteur. et les plus grands n'en ont que quatre et demi. Cette race est, comme l'on voit, bien différente des autres; il semble que ce svit une espèce particulière dont tous les individus ne sont que des avor-

! Voyez le Voyage de Regnard, tome I de ses œuvres, page 169 Voyez aux i /{ Genio vagante del conte Aureglio'degli Anzi,in Parma, 4691 , et les voyages dn Nord faits par les Hollandais M: Voyez Linnæi Fauna Suecica, Stokholm, 1746, pag. !.

* Voyez la Martinière, page 39.

DE

tons ; car, s'il y a des différences parmi ces peuples, elles ne tombent que sur le plus ou le moins de difformité. Par exemple, les Borandiens sont encore plus petits que les Lapons: ils ont l'iris de l'œil de la même couleur, mais [l Le d'un jaune plus rougeûtre ; ils sont aussi plus basanés, et ils ont les jambes grosses, au lieu que les Lapons les ont menues. Les Samoiïèdes sont plus trapus que les Lapons: ils ont la tête plus grosse, le nez plus large et le teint plus obsewr, les jambes plus courtes, les genoux plus en dehors, les cheveux plus longs, et moins de barbe. Les Groenlandais ont encore la peau plus basanée qu'aucun des autres; ils sont couleur d'olive foncée ; on prétend même qu'il y en a parmi eux d'aussi noirs que les Éthiopiens. Chez tous ces peuples, les femmes sont aussi laides que les hommes, et leur ressemblent si fort qu'on ne les distingue pas d'abord. Celles de Groenland sont de fort petite taille, mais elles ont le corps bien proportionné ; elles ont aussi les cheveux plus noirs et la peau moins douce que les femmes samoïèdes ; leurs mamelles sont molles et si longues qu’elles donnent à téter à leurs enfants par-dessus l'épaule; le bout de ces mamelles est noir comme du charbon, et la peau de leur corps est couleur olivâtre très-foncée. Quelques voyageurs disent qu'elles n’ont de poil que sur la tête, et qu'elles ne sont pas sujettes à l'évacuation périodique qui est ordinaire à leur sexe: elles ont le visage large, les yeux petits, très-noirs et très-vifs, les pieds courts aussi bien que les mains, et elles ressemblent pour le reste aux femmes samoïèdes. Les sauvages qui sont au nord des Esquimaux, et même dans la partie septentrionale de l'ile de Terre-Neuve, ressemblent à ces Groenlandais : ils sont, comme eux, de trèspetite stature; leur visage est large et plat: ils ont le nez camus, mais les yeux plus gros que les Lapons'.

Non-seulement ces peuples se ressemblent par la laïdeur , la petitesse de la taille, la couleur des cheveux et des yeux , mais ils ont aussi tous à peu près les mêmes inclinations et les mêmes mœurs ; ils sont tous également grossiers, superstitieux , stupides. Les Lapons danois ont un gros chat noir, auquel ils disent tous leurs secrets et qu'ils consultent dans toutes leurs affaires , qui se réduisent à savoir s'il faut

: Voyez le Recneil des Voyages du Nord; 4716, tome lÿ page 130, et tome III, page€.

L'HOMMF.

aller ce jour-là à la chasse ou a la pèche. Chez les Lapons suédois il y a dans chaque famille un tambour pour consulter le diable; et, quoiqu'ils soient robustes et grands coureurs , ils sont si peureux qu'on n'a jamais pu les faire aller à la guerre. Gustave-Adolphe avait entrepris d'en faire un régiment, mais il ne put jamais en venir à bout ; il semble qu'ils ne peuvent vivre que dans leur pays et à leur façon. Ils se servent, pour courir sur la neige, de patins fort épais de bois de sapin, longs d'environ deux aunes, et larges d'un demi-pied; ces patins sont relevés en pointe sur le devant, et perces dans le milieu pour y passer un cuir qui tient le pied ferme et immobile; ils courent sur la neige avec tant de vitesse, qu'ils attrapent aisément les animaux les plus légers à la course ; ils portent un bâton ferré, pointu d'un bout et arrondi de l'autre : ce bâton leur sert à se mettre en mouvement, à se diriger, se soutenir, s'arrêter, et aussi à percer les animaux qu'ils poursuivent à la course; ils descendent avec ces patins les fonds les plus précipités, et montent les montagues les plus escarpés. Les patins dont se servent les Samoïèdes sont bien plus courts et n'ont que deux pieds de longueur. Chez les uns et les autres les femmes s'en servent comme les hommes; ils ont aussi tous l'usage de l'arc, de l’arbalète; et on prétend que les Lapons moscovites lancent un javelot avec tant de force et de dextérité, qu'ils sont sûrs de mettre à trente pas dans un blane dela largeur d'un écu, etqu'à cet éloignement ils perceraient un homme d’outre enoutre;ils vonttous à la chasse de l'hermine, du loup-cervier, du renard , de la martre, pour en avoir les peaux , et ils changent ces pelleteries contre del’eau-de-vie et du tabac qu'ils aiment beaucoup. Leur nourriture est du poisson sec, de la chair de renne ou d'ours ; leur pain n'est que de la farine d'os de poisson broyée et mêlée avec de l'écorce tendre de pin ou de bouleau ; la plupart ne font aucun usage du sel; leur boisson est de l'huile debaleineet del'eau, dans laquelle ils laissent in-

fuser des grains de genièvre. Ils n'ont, pour ainsi

dire, aucune idée de religion ni d'un être supréme, la plupart sontidolâtres, et tous sont trèssuperstitieux ; ils sont plus grossiers que sauvages , sans courage, sans respect pour soi-même, sans pudeur: ce peuple abject n'a de mœurs qu'assez pour être méprisé. [ls se baignent nus et tous ensemble, filles et garçons, mère et fils,

frères et sœurs, et ne craignent point qu'on les voie dans cet état; en sortant Ge ces bains extrèmement chauds, ils vont se jeter dans une rivière très-froide. Ils offrent aux étrangers leurs femmes et leurs filles, et tiennent à grand honneur qu'on veuille bien coucher avec elles ; cette coutume est également établie chez les Samoïèdes , les Borandiens, les Lapons et les Groenlandais: Les Laponnes sont habillées l'hiver de peaux de rennes, et l'été de peaux d'oiseaux qu'elles ont écorchés: l'usage du linge - leur est inconnu. Les Zembliennés! ont ie nez et les oreilles percées pour porter des pendants de pierre bleue ; elles se font aussi des raies bleues au front et au menton; leurs maris se coupent la barbe en rond, et ne portent point de cheveux. Les Groenlandaises s'habillent de peaux de chien de mer ; elles se peignent aussi le visage de bleu et de jaune, et portent des pendants d'oreilles. Tous vivent sous terre ou dans des cabanes presqueentièrement enterrées et couvertes d'écorces d'arbre où d'os de pois-

n : quelques-uns font des tranchées souterraines pour communiquer de cabane en cabane chez leurs voisins pendant l'hiver. Une nuit de plusieurs mois les oblige à conserver de la lumière dans ce séjour par des espèces de lampes qu'ils entretiennent avec la même huile de baleine qui leùr sert de boisson. L'été ils ne sont gwère plus à leur aise que l'hiver; car ils sont obligés de vivre continuellement dans une épaisse fumée; c’est le seul moyen qu'ils aient imaginé pour se garantir de la piqûre des moucherons, plus abondants peut-être dans ceclimat g'acé qu'ils ne le sont dans les pays les plus chauds. Avec cette manière de vivre si dure et si triste, ils ne sont presque jamais malades , et ils parviennent tous à une vieillesse extrême : les vieillards sont même si vigoureux qu'on a peine à les distinguer d'avec les jeunes ; la seule incommodité à laquelle ils soient sujets et qui est fort commune parmi eux est la cécité ; comme ils sont continuellement éblouis par l'éclat de la neige pendant l'hiver, l'automne et le printemps, et toujours aveuglés par la fumée pen-

dant l'été, la plupart perdent les yeux en avan-

cant en âge. ”

Les Samoïèdes, les Zembliens, les Borandiens , les Lapons, les Groenlandais et les sauvages du nord au-dessus des Esquimaux, sont done tous des hommes de même espèce, puisqu'ils se ressemblent par la forme, par la

IST OUR NATURELLE

taille, par la couleur , par les mœurs, et même par la bizarrerie des coutumes. Celle

d'offrir aux étrangers leurs femmes, et d'être

fort flattés qu'on veuille bien en faire usage ù peut venir de ce qu'ils connaissent leur p re difformité et la laideur de leurs femme ; ils.

trouvent apparemment moins laides celles q que

les étrangers n'ont pas dédaignées : ce qu'il 4 a de certain, c'est que cet usage est gén chez tous ces peuples, qui sont cependant. fat éloignés les uns des autres , et même st arés par une grande mer, et qu'on le retrouve chez les Tartares de Criniée , chez les Calmoucks, et plusieurs autres peuples de Sibérie et de Tartarie, qui sont presque aussi laids que ces peuples du nord; au lieu que dans toutes les nations voisines, comme à la Chine, en Perse !, où les femmes sont belles, ls homes sont jaloux à l'excès Le ‘ ” x En examinant tous les peuples. voisins de cétte longue bande de terre qu'oceupe Ja race lapone, on trouvera qu'ils n’ont aucun rapport avec cette race ; il n'y a que les Ostiaques et les Tonguses qui leur ressemblent ; ces peuples touchent aux Samoïèdes du côté du midi et du sudest. Les Samoïèdes et les Borandiens ne ressemblent point aux Russiens ; les Lapons ne ressemblent en aucune facon aux Finnois, aux Goths , aux Danois, aux Norvégiens ; les Groenlandais sont tout aussi différents des sauvages du Canada. Ces autres peuples sont grands et bien faits; et, quoiqu'ils soient assez différents entre eux, ils le sont infiniment plus des Lapons. Mais les Ostiaques semblent être des Samoïèdes un peu moins laids et moins raccoureis que les autres, car ils sont petits etmal faits?, ils vivent de poisson ou de viande crue, ils. mangent Ja : chair de toutes lesespèces d'animaux sans aucun apprêt; ils boivent plus volontiers du sang.que de l'eau; ils sont pour la plupartidolâtres et errants, comme les Lapons et les Samoïèdes ; enfin ils me paraissent faire la nuance. entre la race lapone et la race tartare; ou, pour mieux dire, les Lapons , les Samoïèdes, les Borandiens, les Zembliens, et peut-être les Groenlandais et les

{La Boullaye dit qu'après la mort des fémmés du Schah,

: l'on ne sait où elles sont enterrées, afin de lui ôter toutrsujet

de jalousie, de même que les anciens Égyptiens ne Youlaient point faire embaumer leurs femmes que quatre ou cinq jours après leur mort, dé crainte que les chirurgiéns n'éussent que lque tentation. Voyage de la Boullayespage 110:

2 Voyez le voyage d'Évertisbrand, page 212, 217, etc. et les nouveaux Mémoires sur l'état de la Russie, 4728 ; tome, page 270.

DE L'HOMAIE.

Pygmées du nord de l'Amérique, sont des Tartares dégénérés autant qu'il est possible ; les Ostiaques sont des Tartares qui ont moins dégénéré ; les Tonguses encore moins que les Os-

" æiaques, parce qu'ils sont moins petits et moins e mal faits, quoique tout aussi laids. Les Samoïè-

des et les Lapons sont environ sous le 68 ou 69° degré de latitude; mais les Ostiaques et les Fon-

habitent sous le 60° degré ; les Tartares, qui : ont au 55° degré le long du Volga; sont £ rs, stupides et brutaux ; ils ressemblent aux Fonguses, qui n'ont, comme eux, presque aucune idée de religion ; ils ne veulent pour femmes que des filles qui ont eu commerce avec d’autres hommes.

- La nation tartare , prise en général , occupe des pays immenses en Asie : elle est répandue dans toute l'étendue de terre qui est depuis la Russie jusqu'à Kamtschatka, c’est-à-dire dans un espace de onze ou douze cents lieues en lon-

- gueur sur plus de sept cent cinquante lieues de largeur; ce qui fait un terrain plus de vingt fois plus grand que celui de la France. Les Tartares bornent la Chine du côté du nord et de Vouest , les royaumes de Boutan , d'Ava, l'empire du Mogol et celui de Perse jusqu'à la mer Caspienne du côté du nord; ils se sont aussi répandus le long du Volga et de la côte occidentale de la mer Caspienne jusqu'au Daghestan ; ils ont pénétré jusqu'à la côte septentrial de la mer Noire, et ils se sont établis dans la Crimée et dans la petite Tartarie près dela Moldavie e de Ukraine. Tous ces peuples ont le haut du isage fort Jarge et ridé, même dans leur jeunesse, , le nez court et gros, les yeux petits et enfontés 1, les joues fort élevées, le bas du visage étroit, lementon long et avancé, la mâchoire supérieure enfoneée , les dents longues etséparées , les sourcils gros qui leur couvrent les yeux, les paupières épaisses, la face plate, le teint basané et olivâtre, les cheveux noirs ; ils sont de stature médiocre, mais trèsforts el très-robustes; ils u'ont que peu de barbe,

et " par pétits épis comme e Île des

nois;ils ont les cuisses is € rtes. Les, plus

n rroyable ; ils sont tous ‘errants et vagabonds , habitant te tentes oil, de feutre, de

Fr. sde "L

cf ur à les Voyages de Rubruqnis, de Marc Paul, de Jean. s

du P, Avril, ete,

peaux. Is mangent la chair de cheval, de chameau, ete., crue ou un peu mortifiée sous Ja selle de leurs chevaux; ils mangent aussi du poisson désséché au soleil. Leur boisson la plus ordinaire est du lait de jument fermenté avec de la farine de millet. Ils ont presque tous la tête rasée, à l'exception du toupet qu'ils laissent croitre assez pour en faire une tresse de chaque côté du visage. Les femmes, qui sont aussi laides que les hommes, portent leurs cheveux; elles les tressent, et y attachent de petites piaques de cuivre et d’autres ornements de cefte espèce. La plupart de ces peuples n'ont aucune religion, aucune retenue dans leurs mœurs, aueune décence; ils sont tous voleurs, et ceux du Daghestan, qui sont voisins des pays policés, font un grand commerce d'esclaves et d'hommes, qu'ils enlèvent par force pour les vendre ensuite aux Fures et aux Persans. Leurs prin-

cipales richesses consistent en chevaux : il y en

a peut-être plus en Tartarie qu’en aucun autre pays du monde. Ces peuples se font une habitude de vivre avec leurs chevaux ; ils s'en occupent continuellement; ils les dressent avec tant d'adresse et les exercent si souvent, qu'il semble que ces animaux n'aient qu'un mème esprit avec ceux qui les manient; car non-seulement ils obéissent parfaitement au moindre mouvement de la bride, mais ils sentent, pour ainsi dire, l'intention et la pensée de celui qui les monte.

Pour connaître les différences particulières qui se trouvent dans cette race tartare, il ne faut que comparer les descriptions que les voyageurs ont faites de chacun des différents peuples qui la composent. Les Calmoucks , qui habitent dans le voisinage de la mer Caspienne, entre les Moscovites et les grands Tartares, sont, selon Tavernier, des hommes robustes, mais les plus laids et les plus difformes quisoient sous le ciel; ils ont le visage si plat et si large, que d’un œil à l’autre il y a l’espace de cinq ou six doigts; leurs yeux sont extraordinairement petits, etle peu qu'ils ont de nez est si plat qu'on

n'y voit que deux trous au lieu de narines ; ils l'ont les genoux tournés en dehors et les pieds

en dedans. Les Tartares du Daghestan sont, après les Calmoucks, les plus laids de tous les Tartares. Les petits Tartares ou Tartares nogais, qui habitent pres de la mer Noire, sont beaucoup moins laids que les Calmoucks ; mais ils ont cependant le visage large, les yeux pe-

tits , et la forme du corps semblable à celle des Calmoucks: eton peut croire que cette race de petits l'artares a perdu une partie de sa laideur, parce qu'ils se sont mêlés avec les Circassiens, les Moldaves et les autres peuples dont ils sont voisins. Les Tartares vagolistes en Sibérie ont le visage-large comme les Calmoucks, le nez court et gros, les yeux petits ;

, quoique leur langage soit différent de celui des Calmoucks, ils ont tant de ressemblance qu'on doit les regarder comme étant de la même race. Les Tartares bratskisont, selon le P. Avril. de la même race que les Calmoucks. A mesure qu'on avance vers lorient dans la Tartarie indépendante, les traits des Tartares se radoucissent un peu; mais les caractères essentiels à leur race restent toujours; et enfin les Tartares mongoux qui ont conquis la Chine, et qui de tous ces peuples étaient les plus policés, sont encore aujourd'hui ceux qui sont les moins laids et les moins mal faits: ils ont cependant, comme tous les autres, les yeux petits, le visage large et plat, peu de barbe, mais toujours noire ou rousse !, le nez écrasé et court, le teint basané, mais moins olivâtre. Les peuples du Thibet et des autres provinces méridionales de la Tartarie sont, aussi bien que les Tartares voisins de la Chine, beaucoup moins laids que

armées russiennes , homme distingué par son mérite et par l'étendue de ses connaissances, a bien voulu me communiquer par écrit les re= marques qu'il a faites en voyageanten Tartarie.

Dans les années 1735, 1736 et 1737, parcouru l'Ukraine, les bords du Don, jusqu’à a mer de Zabache et les confins du Cuban jusqu'à Asof ; il a traversé les déserts qui sont entre le pays de Crimée et de Backmut;.il a vu les Calmoucks qui habitent, sans avoir de. demeure fixe, depuis le royaume de Casan jusqu'aux bords du Don ; il a aussi vu les Tartares de Crimée et de Nogai, qui errent dans les déserts qui sont entre la Crimée et l'Ukraine, et aussi les Tartares Kergissi et Tcheremissi, qui sont au nord d’Astracan, depuis le 50° jnsqu'au 60° degré de latitude. Il a observé que les Tartares de Crimée et de la province de Cuban jusqu'à Astracan, sont de taille médiocre; qu'ils ont les épaules larges, le flanc étroit, les membres nerveux, les yeux noirs ct le teint

! Voyez Palafox, page 444,

ila |

HISTOIRE NATURELLE

basané. Les Tartares Kergissi et Teheremissi sont plus petits et plus trapus; ils sont moins agiles et plus grossiers; ils ont aussi les yeux noirs, le teint basané, le visage encore plus large que les premiers. Il observe que parmi ces Tartares on trouve plusieurs hommes et femmes qui ne leur ressemblent point du tout, ou qui ne leur ressemblent qu'imparfaitement, et dont quelques-uns sont aussi blanes que les Polonais Comme il y a parmi ces uations-plusieurs esclaves, hommes et femmes, enlevés en Pologne et en Russie ; que leur religion leur permet la polygamie et la multiplicité des concubines ; et que leurs sultans où murzas, qui sont les nobles de ces nations, prennent leurs femmes en Circassie et en Géorgie, les enfants qui naissent de ces alliances sont moins Jaids'et plus blancs que les autres; il y a même parmi ces Tartares un peuple entier dont les hommes et les femmes sont d'une beauté singulière, ce sont les Kabardinski. M. Sanchez dit en avoir rencontré trois cents à cheval qui venaient au service de la Russie, et il assure qu'il n'a jamais vu de plus beaux hommes, et d'une figure plus

| noble et plus mâle; ilsont le visage beau, frais

et vermeil; les yeux grands, vifs et noirs; la taille hauteet bien prise. Ilditque le lieutenant-

| général de Serapikin , qui avait demeuré longles autres. M. Sanchez, premier médecin des |

temps en Kabarda , lui avaitassuré que les femmes étaient aussi belles que les hommes; ; mais cette nation, si différente des Tartares qui l’environnent, vient ordinairement de l'Ukraine, à ce que dit M. Sanchez, et a a été transportée. en Kabardail y a environ cent cinquante ans.

Ce sang tartare s'est. mêlé d'un côté avec les Chinois, etdel’'autre avecles Russes orientaux , et ce mélange n'a pas fait disparai aitre en entier les traits de cetterace; car ilya armi les Moscovites beaucoup de visa s tarta es; et quoiqu’en général cette nation soit du | même sang que les autres nations européennes, on y trouve cependant beaucoup d'indiv ividus qui ont la forme du corps carrée, les cuisses grosses € et les jam-

bes Fiaes les Tartares : mais | s Chinois n sont pas à beaucoup près aus$i diffé

rents des Tart res que le sont les Moscoyites , et il n'est pas même sûr qu'ils soient d'une aütre race; la seule chose qui pourrait le faire roire, c'est la différence totale du naturel, des mœurs et des coutumes de ces deux peuples. Les Tartares en général sont naturellement fiers ; belliqueux , chasseurs ; ils aiment la fatigue, l'indé-

dust

DE L'HOMME

pendance , ils sont durs et grossiers jusqu’à la brutalité. Les Chinois ont des mœurs tout opposées; ce sont des peuples mous, pacifiques , indolents, superstitieux, soumis, dépendants jusqu'à l'esclavage, cérémonieux , complimenteurs jusqu’à la fadeur et à l'excès; mais si on les compare aux Tartares par la figure et par les traits, on y trouvera des caractères d'une ressemblance non équivoque.

Les Chinois, selon Jean Hugon, ont les membres bien proportionnés, et sont gros et gras; ils ont le visage large et rond, les yeux petits, les sourcils grands , les paupières élevées, le nez petit et écrasé ; ils n'ont que sept ou huit épis de barbe noire à chaque lèvre, et fort peu au menton : ceux qui habitent les provinces méridionales sont plus bruns et ont le teint plus basané queles autres; ils ressemblent par la couleur aux peuples de la Mauritanie et aux Espagnols les plus basanés, au lieu que ceux qui habitent les provinces du milieu de l'empire sont blancs comme les Allemands. Selon Dampier et quelques autres voyageurs, les Chinois ne sont pas tous, à beaucoup près, gros et gras; mais il est vrai qu'ils font grand cas de la grosse taille etdel'embonpoint. Ce voyageur dit même, en parlant des habitants de l'ile Saint-Jean sur les côtes dela Chine, que les Chinois sont grands, droits et peu chargés de graisse; qu'ils ont le visage long et le front haut, les yeux petits, le nez assez large etélevé dans le milieu, la bouche ni grande ni petite, les lèvres assez déliées, le teint couleur de cendre, les cheveux noirs ; qu'ils ont peu de barbe, qu'ils l'arrachent et n’en laissent venir que quelques poils au menton et à la lèvre supérieure. Selon Le Gentil, les Chinois n’ont rien de choquant dans la physionomie ; ils sont naturellement blancs, surtout dans les provinces septentrionales : ceux que la nécessité oblige de s'exposer aux ardeurs du soleil sont basanés, surtout dans les provinces du midi ; ils ont en général les yeux petits et ovales, le nez court, la taille épaisse et d’une hauteur médiocre : il assure que les femmes font tout ce qu’elles peuvent pour faire paraître leurs yeux petits, et que les jeunes filles , instruites par leur mère, se tirent continuellement les paupières afin d’avoir les yeux petits et longs, ce qui, joint à un nez écrasé et à des oreilles longues, larges, ouvertes et pendantes, les rend beautés parfaites ; il prétend qu’elles ont le teint beau, les lèvres fort vermeiïbles , la bouche bien faite,

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