‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 48 sur 186 · CRETE · texte numérisé non relu

CRETE

DE L'HOMME

… climat dela zone torride en Amérique beaucoup

moins chaud, il n’est point étonnant qu'on n'y

Mrouve pas des hommes noirs, ni même bruns, “comme on en trouve sous la zone torride en Afrique et en Asie, où les circonstances sont fort différentes, comme nous le dirons tout à

… l'heure. Soit que l'on suppose don que les ha-

bitants de l'Amérique soient très-anciennement naturalisés dans leur pays, ou qu'ils y soient venus plus nouvellement, on ne devait vas y trouver des hommes noirs, puisque leur zone torride est un climat tempéré.

Le dernière raison que j'ai donnée de ce qu'il se trouve “as de variété dans les hommes en An, , C'est l'uniformité dans leur manière de vivre. “Tous étaient sauvages ou très-nouvellement civilisés, tous vivaient ou avaient vécu de la même façon : en supposant qu'ils eussent tous une origine commune, les races s'étaient dispersées sans s'être croisées ; chaque famille faisait une nation toujours semblable à ellemème , et presque semblable aux autres, parce que le climat et la nourriture étaient aussi à peu près semblables ; ils n'avaient aucun moyen de dégénérer ni de se perfectionner; ils ne pouväient donc que demeurer toujours les mêmes, et partout à peu pres les mêmes.

Quant à leur première origine, je ne doute pas , indépendamment même des raisons théologiques , qu’elle ne soit la même que la nôtre. La ressemblance des sauvages de l'Amérique septentrionale avec les Tartares orientaux , doit faire soupconner qu'ils sortent anciennement de ces peuples : les nouvelles découvertes que les Russes ont faites au-delà du Kamtschatka, de plusieurs terres et de plusieurs iles qui s'étendent jusqu'à la partie de l’ouest du continent de l'Amérique, ne laisseraient aucun doute sur la possibilité de la communication, si ces découÿêrtes étaient bien constatées, et que ces terres fussent à peu près contiguès; mais en supposant mème qu'il y ait des intervalles de mer assez considérables, n'est-il pas très-possible que des hommes aient traversé ces intervailes, étqu'ils soient allés d'eux-mêmes chercher ces nouvelles terres ou qu'ils y aient été jetés par la tempète? Il y a peut-être un plus grand intervalle de mer entre les iles Marianes et le Japon ; qu'entre aucune des terres qui sont

du continent oriental. Je serais donc porté à croire que les premiers hommes qui sont venus en Amérique, ont abordé aux terres qui sont au nord-ouest de la Californie , que le froid excessif de ce climat les obligea à gagner les parties plus méridionales de leur nouvelle demeure, qu'ils se fixérent d’abord au Mexique et au Pérou , d'où ils se sont ensuite répandus dans toutes les parties de l'Amérique septentrionale et méridionale; car le Mexique et le Pérou peuvent être regardés comme les terres les plus anciennes de ce continent et les plus anciennement peuplées, puisqu'elles sont les plus élevées et les seules où l'on ait trouvé des hommes réunis en société. On peut aussi présumer avec une très-crande vraisemblance que les habitants du nord de l'Amérique au détroit de Davis, et des parties septentrionales de la terre de Labrador, sont venus du Groenland, qui n'est séparé de l'Amérique que par la largeur de ce détroit qui n’est pas fort considérable ; car , comme nous l'avons dit, ces sauvages du détroit de Davis et ceux du Groenland se ressemblent parfaitement ; et quant à la manière dont le Groenland aura été peuplé, on peut croire avec tout autant de vraisemblance que les Lapons y auront passé depuis le cap Nord qui n'en est éloigné que d'environ cent cinquante lieues; et d'ailleurs, comme l'ile d'Islande est presque contiguë au Groenland, que cette ile n'est pas éloignée des Orcades septentrionales, qu'elle a été très-anciennement habitée et même fréquentée des peuples de l'Eu-

| rope , que les Danois avaient même fait des

établissements et formé des colonies dans le Groenland , il ne serait pas étonnant qu'on trouvât dans ce pays des hommes blancs et à cheveux blonds , qui tireraient leur origine de ces Danois; et il y a quelque apparence que les horimes blancs qu'on trouve aussi au détroit de Davis viennent de ces blancs d'Europe qui se sont établis dans les terres du Groenland, d'où ils auront aisément passé en Amérique, en traversant le petit intervalle de mer qui forme le détroit de Davis.

Autant il y a d’uniformité dans la couleur et dans la forme des habitants naturels de l’'Amérique, autant on trouve de variété dans les peuples de l'Afrique. Cette partie du monde est

au-delà du Kamtschatka et celles de l'Amérique, | tres-anciennement et très-abondamment peu-

et cependant lesiles Marianes se sont trouvées

| plée; le climat y est brülant, et cependant d'une

peuplées d'hommes qui ne peuvent venir que | température très-inégale suivant les différentes

contrées ; et les mœurs des différents peuples sont aussi toutes différentes, comme on a pu le remarquer par les descriptions que nous en avons données. Toutes ces causes ont donc concouru pour produire en Afrique une variété dans les hommes plus grande que partout ailleurs; car en examinant d'abord la différence de la température des contrées africaines, nous trouverons que la chaleur n'étant pas excessive en Barbarie et dans toute l'étendue des terres voisines de la mer Méditerranée, les hommes y sont blanes, et seulement un peu basanés. Toute cette terre de la Barbarie est rafraichie d'un côté par l'air de la mer Méditerranée, et de l'autre par les neiges du mont Atlas; elleest d'ailleurs située dans la zone tempérée en decà du tropique; aussi tous les peuples qui sont depuis l'Égypte jusqu'aux iles Canaries sont seulement un peu plus ou un peu moins basanés. Au delà du tropique, et de l’autre côté du mont Atlas, la chaleur devient beaucoup plus grande, et les hommes sont trèsbruns, maisilsne sont pasencorenoirs; ensuite au 17 ou 18e degré de latitude nord, on trouve le Sénégal et la Nubie dont les habitants sont tout-à-fait noirs; aussi la chaleur y est-elle excessive. On sait qu'au Sénégal elle estsi grande, que la liqueur du thermomètre monte jusqu’à 38 degrés, tandis qu'en France elle ne monte que très-rarement à 30 degrés , etqu'au Pérou, quoique situé sous la zone torride, elle est presque toujours au même degré, et nes’élève presque jamais au-dessus de 25 degrés. Nous n'avons pas d'observations faites avec le thermomètre en Nubie; mais tous les voyageurs s'accordent à dire que la chaleur y est excessive; les déserts sablonneux qui sont entre la haute Égypte et la Nubie échauffent l'air au point que le vent du nord des Nubiens doit être un ventbrülant. D'autre côté, le vent d'est, qui règne le plus ordinairement entre les tropiques, n'arrive en Nubie qu'après avoir parcouru les terres de l'Arabie, sur lesquelles il prend une chaleur que le petit intervalle de la mer Rouge ne peut guère tempérer; on ne doit donc pas ètre surpris d'y trouver les hommes tout-à-fait noirs; cependant ils doivent l'être encore plus au Sénégal, car le vent d'est ne peut y arriver qu'après avoir parcouru toutes les terres de l'Afrique dans leur plus grande largeur, ce qui doit le rendre d’une chaleur insoutenable. Si l'on prend donc en général toute la partie de

HISTOIRE NATURELLE

l'Afrique qui est comprise entre les tropiques, où le vent d'est souffle plus constamment qu'aucun autre, on concevra aisément que toutes les côtes occidentales de cette partie du monde doivent éprouver, et éprouvent en effet, une chaleur bien plus grande que les côtes orientales, parce que le vent d'est arrive sur les côtes orientales avec la fraicheur qu'il a prise en parcourant une vaste mer ; au lieu qu'il prend une ardeur brûlante en traversant les terres de l'Afrique avant que d'arriver aux côtes occidentales de cette partie du monde; aussi les côtes du Sénégal, de Sierra-Liona, de la Guinée, en un mot, toutes les terres occidentales de l'Afrique qui sont situées sous la zone torride, sont les climats les plus chauds de la terre, et il ne fait pas à beaucoup près aussi chaud sur les côtes orientales de l'Afrique, comme à Mozambique, à Mombaze, etc. Je ne doute &onc pas que ce ne soit par cette raison qu’on trouve les vrais nègres, c’est-à-dire les plus noirs de tous les noirs, dans les terres occidentales de l'Afrique; et qu'au contraire on trouve les Cafres, c'est-à-dire des noirs moins noirs, dans les terres orientales. La différence marquée qui est entre ces deux espèces de noirs vient de celle de la chaleur de leur climat, qui n’est que très-grande dans la partie de l'orient, mais excessive dans celle de l'occident en Afrique.

Au delà du tropique, du côté du sud, la chaleur est considérablement diminuée, d'abord par la hauteur de la latitude, et aussi parce que la pointe de l'Afrique se rétrécit, etque cette pointe de terre étant environnée de la mer de tous côtés, l'air doit y être beaucoup plus tempéré qu'il ne le serait dans le milieu d’un continent; aussi les hommes de cette coutrée commencent à blanchir, et sont même naturellement plus blanes que noirs, comme nous l'avons dit ci-dessus.

Rien ne me parait prouver plus clairement que le climat est la principale cause de la variété dans l'espèce humaine, que cette couleur des Hottentots dont la noirceur ne peut avoir été affaiblie que par la température du climat; et si l'on joint à cette preuve toutes celles qu'on doit tirer des convenances que je viens d'exposer, il me semble qu'on n'en pourra plusdouter.

Si nous examinons tous les autres peuples qui sont sous la zone torride au-delà de FAfrique, nous nous confirmerons encore plus dans cette opinion. Les habitants des Maldives , de Ceyian , de la pointe de la presqu'ile de l'Inde,

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de Sumatra, de Malaca, de Bornéo, des Célèbes, des Philippines, ete., sont tous extrêmement bruns, Sans être absolument noirs, parce que toutes ces terres sont des iles ou des presqu'iles. La mertempère dans ces climats l'ardeur de l'air, qui d’ailleurs ne peut jamais être aussi grande que dans l'intérieur ou sur les côtes occidentales de l'Afrique, parce que le vent d'est ou d'ouest, qui règne alternativement dans cette

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