‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 49 sur 186 · partie du globe, n'arrive sur ces terres de l'ar · texte numérisé non relu

partie du globe, n'arrive sur ces terres de l'ar

chipel Indien qu'après avoir passé sur des mers d'unctrès-vaste étendue. Toutes ces iles ne sont donc peuplées que d'hommes bruns, parce que la chaleur n'y est pas excessive; mais dans la

” Nouvelle-Guinée ou terre des Papous, on re-

trouve des hommes noirs, etqui paraissent être de vrais Nègres par les descriptions des voyageurs, parce que ces terres forment un continent du côté de l'est, et que le vent qui traverse ces terres est beaucoup plus ardent que celui qui règne dans l'océan Indien. Dans la Nouvelle-Ho lande, où l’ardeur du climat n’est pas si grande, parce que cette terre commence à s'éloigner de l'équateur, on retrouve des peuples moins noirs et assez semblables aux Hottentots ; ces Nègres et ces Hottentots, que l’on trouve sous la même latitude, à une si grande distance des autres Nèvres et des autres Hottentots, ne prouvent-ils pas que leur couleur ne dépend que de l’ardeur du climat? car on ne peut pas soupconner qu'il y ait jamais eu de communication de l'Afrique à ce continent austral, et cependant on y retrouve les mêmes espèces d'hommes, parce qu'on y trouve les circonstances qui peuvent occasionner les mêmes degrés de chaleur. Un exemple pris des animaux pourra confirmer encore tout ce que je viens de dire. On a observé qu'en Dauphiné tous les cochons sont noirs, et qu’au contraire de l'autre côté du Rhône, en Vivarais, où il fait plus froid qu'en Dauphiné, tous les cochons sont blancs. Il n’y a pas d'apparence que les habitants de ces deux provinces se soient accordés pour n'élever, les uns que des cochons noirs, et les autres que des cochons blancs; et ilme semble que cette différence ne peut venir que de celle de la température du climat, combinée peut-être avec celle de la nourriture de ces animaux.

Les noirs qu'on a trouvés, mais en fort petit nombre , aux Philippines et dans quelques autres îles de l'océan Indien , viennent apparem-

ment de ces Papous ou Nègres de la Nouvelle- Guinée, que les Européens ne connaissent que depuis environ cinquante ans. Dampier découvrit en 1700 la partiela plus orientale de cette terre , à laquelle il donna le nom de Nouvelle- Bretagne ; mais on ignore encore l'étendue de cette contrée; on sait seulement qu'elle n’est pas fort peuplée dans les parties qu'on a reconnues.

On ne trouve donc des nègres que dans les climats de la terre où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante et toujours excessive; cette chaleur est si nécessaire , non-seulement à la production, mais même à la conservation des nègres, qu'on a observé dans nos îles où la chaleur , quoique très-forte , n’est pas comparable à celle du Sénégal , que les enfants nouveau-nés des nègres sont si susceptibles des impressions de l'air , que l'où est obligé de les tenir, pendant les neuf premiers jours après leur naissance, dans des chambres bien fermées et bien chaudes ; si l'on ne prend pas ces précautions, et qu'on les expose à l'air au moment de leur naissance, il leur survient une convulsion àla mâchoire , qui les empêche de prendre de la nourriture, et qui les fait mourir. M. Littre, qui fit, en 1702, la dissection d'un nègre , observa que le bout du gland qui n’était pas couvert du prépuce était noir comme toute la peau, et que le reste qui était couvert était parfaitement blanc ‘. Cette observation prouve que l'action de l'air est nécessaire pour produire la noirceur de la peau des nègres. Leurs enfants naissent blancs, ou plutôt rouges, comme ceux des autres hommes:

mais deux ou trois jours après qu'ils sont nés, la couleur change, ils paraissent d'un jaune basané qui se brunit peu à peu, et au septième ou huitième jour , ils sont déjà tout noirs. On sait que deux ou trois jours après la naissance tous les enfants ont une espèce de jaunisse : cette jaunisse dans les blancs n’a qu'un effet passager , et ne laisse à la peau aucune impres sion ; dans les nègres au contraire , elle donne à la peau une couleur ineffacable , et qui noircit toujours de plus en plus. M. Kolbe dit avoir remarqué que les enfants des Hottentots, qui naissent blancs comme ceux d'Europe, devenaient olivâtres par l'effet de cette jaunisse qui se répand dans toute la peau trois on quatre

{ Voyez l'Histoire de l'Académie des Sciences, année 1702, page 32.

jours après la naissance de l'enfant , et qui dans la suite ne disparait plus ; cependant cette jaunisse et l'impression actuelle de l'air ne me paraissent être que des causes occasionnelles de la noirceur , et non pas la cause première; car on remarque que les enfants des nègres ont, dans le moment même de leur naissance, du noir à la racine des ongles et aux parties génitales. L'action de l'air et la jaunisse serviront , si l'on veut, à étendre cette couleur: mais il est certain que le germe de la noirceur est commu niqué aux enfants par les pères et mères; qu'en quelque pays qu'un nègre vienne au monde, il sera noir comme s’il était né dans son propre pays, et que s'il y a quelque différence dès la première génération, elle est si insensible qu'on ne s'en est pas aperçu. Cependant cela ne suffit pas pour qu'on soit en droit d'assurer qu'après un certain nombre de générations, cette couleur ne changerait pas sensiblement ; il y a au contraire toutes les raisons du monde pour présumer que, comme elle ne vient originairement que de l’ardeur du climat ét de l'action longtemps continuée de la chaleur, elle s'effacerait peu à peu par la température d'un climat froid, et que par conséquent , si l'on transportait des nègres dans une province du nord, leurs descendants , à la huitième , dixième ou douzième génération , seraient beaucoup moins noirs que leurs ancôtres, et peut-être aussi blancs que les peuples originaires du climat froid où ils habiteraient.

Les anatomistes ont cherché dans quelle partie de la peau résidait la couleur noire des nègres. Les uns prétendent que ce n’est ni dans le corps de la peau ni dans l’épiderme, mais dans la membrane réticulaire, qui se trouve entre l'épiderme et la peau !; que cette membrane lavée et tenue dans l'eau tiède pendant fort long-temps , ne change pas de couleur et reste toujours noire : au lieu que la peau et la sur-peau paraissent être à peu près aussi blanches que celles des autres hommes. Le docteur Towns, et quelques autres, ont prétendu que le sang des nègres était beaucoup plus noir que celui des blancs. Je n'ai pas été à portée de vérifier ce fait, que je serais assez porté a croire ; car j'ai remarqué que les hommes parmi nous qui vnt le teint basané , jaunâtre et brun ; ont le sang plus noir que les autres ; et ces auteurs |

| 4 Voyez l'Histoire de l'Académie des Sciences, année 1702, | page 52.

HISTOIRE NATURELLE

prétendent que la couleur des nègres vient de celle de leur sang ‘. M. Barrère, qui parait avoir examiné la chose de plus près qu'aucun autre?, dit, aussi bien que M. Winslow *, que l'épiderme des nègres est noir, et que s'il a paru . blanc à ceux qui l'ontexaminé, c'est parcequ'il est extrêmement mince et transparent, mais qu'il est réellement aussi noir que de la carne noire qu'on aurait réduite à une aussi petite épaisseur. Ils assurent aussi que la peau des nègres est d’un rouge-brun approchant du noir; cette couleur de l'épiderme et de la peau des nègres est produite, selon M. Barrère, par la bile qui dans les nègres n’est pas jaune, mais toujours noire comme de l'encre, comme il croit s'en être assuré sur plusieurs cadavres de nègres qu'il a eu occasion de disséquer à Cayenne. La bile teint en effet la peau des hommes blancs en jaune lorsqu'elle se répand , et il y à apparence que si elle était noire, elle la teindrait en noir; mais dès que l'épanchement de bile cesse, la peau reprend sa blancheur naturelle : il faudrait donc supposer que la bile est toujours répandue dansles nègres, ou bien que, comme le dit M. Barrère, elle fût si abondante, qu'elle se séparât naturellement dans l'épi-: derme en assez grande quantité pour lui donner cette couleur noire. Au reste, il est probable que la bile et le sang sont plus bruns dans les nègres que dans les blancs, comme la peau est aussi plus noire; mais l'un de ces faits ne peut pas servir à expliquer la cause de l'autre: car si l'on prétend que c’est le sang ou la bile qui, par leur noirceur , donnent cette couleur à la

peau, alors, au lieu de demander pourquoi les |

nègres ont la peau noire, on demandera pourquoi ils ont la bile owle sang noir; ce n'est done qu'éloigner la question, au lieu de la résoudre. Pour moi, j'avoue qu'il m'a toujours paru que la même cause qui nous brunit lorsque nous nous exposons au grand air et aux ardeurs du soleil, cette cause qui fait que les Espagnols sont plus bruns que les Français, et les Maures plus que les Espagnols, fait aussi que les nègres le sont plus que les Maures :

d'ailleurs nous ne voulons pas chercher ici comment cette cause agit, mais seulement nous as-

‘ Voyez l'Ecrit du docteur Towns, adressé à la Société Royale de Londres.

? Voyez la Dissertation sur la couleur des Nègres,,par

M. Barrére, Paris, 4741. ' 3 Voyez Expostion anatomique du corps humain, par

| M. Wins'ow, page 489,

DE L'HOMME

surer qu'elle agit, et que ses effets sont d'autant plus grands et plus sensibles, qu'elle agit plus fortement et plus longtemps.

La chaleur du climat est la principale cause de la couleur noire : lorsque cette chaleur est excessive, comme au Sénésal et en Guinée, les hommes sont tout-à-fait noirs; lorsqu'elle est un peu moins forte, comme sur les côtes orientales de l'Afrique , les hommes sont moins noirs; lorsqu'elle commence à devenir un peu plus tempérée, comme en Barbarie, au Mogol, en Arabie, ete., les hommes ne sont que bruns ; et enfin, lorsqu'elle est tout-à-fait tempérée, comme en Europe et en Asie, les hommes sont blancs; on y remarque seulement quelques variétés qui ne viennent que de la manière de vivre; par exemple, tous les Tartares sont basanés, tandis que les peuples d'Europe, qui sont sous la même latitude, sont blancs. On doit, ce me semble, attribuer cette différence à çe que les Tartares sont toujours exposés à l'air, qu'ils n'ont ni villes ni demeures fixes, qu'ils couchent sur la terre, qu'ils vivent d’une manière dureetsauvage; cela seul suffit pour qu'ils soient moins blanes que les peuples de l'Europe auxquels il ne manque rien de tout ce qui peut rendre la vie douce. Pourquoi les Chinois sontils plus blancs que les Tartares, auxquels ils ressemblent d’ailleurs par tous les traits du visage? C'est parce qu'ils habitent dans des villes, paree qu'ils sont policés, parce qu'ils ont tous les moyens de se garantir des injures de l'air et de la terre, et que les Tartares y sont perpétuellement exposés.

Mais lorsque le froid devient extrème, il produit quelques effets semblables à ceux de la chaleur excessive : les Samoïèdes, les Lapons , les Groenlandais sont fort basanés ; on assure même , comme nous l'avons dit, qu’il se trouve parmi les Groenlandais des hommes aussi noirs que ceux de l'Afrique. Les deux extrêmes, comme l'on voit, se rapprochent encore ici; un froid très-vif et une chaleur brülante produisent le même effet sur la peau, parce que l’une et l'autre de ces deux causes agissent par une qualité qui leur est commune ; cette qualité est Ja sécheresse qui , dans un air très-froid, peut être aussi grande que dans un air chaud; le froid comme le chaud doit dessécher la peau, l’altérer et lui donner cette couleur basanée que l'on trouve dans les Lapons. Le froid resserre,

rapetisse et réduit à un moindre volume toutes |

les productions de la nature: aussi les Laponss qui sont perpétuellement exposés à la rigueur du plus grand froid, sont les plus petits de tous les hommes. Rien ne prouve mieux l'influence du elimat que cette race lapone qui se trouve placée tout le long du cercle polaire dans une très-longue zone, dont la largeur est bornée par l'étendue du climat excessivement froid, et finit dès qu'on arrive dans un pays un peu plus tempéré.

Le climat le plus tempéré est depuis le 40e degré jusqu'au 50*; c'est aussi sous cette zone que se trouvent les hommes les plus beaux et les mieux faits, c'est sous ce climat qu'on doit prendre l'idée de la vraie couleur naturelle de l'homme, c'est là qu'on doit prendre le modèle ou l'unité à laquelle il faut rapporter toutes les autres nuances de couleur et de beauté; les deux extrêmes sont également éloignés du vrai et du beau : les pays policés situés sous cette zone sont la Géorgie, la Cireassie , l'Ukraine, la Turquie d'Europe, la Hongrie, l'Allemagne méridionale , l'Italie, la Suisse, la France, et la partie septentrionale de l'Espagne ; tous ces peuples sont aussi les plus beaux et les mieux faits de toute la terre.

On peut done regarder le climat comme la cause première et presque unique de Ja couleur des hommes; mais la nourriture, qui fait à la couleur beaucoup moins que le climat , fait beaucoup à la forme. Des nourritures grossières, malsaines ou mal préparées peuvent faire dégénérer l’espèce humaine; tous les peuples qui vivent misérablement sont laids et mal faits; chez nous-mêmes les gens de la campagne sont plus laids que ceux des villes, et j'ai souvent remarqué que dans les villages où la pauvreté est moins grande que dans les autres villages voisins, les hommes y sont aussi mieux faits et les visages moins laids. L'air et la terre influent beaucoup sur la forme des hommes, des animaux , des plantes : qu'on examine dans le même canton les hommes qui habitent les terres élevées, comme les coteaux ou le dessus des collines, et qu'on les compare avec ceux qui occupent le milieu des vallées voisines, on trouvera que les premiers sont agiles, dispos, bien faits, spirituels, et que les femmes y sont communément jolies ; au lieu que, dans le plat pays, où la terre est grosse, l'air épais , et l'eau moins pure, les paysans sont grossiers, pesants, mal faits, stupides, et les paysannes presque toutes

laides. Qu'on amène des chevaux d'Espagne ou de Barbarie en France, il ne sera pas possible de perpétuer leur race; ils commencent à dégénérer dès la première génération, et à la troisième ou quatrième ces chevaux de race barbe ou espagnole, sans aucun mélange avec d'autres races , ne laisseront pas de devenir des chevaux français; en sorte que, pour perpétuer les beaux chevaux , on est obligé de croiser les races, en faisant venir de nouveaux étalons d'Espagne ou de Barbarie. Le climat et la nourriture influent donc sur la forme des animaux d'une manière si masquée, qu'on ne peut pas douter de leurs effets; et, quo.qu ils soient moins prompis , moins apparents et moins sensibles sur les hommes, nous devons conclure, par analogie, que ces effets ont lieu dans l’espèce humaine, et qu'ils se manifestent par les variétés qu'on y trouve.

Tout concourt donc à prouver que le genre humain n'est pas composé d'espèces essentiellement différentes entre elles; qu’au contraire il n'y a eu originairement qu'une seule espèce d'hommes, qui, s'étant multipliée et répandue sur toute la surface de la terre, a subi différents changements par l'influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques, et aussi par le mélange varié à l'infini des individus plus ou moins ressemblants; que d’abord ces altérations n'étaient pas si marquées, et ne produisaient que des variétés individuelles: qu'elles sont ensuite devenues variétés de l'espèce, parce qu'elles sont devenues plus générales , plus sensibles et plus constantes par l'action continuée de ces mêmes causes; qu'elles se sont perpétuées et qu'elles se perpétuent de génération en génération , comme les difformités ou ies maladies des pères et mères passent à leurs enfants; er qu'enfin, comme elles n'ont été produites originairement que par le concours de causes extérieures et accidentelles, qu'elles n'ont été confirmées et rendues constantes que par letemps et l'action continuée de ces mêmes causes, il est très-probable qu'elles disparaitraient aussi peu à peu, et avec le temps , ou même qu'elles deviendraieut différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui, si ces mêmes causes nesubsistaient plus, ou si elles venaient à varier dans d'autres circonstances et par d’autres combinaisons.

"HISTOIRE NATURELLE

MOMIES

Les momies dont il est ici question, sont des corps embaumés : on donne particulièrement ce nom à ceux qui ont été tirés des tombeaux des anciens Égyptiens; mais on a étendu plus loin la signification de ce mot, en appelant aussi du nom de momies les cadavres qui ont cté desséchés dans les sables brülants de l'Afrique et de l'Asie. A proprement parler , on ne devrait donner ce nom qu'aux corps embaumés, et peut-être faudrait-il de plus qu'ils eussent été conservés dans cet état pendant un longtemps, pour être ainsi nommés ; car je ne crois pas qu'on puisse dire que les corps qui ont été"embaumés en Europe dans le siècle présent soient des momies : quand même ils auraient été ainsi conservés depuis plusieurs siècles partout ailleurs qu'en Égypte, peut-être y aurait-il des gens qui hésiteraient à les reconnaitre pour des momies, parce qu'on n'en à presque jamais eu qui ne soient venues de l'Égypte, et”parce qu'on pourrait croire que la bonne composition des momies, c’est-à-dire la meilleure facon d'embaumer les corps, n'aurait été bien eonnue que par les anciens Égyptiens. Il est vrai que cet usage a été général dans cette nation: tous les morts y étaient embaumés, et les Égyptiens savaient si bien faire les embaumements, que l'on trouve dans leurs tombeaux des corps qui y ont été conservés depuis plus de deux mille ans. Ces faits prouvent seulement que les” momies de l'Égypte pouvaient être meilleures que celles des autres pays, soit pour leur durée, soit pour les propriétés que l'on voudrait leur attribuer; mais au fond, tous les corps embaumés depuis longtemps sont de vraies momies , quels que soient les pays où ils se trouvent, et quelle que soit la composition de l'embaumement.

Il était assez naturel, après la mort des personnes que l'on chérissait, ou de celles qui avaient été célèbres ou fameuses , de chercher ies moyens de conserver leurs tristes restes ; une momie chez les Égyptiens, ou des cendres dans une.urne chez les Romains , étaient un objet d'affection ou de respect; chacun devait même être flatté dans l'espérance qu'il resterait après sa mort quelques parties de son propre corps, qui conserveraient le souvenir de son existence, et qui entretiendraient en quelque facon les sentiments qu'il aurait mérités des

MOMIES

autres hommes. L’embaumement était le moyen le plus facile pour préserver les corps de la corruption; aussi cet usage est-il le plus ancien qui ait jamais été pratiqué dans les funérailles; il a été reçu par la plupart des nations, et il est encore en usage aujourd'hui pour les rois et pour les grands.

Les Égyptiens sont les premiers, que nous sachions, qui aient fait embaumer les corps des morts ; nous en avons des preuves authentiques dans le Livre sacré, au chapitre 50 de la Genèse, où il est dit : « Joseph voyant son père « expiré... il commanda aux médecins qu'il « avait à son service d'embaumer le corps de « son père, et ils exécutèrent l'ordre qui leur « avaitété donné, ce qui dura quarante jours, « parce que c'était la coutume d'employer ce « temps pour embaumer les corps morts. »

Le plus ancien des historiens profanes, Hérodote, estentré dans le détail de cette pratique; cet auteur est si précis, que j'ai cru qu'il était plus à propos de rapporter en entier l’article dont il s’agit, que d'en faire l'extrait. Voici la traduction que Du Ryer en a faite. « Ils (les « Égyptiens) portent embaumer le corps; il y « a certains hommes qui en font métier. alors « on embaume le corps le plus promptement « qu'il est possible. Premièrement, on tire la « cervelle par les narines avec des ferrements « propres pour cela; et à mesure qu’on la fait « sortir, on fait couler à la place des parfums; « ensuite ils coupent le ventre vers les flancs « avec une pierre éthiopique bien aiguisée, et « en tirent les entrailles qu'ils nettoient et qu'ils « lavent dans du vin de palme. Quand ils ont « fait cette opération, ils les font encore passer « dans une poudre aromatique, et ensuite ils « les emplissent de myrrhe pure, de casse et d'autres parfums, excepté d’encens, et les remettent dans le corps qu'ils recousent.

Après toutes ces facons, ils salent le corps avec du nitre, et le tiennent dans le lieu où « il est salé, durant l’espace de soixante-dix « jours, m’étant pas permis de l'y tenir plus « longtemps. Lorsquelessoixante-dix jours sont « accomplis , et qu'on a encore lavé le corps, ils « l'enveloppent avec des bandes faites de fin « lin, qu'ils frottent par dessus avec une gomme « dont les Égyptiens se servent ordinairement « au lieu desel. Quand les parents ont repris le « corps, ils font faire une empreinte de bois creusn sé commelastatue d'un homme, dans laquelle

ils enferment le mort ; et l'ayant enfermé làdedans , ils le mettent, comme un trésor, dans « un coffre qu'ils dressent debout contre la mu- « raille : voilà les cérémonies qu'on fait pour « les riches. Quant à ceux qui se contentent « de moins, et qui ne veulent pas faire tant de « dépenses, ils les traitent de la sorte. Ils rem- « plissent une seringue d'une liqueur odorifé- « rante qu'on tire du cèdre, qu'ils poussent par « le fondement dans le corps du mort sans lui « faire aucune incision , et sans en tirer les en- « trailles , et le tiennent dans le sel autant de « temps que j'ai dit des autres. Quand le temps « est expiré, ils font sortir du corps du mort la « liqueur de cèdre qu'ils y avaient mise; et « cette liqueur a tant de vertu qu'elle fait fon- « dreles intestins et les entraine avec elle; pour « le nitre, il mange et consomme les chairs, et « ne laisse que la peau et les ossements du mort: « alors celui qui l'a embaumé le rend à ses pa- « rents et ne s'en met pas davantage en peine. « La troisième facon dont on se sert pour em- « baumer les morts est celle qui regarde ceux « de la moindre condition , de qui l'on se con- « tente de purger et de nettoyer le ventre por « des lavements, et d’en faire sécher le corps « dans du sel durantle mêmetemps de soixantedix jours , afin de le rendre ensuite à ses parents. »

Diodore de Sicile a aussi fait mention du procédé que suivaient les Égyptiens pour embaumer les morts. Il y avait, selon cet auteur, plusieurs officiers qui travaillaient successivement à cette opération : le premier, que l’on appelait l'écrivain, marquait sur le côté gauche du corps l'endroit où on devait l'ouvrir; le coupeur faisait l'incision, et l’un de ceux qui devaient le saler tirait tous les viscères, excepté le cœur et les reins ; un autre les lavait avec du vin de palme et des liqueurs odoriférantes; ensuite on l'oignait pendant plus de trente jours avec de la gomme de cèdre, de la myrrhe, du cinnamome et d'autres parfums. Tous ces aromates conservaient le corps dans son entier pendant très-longtemps et lui donnaient une odeur très-suave : il n’était défiguré en aucune manière par cette préparation, après laquelle on le rendait aux parents, qui le gardaient dans un cercueil posé debout contre une muraille.

La plupart des auteurs modernes qui ont voulu parler des embaumements des anciens

Égyptiens ont seulement répété ce qu'en a dit Hérodote; s'ils ajoutent quelques faits ou quelques circonstances de plus, ilsne peuventles donner que pour des probabilités. Dumont! dit qu'il y a bien de l'apparence qu’il entrait de l’aloès, du bitume ou asphalte , et du cinnamome dans les drogues que l’on mettait à la place des entrailles des corps morts ; il dit encore qu'après l'embaumement on enfermait ces corps dans des cercueils faits de bois de sycomore, qui est presque incorruptible. On trouve dans le catalogue du Cabinet de la Société royale de Londres, que M. Grew remarqua dans une momie d'Égypte de ce cabinet, que la drogue dont on s'était servi pour l'embaumer avait pénétré jusqu'aux parties les plus dures, comme les os, ce qui les avait rendus si noirs qu'ils semblaient avoir été brûlés : cette observation lui fit croire que les Égyptiens avaient coutume d'embaumer les corps en les faisant cuire dans une chaudière pleine d’une espèce de baumeliquide, jusqu’à ce que toutes les parties aqueuses du corps fussent exhalées, et que la substance huileuse et gommeuse du baume l’eût entièrement pénétré. M. Grew propose à cette occasion une facon d'embaumer les corps, en les faisant macérer , et ensuite bouillir dans de l'huile de noix ?.

Je crois qu'en effet il y aurait plusieurs moyens de préserver les cadavres de la pourriture, et qu'ils ne seraient pas de difficile exécution , puisque différents peuples les ont employés avec succès. On en a eu un exemple chez les Guanches, anciens peuples de l'ile de Ténériffe : ceux qui furent épargnés par les Espagnols, lorsqu'ils firent la conquête de cette ile, leur apprirent que l’art d’embaumer les corps était connu des Guanches, et qu'il y avait dans jeur nation une tribu de prétres qui en faisaient un secret, et même un mystère sacré. La plus grande partie de cette nation ayant été détruite par les Espagnols, on ne put avoir une entière connaissance de cet art, on a seulement su par tradition une partie du procédé. Après avoir tiré les entrailles, ils lavaient le corps plusieurs fois de suite avec une lessive d'écorce de pin séchée au soleil pendant l'été, ou dans une étuve pendant l'hiver; ensuite on l'oignait avec du beurre ou de

4 Voyage de M. Dumont en France, en Italie, etc., imprimé à la Haye en 1699, tome 11, page 290 et suiv. ? Journal des Sayants , aunée 1682, page 132.

HISTOIRE NATURELLE

la graisse d'ours, que l'onavait fait bouillir avec des herbes odoriférantes qui étaient des espèces de lavande, de sauge, etc. Après cette onction on laissait sécher le corps, et on Ja réitérait autant de fois qu'il le fallait pour que le cadavre en fûtentièrement pénétré. Lorsqu'il était devenu fort léger c'était une preuve qu'il avait été bien préparé : alors on l'enveloppait dans des peaux de chèvres passées, on y laissait même le poil lorsqu'on voulait épargner la dépense !. Purchas? dit qu'il a vu deux de ces momies à Londres, et il cite le chevalier Scory pour en avoir vu plusieurs à Ténériffe , qui existaient depuis plus de deux mille ans; mais on n'a aucune preuve de cette antiquité. Si les Guanches ont été originaires d'Afrique, ils auraient pu avoir appris des Égyptiens l’art des embaumements®.

Le P. Acosta et Garcilasso de la Vega n'ont pas douté que les Péruviens n’eussent connu l'art de conserver les corps pendant très-longtemps : ces deux auteurs assurent ayoir vu ceux de quelques Incaset de quelques Mamas, qui étaient parfaitement conservés; ils ayaient tous leurs cheveux et leurs sourcils; mais on leur avait mis es yeux d’or; ils étaient vêtus de leurs habits ordinaires, et assis, à la facon des Indiens, les bras croisés sur l'estomac, Garcilasso toucha un doigt de Ja main, qui lui parut aussi dur que du bois; le corps entier n'était pas assez pesant pour surcharger un homme faible, qui aurait voulu le porter. Acosta présume que ces corps avaient été embaumés avec un bitume dont les Indiens connaissent la propriété. Garcilasso dit qu'il ne s’était pas aperçu en les voyant qu'il y eût de bitume; mais il avoue qu'il ne les avait pas observés exactement, et il regrette de ne s'être pas informé des moyens que l’on avait employés pour les conserver : il ajoute qu'étant Péruvien, les gens de sa nation ne lui auraient pas caché le secret comme aux Espagnols, au cas que cet art eût encore été connu au Pérou.

Garcilasso, ne sachant rien de certain sur les embaumements des Péruviens , tâche d'en découvrir les moyens par quelques inductions ; il prétend que l’air est si secet si froid à Cusco,

1 Histoire della Société royale par Sprat, page 209 et suiv.

2 Purchas his pilgrimes, page 785.

5 Histoire générale des Voyages, tome IL, page 261-et suiv,

4 Histoire des Incas rois du Pérou, trad. de l'espagnol, tome I, page 181 et suiv.

MOMIES. 525

que la chair s'y dessèche comme du bois sans se corrompre , et il croit que l'on faisait dessécher les corps dans la neige, avant que d'y appliquer le bitume dont parle le P. Acosta; il ajoute que du temps des Incas on exposait à l'air les viandes qui étaient destinées pour les provisions de guerre, et que, lorsqu'elles avaient perdu leur humidité, on pouvait les garder sans les saler et sans aucune autre préparation.

On dit qu'au pays de Spiztberg, qui est à 79 et 80 degrés de latitude, et par conséquent dans un climat extrêmement froid , il n'arrive presque aucune altération apparente aux cadavres qui sont ensevelis depuis trente ans; rien ne se pourrit ni ne se corrompt dans ce pays ; les bois qui ont été employés pour bâtir les huttes où on fait cuire les graisses de baleine, paraissent aussi frais que lorsqu'ils ontété coupés".

Si le grand froid préserve les cadavres de la corruption, comme on peut le voir par les faits que je viens de citer , il n’est pas moins certain que la sécheresse qui est causée par la grande chaleur fait aussi le même effet. On sait que les hommes et les animaux qui sont enterrés dans les sables de l'Arabie se dessèchent promptement , et se conservent pendant plusieurs siècles, comme s'ils avaient été embaumés. Il est souvent arrivé que des caravanes entières ont péri dans les déserts de l'Arabie, soit par les vents brülants qui s'y élèvent et qui raréfient l'air au point que les hommes ni les animaux ne peuvent plus respirer , soit par les sables que les vents impétueux soulèvent à une grande hauteur, et qu'ils déplacent à une grande distance : ces cadavres se conservent dans leur entier, et on les retrouve dans la suite par quelque effet du hasard. Plusieurs auteurs , tant anciens que modernes, en ont fait mention ; M. Shaw? dit qu’on lui a assuré qu'il y avait un grand nombre d'hommes, d'ànes et de chameaux , qui étaient conservés depuis un temps immémorial dans les sables brülants de Saibah, qui est un lieu que cet auteur croit situé entre Rassem et l'Égypte.

La corruption des cadavres n'étant causée que par la fermentation des humeurs, tout ce qui est capable d'empêcher ou de retarder cette

! Recueil des voyages au nord. Rouen, 1716, tome I, page

? Voyage de M. Shaw dans plusieurs provinces de l'Afrique. Ja Haye, in-4°, tome IT, page 79.

fermentation contribue à leur conservation. Le froid et le chaud , quoique contraires, produisent le même effet à cet égard par le dessèchement qu'ils causent, le froid en condensant et en épaississant les humeurs du corps , et la chaleur en les raréfiant et en accélérant leur évaporation avant qu'ils puissent fermenter et agir sur les parties solides : mais il faut que ces deux extrèmes soient constamment-les mêmes; çar, s’il y avait une vicissitude du chaud au froid , et de la sécheresse à l'humidité, comme il se fait d'ordinaire, la corruption arriverait néces- ‘sairement. Cependant il y a dans les climats tempérés des causes naturelles qui peuvent conserver les cadavres : telles sont les qualités de la terre dans laquelle on les enferme; si elle est desséchante et astringente , elle s'imbibe de l'humidité du corps ; c'est ainsi, à ce que je crois , que les cadavres se conservent aux Cordeliers de Toulouse; ils s'y dessèchent au point qu'on peut aisément les soulever d'une main.

Les sommes, les résines, les bitumes, ete. 4 que l’on applique sur les cadavres, les défendent de l'impression qu'ils recevraient dans les changements de température; et si de plus on déposait dans des sables arides et brülants un corps ainsi embaumé , on aurait deux puissants moyens réunis pour sa conservation. El ne faut donc pas s'étonner de ce que Chardinnous rapporte du pays de Corassan en Perse, qui est l'ancienne Bactriane : il dit que les corps que l'on met dans les sables de ce pays, après avoir été embaumés, s'y pétrifient, c'est-à-dire y deviennent fort durs tant ils sont desséchés, et s'y conservent pendant plusieurs siècles; on assure qu'il y en a Qui y sont depuis deux mille ans”.

Les Egyptiens entouraient de bandelettes les cadavres embaumés, et les renfermaient dans des cereueils. Peut-être qu'avec toutes ces précautions ils ne se seraïent pas conservés pendant tant de siècles, siles caveaux ou les puits dans lesquels on les enfermait n'avaient pas été dans un sol de matière bolaire et crétacée, qui n’était pas susceptible d'humidité , et qui d’ailleurs était recouvert de sable aride de plusieurs pieds d'épaisseur.

Les sépulcres des anciens Égyptiens subsistent encore à présent : la plupart des voyageurs ont fait la description de ceux de l’ancienne Memphis, et y ont vu des momies; ils sont à

* Voyages de M. le chevalier Chardin en Perse, etc. Amsterdam , 4741 , tome IT, page 13.

324 HISTOIRE NATURELLE

deux lieues des ruines de cette ville, à neuf lieues du grand Caire, du côté du midi, et à trois quarts de lieue du village de Saccara ou Zaccara ; ils s'étendent jusqu'aux pyramides de Pharaon , qui en sont éloignées de deux lieues et demie. Ces sépulcres sont dans des -ampagnes couvertes d'un sable mouvant, jautre et très-fin ; le pays est aride et montueux ; les entrées des tombeaux sont remplies de sable; il y en a plusieurs qui ont été ouvertes, mais il en reste encore de cachées; il est question de les trouver dans des plaines à perte de vue. Les habitants de Saccara n'ont pas d'autre ressource et d'autre commerce dans leurs déserts , que de chercher des momies dont ils font un commerce en les vendant aux étrangers qui se trouvent au grand Caire. Pietro della Valle!, voulant descendre dans un tombeau qui n’eût pas encore été fouillé , se détermina à prendre des pionniers à Saccara , et à les accompagner pour les voir travailler en sa présence dans les endroits où le sable n'avait pas été remué ; mais il aurait peut-être perdu beaucoup de temps dans cette recherche, faite au hasard, si un de ses ouvriers n'avait trouvé d'avance ce qu'il cherthait.

Lorsqu'on a détourné le sable on rencontre une petite ouverture carrée, profonde de dixhuit pieds, et faite de facon qu'on y peut descendre en mettant les pieds dans des trous qui se trouvent les uns vis-à-vis les autres : cette sorte d'entrée a fait donner à ces tombeaux le nom de puits; ils sont creusés dans une pierre blanche et tendre, qui est dans tout ce pays sous quelques pieds d'épaisseur de sable; les moins profonds ont quarante-deux pieds. Quand on est descendu au fond, on y voit des ouvertures carrées , et des passages de dix ou quinze pieds, qui conduisent dans des chambres de quinze ou vingt pieds en carré?. Tous ces espaces sont sous des voütes à peu près comme celles de nos citernes, parce qu'ils sont taillés dans la carrière ; chacun des puits a plusieurs chambres et plusieurs grottes qui communiquent les unes aux autres. Tous ces caveaux occupent l'espace d'environ trois lieues et demie sous terre; ainsi ils allaient jusque sous la ville de Memphis? ;

! Voyages dans l'Égypte, la Palestine, les Indes orientales, elc., tomeT, page 332 et suiv,

? Voyage autour du monde, par Gémelli Carreri, tome I, page 4144 et suiv,

? Voyages et observations du sieur (le la Boullaye le Gouz, P: 575 etsuiv,

c'est à peu près comme les vides des carrières qui ont été fouillées aux environs de Paris , et même sous plusieurs endroits de la ville.

Il y des chambres dont les murs sont ornés par des figures et des hiéroglyphes : dans d'autres , les momies sont renfermées dans des tombeaux , creusés dans la pierre tout autour de la chambre , et taillés en forme d'homme dont les bras sont étendus. Ontrouve d'autres momies, et c’est le plus grand nombre, dans des coffres de bois ou dans des toiles enduites de bitume. Ces coffres ou ces enveloppes sont chargés de plusieurs sortes d'ornements : il y a aussi des figures, même celle du mort, et des sceaux de plomb, sur lesquels on voit différentes empreintes. Il y a aussi de ces coffres qui sont sculptés en figure d'homme; mais on n'y reconnait que la tête, le reste du corps est tout uni etterminé par un piédestal. D’autres figures ont les bras pendants; on reconnait à ces marques les momies des gens distingués; elles-sont posées sur des pierres autour de la chambre. Il y en a d’autres au milieu, posées simplement sur le pavé, et moins ornées : il paraît que ce sont celles des gens d’une condition inférieure, ou des domestiques. Enfin, dans d’autres chambres , les momies sont postes pêle-mêle dans le sable.

On trouve des momies qui sont couchées sur le dos!, la tête du côté du nord, les deux mains sur le ventre; les bandes de toile de lin qui les enveloppent ont plus de mille aunes de longueur : aussi elles font un très-grand nombre de circonvolutions autour du corps, en commençant par la tête et en finissant aux pieds?, mais elles ne passent pas sur le visage. Lorsqu'il est resté à découvert, il tombe en poussière dès que la momie est à l'air; pour que la tête se conserve en entier ,. il faut que le visage ait été couvert d’une petite enveloppe de toile, qui est appliquée de facon que l’on peut reconnaitre la forme des yeux, du nez et de la bouche*.

On a vu des momies qui avaient une longue barbe, des cheveux qui descendaient jusqu'à moitié de la jambe‘ et des ongles fort grands ; quelquefois on a trouvé qu'ils étaient dorés ou simplement peints de couleur orangée. Il y a

“Relations de divers voyages par Melchisedech Thevenot . tome I, page 25.

2 Jbid., tome 1, page 2.

5 Voyez le Journal des Savants, année 4714 , page 436, sur

les Voyages au Levant, etc., par Corncille le Brun. 4 Les Voyages du seigneur de Villamont , p. 660 ct suiv,

des momies qui ont sur l'estomac des bandes avec des figures hiéroglyphiques d'or, d'argent ou de terre verte, et de petites idoles de leurs dieux tutélaires, et d'autres figures de jaspe ou d'autre matière dans la poitrine. On leur trouve aussi assez ordinairement, sous la langue, une pièce d’or qui vaut environ deux pistoles : c'est pour avoir cette pièce que les Arabes gâtent toutes les momies qu'ils peuvent rencontrer.

On reconnait que la matière de l’'embaumement n'a pas été la même pour toutes les momies : il y en a qui sont noires et qui paraissent n'avoir été enduites que de sel, de poix et de bitume; d’autres ont été embaumées de myrrhe et d’aloës ; les linges de celles-ci sont plus beaux et plus propres ‘.

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