‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 72 sur 186 · ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES

gence, n’a de même qu'une puissance limitée à de petites portions de matière, et n'est maître que des individus.

C'est donc par les talents de l'esprit et non par la force et par les autre: qualités de la matière, que l’homme a su subjuguer les animaux. Dans les premiers temps ils devaient être tous également indépendants; l’homme, devenu criminel et féroce, était peu propre à les apprivoiser ; il a fallu du temps pour les approcher , pour les reconnaitre, pour les choisir, pour les dompter ; il a fallu qu'il fût civilisé luimême pour savoir instruire et commander, et l'empire sur les animaux , comme tous les autres empires, n'a été fondé qu'après la société.

C'est d'elle que l'homme tient sa puissance, c'est par elle qu'il a perfectionné sa raison, exercé son esprit et réuni ses forces. Auparavant l’homme était peut-être l'animal le plus sauvage et lemoins redoutable detous; nu, sans armes et sans abri, la terre n’était pour lui qu'un vaste désert peuplé de monstres , dont souventil devenait la proie; et même longtemps après, l'histoire nous dit que les premiers héros n’ont été que des destructeurs de bêtes.

Mais lorsqu'avec le temps l'espèce humaine s'est étendue, multipliée , répandue, et qu'à la faveur des arts et de la société, l'homme a pu marcher en force pour conquérir l'univers, il a fait reculer peu à peu les bêtes féroces, il a purgé la terre de ces animaux gigantesques dont nous trouvons encore les ossernents énormes, il a détruit ou réduit à un petit nombre d'individus les espèces voraces et nuisibles, il a opposé les animaux aux animaux, et, subjuguant les uns par adresse, domptant les autres par la force, ou les écartant par le nombre, et les attaquant tous par des moyens raisonnés, il est parvenu à se mettre en süreté, et à établir un empire qui n’est borné que par les lieux inaccessibles, les solitudes reculées, les sables brülants , les montagnes glacées, les cavernes obseures, qui servent de retraites au petit nombre d’espèces d'animaux indomptables,

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