‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 77 sur 186 · DEUXIÈME ADDITION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ADDITION

Sur ce que j'ai dit, d’après quelques voyageurs *, qu'il y avait des chevaux sauvages à

1 11 Genio vagante del conte Aurelio degli Auzi. In Parma, tom. II, page 475.

3 Description du Cap, par Kolbe, tome III, page 20.

5 Voyez les Mémoires pour servir à l'Histoire des Indes orientales, page 199.

l'ile de Sainte-Hélène, M. Forster m'a écrit qu'il y avait tout lieu de douter de ce fait.

J'ai, dit-11, parcouru cette ile d'un bout à l'autre, sans y avoir rencontré de chevaux sauvages, et l'on m'a même assuré qu'on n'en avait jamais entendu parler et à l'égard des chevaux domestiques et nés dans l'ile, je fus informé qu'on n’en élevait qu'un petit nombre pour la monture des personnes d'un certain rang ; eb ri plutôt que deles propager dans l'ile même, on fait venir la plupart des chevaux dont on a besoin des terres du cap de Bonne-Espérance, où ils sont en grand ombre,

et où on les achète à un prix modéré Les habitants, de

l'ile prétendent que si l'on en nourrissait uo plus grand nombre, cela serait préjudiciable à la pâture des bœufs et des vaches, dont la compagnie des Indes tâche d'encourager la propagation; et comme il y en a dejà deux mille six cents, et qu'on veut en augmenter le nombre jusqu'à trois mille, il n’est pas probable qu'on y laïssät vivre des chevaux sauvages, d'autant que l'ile n’a que trois lieues de diamètre, et qu'on les aurait au moins reconnus s'ils y eussent existé. Il y a encore un petit nombre de chèvres sauvages, qui diminue tous les jours, car les soldats de la garnison les tuent dès qu’elles se présentent sur les rebords ou bancs des montagnes qui entourent la vallée où se trouve le fort de James ; à plus forte raison tueraient-ils de même les chevaux sauvages s’il y en avait. :

A l'égard des chevaux sauvages qui se trouvent dans toute l'étendue du milieu de l'Asie, depuis le Volga jusqu'à la mer du Japon, ils paraissent être, dit M. Forster, les rejetons des chevaux communs qui sont devenus sauyages. Les Tartares, habitants de tous ces pays, sont des pätres qui vivent du produit de leurs troupeaux , lesquels consistent principalement en chevaux quoiqu'ils possèdent aussides bæufs, des dromadaires et des brebis. Il y a des Kalmouks ou des Kirghizes qui ont des troupes de mille cheyaux qui sont toujours au désert pour } chercher leur nourriture. 11 est impossible de garder ces nombreux troupeaux assez soigneusement, pour que de temps en temps il ne se perde pas quelques chevaux qui deviennent sauvages, et qui, dans cel état même de liberté, ne laissent pas de s’attrouper ; on peut en donner un exemple récent. Dans l'expédition du czar Pierre Ier contre la ville d’Azoph, on avait envoyé les chevaux de l’armée au päturage ; mais on ne put jamais venir à bout de les rattraper tous; ces, chevaux devinrent sauyages avec le temps, et ils occupent actuellement le step ( désert) qui est entre le Don, l'Ukraine et la Crimée : le nom tartare que l'on donne à ces chevaux en Russie et en Sibérie est tarpan. Il y a de ces tarpans dans les terres de l'Asie qui s'étendent depuis le 50° degré jusqu’au 30e de latitude. Les nations fartares, les Mongoux et les Mantchoux, aussi bien que les Cosaques du Jaïk, les tuent à la chasse pour en manger la chair. On a observé que ces chevaux sauyages marchent Loujours en Compagnie de quinze ou vingt, et rarement ea troupes plus nombreuses ; on rencontre seulement quelquefois un cheyal tout seul , mais ce sont ordinairt meut de jeunes cheyaux mâles, que le chef de la troupe force d'abandonner sa compagnie lorsqu'ils sont parvenus à l'âge où ils peuvent lui donuer ombrage : le jeune cheval relégué tiche de trouver et de séparer quelques jeunes jumen(s des troupeaux voisins, sauyages ou domestiques, et de

les emmener avec lui, et il devient ainsi le chef d'une nouxelle troupe sauvage. Toutes ces troupes de tarpans vivent communément dans les déserts arrosés de ruisseaux el fertiles en herbages ; pendant l'hiver ils chercheat et prennent leur päture sur les sommets des monlagnes, dont les vents ont emporté la neige : ils ont l'odorat très-fin, et sentent un homme de plus d'une demi-lieue: on les chasse et on les prend en les entourant et les enyeloppant avec des cordes enlacées. Ils ont une force surprenante, el ne peuvent être domptés lorsqu'ils ont ua certain âge, et mème les poulains ne s'apprivoisent que jusqu'à un certain point, car ils ne perdent pas entièrement leur férocité, et retiennent toujcurs une nature revêche. ox sauvages sont, comme les chevaux dopus de couleurs très-différentes ; on a seulement obserré que le brun, l'isabelle, et le gris de souris, sont les poils les plus communs : il n'y a parmi eux aucun cheval pie, et les noirs sont aussi extrêmement rares. Tous sont de petite taille, mais la tête est à proportion plus grande que dans les chevaux domestiques ; leur poil est bien fourni, jamais ras, et quelquefois même il est long et a © ils ont aussi les oreilles plus longues» plus pointues, et quelquefois rabattues de côté. Le front est arqué, elle museau garni de longs poils, la crinière est aussi très-touffue, et descend au delà du garrot : ils ont les jambes très-hautes, et leur queue ne descend jamais au delà de l’inflexion des jambes de derrière ; leurs yeux sont vifs et pleins de feu.

DESCRIPTION DU CHEVAL

(EXTRAIT DE DAUBENTON

De tous les animaux que nous avons à décrire, le cheval est le mieux connu , soit pour les parties extérieures de son corps, soit pour celles de l'intérieur ; il reçoit aussi de l'homme la plus belle éducation; tous ses mouvements , toutes ses allures, sont dirigés par un art qui a ses principes. C'est au manége qu'il faut voir tout ce que l'on fait apprendre aux chevaux à force d'habitude, tout ce qu'on leur fait faire à l'aide du mors et de l’éperon, etc. ; cet art, qui n'est pas dédaigné par les princes et par les rois , met le cheval dans une carrière glorieuse : c'est là que l'on donne de la noblesse à son port, et de l'agrément à son maintien ; on met à l'épreuve toutes ses forces et toute sa légèreté, on le livre à sa plus grande vitesse, on augmente son ardeur, on anime son courage; enfin on éprouve sa constance, on cultive sa docilité, et on emploie toutes les ressources de son instinct. La science dont l'objet est d'affermir ou de rétablir la santé, d'éloigner la mortetde conserver la vie de l'homme, la médecine , n'exclut point le chevat dans la recherche de ses connaissances et dans l’administration de ses remèdes; aussi s'est-il formé un art

“ Nous ne donnerons qu'en extrait les articles additionnels de Daubenton sur les animaux: il n'entre pas dans notre plan de reproduire les Descriplions anatomiques.

DESCRIPTION

dans lequel on se propose de prévenir les maladies des chévaux, de les reconnaitre, de les juger et de les guérir, et de déterminer les opérations que l'on doit faire sur les différentes parties du cheval lorsqu'elles sont affligées. Ce même art s'étend à tous les besoins des chevaux; ceux qui l'exercent se dévouent à leur service; enfin ces animaux trouvent dans les haras des soins particuliers et conti nuels pour la conservation et la propagation de leur espèce; et même ces soins influent sur eux avant qu'ils existent, car on contribue à la perfection de leur être par le choix du mâle et de la femelle qui doivent les engendrer ; en combinant les qualités de l’étalon et de la jument , on a su prévoir le résultat de leur mélange, et perpétuer la force et la beauté des chevaux, et la finesse de leur instinct.

En faisant tant de recherches et d'observations sur les chevaux, on a formé, pour ainsi dire, un langage particulier , dont les termes sont affectés aux arts qui concernent ces animaux : ainsi on ne pourrait pas décrire le cheval d'une manière satisfaisante, si on ne commençait par donner l'intelligence de ces termes, en expliquant les dénominations des différentes parties de son corps, et en énonçant leurs perfections ou leurs défauts, avant que de faire la description de cet animal, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Cette explication préliminaire est d'autant plus nécessaire, que la plupart de ces termes serviront à la description de plusieurs autres animaux , car on verra dans la suite, qu'en les considérant tous par rapport à leurs différences ou à leurs ressemblances avec le corps humain, il se trouve que le cheval et les autres solipèdes sont ceux qui en diffèrent le plus, comme le singe et les autres animaux à cinq doigts sont ceux qui y ressemblent le plus. Le cheval et le singe seront donc les deux extrêmes dans la comparaison que nous ferons des animaux : aussi nous commençons par l'histoire naturelle du cheval, et nous finirons par celle du singe, nous comparerons chaque animal au cheval ou au singe, selon qu'ils ressembleront plus à l'un ou à l’autre, et nous emploierons dans le premier cas les termes usités pour le cheval, et dans le second ceux qui sont en usage pour le corps humain, puisque le singe est de tous les animaux celui dont le corps diffère le moins da corps de l'homme.

En expliquant les termes d'art qui ont rapport aux différentes parties extérieures du cheval, nous commencerons par celles de la tête, et nous suivrons l'ordre le plus naturel, qui est de rapporter les parties du corps avant de passer à celles des extremités, quoique la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette matière aient fait mention des extrémités antérieures avant qu'il fût question du corps. r

DU CHEVAL

On appelle larmiers les deux parties de la tête du cheval qui correspondent aux tempes de la tête de l'homme.

Les salières se trouvent entre l'œil et l'oreille,

au-dessus des sourcils, une de chaque côté.

. On ne distingue dans certains cas que deux parties dans l'œil, qui sont la vitre et le fond de l'œil; la vitre est la partie extérieure de l'œil, c'est-à-dire la cornée; le fond de l'œil signilie les parties intérieures, c'est-à-dire les parties que l'on aperçoit en regardant à travers la vitre par l'ouverture de la prunelle. On a aussi désigné le fond de l'œil par le mot de prunelle ; mais comment ce mot peut-il signifier le fond de l'œil, puisque la prunelle ou la pupille n’est qu'une ouverture de l’uvée , qui communique dans l'intérieur de l'œil ?

On donne le nom d’avives aux glandes parotides qui sont situées entre l'oreille et le coin de la ganache.

Le chanfrein est le devant de la tête , depuis les yeux jusqu'aux naseaux ; cette partie correspond à la partie supérieure du nez de l'homme : mais le mot de chanfrein ne signifie, le plus souvent, qu'une bande de couleur blanche quis’'étend sur cette même partie, et occupe plus ou moins d'espace entre les yeux et les naseaux , comme nous le dirons dans la suite.

Le cartilage qui forme le tour des naseaux, et qui les borde en haut et en devant, est appelé la Souris.

Le bout du nez du cheval est la cloison qui sépare les deux naseaux ; cette partie est formée par le bas du chanfrein ; elle se termine à la lèvre supérieure ; cependant Solleysel donne le nom de nez à la partie de cette lèvre qui est au-dessous des naseaux.

La mâchoire inférieure des chevaux est appelée ganache ou ganasse ; les deux os de la ganache s'étendent des deux côtés de la tête, depuis l’œil jusqu'à l'endroit près du gosier, et depuis le gosier jusqu'au menton.

La barbe ou le barbouchet est l'endroit où les deux os de la ganache se réunissent au-dessus du menton et au-dehors de la mâchoire inférieure.

On appelle canal, braie ou auget , la cavité qui est formée par les deux os de la ganache, et qui s'étend en forme de gouttière depuis le gosier jusqu’à la barbe ; on nomme aussi du même nom de canal, la cavité dans laquelle la langue est logée.

On a donné différents noms aux six dents incisives que le cheval a dans chaque mâchoire; on nomme pinces les deux dents du devant, celles qui touchent aux pinces sont appelées mitoyeñnes, et les dernières de chaque côté sont nommées les coins.

Les deux dents canines qui sont dans chaque mächoire , une de chaque côté , à quelque distance des

BbE]

incisives, portent le nom de erocs, crochets ou écaillons.

On nomme barres les espaces des deux mächoires qui sont vides entre les dents incisives et les mâchelières.

Les inégalités ou les rides qui traversent le palais du cheval sont appelées erans ou sullons.

Le cou du cheval est désigné par le mot d’encolure : ainsi l’encolure est bordée d'un bout à l'autre , en dessus par la crinière, et en dessous par le gosier.

La partie de la crinière qui se trouve au-dessus de la tête entre les deux oreilles, et qui tombe sur le front , est nommée le toupet.

Le gosier s'étend d’un bout à l’autre de l'encolure en dessous, depuis les os de la ganache jusqu'au poitrail.

L'endroit où les deux épaules s’approchent par le haut entre l’encolure et le dos est nommé garrot; c'est à cet endroit que finissent la crinière et l’encolure

Les épaules s'étendent depuis le garrot jusqu’au haut du bras, c'est-à-dire jusqu’à la partie supérieure de la jambe de devant, comme on le verra dans la suite.

Il y a des chevaux turcs, barbes et espagnols, qui ont au cou ou à l'épaule , ou à la jonction du cou et de l'épaule, tantôt plus haut, tantôt plus bas, un creux assez profond que l’on appelle le coup de lance, parce qu'on a prétendu que cette marque venait originairement d’un étalon ture ou barbe, qui avait reçu un coup de lance dans l’endroit où elle se trouve, et que cette même marque avait passé à tous les chevaux qui étaient venus de cet étalon, par une suite de générations qui dure encore. On dit aussi que le coup de lance traversa de devant en arrière, parce que la marque dont il est question se trouve devant l'épaule au défaut de l’encolure, et par derrière au défaut de l'épaule, comme une cavité qu'une grande plaie aurait formée ; mais il n’y a aucune apparence de cicatrice. L'histoire du coup de lance passe pour une fable, et je crois que c’est avec raison, quoiqu’au fond il ne soit peut-être pas impossible qu'un étalon transmette aux chevaux qu'il engendre les marques qu'il aurait, de quelque espèce qu’elles fussent : mais il n’est pas probable que ces marques se perpétuassent dans plusieurs générations. Il est plus vraisemblable que le prétendu coup de lance soit l’effet d’une conformation particulière à certains chevaux, qui forme une cavité à peu près pareille à celle des salières, qui sont fort creuses dans un très-grand nombre de chevaux : au reste, je n’en ai jamais vu qui eussent le coup de lance; et pour savoir ce que c’est, il faudrait au moins en avoir disséqué.

On donne le nom de poitrail à la partie qui est au-devant de la poitrine et au-dessous du gosier,

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à l'endroit où les épaules se terminent par devant.

Le dos du cheval est désigné communément par le nom de reins : il commence au garrot, et s'étend le long de l'épine jusqu'à la croupe et jusqu'aux reins proprement dits, que l'on désigne aussi par le nom de rognons. Lorsque les chevaux sont en embonpoint, et qu'ils ont l'épine du dos large , elle est enfoncée, et les muscles qui s'élèvent de chaque côté forment une sorte de canal tout le long du dos, c'est ce qu'on appelle avoir les reins doubles : ce canal s'étend sur la croupe jusqu'à la queue.

On a donné le nom de nombril à l'endroit qui est entre le dos et les reins.

Les vrais reins ou rognons , à prendre cette dénomination dans la signification qu’elle a pour le corps de l'homme, commencent à l'endroit où finissent les côtes, et sont terminés par la croupe; mais dans l'usage ordinaire on donne le nom de reins à la colonne vertébrale du cheval dans toute son étendue.

Les côtés sont formés par les côtes, etse trouvent à droite et à gauche au-dessous du dos.

La capacité qui est formée par le contour des côtes est appelée particulièrement le coffre. On donne aussi le nom de ventre à la partie inférieure du corps qui est à l'endroit du sternum, et des parties inférieures des côtes ; dans ce sens le ventre du cheval correspond à la partie antérieure de la poitrine de l'homme.

Les flancs sont à l'extrémité du ventre, au défaut des côtes et au-dessous des rognons ; ils s’étendent jusqu'aux os des hanches.

La hanche est formée, comme dans l'homme, par l'os de la hanche; cet os termine le haut du flanc dans le cheval, et se trouve à côté de la croupe.

La croupe est ronde, et s'étend depuis les rognons jusqu'à la queue.

On distingue deux parties dans la queue; ce sont les crins et le trone, c’est-à-dire la queue dépouillée de ses crins.

Les fesses du cheval sont placées au-dessous de la croupe et de l'origine de la queue, et elles s'étendent jusqu’à l'endroit où les jambes de derrière joignent le corps.

Pour expliquer les noms que l’on a donnés aux différentes parties des jambes de devant , il faut revenir à l'épaule. Elle comprend dans les chevaux l'omoplate et l'hamérus, et par conséquent les parties qui correspondent à l'épaule et au bras de l'homme : ainsi le vrai bras du cheval paraît être confondu avec l'épaule , parce qu'il est réuni avec le corps sous la mème peau. Le coude est donc placé en arrière, comme dans l'homme ; mais dans le cheval il se trouve contre les côtes en haut de la

jambe de devant , à l'endroit où elle commence à être séparée du corps; c'est la première jointure qui paraisse au dehors, car celle du bras avec l'épaule est cachée sous la peau de l'animal.

La première partie de la jambe de devant du cheval qui est séparée du corps est appelée le bras, quoiqu’elle corresponde à l'avant-bras de l'homme; la partie extérieure du bras du cheval est nommée le gros du bras; il passe sur la face intérieure une veine appelée ars.

On a donné le nom de genou à la jointure qui est au-dessous du bras ; elle se trouve à l'endroit du poignet de l'homme , et en effet elle forme un angle en devant lorsque la jambe est pliée.

Le canon est la seconde partie de la jambe de devant; il commence à l'articulation du genou, et correspond au métacarpe de l'homme.

Il y a derrière le canon un tendon qui s'étend d'un bout à l’autre, et que l'on appelle communément et fort improprement le nerf de la jambe.

Le boulet est l'articulation qui se trouve au-dessous du canon.

Le fanon est un bouquet de poil qui couvre une espèce de corne molle située derrière le boulet, et que l'on appelle l’ergot.

Le paturon est la partie de la jambe qui s'étend depuis le boulet jusqu’au pied : on donne quelquefois au paturon le nom de jointure , maïs ce terme est équivoque ; car, à proprement parler, il doit signifier ici une articulation.

La couronne est une élévation qui se trouve au bas du paturon, et qui est garnie de poils longs qui tombent sur la corne tout autour du pied.

Le sabot est, pour ainsi dire, l’ongle du cheval; il est formé par la corne; la partie antérieure du sabot est appelée la pince, les côtés portent le nom de quartiers ; on nomme le quartier extérieur de chaque pied quartier de dehors, et l'intérieur quarlier de dedans : la partie postérieure du sabot est un peu élevée et séparée en deux pièces, auxquelles on a donné le nom de talon: elles s'étendent jusqu'au milieu du dessous du pied , et forment la fourchette par leur réunion sous la soie qui est, pour ainsi dire , la plante du pied ; sa substance est de corne comme le reste du sabot dont elle fait partie; mais la corne de la sole est plus dure que celle de la fourchette, et plus tendre que celle du sabot.

Pour déterminer les noms des parties qui composent les jambes de derrière, il faut remonter jusqu'aux fessesdu cheval. Chacunerenfermele fémur; ainsi elle correspond à la cuisse de l'homme : c'est proprement la cuisse du cheval qui est réunie avec le corps et qui porte le nom de fesse : elle est terminée en bas et en devant par le grasset , qui est proprement l'articulation du genou où se trouve la rotule. Le grasset est done placé au bas de la han-

DU CHEVAL

che à la hauteur du flanc; il change de place lorsque le cheval marche,

La première partie de la jambe de derrièré du cheval qui soit détachée du corps est celle que l'on appelle la cuisse , elle s'étend depuis le grasset et le bas des fesses jusqu'au jarret, et elle correspond à la jambe de l’homme : aussi y a-t-il dans la cuisse du cheval une partie charnue qui a rapport au gras de notre jambe, et que l'on nomme le gros de la cuisse ou le grasset, quoiqu'on ait aussi donné une autre signification à ce dernier nom , comme nous venons de le dire. Il y a sur la face intérieure de la cuisse une veine que l’on nomme la veine du plat de la cuisse.

Le jarret est la jointure qui est au bas de la cuisse et qui se plie en avant. Cette articulation a rapport au coude-pied de l'homme, c’est-à-dire au tarse; la partie du jarret qui est en arrière , et qui s’appelle la pointe du jarret, est proprement le talon. Ce que l'on appelle vulgairement le gros nerf du jarret, qui se termine à la pointe du jarret , est un tendon qui correspond au tendon d'Achille, qui est attaché au talon de l’homme. «

C’est ici le lieu de nommer une partie qui se trouve dans chacune des quatre jambes du cheval; elle est placée dans les jambes de devant en-dedans du bras, et un peu au-dessus et à côté du genou, et dans les jambes de derrière un peu au-dessous et à côté du jarret, aussi en-dedans. C’est une petite tumeur sans poil, de la grosseur d'une châtaigne et de la consistance d'une corne molle ; on lui a donné les noms de châtaigne , de lichéne ou d’ergot, mais il ne faudrait pas se servir du dernier, parce qu’il pourrait faire confondre la partie dont il s’agitici avec une autre dontil a déjà été fait mention sous le nom d’ergot. La châtaigne croit dans certains chevaux, et s'allonge de la longueur d'un pouce et d’un pouce et demi ; elle tombe alors et repousse ensuite.

Au-dessous de la partie des jambes de derrière, qui porte le nom de jarret, sont le canon, le boulet, le paturon et le pied , comme dans les jambes de devant. Ce qui en a été dit suffit pour les jambes de derrière; on fera seulement remarquer que le canon de celles-ci est appelé la jambe par quelques auteurs.

Aprèsavoir donné l'explication des dénominations particulières, celle des dénominations géné rales devient plus facile et plus simple. On divise le cheval en trois parties principales, qui sont, l’avant-main , le corps et l’arrière-main : l’avantmain comprend la tête, l’encolure, le garrot, les épaules, le poitrail et les jambes de devant; le corps est composé des reins , des rognons , des côtés, du ventre et des flancs; l’arrière-main renferme la croupe, les hanches, la queue, les fesses, le grasset, les euisses, lejarret et le reste des jambes de derrière,

On a fait encore une autre division générale du cheval en quatre parties, savoir : la tête, le corps, le train de devant et le train de derrière ; le dos, les rognons, le ventre, les côtés et les flancs composent le corps; le train de devant est formé par l’encolure, les épaules, le poitrail et les jambes de devant; et le train de derrière par la croupe, laqueue, les hanches et les jambes de derrière,

On doit toujours regretter le temps qui est employé à expliquer et définir des termes d'art qui pourraient être changés en d’autres termes généralement connus. Par exemple, pourquoi dans le cheval le nez est-il appelé chanfrein ? pourquoi les narines ont-elles le nom de naseaux, et la mächoire inférieure celui de ganache , tandis qu'on a conservé les vrais noms du front, des lèvres, de la bouche et du menton, etc.? Il est certain que les naseaux du cheval ne ressemblent pas moins à des narines que son menton où sa ganache ne ressemble à un menton ou à une mâchoire inférieure ; ainsi les naseaux devraient porter le nom de narines, comme le menton porte le nom de menton. Il y a d'autres parties, comme les salières du cheval, pour lesquelles il faut des noms particuliers, parce qu'elles ne se trouvent que dans certains animaux; mais à quoi bon s'imposer la nécessité d'apprendre de nouveau des choses que l’on sait déja, en les tenant déguisées par des noms peu usités, au lieu de les présenter sous le nom le plus universellement reçu? C'est un reste de barbarie grossière , ou peut-être de pédanterie mystérieuse ; car ces différents noms pour la même chose ne viennent que d’un mélange de langues ou de jargons, Les charlatans, qui ne peuvent étaler qu’une vaine science de noms, en conservent l'usage, et obligent les autres à les apprendre; les artisans respectent cet usage, et ne sont pas même en état de s’y soustraire; ceux qui peuvent le faire doivent donc proscrire peu à peu toutes les dénominations superflues. Nous ne les emploierons que le moins que nous pourrons dans la suite de cet ouvrage; et une des principales raisons qui nous à oblisés à en rapporter les définitions, a été pour faire voir que l’on peut se passer de ces noms, parce qu'il y en a de meilleurs et de plus faciles, puisqu'on les sait d'avance. ;

On emploie des termes d'art pour dénommer les différentes couleurs du poil des chevaux, comme pour désigner les parties de leur corps, parce que la grande variété qui se trouve dans les couleurs et dans leurs nuances a fait multiplier les noms. Comme la plupart ne sont connus que des gens qui se sont appliqués à la connaissance des chevaux, il est à propos, pour faire entendre le langage des connaisseurs en ce genre, d'expliquer ces noms en même temps que nous détaillerons les différentes couleurs que l'on a remarquées dans ces animaux.

d96 DESCRIPTION

On aurait déjà pu faire observer que nous nous servons de termes impropres, en disant que les chevaux sont de différentes couleurs; l'usage est de dire qu'un cheval est de tel poil ou de telle robe, et non pas de telle couleur : cependant il est certain que ces deux expressions, poil et couleur , ne sont pas équivalentes, c'est pourquoi nous les emploierons chacune dans leur propre signification.

Quoiqu'il y ait beaucoup de diversité dans les couleurs des chevaux , cependant elles ne sont pas assez variées pour que l'on soit obligé, dans le détail que l’on fera, de suivre un ordre méthodique afin de les faire retenir de mémoire plus aisément: ainsi nous ne les distribuerons pas, comme on l’a déjà fait : en couleurs simples qui s'étendent sur tout le corps du cheval sans aucun mélange d'autres couleurs; en couleurs composées, c’est-à-dire celles qui sont mèlées d’autres couleurs; et en couleurs bizarres et extraordinaires. Selon cette méthode, les couleurs simples sont, le blanc, l’isabelle, l'alezan, le baï et le noir : les couleurs composées sont, le gris, le louvet, le rouan et le rubican; enfin les couleurs extraordinaires sont, le tigre, la pie, la porcelaine et l'aubère ou fleur de pêcher. Au lieu de suivre ces divisions, il vaut mieux commencer tout simplement, comme plusieurs auteurs , par les couleurs les plus communes et qui paraissent les plus naturelles au cheval, tandis que les autres ne semblent lui appartenir qu’en tant qu'il se trouve au rang des animaux domestiques. En effet, si l’on observe que le jaune, le roux ou le brun, ou, pour tout dire en un mot, le fauve, est la couleur la plus ordinaire et, pour ainsi dire , la plus naturelle aux animaux sauvages, et que le bai, c'est-à-dire le mélange et les différentes teintes des mêmes couleurs que nous venons de nommer, est la couleur la plus commune aux chevaux, on ne sera pas éloigné de croire que si cesanimaux étaient sauvages, ils seraient tous de couleur baie, au moins dans notre climat, et que l'explication de cette couieur doit précéder toutes les autres.

Le bai est la couleur de châtaignerougeâtre; elle a plusieurs nuances que l’on distingue par les dénominations suivantes; bai clair ou lavé, bai chàtain, bai marron, bai brun, bai doré, baï sanguin ou d'écarlate, et bai à miroir. Les chevaux baisbruns sont d'une couleur brune très-obseure et presque noire, excepte aux flancs et au bout du nez où ils ont une couleur rousse, c’est ce qu'on appelle avoir du feu. On conçoit aisément que le bai doré n’est qu'une couleur jaune. Les chevaux bais à nuroir ou bais miroités sont ceux qui ont sur la croupe des marques d’un bai plus obscur que le reste du corps: cependant on donne aussi le même nom de bai à miroir ou de bai miroité aux chevaux bais châtains qui ont beaucoup de taches rondes d'un bai plus clair, ou plutôt à ceux qui ont sur la

croupe des marques d'un bai plus obseur; de sorte qu'on pourrait dire qu'ils sont pommelés, s'il était d'usage d'employer ce mot pour d'autres que pour des chevaux gris. En général tous les chevaux bais ont les extrémités, les crins et la queue noirs.

Il y a trois sortes de couleurs noires, qui sont : le noir mal teint, le noir ordinaire et le noir gai ou jais. Le premier a une teinte de brun ou de roussâtre; on pourrait peut-être en faire une sorte de bai brun : aussi le noir n'est-il guère moins comrun que le bai. Les chevaux noirs mal teints ont les flancs et les extrémités d'une couleur lavée et moins foncée que celle du reste du corps. Le noir gai est clair, lisse et très-noir. On a aussi donné au noir fort vif le nom de noir more ou moreau.

Le poil isabelle est jaune ; les crins et la queue sont blancs dans certains chevaux de couleur isabelle, et noirs dans d'autres. Ceux-ci ont une raie noire qui s'étend le long de l’épine du dos jusqu’à la queue ; c’est ce qu'on appelle la raie de mulet. L'isabelle a plusieurs nuances. Celle où il y a le moins de jaune est nommée soupe de lait, c'est un blanc sale ou mêlé d’une teinte de jaune très légère ; on l’a comparée à la couleur d’une soupe au lait dans laquelle on a mêlé des jaunes d'œufs. L'isabelle clair a un peu plus de jaune, l’isabelle commun encore davantage; l’isabelle doré est d'un jaune plus vif, et enfin l’isabelle foncé est d’un jaune plus saturé.

Le louvet ou poil de loup approche de la couleur de cet animal. 1] y a des louvets clairs et d'autres obscurs; ils ont tous des teintes d’isabelle, et quelquefois on y voit la raie de mulet.

L'alezan est une sorte de bai roux ou cannelle. Il y en a plusieurs nuances qui sont l’alezan clair, comme la couleur du poil de vache, l’alezan commun, qui n'est ni brun ni clair, l’alezan bai qui tire sur le roux, l’alezan obscur et l'alezan brûlé qui est foncé et fort brun. Il se trouve des chevaux alezans qui ont les crins et la queue blancs, et d’autres qui les ont noirs.

Lorsqu'un cheval bai, noir ou alezan, a des poils blancs parsemés sur le corps, principalement sur les flancs, on dit qu'il a du rubican.

Le rouan est mêlé de rouge et de blanc; on l’a aussi défini comme un mélange de blanc, de gris sale et de bai. On distingue deux ou trois sortes de rouan qui sont : le rouan ordinaire, le rouan vineux qui tire plus sur le rouge et qui approche de la couleur du vin, et le rouan cap-de-maure ou cavesse-demaure. Les chevaux de cette couleur ont la tête et les extrémités blanches, et le reste du corps est rouan, ou, selon quelques auteurs, gris sale.

Les chevaux gris ont le poil mêlé de blanc et de noir ou de bai. On distingue plusieurs sortes de chevaux gris, savoir, les gris pommelés , les gris argentés, gris sales, etc. Les gris pommelés ont sur

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la croupe et sur le corps plusieurs taches rondes, les unes plus noires, les autres plus blanches, assez également distribuées; les chevaux gris argentés n'ont que très-peu de poils noirs qui sont parsemés sur un fond blanc, lisse et luisant en quelque façon comme de l'argent; le poil des chevaux que l'on appelle gris sale a beaucoup de brun et de noir avec le blanc. On a vanté les crins blanes dans les chevaux de couleur ; les gris bruns ont beaucoup de noir et peu de blanc; les gris rouges sont mélés de bai, de noir etde blanc; les gris vineux sont mêèlés de bai partout ; le gristruité est un fond blanc parsemé de roux par petites taches oblongues répandues assez également sur la tête et sur le corps; le gris tourdille est un gris sale qui approche de la couleur des grosses grives, comme le désigne le mot tourdille, qui vient de turdus, grive : les chevaux de ceite couleur ont des poils rougeätres et beaucoup de noir dans le blane ; le gris étourneau a aussi été dénommé de la sorte, parce qu'il ressemble en quelque façon à la couleur des étourneaux ou sansonnets ; il est encore plus brun que le gris sale, et conserve le même nom quoiqu'il y ait beaucoup de noir. Les chevaux gris tisonnés ou charbonnés ont sur un fond blane ou gris des taches noires, larges à peu près comme la main, et disposées irrégulièrement comme si on les avait formées avec un tison : lorsque ces taches sont larges, on donne aussi à ces chevaux le non de tigres. Les chevaux gris de souris ont pour l'ordinaire les extrémites noires et la raie de mulet : tous les chevaux gris deviennent blanes en vieillissant, parce que leurs poils bais ou noirs blanchissent avec l’âge; mais il est très-rare de voir des poulains entièrement blanes, et on peut reconnaître si un vieux cheval a été de poil gris, par les restes de cette même couleur qui paraissent aux genoux et aux jarrets.

La couleur appelée porcelaine est un gris mêlé de taches de couleur bleuâtre d'ardoise, à peu près comme la porcelaine blanche et bleue.

On nomme aubére, mille-fleur ou fleur de pêcher un mélange assez confus de bai, de blanc et d'alezan , dont le composé approche de la couleur des fleurs de pêcher.

Les chevaux pies ont du blanc et d'autres couleurs qui forment de grandes taches comme de grands placards disposés irrégulièrement. On distingue plusieurs sortes de chevaux pies, par les différentes couleurs qui se trouvent avec le blanc, savoir, les pies noirs qui sont blancs et noirs, les pies bais qui sont blancs et bais, et les pies alezans qui sont blancs et alezans.

De quelque couleur que soient les chevaux, ceux qui ont les extrémités , les crins et la queue noirs,

D07 tés de couleur moins foncée que celle du reste da corps, et, pour ainsi dire lavée, sont les moins esunies.

On donne le nom de zain aux chevaux qui n'ont point de poils blanes : ainsi les chevaux blancs, et tous ceux dont les couleurs sont mélangées de blanc, ne peuvent pas être appelés zains.

Lorsqu'il y a au front une marque blanche, on la nomme la pelote ou l'étoile. Cette marque est plus ou moins grande; mais si elle descend depuis le front jusqu'au bas de la tête, on lui donne le nom de chanfrein blane ou de belle face : c'est une bande blanche qui s'étend depuis le front jusqu'aux naseaux le long des os du nez, c'est-à-dire de cette partie que l’on appelle aussi le chanfrein, comme nous l’avons dit. On n'aime pas que la marque blanche anticipe sur les sourcils, ni qu’elle soit prolongée jusqu'au bout du nez; s’il y a une tache blanche sur cette partie, et qu’elle occupe toute la lèvre supérieure, on dit que le cheval boit dans son blanc : le même individu peut avoir tout à la fois la pelote, le chanfrein et le bout du nez blanc. Il y a plusieurs moyens de faire des pelotes artificielles, c’est-à dire de changer en blanc la couleur du poil ; pour cela on le détruit en entamant la peau ou en la brütant, ete.; le poil qui revient après que la plaie est guérie se trouve blanc. On a aussi divers procédés pour teindre les sourcils blancs et le poil gris ou blanc, en bai ou en noir; mais la couleur ne dure que jusqu’au temps de la mue, car le nouveau poil reparaît avec sa couleur naturelle.

Si un cheval a le bas de la jambe blanc, cette marque est nommée balzane; lorsqu'elle est frangée par le haut, ou terminée irrégulièrement par des pointes en forme de dents de scie, on lui donne le nom de balzane dentelée; si elle est marquée de noir, c'est une balzane herminée ou mouchetée, ou une jambe herminée; si elle s'étend jusqu'auprès du genou ou du jarret, on dit que le cheval est chaussé trop haut; s'il y en a une à la jambe de derrière et à la jambe de devant du même côté, on désigne le cheval par le nom de travat; mais si les balzanes sont à la jambe droite de devant et à la

| jambe gauche de derrière, ou lorsque c’est au con-

traire à la jambe gauche de devant et à la jambe droite de derrière , le cheval est appelé trastavat on transtravat; enfin s'il y a du blanc au bas des jambes, on dit que c’est un cheval balzan des quatre pieds. L

On ne peut exprimer toutes les teintes et toutes les nuances des couleurs des chevaux, ni déterminer la grandeur et la figure des marques et des taches que l'on observe sur ces animaux. Ce n’est pas qu'il y ait dans les chevaux beaucoup de cou-

sont les plus recherchés et passent pour être les | leurs essentiellement différentes; car je crois qu’on plus beaux ; ceux qui ont les flancs et les extrémi- | pourrait les imiter presque toutes avec du blanc,

DS du noir et de l’orangé; mais il y a tant de variétés dans ce mélange, qu'il n’est pas possible d’avoir autant de noms qu'il y a de différences sensibles daus les teintes. On trouvera donc souvent des chevaux dont les couleurs ne seront d'accord avec aucune des définitions de couleurs que nous venons de rapporter : mais il suffira qu'elles en approchent pour que l’on puisse les exprimer, en modifiant les dénominations reçues, el dans certains cas il faut en employer d’autres.

La position, la figure et l'étendue des taches varient plus ou moins, de même que les couleurs, dans chaque individu des animaux domestiques. On a prétendu que ces différences , sensibles à l'extérieur, pouvaient nous faire juger de l'intérieur des chevaux, et on a pris les teintes des couleurs et leur arrangement pour des signes réels, qui dénotaient les bonnes ou mauvaises qualités de ces animaux, non-seulement par rapport à la constitution du tempérament, mais encore par rapport à l'instinetetaux mœurs de chaque cheval. Sion avait pu se fier à de tels indices, il aurait fallu, avant que d'en tirer des conséquences, faire des recherches sur les animaux sauvages; leurs couleurs sont beaucoup plus constantes et ne varient guère que par l'âge, le climat et les saisons : aussi chaque espèce a ses couleurs distinctes, chaque espèce a aussi des qualités relatives au tempérament et à l'instinct, qui sont plus évidentes qu’elles ne peuvent l'être dans les individus de la même espèce: ainsi en opposant une espèce à une autre pour les couleurs du poil et pour les bonnes et les mauvaises qualités des individus en général, on a l’avantage de comparer des extrêmes, tandis qu'en n'observant que les individus d'une seule espèce, on ne découvre que les mêmes qualités individuelles, plus ou moins marquées, mais toujours ressemblantes par rapport aux caractères spécifiques.

Si on avait fait de bonnes recherches sur ce sujet, le faux préjugé n'aurait pas duré si longtemps, et aujourd'hui tous les connaisseurs en chevaux seraient d'accord avec les meilleurs observateurs en ce genre, qui ne font aucun cas des prétendus signes que l’on a tirés de la couleur du poil. L'expérience a détruit cette erreur, et on a mis en axiomequ'il y a de bons chevaux de tout poil. Tout ce qu'on peut dire en faveur de l'ancien préjugé, c'est que l’on soupçonne que les chevaux de poil gris, et principalement de gris-sale , sont sujets à avoir mauvaise vue, et qu'il ÿ a moins de force et de vigueur dans ceux dont le poil est de couleur claire, surtout s'il est de couleur encore moins foncée sur les flancs et au bout du nez que sur le reste du corps : on suppose au contraire qu'ils sont vigoureux. s'il y a du feu, c’est-à dire du bai vif dans ces mêmes endroits; mais on a vu par l'expérience, que ces marques sont très-fautives : on

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ne doit done avoir égard aux couleurs, qu'autant qu'elles influent sur la beauté et sur le prix des chevaux. La rareté de certaines couleurs les fait aussi beaucoup valoir ; car le bon goût n’a jamais pu empêcher que les choses les plus rares ne soient souvent préférées aux plus belles.

Je crois que certaines couleurs, et surtout les marques ou les taches qui se trouvent sur la face de plusieurs chevaux, nous en imposent et nous trompent par une fausse apparence; car elles changent la physionomie de l’animal et le masquent, pour ainsi dire. Par exemple, on a cru que les chevaux qui avaient la bande du chanfrein blane, discontinuée et interrompue dans le milieu de la face, étaient bizarres et fantasques; n'est-ce pas parce que cette interruption leur donne un air extraordinaire, comme des cicatrices sur le visage d’un homme rendent sa physionomie plus dure?

L'étoile au front des chevaux n’a peut-être passé pour un augure, que parce qu’elle est placée dans le milieu du front, et qu'il n'y a pas dans toute la face un endroit plus favorable pour qu'elle rende la physionomie ouverte, et pour qu’elle ne choque pas la vue : je croirais aussi que les balzanes n'ont été si bien observées, que parce qu'étant sur une partie qui est souvent en mouvement, ellesont plus frappé la vue que les autres taches, et qu’on neles a prises le plus souvent pour de mauvais signes, que parce qu’en rendant les pieds sur lesquels elles se trouvent plus apparents par leur blancheur, on s'est imaginé en voyant le cheval en marche, que les pieds balzans s’approchaient de plus près que les autres, et qu'il était sujet à se laisser tomber. Ceux qui ont les quatre pieds balzans n'en ont pas été soupçonnés, parce qu'il n’y a pas la même apparence d’inégalité dans leur démarche; mais ii est inutile de discuter plus longtemps cette matière et de combattre des préjugés que les meilleurs connaisseurs en chevaux ont abandonnés. Leur exemple détrompera mieux les autres que des raisons : quand la vérité est connue , il ne faut plus que du temps pour détruire l'erreur.

Je reviens aux observations que l'on a faites sur le poil des chevaux, et principalement par rapport à son arrangement sur certaines parties.

Tous les chevaux des pays orientaux et méridionaux, c'est-à-dire des pays les plus chauds, comme les chevaux turcs, les persans, les arabes et les barbes, ont le poil beaucoup plus ras que les autres : on voit bien que la température du climat en est la cause, mais il serait difficile d’en donner la raison. ”

L'épi ou la molette est un arrangement de poils disposés à peu près comme les pétales d'une fleur simple; c'est pourquoi on à comparé l'épi à un petit œillet. C’est un point d’où les poils partent comme d'un centre, et se renversent de façon

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qu'ils forment une cavité conique comme un petit entonnoir. Il y a ordinairement de ces épis, au poitrail et sur le ventre près des cuisses; il se trouve des chevaux qui en ont en d’autres endroits : on en voit quelquefois deux ou trois séparés ou réunis sur le front ou sur le pli de la cuisse par-derrière.

L'épée romaine est une sorte de sillon formé par le poil qui est renversé ; c'est un épi allongé, dont on a comparé la figure à celle des épées qui étaient en usage chez les Romains : cette épée romaine s'étend le long du haut de l’encolure près de la crinière. Il n'y a que peu de chevaux qui l’aient, et ils sont fort recherchés par les gens qui sont le plus difficiles à satisfaire sur le poil des chevaux ; quelquefois il se trouve une épée romaine de chaque côté de la crinière, le cheval en est encore plus estimé.

On pourrait juger au simple énoncé des termes dont nous avons fait mention, quele cheval est un des animaux qui nous sont le plus utiles , puisque la plupart des parties de son corps et des variétés de ses couleurs ont des noms particuliers qui ne sont usités que pour lui. Une pareille attention pour le cheval n’a pu avoir d'autre motif que notre propre intérêt, mais la perfection que nous exigeons dans toutes les parties de cet animal pour le rendre beau est autant une preuve du plaisir qu'il nous fait, que de l'utilité que nous en tirons. Le bœuf nous est bien aussi utile que le cheval, puisqu'il nous sert d’aliment ; cependant un beau bœuf n’est qu'un bœuf gros et gras : on a vu au contraire dans l'histoire naturelle du cheval, de combien de conditions dépend la beauté de cet animal, que Buffon a représenté dans l'état de la belle nature. On a fait des règles pour juger de la beauté des chevaux; mais en déterminant toutes les proportions de leur corps, on n’a pas eu seulement en vue l'élégance de leur taille, on a aussi considéré les différents usages auxquels nous employons ces animaux : ainsi, toute proportion par laquelle leur corps est affaibli ou appesanti, toute proportion qui le rend moins propre au service ou malsain, n’est pas un moindre défaut que celle qui y causerait une difformité. Je vais exposer les moyens de connaître quelques-uns de ces défauts, selon les observations des meilleurs écuyers, et de juger des imperfections qui défigurent la plupart des chevaux ; car la perfection et la beauté sont très-rares en tout genre.

Lorsque le cheval a la tête grosse et carrée au lieu de l'avoir petite, elle est difforme, et elle pèse ordinairement à la main; si elle est chargée de chair de façon qu'on puisse la mettre au rang de celles que l'on appelle tétes grasses, le cheval est sujet au mal des yeux ; cependant si elle était sèche au point d'être décharnée, les yeux n’en seraient pas plus sains, car les extrêmes sont toujours dan-

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