DU TAUREAU
pied. Mais le taureau est à peu près dans le même cas lorsqu'on le compare avec d'autres animaux qui ont deux doigts au lieu d'un ; en les décrivant, nous chercherons successivement les différences, même les plus légères, que nous pourrons trouver entre ces animaux , comme nous avons fait pour le cheval et l'âne.
A présent il est question d'exposer la conformation principale de tous les quadrupèdes à pied fourchu, en décrivant le taureau, qui se présente le premier ; eette description servira en grande partie
pour le bélier, le boue, comme la description du |
cheval a servi pour celle de l'âne. Nous décrirons donc le taureau dans un aussi grand détail que le cheval , tant pour les parties molles que pour le squelette ; mais cet animal nous servira d'objet de comparaison, et la description que nous en avons faite suppléera à celle du taureau dans tous les cas où il y aura de la ressemblance entre ces deux animaux.
Les dénominations des parties extérieures du cheval, dont nous avons donné l'explication dans la description de cet animal , doivent être appliquées pour la plupart aux parties du taureau qui correspondent à celles du cheval, et qui leur ressemblent assez pour être susceptibles de comparaison et porter les mêmes noms : ainsi nous emploierons ceux qui sont en usage, sans les expliquer de nouveau. Mais il est nécessaire, pour l'intelligence de la description du taureau , de faire ici mention de certaines parties que cet animal a de plus que le cheval, et de celles qui diffèrent assez des mêmes parties considérées dans le cheval , pour qu'on leur ait dônné des noms différents, universellement reçus; et enfin de rappeler les noms propres de celles qui ne sont pas déguisées par des termes d’art, comme dans le cheval.
On appelle mufle la partie inférieure de la tête du taureau, qui est plus courte et plus large que la même partie de la tête du cheval ou de l'âne qui a été désignée dans la description de ces deux animaux par le nom de museau; on dit aussi le inuseau d’un chien, d'un blaireau, ete., le mufle d'un lion , d’un ours.
Lorsqu'il est question du taureau, le cou ne porte pas le nom d'encolure , le dos celui de reins, et les reins celui de rognons , comme dans le cheval; le cou, le dos et les reins, c'est-à-dire les lombes, sont appelés de leurs vrais noms, comme il faudrait en histoire naturelle que chaque chose portât le sien propre et unique, sans aucun déguisement de nomenclature.
On a donné le nom de chignon à la partie antérieure et supérieure du cou du taureau.
Le fanon est la peau qui pend sous la mâchoire inférieure et le long du gosier, et qui descend audessous du poitrail entre les jambes de devant jus-
qu'aux genoux. Cette signification du mot fanon appliqué au taureau est bien différente de celle qu'on lui donne par rapport au cheval, sur lequel ce même mot désigne un bouquet de poil qui se trouve derrière le boulet.
La même partie qui porte le nom d'ergot dans le cheval doit le conserver dans le taureau; il faut seulement faire attention que cet animal a deux ergots au lieu d'un dans chaque jambe, comme nous le dirons dans la suite.
La couronne de poil qui est au bas du paturon du cheval se trouve aussi dans le même endroit du pied du taureau : ainsi cette dénomination ne doit pas ètre changée, quoique l’on ne puisse pas donner dans la description du squelette du taureau le nom d'os coronaire, ni d'os du paturon, aux os qui se trouvent sous la couronne etdans le paturon, comme nous l'expliquerons à l’article du squelette.
Le taureau a la troisième phalange de chaque doigt enveloppée d’une matière de corne, comme le cheval : ainsi il n’est pas douteux que cette corne ne doive porter le nom de sabot dans l'un comme dans l’autre de ces animaux. Cependant on a donné le nom d'ongles aux sabots du taureau ; ce nom est fort impropre, puisqu'il ne doit signifier que la corne qui se trouve sur la partie supérieure des doigts, et non pas celle qui l'enveloppe en entier. Les animaux fissipèdes ont des ongles ou des griffes ; le chameau a aussi des ongles, puisque la corne ne couvre que la face supérieure de la troisième phalange de ses doigts ; mais le taureau , le bélier, le bouc, etc., ont de vrais sabots, qui ne diffèrent de ceux des solipèdes que parce qu’il s'en trouve deux dans chaque pied.
Quoiqu'il y ait bien moins de variété dans les couleurs du taureau que dans celles du cheval , on emploie, pour les désigner, à peu près les mêmes termes d'art , toutes les fois qu'ils sont applicables. Ainsi nous ne rappellerons point les définitions de ces termes ; il suffira d'ajouter, par rapport au taureau, que l'on dit communément qu'il est sous tel poil, tandis que les écuyers disent qu'un cheval est de tel poil; mais quoi qu'il en soit de cette différence d'expression , nous substituerons ici, comme à l’article du cheval, le mot de couleur à celui de poil, par la raison que nous en avons rapportée dans la description du cheval.
La couleur la plus ordinaire, et par conséquent la plus naturelle au taureau , est le fauve. Il y a lieu de croire que si nous avions des taureaux sauvages, ils seraient de cette même couleur ; mais dans nos taureaux domestiques elle se trouve souvent mêlée avec le noir et le blanc, et on en voit de noirs et de blancs.
Il y a donc des taureaux bais ; il y en a de rouges ou roux, de bruns, de gris et de mouchetés, c’est à-dire pommelés, ete. On peut dire en général
qu'ils ont toutes les teintes de fauve, et que cette couleur se trouve avec le blanc, le brun et le noir par taches variées , sans aucune règle constante. Le taureau a un épi au milieu du front ; et j'ai observé sur des bœufs que les poils qui couvrent la partie supérieure du cou , à l’endroit qui est à peu près également éloigné du garrot et de la tête, sont hérissés sur une ligne transversale, parce que les poils qui sortent de la peau au côté antérieur de cette ligne s'étendent en avant , et que ceux qui se trouvent au côté postérieur sont dirigés en arrière. On a cru pouvoir juger des bonnes ou des mauvaises qualités des taureaux , des bœufs et des vaches comme de celles des chevaux , par les couleurs du poil. On a fait des règles pour reconnaître ces indices, que l'on prétend être fondées sur les humeurs pituiteuses , flegmatiques , bilieuses ou mélancoliques, que l’on croit dominer dans le tempérament de ces animaux , et se manifester au dehors par les couleurs de leur poil; mais en pareil cas , des observations suivies sur les bonnes ou mauvaises qualités des animaux , seraient préférables à tous les raisonnements des humoristes ; et je ne doute pas qu'on ne parvint bientôt par ce moyen à prouver que les couleurs du poil n’indiquent rien de plus pour les qualités des taureaux , des bœufs et des vaches, que pour celles des chevaux; on peut voir à ce sujet ce qui a été rapporté dans la description du cheval. Il est plus probable que le poil épais, luisant, uni et doux désigne un bon tempérament, ou au moins la bonne santé de l'animal, parce qu’il y a lieu de croire que les sucs qui ont formé ce poil et quile nourrissent sont de bonne qualité, et sortent de viscères sains et bien organisés : en général le poil des taureaux est plus doux et plus souple que CARE COENAR PP. de Le taureau n’a presque aucune expression dans la physionomie : lorsqu'on le regarde en face il ne présente qu'un front vaste et concave , et un mufle large et épais ; les yeux sont couverts par de grosses éminences. Cet animal n’a aucun trait décidé dans la physionomie , et par conséquent on n’y distingue aucune finesse d'instinct;, on n'aperçoit qu'une masse presqueinforme , qui ne peut annoncer que la stupidité. Les oreilles appesantissent encore la tête du taureau par leur position basse et leur direction horizontale ; mais le front est relevé par deux cornes , dont les courbures sont symétriques et régulières. Chaque corne, au sortir de la tête, s’étend à côté, se recourbe en haut et en dedans, et enfin se prolonge encore en haut et un peu en arrière à son extrémité, qui est terminée en pointe; l'intervalle qui se trouve entre les deux cornes est proportionné à la largeur du front, et quoiqu'elles
semblent être courtes par rapport à la longueur de |
la tête, elles n’en paraissent que plus fermes et plus
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assurées ; le bout du mufle est aussi un peu animé par les traits des naseaux et de la bouche. Lorsque la tête est vue de profil , on ne latrouve pas silourde qu'en face, les yeux qui sont grands et apparents en ornent le milieu et font disparaître en partie le grand espace qui est entre les cornes et le bout du muüfle ; mais lorsque les yeux s’animent, et surtout lorsque la tête se meut, tous les traits semblent se rapprocher par des mouvements qui ne laissent voir qu’en raccourci les parties les plus brutes de la face. C'est ainsi que l'expression de la férocité succède dans le taureau à celle de la stupidité ; mais, quelque attitude qu’il prenne, son port est toujours grossier et pesant. Voyez cet animal en repos, il paraît appesanti par le grand volume de la partie antérieure du corps; il porte la tête basse, et son cou est si gros, qu’on le distingue à peine des épaules; le fanon descend jusqu'au genou comme une entrave, et ne laisse voir distinctement que la partie inférieure des jambes de devant, qui paraissent surchargées par le poids qu’elles supportent; la partie postérieure du corps, quoique moins grosse que l’antérieure, n’en est pas plus élégante; les hanches sont trop plates, trop larges, et terminées de tous côtés par des éminences trop grosses, de sorte qu'il n’y a aucun arrondissement dans la croupe, et pour peu que l'animal soit amaigri, il semble que les os.vont se faire jour à travers la peau, et s'il marche, l'on croit voir son squelette en mouvement.
Cependant un taureau doit passer pour un bel animal ; ce n’est que par comparaison avec d’autres animaux, et peut-être avec notre propre Corps, que nous y trouvons des défauts ; mais ces prétendus défauts doivent disparaître aux yeux du naturaliste. Il compare le corps massif du taureau à celui de l'éléphant et du rhinocéros, que la nature refuse à nos climats; il admire dans ces grandes masses vivantes la toute-puissance du Créateur qui les fait mouvoir; et en les observant à l’intérieur, il reconnaît l'intelligence suprême qui a su former des organes différents dans diverses espèces d'animaux.
LA BREBIS
Ordre des Ruminants à cornes, genre Mouton.
( Cuvier. )
L'on ne peut guère douter que les animaux actuellement domestiques n'aient été sauvages auparavant : ceux dont nous avons donné l'histoire en ont fourni la preuve, et l'on trouve encore aujourd'hui des chevaux, des ànes et des taureaux sauvages. Mais l'homme, qui s’est sou-
NO
lOIN
DE LA BREBIS
mis tant de millions d'individus, peut-ilse glorifier d’avoir conquis une seule espèce entière ? Comme toutes ont été créées sans sa participation , ne peut-on pas croire que toutes ont eu ordre de croître et de multiplier sans son secours ? Cependant, si l'on fait attention à la faiblesse et à la stupidité de la brebis; si l'on considère en mêmetemps que cet animalsans défense ne peut même trouver son salut dans la fuite; qu'il a pour ennemis tous les animaux carnassiers, qui semblentle chercher de préférence et le dévorer par goût, que d’ailleurs cette espèce produit peu , que chaque individu ne vit que peu de temps, ete. ; on serait tenté d'imaginer que dès les commencements la brebis a été confiée à la garde del’homme, qu'elle a eu besoin desa protection pour subsister , et de ses soins pour se multiplier, puisqu'en effet on ne trouve point de brebis sauvages dans les déserts; que dans tous les lieux où l'homme ne commande pas, le lion, le tigre, le loup , règnent par la force et par la cruauté ; que ces animaux de sang et de carnage vivent plus longtemps et multiplient tous beaucoup plus que la brebis; et qu'enfin, si l'on abandonnait encore aujourd'hui dans nos campagnes les troupeaux nombreux de cette espèce que nous avons tant multipliée, ils seraient bientôt détruits sous nos yeux, et l'espèce entière anéantie par le nombre et la voracité des espèces ennemies.
Il paraît donc que ce n’est que par notre secours et par nos soins que cette espèce a duré, dure, et pourra durer encore : il paraît qu'elle ne subsisterait pas par elle-même. La brebis est absolument sans ressource et sans défense: le bélier n’a que de faibles armes, son courage n’est qu'une pétulance inutile pour lui-même, incommode pour les autres, et qu'on détruit par la castration. Les moutons sont encore plus timides que les brebis; c'est par crainte qu'ils se rassemblent si souvent en troupeaux; le moindre bruit extraordinaire suffit pour qu'ils se précipitent et se serrent les uns contre les autres , et cette crainte est accompagnée de la plus grande stupidité ; car ilsne savent pas fuir le danger , ils semblent même ne pas sentir l'incommodité de leur situation; ils restent où ils se trouvent , à la pluie, à la neige; ils y demeurent opiniâtrément , et pour les obliger à changer de lieu et à prendre une route, il leur faut un chef, qu'on instruit à marcher le premier, et dont ils suivent tous les mouvements
sy
pas à pas. Ce chef demeurerait lui-même avec le reste du troupeau , sans mouvement, dans la même place , s'il n'était chassé parle berger ou excité par le chien commis à leur garde , lequel saiten effet veiller à leursüreté, les défendre , les diriger , les séparer , les rassembler et leurcommuniquer les mouvements qui leur manquent.
Ce sont donc de tous les animaux quadrupèdes les plus stupides; ce sont eeux qui ont le moins de ressource et d’'instinct. Les chèvres, qui leur ressemblent à tant d'autres égards, ont beaucoup plus de sentiment; elles savent se conduire , elles évitent les dangers, elles se familiarisent aisément avec les nouveaux objets , au lieu que la brebis ne sait ni fuir, ni s'approcher : quelque besoin qu’elle ait de secours, elle ne vient point à l'homme aussi volontiers que la chèvre, et, ce qui dans les animaux paraît être le dernier degré de la timidité ou de l’'insensibilité , elle se laisse enlever son agneau sans le défendre, sans s’irriter, sans résister et sans marquer sa douleur par un cri différent du bélement ordinaire.
Mais cet animal si chétif en lui-même , si dépourvu de sentiment , si dénué de qualités intérieures, est pour l'homme l'animal le plus précieux, eelui dont l'utilité est la plus immédiate et la plus étendue : seul il peut suffire aux besoins de première nécessité ; il fournit tout à la fois de quoi se nourrir etse vêtir, sans compter les avantages particuliers que l’on sait tirer du suif, du lait, de la peau, et même des boyaux , des os.et du fumier de cet animal, auquel il semble que la nature n'ait, pour ainsi dire, rien accordé en propre, rien donné que pour le rendre à l'homme.
L'amour, qui dans les animaux est le sentiment le plus vif et le plus général , est aussi le seul qui semble donner quelque vivacité , quelque mouvement au bélier : il devient pétulant, ilse bat, il s’élance contre les autres béliers, quelquefois même il attaque son berger; mais la brebis, quoiqu'en chaleur, n’en paraît pas plus animée, pas plus émue; elle n’a qu'autant d'instinct qu'il en faut pour ne pas refuser les approches du mâle, pour choisir sa nourriture et pour reconnaitre son agneau. L'instinct est d'autant plus sûr qu'il est machinal, et, pour aivsi dire, plus inné; le jeune agneau cherche lui-même, dans un nombreux troupeau, trouve et saisit la mamelle de sa mère, sans jamais se méprendre, L'on dit aussi que les moutons sont sensibles aux douceurs du chant, qu'ils pais-
sent avec plus d’'assiduité, qu'ils se portent mieux , qu'ils engraissent au son duchalumeau, que la musique a pour eux des attraits ; mais l'on dit encore plus souvent, et avec plus de fondement, qu'elle sert au moins à charmer l'ennui du berger, et que c’est à ce genre de vie oisive et solitaire que l'on doit rapporter l'origine de cet art.
Ces animaux , dont le naturel est si simple, sont aussi d'un tempérament très-faible; ils ne peuvent marcher longtemps, les voyages les affaiblissent et les exténuent; dès qu'ils courent, ils palpitent et sont bientôt essoufflés; la grande chaleur, l'ardeur du soleil, les incommodent autant que l'humidité, le froid et la neige; ils sont sujets à grand nombre de maladies dont la plupart sont contagieuses ; la surabondance de la graisse les fait quelquefois mourir, et toujours elle empêche les brebis de produire; elles mettent bas difficilement, elles avortent fréquemment et demandent plus de soin qu'aucun des autres animaux domestiques.
Lorsque la brebis est prête à mettre bas, il faut la séparer du reste du troupeau et la veiller afin d'être à portée d'aider à l'accouchement. L’'agneau se présente souvent de travers ou par les pieds, et dans ces cas la mère court risque de la vie si elle n’est aidée. Lorsqu'elle est délivrée, on lève l'agneau et on le met droit sur ses pieds; on tire en même temps le lait qui est contenu dans les mamelles de la mère: ce premier lait est gâté et ferait beaucoup de mal à l'agneau; on attend done qu'elles se remplissent d'un nouveau lait avant que de lui permettre de teter ; on le tient chaudement, et on l'enferme pendant trois ou quatre jours avec sa mère pour qu'il apprenne à la connaître. Dans ces premiers temps, pour rétablir la brebis, on la nourrit de bon foin et d'orge moulue ou de son mêlé d’un peu de sel; on lui fait boire de l'eau un peu tiède et blanchie avec de la farine de blé, de fèves ou de millet : au bout de quatre ou cinq jours, on pourra la remettre par degrés à la vie commune et la faire sortir avec les autres; on obsævera seulement de ne la pas mener trop loin pour ne pas échauffer son lait : quelque temps après, lorsque l'agneau qui la tetteaura pris de la force et qu'il commencera à bondir, on pourra le laisser suivre sa mère aux champs.
On livre ordinairement au boucher tous les agneaux qui paraissent faibles, et l'on ne garde,
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pour les élever, que ceux qui sont les plus vigoureux, les plus gros et les plus chargés de laine: les agneaux de la première portée ne sont jamais si bons que ceux des portées suivantes. Si l'on veut élever ceux qui naissent aux mois d'octobre, novembre, décembre, janvier, février, on les garde à l'étable pendant l'hiver; on ne les en fait sortir que le soir et le matin pour teter, et on ne les laisse point aller aux champs avant le commencement d'avril : quelque temps auparavant, on leur donne tous les jours un peu d'herbe, afin de les accoutumer peu à peu à cette nouvelle nourriture. On peut les sevrer à un mois; mais il vaut mieux ne le faire qu'à six semaines ou deux mois. On préfère toujours les agneaux blancs et sans taches aux agneaux noirs ou tachés, la laine blanche se vendant mieux que la laine noire ou mêlée.
La castration doit se faire à l'âge de cinq ou six mois, ou même un peu plus tard, au printemps ou en automne, dans un temps doux.
Cette opération se fait de deux manières : la plus ordinaire est l'incision; on tire les testicules par l'ouverture qu'on vient de faire, et on les enlèveaisément : l'autrese fait sans incision; on lie seulement, en serrant fortementavecune corde, les bourses au-dessus des testicules, et l’on détruit par cette compression les vaisseaux qui y aboutissent. La castration rend l'agneau malade et triste, et l’on fera bien de lui donner du son mêlé d'un peu de sel pendant deux ou trois jours, pour prévenir le dégoût qui souvent succède à cet état.
A un an, les béliers , les brebis et les moutons perdent les deux dents du devant de la mâchoireinférieure : ils manquent, comme l’on sait, de dents incisives à la mâchoire supérieure. À dix-huit mois, les deux dents voisines des deux premières tombent aussi, et à trois ans, elles sont toutes remplacées : elles sont alors égales et assez blanches; mais à mesure que l'animal vieillit, elles se déchaussent, s'émoussent, et deviennent inégales et noires. On connait aussi l'âge du bélier par les cornes; elles paraissent dès la première année , souvent dès la naissance , et croissent tous les ans d’un anneau jusqu'à l'extrémité de la vie. Commurément les brebis n’ont pas de cornes; mais elles ont sur la tête des proéminences osseuses aux mêmes endroits où naissent les cornes des béliers. 11 y a cependant quelques brebis qui ont deux et même quatre cornes : ces brebis sont
DE LA BREBIS
semblables aux autres; leurs cornes sont longues de cinq ou six pouces, moins contournées que celles des béliers; et lorsqu'il y a quatre cornes, les deux cornes extérieures sont plus courtes que les deux autres.
Le bélier est en état d'engendrer dès l'âge de dix-huit mois, et à un an la brebis peut produire; mais on fera bien d'attendre que la brebis ait deux ans, et que le bélier en ait trois, avant de leur permettre de s'accoupler : le produit trop précoce, et même le premier produit de ces animaux, est toujours faible et mal conditionné. Un bélier peut aisément suffire à vingtcinq ou trente brebis. On le choisit parmi les pius forts et les plus beaux de son espèce : il faut qu'il ait des cornes, car il y a des béliers qui n’en ont pas; et ces béliers sans cornes sont, dans ces climats, moins vigoureux et moins propres à la propagation. Un beau et bon bélier doit avoir la tête forte et grosse, le front large, les yeux groset noirs, le nez camus, les oreilles grandes, le cou épais, le corps long et élevé, les reins et la croupe larges, les testicules gros, et la queue longue : les meilleurs de tous sont les blancs, bien chargés de laine sur le ventre, sur la queue, sur la tête, sur les oreilles et jusque sur les yeux. Les brebis dont la laine est la plus abondante , la plus touffue, la plus longue, la plus soyeuse et la plus blanche, sont aussi les meilleures pour la propagation, surtout si elles ont en même temps le corps grand, le cou épais et la démarche légère. On observe aussi que celles qui sont plutôt maigres que grasses produisent plus sürement que les autres.
La saison de la chaleur des brebis est depuis le commencement de novembre jusqu’à la fin d'avril : cependant elles ne laissent pas de concevoir en tout temps, si on leur donne, aussi bien qu'au bélier, des nourritures qui les échauffent, comme del'eausaléeet du pain dechènevis. On les laisse couvrir trois ou quatre fois chacune , après quoi on les sépare du bélier, qui s'attache de préférence aux brebis âgées et dédaigne les plus jeunes. L'on a soin de ne les pas exposer à la pluie ou aux orages dans le temps de l'accouplement : l'humidité les empêche de retenir, et un coup de tonnerre suffit pour les faire avorter. Un jour ou deux après qu'elles ontété couvertes, on les remet à laviecommune, et l'on cesse de leur donner de l'eau salée, dont l'usage continuel, aussi bien que celui du pain
de chènevis et des autres nourritures chaudes, ue manquerait pas de les faire avorter. Elles portent cinq mois, et mettent bas au commencement du sixième. Elles ne produisent ordinairement qu'un agneau, et quelquefois deux.
Dans les climats chauds, elles peuvent produire deux fois par an; mais en France, et dans les pays plus froids, elles ne produisent qu'une fois l'année. On donne le bélier à quelques-unes vers la fin de juillet etau commencement d'août, afin d’avoir des agneaux dans le mois de janvier; on le donne ensuite à un plus grand nombre dans les mois de septembre, d'octobre et de novembre, et l'on a des agneaux abondamment aux mois de février, de mars et d'avril : on peut aussi en avoir en quantité aux mois de mai, juin, juillet, août et septembre, et ils ne sont rares qu'aux mois d'octobre, novembre et décembre.
La brebis a du lait pendant sept ou huit mois, et en grande abondance : ce lait est une assez bonne nourriture pour les enfants et pour les gens de la campagne ; on en fait aussi de fort bons fromages, surtout en le mêlant avec celui de vache. L'heure de traire les brebis est immédiatement avant qu'elles aillent aux champs, ou aussitôt après qu'elles en sont revenues : on peut les traire deux fois par jour en été, et une fois en hiver.
Les brebis engraissent dans le temps qu’elles sont pleines, parce qu’elles mangent plus alors que dans les autres temps. Comme elles se blessent souvent et qu'elles avortent fréquemment, elles deviennent quelquefois stériles, et font assez souvent des monstres : cependant , lorsqu'elles. sont bien soignées, elles peuvent produire pendant toute leur vie, c'està-dire jusqu'à l'âge de dix ou douze ans; mais ordinairement elles sont vieilles et maléficiées dès l'âge de septou huitans. Le bélier, qui vit douze ou quatorze ans, n’est bon que jusqu'à huit pour la propagation : il faut le bistourner à cet âge et l’engraisser avec les vieilles brebis. La chair du bélier, quoique bistourné et engraissé, a toujours un mauvais goût; celle de la brebis est mollasse et insipide, au lieu que celle du mouton est la plus succulente et la meilleure de toutes les viandes communes.
Les gens qui veulent former un troupeau et en tirer du profit achètent des brebis et des moutons de l’âge de dix-huit mois ou deux ans. On eù peut mettre cent sous la conduite d'un seul berger ; s’il est vigilant et aidé d'un d 58
bon chien, il en perdra peu. Il doit les précé-
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l'ombre de leur corps; enfin il faut éviter de les
der lorsqu'il les conduit aux champs, et les ac- | faire passer par des endroits couverts d'épi-
coutumer à entendre sa voix, à le suivre sans s'arrêter et sans s'écarter dans les blés, dans les vignes, dans les bois et dans les terres cultivées, où ils ne manqueraient pas de causer du dégât. Les coteaux et les plaines élevées au-dessus des collines sont les lieux qui leur conviennent le mieux : on évite de les mener paitre dans les endroits bas, humides et marécageux. On les nourrit pendant l'hiver à l’étable, de son, de navets, de foin, de paille, de luzerne, de sainfoin, de feuilles d'orme, de frène, ete. On ne laisse pas de les faire sortir tous les jours, à moins que le temps ne soit fort mauvais; mais c'est plutôt pour les promener que pour les nourrir ; et dans cette mauvaise saison, on ne les conduit aux champs que sur les dix heures du matin : on les y laisse pendant quatre ou cinq heures, après quoi on les fait boire et on les ramène vers les trois heures apres midi. Au printemps et en automne au contraire, on les fait sortir aussitôt que le soleil a dissipé la gelée ou l'humidité, et on ne les ramène qu'au soleil couchant : il suffit aussi dans ces deux saisons de les faire boire une seule fois par jour avant de les ramener à l’étable, où il faut qu'ils trouvent toujours du fourrage, mais en plus petite quantité qu’en hiver. Ce n’est que pendant l'été qu'ils doivent prendre aux champs toute leur nourriture; on les y mène deux fois par jour, et on les fait boire aussi deux fois : on les fait sortir de grand matin, on attend que la rosée soit tombée pour les laisser paître pendant quatre ou cinq heures, eusuite on les fait boire et on les ramène à la bergerie ou dans quelqu'autre endroit à ombre : sur les trois ou quatre heures du soir, lorsque la grande chaleur commence à diminuer, on les mène paitre une seconde fois jusqu'à la fin du jour : il faudrait même les laisser passer toute la nuit aux champs, comme on le fait en Angleterre, si l'on n'avait rien à craindre du loup; ils n’en seraient que plus vigoureux , plus propres et plus sains. Comme la chaleur trop vive les incommode beaucoup, et que les rayons du soleil leur étourdissent la tête et leur donnent des vertiges, on fera bien de choisir les lieux opposés au soleil, et de les mener le matin sur des coteaux exposés au levant, et l'après-midi sur des coteaux exposés au couchant, afin qu'ils aient en paissant la tête à
nes, de ronces, d'ajones , de chardons, si l'on veut qu'ils conservent leur laine.
Dans les terrains secs, dans les lieux élevés, où le serpolet et les autres herbes odoriférantes abondent , la chair du mouton est de bien meilleure qualité que dans les plaines basses et dans les vallées humides , à moins que ces plaines ne soient sablonneuses et voisines de la mer; parce qu'alors toutes les herbes sont salées, et la chair du mouton n'est nulle part aussi bonne que.
dans ces pacages ou prés salés ; le lait des brebis y est aussi plus abondant et de meilleur goût. Rien ne flatte plus l'appétit de ces animaux que le sel; rien aussi ne leur est plus salutaire, lorsqu'il leur est donné modérément ; et dans quelques endroits on met dans la bergerie un sac de sel ou une pierre salée qu'ils vont tous lécher tour à tour.
Tous les ans il faut trier dans le troupeau les bêtes qui commencent à vieillir, et qu'on veut engraisser : comme elles demandent un traitement différent de celui des autres, on doit em faire un troupeau séparé; et si c’est en été, on les mènera aux champs avant le lever du soleil, afin de leur faire paitre l'herbe humide et chargée de rosée. Rien ne contribue plus à l'engrais des moutons que l’eau prise en grande quantité, et rien ne s’y oppose davantage que l'ardeur du soleil; ainsi on les ramènera à la bergerie sur les huit ou neuf heures du matin avant le grande chaleur, et on leur donnera du sel pour les exciter à boire : on les mènera une seconde fois sur les quatre heures du soir dans les pacages les plus frais et les plus humides. Ces petits soins continués pendant deux ou trois mois suffisent pour leur donner toutes les apparences de l'embonpoint, et même pour les engraisser autant qu'ils peuvent l'être; mais cette graisse, qui ne vient que de la grande quantité d'eau qu'ils ont bue, n’est, pour ainsi dire, qu'une bouffissure, un œdème qui les ferait périr de pourriture en peu de temps, et qu'on ne prévient qu'en les tuant immédiatement après qu'ils sesont chargés dé cette fausse graisse; leur chair mème, loin d’avoir acquis des sues et pris de la fermeté, n’en est souvent que plusinsipide et plus fade : il faut, lorsqu'on veut leur faire une bonne chair, ne se pas borner à leur laisser paitre la rosée et boire beaucoup d'eau, mais leur donner en même temps
DE LA BREBIS
des nourritures plus suceulentes que l'herbe. On peut les engraisser en hiver et dans toutes les saisons, en les mettant dans une étable à part, et en les nourrissant de farines d'orge , d'avoine, de froment, de fèves, ete., mêlées de sel, afin de les exciter à boire plus souvent et plus abondamment : mais de quelque manière et dans quelque saison qu'on les ait engraissés, il faut s'en défaire aussitôt; car on ne peut jamais les encraisser deux fois, et ils périssent presque tous par des maladies du foie.
On trouve souvent des vers dans le foie des animaux. On peut voir la description des vers du foie des moutons et des bœufs dans le Jourral des Savants ‘, et dans les Éphémérides d'Allemagne ?. On croyait que ces vers singuliers ne se trouvaient que dans le foie des animaux ruminants; mais M. Daubenton en a trouvé de tout semblables dans le foie de l'âne , et il est probable qu'on en trouvera de semblables aussi dans le foie de plusieurs autres animaux. Mais on prétend encore avoir trouvé des papillons dans le foie des moutons. M. Rouillé, ministre et secrétaire d'état des affaires étrangères , a eu la bonté de me communiquer une lettre qui lui a été écrite en 1749 par M. Gachet de Beaufort, docteur en médecine à Moutier en Tarentaise, dont voici l'extrait : « L'on a remarqué depuis longtemps que les « moutons (qui, dans nos Alpes, sont les meil- « leurs de l'Europe } maigrissent quelquefois « à vue d'œil, ayant les yeux blancs, chas- « sieux et concentrés, le sang séreux, sans « presque aucune partie rouge sensible, la lan- « gue aride et resserrée, le nez rempli d'un «© mucus jaunâtre, glaireux et purulent, avec « unedébilité extrème, quoique mangeant beau- « coup, et qu'enfin toute l’économie animale « tombait en décadence. Plusieurs recherches « exactes ont appris que ces animaux avaient « dans le foie des papillons blancs ayant des « ailes assorties, la tête semi-ovale, velue et « de la grosseur de ceux des vers à soie : plus « desoixante-dix, que j'ai fait sortir en compri- « mant les deux lobes, m'ont convaineu de la « réalité du fait. Le foie se dilaniait en même « temps sur toute la partie convexe. L'on n'en « a remarqué que dans les veines, et jamais « dans les artères; on en a trouvé de petits, « avec de petits vers , dans le conduit cystique.
4 Année 1668.
3 Tome V, années 1675 et 1676.
« La veine-porte etlacapsuledeGlisson, qui pa- « raissent s'y manifester comme dans l'homme, « cédaient au toucher le plus doux. Le poumon « etles autres viscères étaient sains, ete. » Il serait à désirer que monsieur le docteur Gachet de Beaufort nous eût donné une description plus détaillée de ces papillons, afin d’ôter le soupçon qu'on doit avoir que ces animaux qu'il a vus ne sont que les vers ordinaires du foie du mouton, qui sont fort plats, fort larges, et d'une figure si singulière, que du premier coup d'œil on les prendrait plutôt pour des feuilles que pour des vers.
Tous les ans on fait la tonte de la laine des moutons, des brebis et des agneaux : dans les pays chauds, où l'on ne craint pas de mettre l'animal tout à fait nu, l'on ne coupe pas la laine, mais on l’arrache, et on en fait souvent deux récoltes par an; en France, et dans les climats plus froids, on se contente de la couper une fois par an, avec de grands ciseaux , et on laisse aux moutons une partie de leur toison, afin de les garantir de l'intempérie du climat. C'est au mois de mai que se fait cette opération, après les avoir bien lavés, afin de rendre la laine aussi nette qu'elle peut l'être : au mois d'avril, il fait encore trop froid ; et si l’on attendait les mois de juin et de juillet, la laine ne croitrait pas assez pendant le reste de l'été, pour les garantir du froid pendant l'hiver. La laine des moutons est ordinairement plus abondante et meilleure que celle des brebis. Celle. du cou et du dessus du dos est la laine de la première qualité ; celle des cuisses, de la queue, du ventre, de la gorge, etc., n'est pas si bonne, et celle que l'on prend sur des bêtes mortes ou malades est la plus mauvaise. On préfère aussi la laine blanche à la grise, à la brune et à la noire, parce qu à la teinture elle peut prendre toutes sortes de couleurs. Pour la qualite, la laine lisse vaut mieux que la laine crépue ; on prétend même que les moutons dont la laine est trop frisée ne se portent pas aussi bien que les autres. On peut encore tirer des moutons un avantage considérable, en les faisant parquer, c’est-à-dire en les laissant séjourner sur les terres qu'on veut améliorer : il faut pour cela enclore le terrain, et y renfermer le troupeau toutes les nuits pendant l'été; le fumier, l'urine et la chaleur du corps de ces animaux ranimeront en peu de temps les terres épuisées, ou froides et infertiles. Cent moutons amélio-
reront, en un été, huit arpents de terre pour six ans.
Les anciens ont dit que tous les animaux ruminants avaient du suif : cependant cela n’est exactement vrai que de la chèvre et du mouton, et celui du mouton est plus abondant, plus blanc, plus sec, plus ferme et de meilleure qualité qu'aucun autre. La graisse diffère du suif en ce qu’elle reste toujours molle, au lieu que le suif durcit en se refroidissant. C’est surtout autour des reins que le suif s’amasse en grande quantité, etle rein gauche en est toujours plus chargé quele droit ; il y en a aussi beaucoup dans l'épiploon et autour des intestins ; mais ce suif n’est pas à beaucoup près aussi ferme ni aussi bon que celui des reins, de la queue et des autres parties du corps. Les moutons n'ont pas d'autre graisse que le suif, et cette matière domine si fort dans l'habitude de leur corps, que toutes les extrémités de la chair en sont garnies; le sang même en contient une assez grande quantité; et la liqueur séminale en est si fort chargée, qu'elle parait être d’une consistance différente de celle de la liqueur séminale des autres animaux. La liqueur de l'homme , celle du chien, du cheval, de l'âne, et probablement celle de tous les animaux qui n'ont pas de suif, seliquéfie par le froid, se délaie à l'air, et devient d'autant plus fluide qu'il y a plus de temps qu'elle est sortie du corps de l'animal; la liqueur séminale du bélier, et probablement celle du bouc et des autres animaux qui ont du suif, au lieu de se délayer à l'air, se durcit comme le suif,et perd toute sa liquiditéavec sa chaleur. J'ai reconnu cette différence en observant au microscope ces liqueurs séminales :
celle du bélier se fige quelques secondes après qu'elle est sortie du corps, et pour y voir les molécules organiques vivantes qu’elle contient en prodigieuse quantité, il faut chauffer le porteobjet du microscope, afin de la conserver dans son état de fluidité.
Le goût de la chair du mouton, la finesse de la laine , la quantité du suif, et même la grandeur et la grosseur du corps de ces animaux, varient beaucoup suivant les différents pays. En France, le Berri est la province où ils sont plus abondants; ceux des environs de Beauvais sont les plus gras et les plus chargés de suif, aussi bien que ceux de quelques autres endroits de la Normandie ; ils sont très-bons en Bourgogne ; mais les meilleurs de tous sont ceux