‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 88 sur 186 · DESCRIPTION DU BÉLIER · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU BÉLIER

EXTRAIT DE DAUBENTON

Les dénominations des parties du corps du bélier sont les mêmes que pour le taureau, excepté que le bélier n'a point de fanon, et que la partie anté rieure de la face porte le nom de museau, et non pas de mufle comme dans le taureau.

La couleur la plus ordinaire aux béliers, aux moutons et aux brebis, est le blanc sale ou le jaune

HISTOIRE NATURELLE DE LA CHEVREF. 597

päle; il y en aussi beaucoup de bruns noirâtres, et on en voit quantité qui sont tachetés de blane jaunätre et de noir. Tous ces animaux sont couverts de laine, qui est une sorte de poil bien différent de celui du cheval, de l'âne, et même du bœuf : la laine est composée de filaments forts, minces et très-flexibles, doux et gras au toucher, et contournés de façon qu'un flocon d'une laine frisée, qui n'a que quinze lignes de longueur, peut s’allonger jusqu'à trois pouces trois lignes, et même plus, lorsqu'on l'étend en ligne droite. Cette laine est sur le dos, sur les côtés du cou ; celle du reste du cou, des côtés du corps, du ventre, des épaules, est moins frisée et plus longue : mais la laine qui se trouve sur la face extérieure des cuisses et de la queue est plus dure , plus grosse et presque lisse; elle avait jusqu'à cinq pouces de longueur dans les béliers que j'ai observés : enfin la tête, la face intérieure des bras et des cuisses, et la partie inférieure des jambes n'est revêtue que d'une laine dure et courte qui ressemble plutôt à du poil qu'à de la laine ; elle n'avait qu'environ neuf lignes de longueur. F La physionomie de ces animaux est décidée au premier coup d'œil, et on peut Fexprimer en deux mots : les yeux gros et fort éloignés l'un de l'autre, les cornes abaissées, les oreilles dirigées horizontalement de chaque côté de la tête, le museau long eteffilé, le chanfrein arqué, sont des traits bien d'accord avec la douceur et l'imbécillité de cet animal. Les cornes sont de couleur jaunâtre ; chacune s'élève un peu en haut à son origine , et ensuite se replie en arrière et à côté, se prolonge en bas et en avant, etenfin se recourbe en haut et un peu de côté. Les cornes que j'ai vues à quelques brebis avaient à peu près la même direction que celles des béliers. Quoique les cornes de ces animaux soient placées de la façon la plus désavantageuse pour leur défense, et la plus ignoble pour leur physionomie, cependant les brebis qui n'ont point de cornes, les moutons et les agneaux, paraissent encore plus faibles et plus stupides que les beliers et les brebis auxquelles les cornes ne manquent pas. En généralle portetles attitudes des animaux de cette espèce ne marquent ni agilité, ni force, ni courage ; leur corps ne présente qu'une masse informe, posée sur quatre jambes sèches et raides : celles de devant sont droites comme des bâtons, et celles de derrière ont une courbure uniforme dont la concavité est en avant; la queue descend jusqu'au jarret, et reste collée contre le corps sans mouvement, comme une touffe de laine qu'on y aurait attachée. Lorsqu'il arrive que des béliers s'irritent et se disposent au combat, leur premier mouvement marque plutôt la crainte et la puSillanimité que l'ardeur et le courage; ils baissent la tête, et se tiennent immobiles en présence l'un de l'autre;

enfin ils s'approchent, et se choquent rudement ct à coups réitérés avec le front et la base des cornes, car la pointe est posée de façon qu'ils ne peuvent s'en servir : ils n'ont pas d'autre art pour se défendre ou pour attaquer, que d'opposer le front aux coups, ou de frapper avec le front; et dans les combats les plus opiniätres, l'œil est sans feu, et la bouche et les oreilles presque sans aucun mouvement.

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