DE LA CHÈVRE
nageait davantage; mais communément il ne sert que jusqu'à l'âge de cinq ans. On le réforme alors pour l'engraisser avec les vieilles chèvres et les jeunes chevreaux mâles que l'on coupe à l'âge de six mois, afin de rendre leur chair plus suceulente et plus tendre. On les engraisse de la même manière que l'on engraisse les moutons; mais, quelque soin qu'on prenne , et quelque nourriture qu'on leur donne, leur chair n'est jamais aussi bonne que celle du mouton, si ce n’est dans les climats très-chauds, où la chair du mouton est fade et de mauvais goût.
L'odeur forte du boue ne vient pas de sa chair, mais de sa peau. On ne laisse pas vieillir ces animaux, qui pourraient peut-être vivre dix ou douze ans : on s'en défait dès qu'ils cessent de produire; et plus ils sont vieux, plus jeur chair est mauvaise. Communément les boues et les chèvres ont des cornes; cependant il y a, quoique en moindre nombre, des chèvres et des boucs sans cornes. Ils varient aussi beaucoup par la couleur du poil. On dit que les blanches, et celles qui n'ont point de cornes sont celles qui donnent le plus de lait, et que les noires sont les plus fortes et les plus robustes de toutes. Ces animaux, qui ne coûtent presque rien à nourrir, ne laissent pas de faire un produit assez considérable; on en vend la chair, le suif, le poil et la peau. Leur lait est plus sain et meilleur que celui de la brebis : il est d'usage dans la médecine ; il se caille aisément, et l'on en fait de très-bons fromages : comme il ne contient que peu de parties butireuses, l'on ne doit pas en séparer la crème. Les chèvres se laissent teter aisément, même par les enfants, pour lesquels leur lait est une très-bonne nourriture ; e.les sont, comme les vaches et les brebis, sujettes à être tetées par la couleuvre, et encore par un oiseau connu sous lenom de feftechèvre ou crapaud volant, qui s'attache à leur mamelle pendant la nuit, et leur fair, dit-on, perdre leur lait.
Les chèvres n'ont point de äents incisives à la mâchoire supérieure; celles de la mâchoire inférieure tombent et se rencuvellent dans le mème temps et dans le même crdre que celles des brebis : les nœuds des cornes et les dents peuvent indiquer l'âge. Le nombre des dents n'est pas constant dansies chèvres: elles en ont ordinairement moins que les boues, qui ont aussi le poi! plus rude, la barbe et les cornes plus longues que les chèvres. Ces animaux,
comme les bœufs et les moutons, ont quatre estomacs et ruminent : l'espèce en est plus répandue que celle de la brebis; on trouve des chèvres semblables aux nôtres dans plusieurs parties du monde : elles sont seulement plus petites en Guinée et dans les autres pays chauds; elles sont plus grandes en Moscovie et dans les autres climats froids. Les chèvres d'Angora ou de Syrie, à oreilles pendantes , sont de la même espèce que les nôtres; elles se mêlent et produisent ensemble, même dans nos climats. Le mâle a les cornes à peu près aussi iongues que le bouc ordinaire , mais dirigées et contournées d'une manière différente; elles s'étendent horizontalement de chaque côté de la tête, et forment des spirales à peu près comme un tirebourre. Les cornes de la femeile sont courtes, et se recourbent en arrière, en bas et en avant; de sorte qu’elles aboutissent auprès de l'œil, et i! paraît que leur contour et leur direction varient. Le bouc et la chèvre d'Angora que nous avons vus à la ménagerie du roi, les avaient telles que nous venons de les décrire: et ces chèvresont, comme presque tous lesautres animaux de Syrie, le poil tres-long, très-fourni, et si fin qu'on en fait des étoffes aussi belles et aussi lustrées que nos étoffes de soie.
DESCRIPTION DU BOUC
{EXTRAIT DE PAUBENTON.)
Quoique le boue soit à peu près de la même grosseur que le bélier, et qu'il lui ressemble presque dans tous les détails des parties intérieures, cependant il en diffère beaucoup à l'extérieur; etil n'y a peut-être, exception faite de la grandeur, guère plus de ressemblance pour la figure, entre le bone et le bélier, qu'entre le bélier et le taureau. Ces trois animaux ont pour caractères communs les 0rganes de la rumination , les cornes, le pied fourchu, etc. Il y a autant de rapports entre eux, dans les parties molles de l'intérieur, qu'entre le cheval et l'âne; mais il y a bien plus de différence dans la figure extérieure du corps et dans celle des os.
Le bouc differe du bélier par la forme de la tête, la longueur et la direction des cornes , la grosseur des jambes , la qualité du poil et la variété de sa longueur ; car le bouc a une sorte de barbe sous la mâchoire inférieure , et une crinière le long du cou et du dos jusqu'à la queue.
Les couieurs les plus ordinaires du houc et de la
DESCRIPTION DU BOUC. É
chèvre sont le blanc et le noir; il y en a de blancs | supérieur de derrière à la hanteur de l'angle pos-
et de noirs en entier ; d'autres, en plus grand nombre, sont en partie blancs et en partie noirs; il s'en trouve aussi beaucoup qui ont du brun et du fauve. Le poil est de longueur inégale sur differentes parties du corps; partout il est plus ferme que le poil du cheval, mais moins dur que son crin. J'ai vu un bouc qui était en partie noir et en partie blanc, et qui avait de la laine de couleur blanchàtre, mélée avec le poil, sur le dos et sur le haut des côtés du corps, et disposée par flocons qui descendaient aussi bas que le poil, et même plus bas.
Il y a différentes races dans l'espèce du boue,
comme dans celle du cheval, mais elles ne sont |
pas si nombreuses ; nous ne connaissons guère en France que celle des boues et des chèvres que l'on a apportes d'Angora , et dont la race se croise avec celle qui est naturelle à notre climat. Elle paraît en différer à l'extérieur en ce que le boue d’Angora et la chèvre ont le poil ondoyant, très-long, trèsfin, et luisant comme la soie, les oreilles pendantes, et les cornes contournées en spirale, comme il a été dit dans l'histoire de la chèvre.
Les srandes cornes qui surmontent la tête du bouc , et la longue barbe qui est suspendue à son menton , lui donnent un air bizarre et equivoque : mais, pour reconnaitre les caractères de sa physionomie, il faudrait ne considérer que sa face, sans faire attention aux cornes ni à la barbe. On verrait alors qu'il aurait une apparence de finesse, parce que la partie de la face qui s'étend depuis les yeuxjusqu'au bout des lèvres est allongée et effilée; le bout du museau bien arrondi, le menton bien formé , les deux lèvres bien séparées par la fente de la bouche, la lèvre supérieure bien terminée par les ouvertures des narines, qui s'approchent de très-près par leur extrémité intérieure, et qui forment une fente parallèle à celle de la bouche; tous ces traits sont expressifs, animent la physionomie du bouc, et lui donnent un air de vivacité et de douceur. L'éloignement des yeux, quoique grand dans cet animal , ne rend point sa physionomie stupide, parce que le front est fort étroit, et presque entièrement occupé par le toupet. D'ailleurs, les yeux sont très-vifs, très-grands et très-apparents, quoique posés an peu sur les côtés de la tête; ils donnent encore plus de vivacité au bouc que la forme du bout de son museau et que les oreilles, qui sont bien proportionnées , bien posées et bien soutenues. Les yeux sont le trait le plus animé par la belle couleur jaune de l'iris, et surtout par la figure singulière de la prunelle; c'est un carré long, dont les côtés sont irrégulièrement terminés, et, pour ainsi dire, frangés, et dont les angles sont arrondis. Ce carré est le plus souvent situé de facon que l'angle inférieur de devant est à peu près à la hauteur de l'angle antérieur de l'œil , et l'angle
térieur de l'œil.
Considérons à présent le bouc avec ses cornes
et sa barbe ; à l'instant la face va paraitre partagée |
transversalement par le milieu, et, pour ainsi dire, double : la physionomie aura l'air équivoque, parce que les apparences de finesse et de vivacité vont se changer en un air pesant et stupide, comme nous allons l'expliquer. L'étendue du chanfrein, depuis
traits, les yeux semblent appartenir à la partie su-
former avec le front , les oreilles et les cornes , un groupe éloigné, et, pour ainsi dire, séparé de la parüe inférieure de la face, qui, réunie avec la barbe, fait un autre groupe composé des narines, deslèvres , de la bouche , du menton et de la barbe. Supposons que l'on couvre cette partie de la face, et Qu'on ne voie que la partie superieure, les cornes sont si grosses et si grandes qu'elles font disparaitre, pour ainsi dire , les proportions des oreilles, la vivacité des yeux et la petitesse du front :
| ces trois parties, qui prises séparément des Cor-
nes présentaient l'apparence de la légèreté et de
| la vivacité, ne font plus aucun effet lorsqu'elles
sont surmontées par les cornes, ne donnent plus aucune idée de légèrete ni de finesse , et l'ensemble formé par cette réunion n'est que lourd et pesant. Voyons à présent quel changement il arrive dans la partie inférieure de la face du bouc, lorsqu'on la considère séparément de la partie supérieure et des cornes ; alors les traits des narines et de la bouche, qui sont fortement exprimes, formant seuls un ensemble avec la barbe, et n'étant plus adoucis et animés par les yeux et par les autres traits de la partie supérieure de la face, ne présentent plus que l'apparence de la rudesse et de la stupidité, au lieu de l'air de docilité et de finesse qu'a le museau du bouc étant réuni avec le reste de la face , et pris séparément de la barbe. Voilà pourquoi, en réunissant la face entière avec les cornes et la barbe,
comme dans son état naturel, on ne voit dans le bouc qu'une physionomie équivoque et bizarre, qui parait morne lorsque la tète est vue de profil, et que l'on voit le museau avancé au-dessus et au-devant de la barbe.
En général, le corps du bouc paraît où trop petit par rapport à ses cornes , Ou trop gros par rapport à la hauteur des jambes, qui sont fort courtes, principalement celles de devant, de sorte que le garrot est plus bas que les hanches. L'encolure faible, la tête petite et basse paraissent surchargées par les cornes, dont l'étendue est trop grande à proportion du corps. Le bouc est encore difforme par une autre disproportion; c'est que les reius , les hanches, la croupe, les fesses et les cuisses , en un mot toute la partie postérieure du corps, paraïs-
les yeux jusqu'aux narines, étant nue ei dénuée de |
périeure de la face qui sert de base aux cornes, et !
HISTOIRE NATURELLE DU COCHON
sent trop gros, et les jambes de derrière trop longues en comparaison du reste du corps. D'ailleurs, les genoux sont tournés en dedans, et les jarubes si cou tes qu'elles paraissent nouées, et les pieds de devant sont plus gros que ceux de derrière. Cependant le bouc présente ses cornes avec grce, et il les tourne de côté et d'autre avec beaucoup de facilité ; l'attitude qu'il prend pour les présenter en, baissant la tête lui sied bien : il lève les jambes de devant avec aisance, et fait paraître dans tous ses mouvements beancoup de souplesse et d'agilité.