‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 99 sur 186 · DU SANGLIER D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

DU SANGLIER D'AFRIQUE

« terre. Ses yeux sont petits et placés sur le de- « vant de la tête, de façon qu'il ne peut guère « voir de côté, mais seulement devant soi; ils « sont moins distants l'un de l’autre et des « oreilles que dans le sanglier européen : au- « dessous est un enfoncement de la peau qui « forme une espèce de sac très-ridé. Ses oreilles « sont fort garnies de poil en dedans. Un peu « plus bas, presque à côté des yeux, la peau « s'élève et forme deux excroissances qui, vues « d’une certaine distance, ressemblent tout à fait à deux oreilles : elles en ont la figure et la grandeur ; et, sans être fort mobiles, elles forment presque un même plan avec le devant de la tête : au-dessous, entre ces excroissances et les défenses, il y a une grosse verrue à chaque côté de la tête. On comprend aisément qu'une telle configuration doit donner à cet animal une physionomie très-singulière. Quand on le regarde de front, on croit voir quatre oreilles sur une tête, qui ne ressemble à celle d'aucun autre animal connu, et qui inspire de la crainte par la grandeur de ses défenses. MM. Pallas ! et Vosmaër ?, qui nous en ont donné une bonne description, disent qu'il était fort doux et très-apprivoisé quand il arriva en Hollande; comme il avait été plusieurs mois sur un vaisseau, et qu'il avait été pris assez jeune, il était presque devenu domestique : cependant, si on le poursuivait, et s’il ne connaissait pas les gens, il se retirait lentementen arrière, en présentant le front d’un air menaçant, et ceux-là même qu'il voyait tous les jours devaient s'en défier. L'homme à qui la garde en était confiée en a fait une triste expérience : cet animal se mit un jour de mauvaise humeur contre lui, et d'un coup de ses défenses, il lui fit une large blessure à la cuisse , dont il mourut le lendemain. Pour prévenir de pareils accidents dans la suite, on fut obligé de l'ôter de la ménagerie, et de le tenir dans un endroit renfermé, où personne ne pouvait en approcher. Il est mort au bout d'une année, et sa dépouille se voit dans le cabinet d'histoire naturelle du prince d'Orange. Celui qui l'a remplacé , et qui est actuellement dans la même ménagerie, est encore fort jeune ; ses défenses n'ont

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+ Voyez P. S. Miscellanea zooloyica ; et ejusdem Spicitegia zoulogica, fasciculus secundus.

2 Beschryvingy van een Africaausch Breedsnentiz Varken, door A. Vosmaër.

« guère plus de deux pouces de longueur.

« Quand on le laisse sortir du lieu où on le ren- « ferme , il témoigne sa joie par des bonds et « des sauts, et en courant avec beaucoup plus « d'agilité que nos cochons; il tient alors sa « queue élevée et fort droite. C'est pour cela « sans doute que les habitants du Cap lui ont « donné le nom de Æartlooper, ou de coureur.

« On ne peut pas douter que cet animal ne « fasse un genre très-distinct de ceux qui ont «été connus jusqu'à présent dans la race des « cochons : quoiqu'il leur ressemble par le « corps , le défaut de dents incisives, et la sin- « gulière configuration de sa tête , sont des ca- « ractères distinctifs trop marqués pour qu'on « puisse les attribuer aux changements opérés « par le climat, et cela d'autant plus qu'il y a « en Afrique des cochons qui ne different en «rien des nôtres, que par la taille qui est plus « petite. Ce qui confirme ce que je dis ici, c'est « qu'il ne parait pas qu'il puisse multiplier avec « nos cochons ; du moins a-t-on lieu de le pré- « sumer par l'expérience qu'on en a faite. On « lui donna une truie de Guinée; après qu'il « l'eut flairée pendant quelque temps, il la pour- « suivit jusqu'à ce qu'il la tint dans un endroit « d’où elle ne pouvait pas s'échapper, et là il l'é- « ventra d’un coup de dents. Il ne fit pas meil- « leur accueil à une truie ordinaire qu'on lui « présenta quelque temps après; il la maltraita « si fort, qu'il fallut bientôt la retirer pour lui « sauver la vie.

« Il est étonnant que cet animal, qui, comme « je l'ai remarqué, parait n'être pas rare dans « les lieux dont il est originaire, n'ait été décrit « par aucun voyageur, ou que, s'ils en ont parlé, « ce soit en termes si vagues, qu'on ne peut « s'en former aucune idée. Flacourt dit qu'il y «a à Madagascar des sangliers qui ont deux « cornes à côté du nez, qui sont comme deux « callosités, et que ces animaux sont presque « aussi dangereux qu'en France ‘. M. de Buf- « fon croit qu'il s'agit dans ce passage du babi- « roussa , et peut-être a-t-il raison; peut-être « aussi y est-il question de notre sanglier : ces « cornes, qui ressemblent à deux callosités, « peuvent aussi bien être les défenses de ce san- « glier que celles du babiroussa, mais très-mal « décrites; et ce que Flacourt ajoute, que ces

«“ animaux sont dangereux, semble mieux con-

{ Histoire de la grande île de Madagascar, page 152,

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