‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 12 sur 103 · PARTIE EXPÉRIMENTALE. 3S · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE. 3S

La première choee à laquelle je fis attention, c^est que la chaleur se communique de proche en proche et se disperse, quand même elle est appliquée continuellement sur le même point : par exemple , si on foit tomber le foyer d'un verre ardent sur le centre d*un écu , et que ce fojer n'ait qu'une ligne de diamètre, la chaleur qu'il produit sur le centre de Técu se disperse et s'étaul dans le volume entier de Fécu , et il devient chaud jusqu'à la drconférence ; dès-lora toute la chaleur, quoique employée d'abord contre le centre de l'écu , ne s'y arrête pas, et ne peut pas produire un aqssi grand effet que si die y demeuroit tout entière. Mais si au lieu d'un foiyer d'une ligne, qui ^be sur le milieu de l'écu, je tais tomber sur l'écu tout entier ùn foyer d'égale force au premier; toutes les parties de l'écu étant également échauffées dans ce dernier cas, il n'y a pas de perte de chdeur comme dans le premier; et le point du milieu profitant de la chaleur dés autres pohits autant que ces points profitent de la sienne, l'écu se^a fondu par la chaleur dans ce dernier cas, tandis que dans le premier U n'aura été que l^;èrqnent échauffé. De là je conclus que toutes les fois qu'on peut foire un grand foyer, on est sûr de produire de plus grands effets qu'avec un petit foyer, quoique l'intensité de lumière soit la même dans tous deux, et qu'un petit miroir ardent ne peut jamais faire autant d'effet qu'un grand; et même qu'avec une moindre intensité de lumière un grand miroir doit feire plus d'effet qu'un petit, la figure de ces deux miroirs étant toi:gour9 supposée semblable. Ceci, qui, comme l'on voit, est directemoit opposé à ce que dit Descartes, s'est trouvé confirmé par les expériences rapportées dans mon mémoire. Mais je ne me suis pas borné à savoir d'une manière générale que les grands foyers agisMent avec plus de force que les petits : j'ai déterminé à très peu près de combien est cette augmôitation de force, et j'ai vu qu'elle étoit très considérable; car j'ai trouvé que s'il faut dans un miroir cent quarante-quatre fois la surface d'un foyer de six lignes de diamètre pour brûler, il fmt au moins le double, c'est-à-dire deux cent quatre-vingthuit fois cette surface pour brûler à un foyer de deux lignea»

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et qu'à on foyer de six pouces il ne faul pas trente fois cette même snrfoce du fojer pour brûlor; ee qui tmt^ cenune fon voit ) une prodigieuse différence, sur laquelle j^ai compté lors- <|ue j'ai entrepris de ftire mon miroir; sans cela il y auroit eu tie la témérité à Tentreprendre, et il n'aoroit pas réustt. Car suppos(His un instant que je n'eusse pas eu cette oonnoissance de rayantage des grands foyers sur les petits, yoid comme j'aorms été obligé de raisonner. Puisqu'il hat à uu miroir deux cent quatre^YÎngt-buit fois la surfoce du foyer pour brûler dans un espace de deux lignes, il ftudra de même deux cent quatrevingt-fanit glaces ou nûroiiiB de six pouces pour brûler dans un espace de six pouces; et dès-lors pour brûler seulement à cent pieds, il aurmt foUu un miroir composé d'environ onae ooA dnquante-deux glaces de six pouces ; ce qui étoft une grandeur énorme pour un petit effet, ^ cela étoit plus que sufBsant pour me fiaireabandoono'nkm projet: mais connoissant l'avantage , considérable des grands foyers sur les petits , qui , dans ce cas , est de 288 à aO, je sentis qu'avec cent vingt g^ces de six ponces je bt^erois très certainement à cent pieds; et c^e^ sur cela que yentrepris avec confiance la construction de mon miroir, qin , comme l'on voit, suppose une théorie, tant madiématiqtte que physique , fort différente de ce qu'on pouvoit iméginer an premier coup d*oril.

Pescartes ne devoit donc pas affirmer Qu'un petit nnroir ardent brûleroit aussi violemment qu'un grand.

Il dit ensuite : «Et un mirmr ardent dont le diamètre n'est pas plus grand cpi'environ la centième partie de la distance qui est entre lui et le lieu où il doit rassembler les rayons du soleil, c'est-à-dire qui a même proportion avec cette distance qu'a le diamètire du soleil avec celle qui e8t%ntre lui et nous, fût-il poli par un ange, ne peut foire que les rayons qu'il assemble échauffient plus en Tendroit où il les assemble que ceux qui viennent directement du soleil ; ce qui sa doit aussi entcadre des verres brûlants à proportion : d'où vous pouvei voir que ceux qui ne sont qu'à demi savants en l'optique se laissent per- .suader beaucoup de dwaes qui sont impossibles, et que ces mi-

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