‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 51 sur 103 · DIXIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DIXIÈME MÉMOIRE

Observations et expériences faites dans la vue d'améliorer les ùanùns de la marine.

Les canons de la marine sont de fonte de fër, en France comme en Angleterre, en Hollande et partout ailleurs. Deux mptifo ont pu donner également naissance ^ cet usage. Le premier est celui de l'économie : un canon de fer coulé coûte beaucoup moins qu'un cabon de fer battu, et encore beaucoup moins qu'un canon de bronze; et eela seul a peut-être suffi pour les ftiire préférer, d'autant, que le second motif vient à l'appui du premier. On prétend, et je suis très porté à le croire, que les canons de bronze, dont quelques-uns de nos vaisseam^ de par rade sont ^rmés, rendent dans Tinstant de l'explosion un son si violent , qu'il en résulte dans l'oreille de toqs les liabitants du

PARTlI BXPf RIMENTALI. tS7 Taisseân on liotement âssoar^Bssant qui leur fèroit perdre fa peu de temps le seiM de Tboîe. On assure, û'^tre eôté, que kt canons de fer battu , sur lesquels* on ponrrœt , par Vépai^gne ét la matièi^, regagner une partie des frais de la Abrication , ne doivent point être employés sur les vaisseaux , par cette raison même de leur légèreté qui parottMt devoir les ftirepréMrer; l'explosion les fait sauter dans les sabords, où Fon ne penC^ dit-on , les retmr ipvindblement , ni même assez pour Ûi diriger à coup sùr: Si cet inconvénient n'est pas réel , ou si Ton pouvoit Y parer, nul doute que les canons defer forg^ ne dussent être préférés k ceux de fer coulé : ils auroieht moitié plus de légèreté et plus du double dê-r^ntance. Le maréchal de Vauban en avoit fait fabriquer de très beaux dont il reétoit encore, ces années demièr€;s,' quélques tronçons à la manufacture de Gbarleville Le travail n'en serdt pas plus difficile

■ Une pemoône très venéedant la connoiManced» Tait det ' forset dooné la note suivante :

« Il me parott que Ton peut fiaire det canons de fèr battu, qui fleroienCiieaa* coup plus sârset plus légei^ que les canons de fer coulé, etvoidles proportiom eur lesquelles il foudroit en tenter les expériences.. -

• Les canons, de fer battu , de 4 livres dé balle auront 7 pooes d^i^Mdsseor à leur plus grand diamètre;

Ceux de 8/10 pouces;

Ceux de 12, 1 pied;

Ceux dé 24 iiyres, 15 pouces; >' Ceux de 36 livres, 16 pouces%

« Ces proportions sont plutôt trop fortes que trop' foibles : peut-^tre poiuTSt-oD les réduire à 6 pouces Vt pour les canons de 4 : ceux de 8 lirres, à 8 pouces ceux de 12 livres, à 9 pouces ceuxde24,i 12 pouces, et cèux de 36, à 14 pouces. ^

< Les longueurs pour les canons de 4 seront de 5 pieds Vi ; ceux de 8, de 7 pieds de longueur ; oeox dé 12 livres , 7 pieds 9 pouces de longueur; ceux de 24, 8 pieds 9 pouces ; ceux de 36 , 9 pieds 2 pouoés de longueur.

« L'on pourroit inéroe diminuer ces proportions de longueur assez oonsldérabten>eut sans que le service en souffrit , c'est-à-dire foire Içs canoné de 4 de 5 pieds de longueur seuleoient: ceux de,8 livres, dê 6 j^edb 8 pouces dè longueur; ceux de 12 Kfres, à 7 pieds de longueur; ceux de 24, à 7~pieès ' 10 pouces, et ceux de 36, à àpiecls, et peot-étre même encore au-dessons.

«Or il ne parolt pas bien difficile , 1? de foire des canons de 4 livres qui n'auroient que 5 pieds de longueur sur 6 pouces d^épai«enr dans lenr plus grand diamètre; U sûffiroit pour cela de sonder ensemble quatre barres'de. 3 pouces fbnsen carré , e( d'en fiomier un cylindre massif de 6 ponces Vi d^ diamètre sur 5 pieds de longueur; et somme cela ne serolt pas pnlièâblt

m MINÉAAOX. lUTItODUGTIOIf.

^cdm des aâcres; et use ^naïuiEM^tiire audaî bieo «mUr pour cet otijetcpiéresl celle de M. de La Chanfiidei pour les aoms S pourroit être d'oee très grande QtUité:

Qàoi qu'ils seit, comme ce n^est pas réuit actuel des choses, DOS observatîoos aie porteront que sar les caaoos de fer conléw On s*est iMiicoùp ptamt, dans ces derniers temps, de leur peu de résistance : malgré la rigueur des épreuves, q»ek|us-nns ont crevé sur nos vaisseaux : accident terrible,

dM ks ^aufftTMSordifialm, ou do moim qi^ce^ derieùd^ très difficile, il ^udroit établir dn fourneaux de réverbère^ où 1*od pourroit diaofftr œr barres dans toute leur longueur pour les souder ensuite ensemble, sans être obUgé de les remettre pliM^rt fois au feu. Ce cylindre une feis#ormé» il sera facile de le forer et tourner ; car le fer battu pbéitbien plusvaisémeDt au ^bret que le fer coulé.

«Pour les cadoDs de 8 RTres qui ont 6 pieds 8 pouceSde longneor sor S pouces Vf d^épaisseur, il iMidroit souder ensemble neuf barres de 3poiioes fOibles en carré chacune, en les faisant toutes chauffer ensemble au même fourneau de réverbère» pour en Êiire un cylindre plein de 8 pouces de diamètre.

« Pour les canons de 12 livres de balle qui doivent avoir 10 poooà V» d'épaisseur, on pourra 1^ faire avec neuf barres de 3 pouces Vt -carréeSi que Ton soudera toutes ensemble par les mêmes moyens.

«Et pour les canons de 24, avec seize l;»arres de tri^ pouces en cairré,

« Comme rexécution de cette espèce d*ouvrage devient beaucoup plus difficile pour les gros canons que pour les petits, il sera justeçt nécessaire de les payer i proportion plus cher.

«Le prix du fer battu est ovdinairement de deux tiers plus haut que odol du fer coulé. Si Tpn paie 20 francs le quiOtal dés canons de fer coulé, il faudra donc payer ceux-ci 60 livres le quinul ; mais comme il seront beaucoup plus minces que ceux du fer coulé , je crois qull serolt possible de les faire fabriquer à 40 livres le quintal, et peut-être au-dessous.

« Mais quand même Us cbûteroient 40 livres , il y auroit encore beaucoup i (gagner : 1® pour la sûreté du service, car ces canons ne crèveroient pas; ou s'ils venoient & crever, ils n'éclateroient jamais, et neieroi^t que se féodre, ce qui ne causeroit aucun malheur.

^ « 2» Ils r^isteroient beaucoup plus â la rouille, et dureroient imidant des siècles, ce qui est on avantage très considérable.

«30 Comme on les forermt aisément, la direction de Tame en aeroit pm^ faite.

«4^ Gomme la matière en est Jiomogène partout, il n'y auroit jamais ni ; cavités ni chambres.

n$fif Enfin, comme ils seroient beaucoup plua légers. Ils chargerolent ^ beaucoup moins, tant sur mer que sur terre, et seroient plus aisés à ma- . nœuvrer.»

t > A Gnérigny, près de Clevers.

i'ARTJE EXPiftlMENTALl. ^

H qwtt'airive jamûfrMiia grand domouige d perle de pluùmnk^^BUfBi^^oàsM^^ YOiilaot remédier ioe nud^ oy • pTalAt le prévenir pour la sotte , informé que je (mtis A mes forges 4es expériences «or la qualité delà foote, me demanda mes conseils en 1768, et m'invitai Iravafller sur ce si^et important Je m'y livrai avec zUe^ etvdfi concert avec M. le vicomte de MiNTOgoes^bomme très éclairé »îe donnai, dansée temps etdans les denx années suivanies, quelques obs^ations au ministre, avec les expériences fiâtes et celles qui restoient àiaire poor pcrfoctionoer les caçoQS. J'en ignore aigourdluiî le résultat et le succès; le ministre de la marine ayant changé, je n'ai plus entendu parler ni d'expériences ni de canons. Mail cela ne d«t pas m^empèdMsr de domier, sans qu'on me le demande, le^ choses utiles que j'ai pu trouver en m'occopaot pendant deux ou trois ans de Ce travail; et c'est ce qui fera le s^jet de ce mémoire, qui tient de si près à cehii où j'ai traité de la fiision de» mmesde fer,qu'onfeot l'en r^^arder comme ime sotie.

Les canons se fondent en situation perpendiculaire, dans des moules de plusieurs piçdsde profondeur, la culasse^au^fond et la bouche en haut : comme H faut {riusieurs^^milUersde matière en fusion pour foire un gros canon plein et diargé de la masse qoi doit le comprimerà sa partie supérieure, on étoit dans le pr^îogé qu'il folloitdeux et même trois fourneaux pour foudre du gros canon. Gomme les plus fortes gueuses que l'on coule dans les plus grands fourneaux ne sont quede 2,£00ou tout au pins 3,000 n vres, et quç la matière eu fosion ne séjourne jamais que douze ou <pmize heures dans Iç creuset du fourneau, on imaginoit que le double ou le Uriple de cette quantité de matière en fusion, qu'op seroit obligé de laiss(^r pendant trentesix on quarante heures -dans le creuset avant de la couler « nQn-aeolemcnt pouvoit détruire le creuset , mais même le fourneau , par son bouiHonnement et ^n explosion, au moyen de quoi on avoit pris le parti qui paroissoit le plus prudent^ et ou conloit les gros canons en tirant ^ mèipe temps ou successi-

160 MfNtRAUX. INTRODUCTION.

véiAeiitlaftmte dedeavoatrobfeunieMayplMésdeiiia^^ que les trok mteeaox de foote ponvoieiil armer ea iiièiiie temps dans le moule.

' U ne ftat par beaucoop de; réfleikm pour sentir qoe cette pratiqué est mauvaise; il est impôssible que la fonte de chacim de ces fourneaux soit au même degré de chaleur, de pureté , de fluidité; par conséquent le canon se trouve composé de éaa ou trois matières différentes, en' sorte qoe pluuèorsde ses parties, et souvent un c6té tout entier, se trouvent nécessairement tfune matière taM>ins bonne et plus foiUe que le reste; ce qui est le plus grand detous les inconvénients en feitderésistance, puisque Teffortde la poudre « agissant également de tous côtés y ne manque jamais de se faire jour par le plus foi- Me/Je voulus dônc essayer de vmr en éffiet sll y avoit quelque danger à tenir pendant plus de temps qu'on ne le fait ordinairement une plus grande quantité de matière en fusion : j'attendis pour cela que le creuset de mon fourneau, qui avoit 18 pouces de largeur sur 4 pieds de longueur et 18 pouces de hauteur, fût encore élargi par Taetion du féu , comme cela arrive toujours vers la fin du fondage; j'y laissai amasser de la fonte pendant trente-six heures; il n'yeut ni explosion ni auti« bouillonnement que ceux qui arrivent quelque fois quand il tombe des matières Crues dans le creuset : je fis couler après les trente-six heures, et l\>n eut trois gueuses pesant eosead>le 4,600 livres d'une très bonne fonte.

Par une seconde eipérience, j'ai gardé la fbnte pendant quarante-huit heures^sans aucun inconvénient; ce long séjoor ne fait que la purifier davantage, et par conséquent en diminuer le volume en augmentant la masse: commcf la fonte contient une grande quantité de parties hétérogènes, dont les unes se brûlent et les autres se convertissent en verre, t*un des phis grands moyens'de la dépurer est de la laisser s^^mer anfbumeau.

M'étant donc bien assuré qoe le préjugé de la nécessité de deux ou trois fourneaux étoit très mal fondé , je proposai de

PAETIE EXPCRlMEt^TÀLE. m fédnire à un seul l^fouraeaax de Rdelle eo Angcmmoh où ToD fond nos gros canons. Ce conseil fut éuivi et exécuté par ordre da ministre; on fondit sans inconvénieat et avec tout soccès/à on seul fourneau , des canons dé vinçt-quatre; et je^ ne sais si Ton n'a pàs fondu depuis des canons de trente-six , car j'ai tout lieu de présumer qu'on réussiroit également. Ce premier point une fois obtenu, je cherchai s'il n'y àvoit pâs encore d'autres causes qui pouvoient contribuer à la fragilité de nos canons ; j'en trouvai en effèt qui y cooTribuent pliis encore que l'inégalité de l'étoffé dont on les composoit en les coulant à deux ou trois fourneaux. .

La première de ces causes est le mauvais usage qui s*est établi, depuis plus de vingt ans, de faire tourner la surface extérieure des canons ) ce qui les rend plus agréables à la vue. D en est cependant du canon comme du soldat, il vaut mieux qu'il soit robuste qu'élégant; et ces canons tournés, polis et goillochés, ne dévoient pôint en imposer aux yeux des braves ofBdersde notre màHne;caril me semblequ'on peutdéàoîontrer

* Yoki Feitrait de cette prôpotition foHe aù mioist^^ Comme let canoira de gro« calibre, tels que ceux de trehte-si je et de vingt* quatre, supposent un grand volume de fer en fusion, on se sert ordinairement de trois ou tout au moins de deui fourneaux p6ur les couler. La mine fondue dans cliacun de ces fourneaux arrive dans le moule par autant de ruisseaux parliculiers. Or cette pratique me parolt avoir les plus grands incoorënients ; car il est certain que chacun de ces fourneaux donne une Ibote de différente espèce, en sorte que leur mélange ne peut se faî e d*une manière intinw;, n^ même en approcher. Ponr le voir clairement, ne soppo- f sons que deux fourneaux,, et que la fonte de l'un arrive à droite, et la fonte de l'autre arrive à gaudie dans le moule du canon : il est certain que l'Une de cet deux fontes étant ou pins pesante, m pins l^re,-ou plus chaude ,^oa phis froi<ie , ou etc. , qu.e l'autre, elles ne se mêleront pas , et que par conséquent l'un des côtés du canon sera plus dur que l'autre ; que dès-lors il résistera moins d'un côlé que de l'autre, et qu'ayant le défaut d'être composé de deux matières différentes , le ressort de ces parties , aimi que leur cohéréàœ, ne sera pas égaY, et que par conséquent il» résisteront moins que ceux qqâ •crcAani foits d'une matière homogène. Il n'est pas nfuiins certain que si l'on veut forer cm ranons, le foret, trouvant plus de résistance d'un côté que de l'antre, se détournera de la perpendiculaire du côlé le plu» tendre, et que la direction de l'intérieur du caooii prendra de lobliquité, etc. Il me parolt donc qu'il faudroit tâcher de fondre les canons de fer coulé avec un seul fourneau» et je crois la chose très possible.

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