‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 97 sur 103 · TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAIT

La chaleur que le soleil envoie à la terre est assez petite en coniparpison de la chaleur propre du globe terrestre; et cette chaleur envoyée par le soleil ne seroit pas seule suffisante pour maintenir la nature vivante.

QUATRIÈME FAFT.

Les matières qui composent le globe de la terre sont en général de la nature du verre , et peuvent être toutes réduites en verre.

CINQUIÈME FATT.

On trouve sur toute la surface de la terre, et même sur les montagnes, jusqu'à quinze cents et deux mille toises de hauteur, une immense quantité de coquilles et d'autres débris des productions de la mer:

, Examinons d'abord si, dans ces faits que je veux employer, il n'y a rien qu'on puisse raisonnablement contester. Voyons si tous sont prouvés, pu du moins peuvent l'être; après qum nous passerons aux inductions que l'on doit en tirer.

Le premier fait du renflement de la terre àl'équateur et de son aplatissement aux pôles est mathématiquement démontré

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ei physiqueoienl; preové par la théorie de la gnmtatkm et par les expériences dis peodule. Le globe terrestre a précisément la figure que prèndroit un globe fluide qui toumeroit sur luimême avee la vitesse que nous connoissons au globe de la terre. Ainsi la première conséquence q'tti sort de ce ^ait incontestable c'est que la matière dont notre terre est composée éloit dans un état de fluidité au moment qu'elle a pris sa forme, et ce moment est celui où elle a commencé à tourner sur ellemême : car si la terre n'eût pas été fluide^ et qu'elle eût eu la même consistanoe que nous lui voyons aujourd'hui, il est évident que cette matière consistante et solide n'auroit pas obéi â la loi de la force centrifuge , et que par conséquent, malgré la rapidité de son mouvement de rotation, la terré, au fieu d'être un sphéroïde renflé sur l'équateur et aplati sous les pôles, seroit au contraire une sphère exacte, et qu'elle n'atfroit jamais pu prendre d^autre figure que celle d'un globe parfait, en vertu de l'attraction mutuelle de toutes les parties de la matière dont elle est composé.

Or, quoiqu'én général toute fluidité ait la chaleur pour cause, puisque l'eau même, sans la chaleur, ne formeroit qu'une substance solide, nous avons deux manières difFérenfès de concevoir la possibilité de cet état primitif de fluidité dans le globe terrestre, parce qu'il semble d'abord que la nature ait deux moyens pour l'opérer. Le premier est la dissolution ou même le délaiement des matières terresa*es dans l'eau; et le second , leur liquéfaction par le feu. Mais Ton sait que le plus graud nombre de matières solides qyA composent le globe terrestre ne sont pas dissolubles dans l'eau; et en même temps Ton voit que la quantité d'eau est si petite en comparaison de celle de la matière aride, qu'il n'est pas possible que l'une ait jamais été délayée dans l'autre^ Ainsi , cet état de fluidité dans lequel s'est trouvée la masse entière de la ierte n'ayant pu s'opérer ni par la dissolution ni par le délaiement dans l'eau , il est nécessaire que cette fluidité ait été une liquéfaction causée par le feu.

Cette juste conséquence, déjà Irès vraisemblable par ellcr

même, prend an ncHi^eatt degrt de probabilité par le lecoi^ Ait, et devient mie certitade pour le troisième fiait. La dialenr intérieore du globe, encore actuellement sobmtante, et beaacoup plas grande qoe celle qai nous vient du soleil, nons démontre que cet ancien fèu qu'a éprouvé le ffXabt n*est pas encore, à beaucoup près , entièrement dissipé : la surfoœ d^ la terre est plus refroidie qucson intérieur. Des expériences cer'> taines et réitéfées nous assurent que la masse entière du globe a une chaleur propre tout-à-£ait indépendante -de celle du soleil : cette chaleur nous est démontrée par la comparaison de nos hivers à nos étés ' ; et on la reconnott d'une manière encore plus palpable dès qu'on pénètre au-dedans de la tenre ; elle est constante en tous lieux pour chaque profondeur, et elle parott>augmenter à mesure que Ton descend*. Mais que sent nos travaui en comparaiscm de ceux qu'il feudroit fiairo pour reconnoltre les degrés succès^ de cette dialeur inté- '

> Voyez dans cet ouvrage , l'article qui a pour titre : Des Éléments, et particuliërenient les deui oiémoires sur la température des planètes^

' lU ne fout pat crenaer bien arant pour trourer d'abord une chaleur constante, ^ qui ne Tarie plut, queUe que aoit la température de l*air à la flurfacede la terre. On sait que la liqueur du thennooiètre se soutient toujours sensiblement pendant toute Tannée à la même hauteur dans les caves de TObserfatoire, qui n*oot pourtant que 14 pieds ou S4 toises de proftNideur depuis le rez-de-chaussée. C'est pourquoi l'on fixe à ce point la hauteur moyenne ou tempérée de notre climat. Cette chaleur se soutient encore ordinairement et à peu de diose près la même depuis une semblable profondeur de 14 on 15 toises jusqu'à 60, 80 ou 100 toises an-^deUi, plus ou motos, selon les circonstances, comme on l'éprouve dans les mines ; après quoi elle augmente et darient quelquefois si grande, que les ouvriers ne sauroient y tenir et y vivre, si on ne leur procuroit que quelques rafratchissemenU et un nouvel air, soit par des puUs de respiration, soit par des èhutes d'eau*... M. de Gensanne a éprouvé dans les mines de Giromagny , â trois lieues de Bffort, que le thermomètre {tant porté à 52 toises de profondeur verticale ;sé soU'<^ tint à 10 degrés, comme dans les caveiR de l'Observatoire; qu*» 106 toises de profondeur il étoit d K) degrés , qu'à 158 toises il monU i 15 degrés Vs» et qu'à 222 toises de profondeur il s'éleva à 18 degrés % > {Dissertation sur la glace , par M. de Mairan ; Paris , 1 749 , in-12 , page 60 et suiv. )

« Plus on descend à de grandes profondeurs dains l'intérieur de la terre, dit pilleurs M. de Gensanne, plus on éprouve une chaleur sensible qui va toujours en augmentant à mesure qu'on descend plus bas : œla^est au point qu'à 1800 pieds de profondeur au-dessous du sol du Rhin, pris à Huningue en j'ai trouvé que la chaleur est déjà assez forte pour causer à l'eau ym

DBS ÉPOQOES DE LA NATURE. 82D

riecnredans les profoDdearsdif globe? Noas ayons fouillé les montagiies à queues eentaioes de toises poar en tirer les métan , nous avoM £ût dans les pteines des pints de quelques ccntânes de pieds; ce sont là nos plus grandes excavations, on plutAt nos fouiHes les plus profondes; elles efBeorent à peine la première écoroe du globe, et néanmoins la dialeur intérieure y est déjà plus sensible qu'à la sorfece : on doit donc présumer que si Ton pénétroit plur avant , cette cbaleur seroit plus grande, et que les parties voisines du centre de la terre sont plus chaudes que celles qui en sont éloignées, comme Ton voit dans un boulet rougi au feu Tincandescence se conserver dans les parties voisines du centre loog^temps après que la surfoce a perdu cet état d'incandescence et de rougeur. Ce feu ou plutôt cette chaleur intérieure de la terre est encore indiquée par les effets de réiectridté, qui convertit en éclairs luQÎpeux cette chaleur obscure ; elle nous est démontrée par la température de Feaude la mer, laquelle, aux mêmes profondeurs, est à peu près égale à celle de rintérieur de la terre ^

éraponlkm sensible. Od peut voir le d<taU de met expéri^

la dernière édition de l'excellent TtaUé de la glace de feu mon illustre ami,

M. DortODS de Mairan. > ( Histoire naturelle du Languedoc, 1. 1, p. 24.)

«Tous les filons riches des mines de toute espèce, dit M. EUer, sont dans les fentes perpendiculaires de la terre, et Ton ne sauroit déterminer la profondeur de ces fentes: il y enaen Alleînagne où Ton descend au-dell de 60O perches {lachters)*', è mesure que les mineurs descendent, |ls rencontrent une tempMure d'air toiyotih plus chaude. » ( Mémoire sur la génération des métaux. Académie de Berlin, année 1733.) {jidd. Buff.)

' «Ayant plongé un thermomètre dans la mer en différents lieux et en différents temps, il s'est trouvé que la température à 10|:dO, 30 et tao brasse», étoit également de 10 degrés ou 10 degrés .^. > Voyez VMistoire physique de la mer, par Marsigli , page 16... M. de Mairan fait à ce sujet une remarque très judicieuse, c'est que « les eaux les plus chaudes, qui sont à la plus grande profi(Mideur, doirent, comme plus légèrôs , continuellemeiit monter an-dessus de celles qui le sont le moins; ce qui donnera à cette grande couche liquide du globe terrestre line température à peu près ^le, confbrmément aux Ohserratlons de Marsigli, excepté vers la superficie actuellement exposée aux impressions de l'air et où l'eau se gèle quelquefois avant que d'aroir eu le temps de descendre par son poids et son refh)idissement ( Dissertation sur la glace, ips^&i,)

* On assure que le focA/^rert une mesore I peu prte égale à la brasse de 5 pieds de longueur; ce qui donne SOOO pieds de proTondetur A cet mînci.

D'ailleors il est aisé de preaverque la liquidité des éaox de nier en général ne doit point être attribuée à la puissance des rayons solaires, puisqu'il est démontré, par Texpérience, que la lumière du soleil ne pénètre qu'à six cents pieds à travers Teau la plus limpide S et que par conséquent sa chaleur n'arrive

* Feu M. Bouguer, «avant attronooie de TAcadémie royale det Sdenoea, a observé qu'avec seize morceaux de verre ordinaire dont on fdii les vitreSf appliqués les uns contre les autres , et faisant en tout une épaisseur de 9 Kunes Vt* la lumière passant au travers de cet seize morceaux de verre diminuoit deux cent quarante-sept fois, c'est-à-dire qu'elle éCoifc deux cent quarante-sept fois plus fbible qu'avant d'avoir traversé ces sei» morceaux de verre; ensuite il a placé soixanle-quatone morceaux de ce même verre à quelque distance les uns des autres dans mi tuyau, pour diminuer la himièré du soleil jusqu'à èxtinction : cet astre étoit de 50 degrés de hauteur sur l'horizon lorsqu'il fit cette expérience; et les soixante -qualone morceaux de verre ne rempécboient pas de voir encore quelque apparencèdeaondiaqoe. PluMPurs personnes qui étoient avec lui voyoient aussi une fott>le lueur, cpi'ila ne distinguoient qu'avec peine , et qui s'évanoiiissoit aussitôt que leurs yemp n'étoieot pas toiit-à-ftiit dans l'obscurité ; mais lorsqu'on eut ajouté trqpiûorceaux de verre aux soixante^qualnrze premiers, aucun des assistants m vi< plus la moindre lumière; en sorte qu'en supposant quatre-vingts morceaux de ce même verre on a l'épaisseur de verre nécessaire pour qu*il n'y ait plu< aucune transparence par rapport aux vues même les plus déUc|tes; et M. Bouguer trouve par un calcul assez fiacile, que la hlroière du ftleU est alors rendue 900 milliards de fois plus fbible : aussi toute matière transparente qui, par sa grande épaisseur, féra diminuer la lumière du soleil 900 milliards de fois perdra dès-lors toute sa transparence.

En appliquant celte règle à reau de la mer, qui de toutes les eaux est la |rins limpide, M. Bouguer a trouvé que, pour perdre toute sa transparence , U faut 256 pieds d'épaisseur, attendu que, par une autre expérience, la himièra d'un flambeau avoit diminné dans le rapport èe 14 Â 5, en traversant 115 pouces d'épaisseur d'eau de mer contenue dans un canal de 9 pieds 7 poncés de longueur, et que, par un calcul qu'on ne peut contester, elle doit pérdre tiHite transparence à 2â6 pieds. Ainsi, selon M. Bouguer, il ne doit passer aucune lumière sensible au-delà de 256 pieds dans la profondeur de Teau. {Essai d'optique sur la gradation de la lumière: Paris , 1729, ln-12 , psg. 85.)

Cependant il me semble que ce résultat de M. Bouguer s'éloigne encore beaucoup de la réalité : il seroit à désirer qull eût Ait ces expériences avec des masses de verre de différente épairaeur, et non pas avec des morceaux de verre mis les uns sur les autres : je suis persuadé que la lumière du soleil auroit percé une plus grande épaisseur que celle de ces quatre- vin^ morceaux, qui, tous ensemble, ne forrooient que 47 lignes , c'ést-à-dire à peu près 4 pouces : or, quoique ces morceaux dont il s'est servi fiissent de verre commun , il est certain qu'nne masse solide de quatre pouces d^isseur de ce même verre n*auroit pas entièrement intercepté la lumière du soleil , d'autant que je me suis assuré, par ma propre expérience , qu'une épaisseur de

DES tPOQOES DE LA NATURE. 331

peat-ètre pas au quart de cette épaisseur , c*est-i-dire à ceut doquante pieds ^ Ainsi toutes les eaux qu^ sont an-dessous de cette profondeur seroient glacées sans la chaleur intérieure de

6 pouoo de ren^lanc la laine paner encore anez TiTeroent , comme on le Terra dans la noCe suiTante. Je, croit donc qu'on doit plut qtie doubler let épaitaeurt doonéet par li Bougner, et que la lumière du toldl pénètre an rooint d 600 piedt I traTert l'eau de la mer : car il y a une teoonde inattentioB dant les^expériencet de ce taTant phytiden ; c'ett de n'aToir pat i^it pataer la lumière du toleil à traTcrt ton tuyau rempli d'eau de mer, de 9 piedt

7 pouœt de longueur ; il t'ett contenté d'y foire paner la lumière d'un flambeau, ft il en a conclu la diminution dant le rapport de 14 à 5 : or je tuit penuadé que cette diminutton n'auroit pat été ti grande tur la lumière du toleil , d*autai^ que celle du flambeau ne pouToit patser qu'obliquement, au lieu qui^ celle du toleil passant directeme;Rt auroit été plut pénétrante par la seule incidence, indépendamment de sa pureté et de son inten^té. Ainsi, tont bien oantidéré , il me parott que , pour approcher le plut prêt qu'il ett ponible de la Térité , on doit tuppoter que là lumière du toleil pénètre dant le setii de la mer jutqu'à 100 toitet ou 600 piedt de profondeur, et la chaleur jusqu'à 150 pieds. Ce n'est pat à dire pour cela qu'il ne patte encore au-delà queîqoet atomn de lumière et de chaleur, mait lieuleroent^ue leur effét serait aUoIument intentible, et ne pourroit être reconnu par aucun de not sent. (Add.Buff,)

* Je croit être atturé de cotte Térité par une analogie tirée d'une expérience qui me parait décitiTC : aTec une loupe de Terre manif de 27 pouces de diamètre tur 6 poucet d'épaisseur à son centre je me suit aperçu , en cou- Trant la partie du milieu, que cette loupe ne brûloit, pour ainil dire, que par let bordt jutqu'à 4 poucet d'épaitseur, et que toute la partie plus épaisse ne produisoit presque point de dialeur; ensuite ayant couTert toute cette loupe, à Texoeption d'un pouce d*ou?erture sur son centre, j'ai reconnu que la lumière du toleil étoit si fort affoiblie, après aToir traversé cette épaisseur de 6 pouces de Terre, qu*elle ne produisoit aucun effet sur le thermomètre. Je suis donc bien fondé, à présumer que cette même lumière , affoiblie par 150 piedt d'épaisseur d'eau , ne donneroit pas un degré de chaleur sensible.

La lumière que la lune réfléchit à not yeux ett certainement la lumière réfléchie du toleil; cependant cette lumière n'a point de chaleur «ensible, et même, lortqu'on la concentre au foyer d*un miroir ardent, qui augmente prodigieusement la chaleur du soleil, cette lumière réfléchie par la lune n'a point encore de chaleur sensible ; et celle du soleil n'aura pas plus de chaleur, dès qu'en traTersant une certaine épaitteur d'eau , elle deriendra auni foible que celle de la lune. Je tuit donc persuadé qu'en laittant patter le» rayons du soleil dans un large tuyau rempli d'eau , de 50 pieds de longueur seulement, ce qui n*est que le tiers de l'épaisseur que j'ai supposée , cette lumière affoiblie ne produiroit tur un thermomètre aucun effet, en supposant même la liqueur du thermomètre au degré de la congélation; d'où j'ai cru pouvoir conclure que, quoique la lumière do soleil perce jusqu'à 600 piedt dans le sein de la mer, ta chaleur ue péuètre pas au quart de cette profondeur. ( Add, Buff, ) ^

^Si DES ÉPO(jtIE$ DE LA NATURE,

la lerre, qui seule peut entretenir leur liquidité. Et de même il est encore prouvé, par Texpérience, que la chaleur des rayons solaires ne pénètre pas à quinze ou vingt pieds dans la terre , puisque la glace se conserve à cette profoideur pendant les étés les plus chauds. Donc il est démontré qu'il y a andessous du bassin de la mer , comme dans les premières couches de la terre, une émanàtipn continuelle de chaleur qui entretient la liquidité des eaux , et produit la température de la terre; donc il existe dans son intérieur une chaleur qui lui appartient en propre , et qui est (out-à-fait indépendante de celle que le soleil peut lui communiquer.

Nous pouvons encore confirmer ce fait général par un grand nombre de Faits particuliers. Tout le monde a remarqué , dans le temps des frimas, que la neige se fond dans tous les endroits où les vapeurs de l'intérieur de la terre ont une libre issue , comme smr les puits, les aquéducs recouverts, les voûtes, les citernes, etc. , tandis que surtout le reste de Fespace oA la terre resserrée par la gelée intercepte ces vapeurs, la neige subsiste et se gèle au lieu de fondre. Cela seul suffiroit pour démontrer que ces émanations de Vintérieur de la terre ont un degré de chaleur très réel et sensible. Mais il est inutile de vouloir accumuler ici de nouvelles preuves d'un l^it constaté par Texpérience et par les observations; ils nous suffit qu'on ne puisse désormais le révoquer en doute, et qu'on reconnoisse cette chaleur intérieure de la ]lerre comme un fait réel et général, duquel, comme des autres faits généraux de la nature, on doit déduire les effets particuliers.

Il en est de même du quatrième fait : on ne peut pas douter, d'après les preuves démonstratives que nous en avons données dans plusieurs articles de notre Théorie de la terre , que les matières dont le globe est composé ne soient de la nature du verre ■ : le fond des minéraux, des végétaux et des animaux,

• Cette vérité générale « que nous pouvons démontrer par Texpérienoe, a été «oupçonnée par Leibnitz, philosophe dont le nom fera toujours grand honneur à TAUemagne. «Sane plerisque creditum et à sacris etiam scripà- «ribus yisinuatum est conditos in abdito telluris ignis tbesauros... Adjurant

DES ÉPO<^UES DE LA NATURE m

Xi est qu'une matière viOrescîble; car tous leurs résidus, tou« ^ leurs détriments ultérieurs, peuvent se réduire en verre. Les matières que les chimistes ont appelées rëfractcUres , celles qu'ils regardent comme infusibles, parce qu'elles résistent au feu de leurs fourneaux sans se réduire en verre , peuvent néanmoins s'y réduire par l'action d'un feu plus violent. Ainsi toutes les matières qui composent le globe de la terre, du moins toutes celles qui nous sont connues, ont le verre pour base de leur substance; et nous pouvons, en leur faisant subir la grande action du feu , les réduire toutes ultérieurement à leur premier état '.

La liquéfaction primitive de la masse entière de la terre par le feu est donc prouvée dans toute la rigueur qu'exige la plus stricte logique : d'abord a priori , par le premier fait de son élévation sur l'équateur et de son abaissement sous les pôles ; V ab actu , par le second et le troisième fait de la chaleur intérieure de la terre encore subsistante ; 3^ a posteriori, par le quatrième fait, qui nous démontre le produit de cette ac-

«f ultus , naiD ornnU ex fu^ione scoria vitbi est ciifus.» Talem vero este •globi nottri supeHîciein (neque eiiiin ultra penetrare DObU dalum) reiptâ «expeHnuir ; omnes eniro terrae et lapides igne Titrum reddunt.. nobU salit «est admotoigne omnia terrestiia in titro finiri. Ipsa magna telluris ossa «Dudaeque ill» rupes atque immortales silices cùm tota fere in vitrum abeant ; «qnid nisi concreta sunt ex ftisis olim corporibns et prima ills magnaqtie ri «quarn ki facilem adhuc materiam exerçait ignis natur»... cùm igitur omnia «quae non STOlent in aurtt, tandem fundantur, et, speculorum Imprimit «urentium ope, \itri uatiiram sumant, hinc Facile inleiliges vitrum esse «velut TiRM Bàsiif, et naturam ejus cxteronim pleruroque corperum < larris latere. > (G. G. Leibnitii Protogœa ; Goettiiigae, 1749, pages 4 et 5.) (Jdd. Buff.)

' J*aTOue qQ*il y a quelques roâtières que le fèu de nos fourneaux ne peut réduire en verre ; mais au moyen d*un bon miroir ardent ces mêmes matières s*y rMuiront : ce n'est point ici le lieu de rapporter les expériences faites avec les miroirs de mon invention, dont la chaleur est assez grande pour volaCiliser ou vitrifier toutes lès matières exposées à leur foyer. Mais il est vrai que jusqu'à ce jour Ton n'a pas encore eu des miroirs assez puissants pour réduire en verre certaines matières de genre vitrescible , telles que le cristal de roche , le silex ou b pieri^ à fusil; ce n'est donc pas que ces matières ne soient par leur uature réductibles en verre comme lel aut|:es, mais seulement qu'elles exigent un feu plus violent. ( Jdd, Buff. )

334 DES ÉPOijUËS DE LA NATURE.

don do fea , c'est-à-dire le verre , dans toutes les substances

terrestres.

Mais quoique les matières qui composent le globe de la terre aient été primitivement de la nature du verre, et qu'on puisse aussi les y réduire ultérieurement , on doit cependant les distinguer et les séparer relativement aux différents états où elles se trouvent avant ce retour à leur première nature , c'est-à-dire avant leur réduction en verre par l&moyen du fea. Cette considération est d'autant plus nécessaire ici , que seule elle peut nous indiquer en quoi diffère la formation de ces matières : on doit donc les diviser d'abord en matières vitrescibles et én matières calcinables; les premières n'éprouvant aucune action de la part du feu , à moins qu'il ne soit porté à un degré de force capable de la convertir en verre; les autres, au contraire , éprouvant à un degré bien inférieur une action qui les réduit en chaux. La quantité de subs'tances calcaires,' quoique fort considérable sur la terre , est néanmoins très petite en comparaison de la quantité des matières vitrescibles. Le cinquième fait, que nous avons mis en avant, prouve que leur formation est ^ssi d'un autre temps et d'un autre élément; et l'on voit évidemment que toutes les matières qui n'ont pas été produites immédiatement par l'actioft du feu primitif ont été formées par l'intermède de feau , parce que toutes sont composées de coquilles et d'autres débris des productions de la mer. Nous mettons dans la classe des matière vitrescibles le roc vif, les quartz , les sables , les grès et granités, les ardoises, lés schistes, les argiles, les métaux et minéraux métalliques : ces matières , prises ensemble , forment le vrai fonds du gfobe , et en composept la principale et très grande partie; toutes ont originairement été produites par le feu primitif. Le sable n'est que du verre en poudre; les argiles, des sables pourris dans l'eau; les ardoises et les schistes, des argiles desséchées et durcies ; le roc vif , les grès, le granité, ne sont que des masses vitreuses ou des sables vitrescibles sous une forme concrète; les cailloux, les cristaux, les métaux, et la plupart des autres minéraux, ne sont que les

DES SPOtfUES DE LA NATORB. 336

sciUations, les exsudations, oa les subliilfeitioiis de ces premières matières , qui toutes nous décèlent leur origine primi" tire et leur nature commune par leur aptitude à se réduire inunédiatement en verre.

Mais les sables et graviers calcaires, les craies, la pierre de taille, le moellon, les marbres , les albâtres, les spatbs calcaires, opaques et trans^parents, toutes les matières, en un mot , qui se convertissent en chaui , ne présentent pas d'abord leur première nature : quoique originairement de verre c6mme toutes les autres, ces matières calcaires ont passé par des filières qui les ont dénaturées; elles ont été formées dans Teau ; foutes sont entièrement coniposées de madrépores, de coquilles , et de détriments des dépouilles de ces animaux aquatiques qui seuls savent convertir le liquide en solide , et trans-^ former Veau de la mer en pierre Les marbres communs et les autres piei^res calcaires sont composés de coquilles entières et de morceaux de coquiUes , de madrépores , d'astroUes , etc. , dont toutes les parties sont encore évidentes ou très reconnoissables : les graviers ne sont que les débris des marbres et des pierres calcaires que faction de Tair et des gelées détache des rochers, et Ton peut faire de la chaux avec ces graviers , comme Ton en fait avec le marbre ou la pierre; on peut en faire aussi avec les coquilles mêmes , et avec la craie et les tufis lesquels ne sont encore que des débris, ou plutôt des détriments de ces mêmes matières. Les albâtres, et les marbres qu'on doit leur comparer lorsqu'ils contiennent de Talbâtre, peuvent être regardés comme de grandes stalactites qui se forment aux dépens des autres marbres et des pierres conununes : les spaths calcaires se forment de même par Texsudation ou la stDlation dans les matières calcaires , comme le cristal de rocbe se forme dans les matières vitresdbles. Tout cela peut sepro^-

^ On peut te fdnner une îdée nette de cette convenion. L*eau de la mer tient en disaôiution des particulet de terre qui» combinéee avec la matière animale, concourent à fermer let coquilles par le roécauitme de la diiçesiioa de ces aolmaux testacét; comme la soie est le produit du parenchyme des feuilles, combiné avec la matière animale du ver «oie.

ver par TiospectiOD de ces matières et par rexamen attentif des monaments de la nature.

PREBOCRS MORinfERTS.

On trouve à la surface et à rîntérieur de la terre des coquilles et autres productions de la mer; et toutes les matières qu'on appelle calcaires sont composées de leurs détriments

SEConns moriimerts.

En examinant ces coquilles et autres producticms marines que Ton tire de la terre en France 4 en Angleterre , en Allemagne, et dans le reste de l'Europe, on reconnott qu'une grande partie des espèces d'animaux auxquels ces dépouilles ont appartenu ne se trouvent pas dans les mers adjacentes , et que ces espèces ou ne subsistent plus, ou ne se trouvent que dans les mers méridionales : de même on voit dans les ardoises et dans d'autres matières, à de grandes profondeurs, des impressions de poissons et de ptantes dont aucune eqièce n'appartient à notre climat , et lesquelles n'existent plus , ou ne se trouvent subsistantes que dan&les climats méridionaux.

TROISIÈMES MOBnnHElfTS.

On trouve en Sibérie et dans les autres contrées septentrionales de l'Europe et de l'Asie des squelettes, des défenses, des ossements d'élépfaan^, d'hippopotame et de rhinocéros, en assez grande quantité pour être asèqré que les espèces de ces animaux, qui ne peuvent se propager aujourd'hui que dans les tdrres du midi , existoient et se popageoient autrefois dans les terres du nord; et l'on a observé que ces dépouilles d'élé* phant et d'autres animaux terrestres se présentent à une assez petite profondeur, au lieu que les coquilles et les autres dé^ bris des productions de la mer se trouvent enfouis à de plus grandes profondeurs dans l'intérieur de la terre.

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