Lettre de M. Faujas de Saint-Fond à M
DU CHARBON DE TERRE
ituraliste distingue comme nous le chàr- >n sec du charbon collant; mais il a remarqué de plus dans les différentes mines /il a examinées en France , en Angleterre, i en Écosse, que ces deux sortes de charijin de terre étoient attachées chacune à i sol d’une nature particulière, et que les fl arbons secs ne se trouvoient que dans ? terrains calcaires, tandis qu’au contraire j i ne rencontroit le charbon collant que uns les terrains granitiques et schisteux : fl voici , d’après M. Faujas , quelle est la lalité de ces deux charbons , et de quelle I anière chacune d’elles se présente.
I Le charbon sec étant en masse continue but se tirer en gros morceaux : il est, I mme les autres charbons, disposé par lits Iternatifs. Si l’on examine avec attention j» lits supérieurs, on y reconnoit les carac- I res du bois, et on y trouve quelquefois lis coquilles bien conservées, et dont la I cre n’a été que peu altérée. Lorsqu’on t parvenu aux couches inféiieures, la sjialité du charbon devient meilleure; son lisu est plus serré, sa substance plus hologène : il offre dans sa cassure des surfa-
I s lisses et souvent brillantes comme celle
I I jayet ; et s’il n’en a pas le luisant , son ain est uni , serré , et n’est jamais lamelux.
Ce charbon sec , lorsqu’il est de bonne lalîté, répand en brûlant une flamme vive, I gère , bleuâtre à son sommet, assez semsjable à celle du bois ordinaire; et l’on | bserve qu’à mesure que ce charbon s’emibase, il se gerce et se fend en plusieurs || ns ; il perd au moins un tiers de son vo- Ime et de son poids en se convertissant en l’aise, et ses cendres sont blanches comme [ lies du bois.
M. Faujas m’a fait voir des charbons secs ti, après avoir été épurés, présentent éviîmrnent les fibres ligneuses et même les [niches concentriques du bois, qu’il étoit tfficile d’y reconnoître avant que leur or- ^nisation eût été mise à découvert par apurement.
Lorsqu’on fait brûler ce charbon , son leur est en général plus ou moins désa- ’éable et forte , suivant les diverses qualis de ce minéral : quelquefois elle est trèsüble; mais souvent elle est empyreumatiue, ou fétide et nauséabonde, ou la même ne celle du foie de soufre volatil. Au reste, [. Faujas observe que ces charbons secs, uoique moins bitumineux en apparence
>mte de Buffon , datée de Montélimart , 10 jani er 1786.
que ies charbons collans , le sont réellement davantage, et qu’ils produisent par leur distillation un cinquième de plus de bitume, et un tiers de plus d’eau alcalisée.
Le charbon collant , qu’on appelle aussi charbon gras , diffère du charbon sec en ce qu’il se boursoufle en brûlant , tandis que le charbon sec fait retraite. Ce charbon collant augmente de volume au moins d’un tiers; il présente des pores ou cavités semblables à ceux d’une lave spongieuse , et que l’on reconnoit très - aisément lorsqu’il est éteint. C’est après avoir été ainsi dépouillé de son eau , de l’acali volatil , et du bitume, qu’il porte le nom de charbon épuré en France , et de coali en Angleterre : il se réduit en une cendre grise; et soit qu’on l’emploie, dans les fourneaux, en gros morceaux ou en poussière, il s’agglutine et se colle fortement , de manière à ne former qu’une masse qu’on est obligé de soulever et de rompre , afin que l’air ne soit pas intercepté par cette masse embrasée, et que le feu ne perde pas son activité.
Ce charbon collant produit une flamme qui s’élève moins , mais qui est beaucoup plus vive et plus âpre que celle du charbon sec ; il donne une chaleur plus forte et beaucoup plus durable ; il en sort une fumée plus résineuse qu’alcalescente , qui n’a point l’odeur fétide de la plupart des charbons secs , et même , lorsqu’elle est trèsatténuée , elle répand une sorte d’odeur de succin. Ce charbon est composé de petites lames fort minces, très-luisantes, et placées sans ordre ; et si ces lames sont peu adhérentes, le charbon est très -friable : il est connu alors dans la Flandre sous le nom de houille, et sous celui de menu poussier dans les mines du Forez et du Lyonnois : mais d’autres fois ces lames , plus solides et plusadhérentes entre elles , donnent à ce charbon une continuité ferme, et qui permet de le détacher en gros morceaux. Ce charbon solide est celui qui est le plus recherché ; ses lames sont assez souvent disposées en stries longitudinales , et d’un noir trèsbrillant : mais le luisant de ce charbon diffère de celui du charbon sec en ce que ce dernier , quoique très - luisant , a un grain serré et uni , dont le poli naturel esi comme onctueux , tandis que les lames du charbon collant ont une apparence vitreuse et brillante. M. Faujas a aussi observé qu’il se trouve quelquefois du charbon collant dans lequel la matière bitumineuse paroit affecter la forme cubique , et il dit que l’on rencontre , particulièrement dans les charbons
334 MINERAUX
des environs d’Edimbourg et de Glascow, des morceaux qui ne paroissent être composés que d’une multitude de petits cubes bitumineux engagés les uns dans les autres, mais qui se détachent facilement.
L’on trouve aussi , dans ces charbons colhn , tantôt des parcelles ligneuses bien caractérisées, tantôt des bois pyritisés, et surtout diverses empreintes de végétaux semblables à des roseaux et à d’autres plantes dont il seroit assez difficile de déterminer exactement les espèces. Toutes ces empreintes sont en relief d’un côté , et en creux de l’autre ; la substance de la plante a disparu, soit qu’elle ait été détruite par la pourriture , ou qu’elle se soit convertie en charbon. M. Faujas remarque avec raison qu’il seroit très -important de comparer ces sortes d’empreintes , et de voir s’il n’existeroit pas quelque différence entre les empreintes des charbons des terrains calcaires et celles des charbons des sols granitiques.
A l’égard de la situation des mines de charbon sec au milieu des terrains calcaires, les seuls où on les trouve , suivant M. Faujas, cet habile minéralogiste remarque que quand une mine de charbon se trouve , par exemple , dans les parties calcaires des Alpes , au pied de quelque escarpement entièrement dépouillé de terre végétale , et où la terre est à nu , l’on aperçoit tout d’un coup l’interruption de la roche calcaire dans l’endroit où se rencontre le charbon , dont les premières couches gisent sous une espèce de monticule d’argile pure ou marneuse , ou mêlée de sable quartzeux ; la sonde en tire de l’argile plus ou moins pure, du charbon, de la pierre calcaire ordinairement feuilletée, quelquefois des bois charbonifiés qui conservent leurs caractères ligneux, et qui sont mêlés avec des coquilles : ces premières couches sont suivies d’autres lits d’argile , de pierres calcaires ou de charbons , dont l’épaisseur varie. L’inclinaison de ces couches est la même que celle de la base sur laquelle elles s’appuient , et il est important de remarquer que l’on trouve souvent à de grandes profondeurs la matière même du charbon adhérente à la pierre calcaire, et que, dans les points de contact, les molécules du charbon sont mêlées et confondues avec celles de la pierre , de manière qu’on doit rapporter à la même époque la formation de ces pierres calcaires et celle du charbon.
Mais au contraire les mines de charbon collant , qui sont situées dans les montagnes granitiques ou schisteuses , ont été déposées dans des espèces de bassins où les
courans de la mer ont transporté les argiles, j les sables , les micas , avec les matières végétales; quelquefois les flots ont entraîné des pierres de diverses espèces , et en ont formé ces amas de cailloux roulés qu’on trouve au dessus ou au dessous des charbons j collans ; d’autres fois les bois et autres végétaux ont été accumulés sur les sables ou sur les argiles , où ils ont formé des couches parallèles lorsqu’ils ont été déposés sur un sol uni et horizontal , et n’ont formé que des pelotons ou des masses irrégulières , et des lits tortueux, interrompus, et inclinés, j lorsqu’ils ont été déposés sur une base iné- j gale ou inclinée; et l’on doit observer que ! j jamais le charbon collant ne porte immédia- , tement sur le granité. M. Faujas a observé ■ qu’il existe constamment une couche de grès, , de sable quartzeux , ou de pierres vitreuses, j j roulées et arrondies par le frottement, entré j | les granités et les couches de charbon ; et si ■ ces mêmes couches renferment des lits inter- i ■ médiaires d’argile en masse ou d’argile feuilletée , ces argiles sont également séparées du granité par les sables, les grès, les pierres j roulées , ou par d’autres matières provenant j j( de la décomposition des roches vitreuses : ! ( telles sont les différences que l’on peut re- i r marquer, suivant M. Faujas, entre les char-! bons secs et les charbons collans , tant poui J leur nature que pour leur gisement dans les terrains calcaires et dans les terrains grani- j tiques et schisteux. Ce naturaliste présume 1 avec raison que la nature des charbons secs, toujours situés dans les terrains calcaires . : j tient en grande partie à leur formation con-. S( temporaine de celle des substances coquil f|| leuses : la matière de ces charbons s’est mê : m lée avec la substance animale des coquillage;! j dont les dépouilles ont formé les bancs d< j ^ pierres calcaires ; et les bois qui ont éti j ^ convertis en charbon sec , placés au milieil ^ de ces amas de matières alealescentes , s< |)( sont imprégnés de l’alcali volatil qui s’en es j a dégagé; ce qui nous explique pourquoi ci| charbon rend par la distillation une quantité j0| d’alcali qui excède du double et du tri pli | ^ celle qu’on obtient des charbons collans. • B L’on doit ajouter aux causes de ces diffé f rences entre les charbons collans et les char h bons secs l’influence de la terre végétale j| jfl qui se trouve en très-petite quantité dans 1 f|j charbon sec , et entre au contraire pou 1 a|o beaucoup dans la formation du charbon cob B> lant ; et comme cette terre limoneuse es jfi mêlée en plus grande quantité de matière ! vitreuses que de substances calcaires , :>! 1 pourrait se faire , ainsi que l’a observ M ^
DU CHARBON DE TERRE
M. Faujas , que les charbons collans ne se trouvassent jamais que dans les terrains granitiques et schisteux : et c’est par cette raii son que cette terre limoneuse, qui se boursoufle et augmente de volume lorsqu’on l’expose à l’action du feu , donne aux charbons collans la même propriété de se gonfler , de ! s’agglutiner , et de se coller les uns contre les autres lorsqu’on les expose à l’action du ;] feu.
Plus on multipliera les observations sur j les charbons de terre, et plus on reconnoîlra I entre leurs couches , et surtout dans les lits
I' supérieurs , des empreintes de diverses sortes de plantes. « J’ai vu , mecrit M. de Morveau , dans toutes les mines de charbon de Rive - de - Gier , de Saint - Chamond , et de Saint- Berain , des empreintes de plantes, des prêles, des caille-laits; des joncs, dont l’écorce est très - reconnoissable , et qui ont jusqu’à un pouce de diamètre, un fruit qui joue la pomme de pin , des fougères surtout en quantité. J’ai observé dans les contreparties de ces fougères que, d’un côté, les tiges et les côtes entières étoient en relief et I les feuilles en creux , et, de l’autre côté, les I côtes et les tiges en creux et les feuilles en I relief : quand les schistes où sont ces empreintes sont très-micacés, comme dans un morceau que j'ai trouvé à Saint- Berain, on Ô y distingue parfaitement la substance même ! de la plante et des feuilles , qui y forme • une pellicule noire que l’on peut détacher,
! quoique très-mince. J’ai vu dans le cabinet i de M. Le Camus , à Lyon , dans un de ces I schistes de Saint-Chamond, un fruit rond de I près d’un pouce d’épaisseur, dont la coupe présente trois couches concentriques; il croit [ que c’est une espèce de noix vomique1.» I Toutes ces empreintes végétales achèvent de | démontrer la véritable origine des charbons I1 de terre, qui ne sont que des dépôts des ! bois et autres végétaux dont l’huile s’est, >il avec le temps , convertie en bitume par son | mélange avec les acides de la terre. Mais i lorsque ces végétaux conservent plus ou ij moins les caractères extérieurs de leur pre- | mière nature, lorsqu’ils offrent encore presque en entier leur contexture et leur configu- Ij ration, et que les huiles et autres principes Ijl inflammables qu’ils renferment n’ont pas été I entièrement changés en bitume, ce ne sont i alors que des bois ou végétaux fossiles qui I n’ont pas encore toutes les qualités des charj bons de terre , et qui , par leur état inter-
i. Extrait d’une lettre de M. de Morveau à M. le comte de Buffon, en date du 20 novembre 1779-
médiaire entre ces charbons et le bois ordinaire, sont une nouvelle preuve de l’origine de ces mêmes charbons qu’on ne peut rapporter qu’aux végétaux. On rencontre particulièrement de ces amas ou couches de bois fossile à Hohen et Stockhausen, dans le pays de Nassau ; à Slatleld , près de Heiligenbron , dans le pays de Dillembourg en Allemagne, dans la Vétéravie, etc. Il y en a aussi en France, et on a découvert une de ces forêts souterraines entre Bourg en- Bresse et Lons-le-Saulnier. Mai , ce n’est pas seulement dans quelques contrées particulières qu’on rencontre ces bois fossiles ; on en trouve dans la plupart des terrains qui renferment des charbons de terre, et en une infinité d’autres endroits. Ces bois fossiles ont beaucoup de rapports avec les charbons de terre par leur couleur , par leur disposition en couches, par les terres qui en, séparent les différens lits , par les sels qu’on en retire , etc. ; mais ils en diffèrent par des caarctères essentiels : le peu de bitume qu’ils contiennent est moins gras que celui des charbons ; leur substance végétale et les matières terreuses qu’ils renferment n’ont presque point été altérées par cette petite quantité de bitume ; et enfin ces bois fossiles se rencontrent communément plus près de la surface du terrain que les charbons de terre, dont la première organisation a été souvent plus détruite , et dont les huiles ont toutes été converties en bitume.
Les bancs de schiste, d’argile, ou de grès, qui renferment et recouvrent les mines de charbons de terre , sont souvent recouverts eux-mêmes , dans les environs des anciens volcans , par des couches de laves qui ne sont quelquefois séparées des charbons que par une petite épaisseur de terre. M. Faujas a fait cette observation auprès du Puyen-Vélay, auprès de Gensac-en-Vivarais, à Massarse dans le Nivernois, dans plusieurs endroits de l’Écosse, et particulièrement dans les mines de Glascovv, et dans celles qui appartiennent au lord Dundonal. Ces laves ne peuvent avoir coulé sur ces couches de charbons cju’après la formation de ces charbons et leur recouvrement par la terre, qui, leur servant de toit , les a préservés de l’inflammation qu’auroit produite le contact de la lave en fusion.
Nous avons présenté l’énumération de toutes les couches de charbons de terre de la montagne de Saint-Gilles au pays de Liège, avec les résultats que nous a fournis la comparaison de ces couches; nous donnons aussi dans la note ci-dessous, l’état des couches
MINÉRAUX
de terre et de charbons du puits de Catighley-!ane , situé à une lieue de la Severne en Angleterre z. En comparant également les
i. Épaisseur des couches de terre du puits de Caughley-lane > situé à une lieue de la Severne.
Sable ordinaire
verges.
pouc.
Gravier ou sable plus gros
Argile rouge
Pierre calcaire.
Marne bleue et rouge. . .
Argile dure , Bleuâtre , qui se durcit à la superficie. ...
Argile d’un bleu pâle ou gris de fer.
Argile grise
Charbon sulfureux de mauvaise odeur
Argile d’un gris brun
Boeher avec bitume brun mêlé de veines blanches
Argile rouge fort dure
Rocher noir et gris.. .
Argile noire , rouge, et bleue mêlée.
Boclyar gris avec pierres de mine de fer dans les interstices
Mauvais charbon
Argile blanchâtre unie qui couvre le meilleur charbon
Le meilleur charbon (best-coal) . . . .
Hocher qui fait le mur de la veine de charbon
Charbon dont on fait le coak pour fondre la mine de fer
Argile blanche, couverte par le charbon
Banc de glaise brune et noire où se trouve la mine de fer. ............
couches de celle ffiine de Caughley-lane, nous trouverons, ainsi que nous l’avions déjà conclu de la position et de la nature des couches du pays de Liège , que l’épaisseur des couches de charbon n’est pas relative a la profondeur où elles gisent , et nous verrons aussi que l'épaisseur plus ou moins grande des matières étrangères interposées entre les couches de charbon n’influe pas sur l’épaisseur de ces couches.
Et à l’égard de la bonne ou mauvaise qualité des charbons , on remarquera , dans ces deux grands exemples , que celui qui est situé le plus profondément n’est pas le meilleur de tous ; ce qui prouve qu’un séjour 2)ius ou moins long dans le sein de la terre ne peut influer sur la nature du charbon qu’autant qu’il donne aux acides plus de temps pour convertir en bitume les huiles des végétaux enfouis ; et tous les autres résultats que nous avons tirés de la nature et de la position des couches de la montagne de Saint-Gilles se trouvent confirmés par la comparaison des couches de Caughley-lane. (. Adcl . Bujf )
Pierre dure sous la mine de fer. .
Couche d’argile dure qui couvre la
mine
Charbon dur, luisant , mêlé de silex
qui fait feu avec l’acier
Total général
verges, pouc.
o xS
Quoique les bitumes se présentent sous différentes formes, ou plutôt dans des états différais , tant par leur consistance que par les couleurs, ils n’ont cependant qu’une seule et même origine primitive , mais ensuite modifiée par des causes secondaires : le naphte, le pétrole , l’asphalté, la poix de montagne , le succin , l’ambre gris , le jayet, le charbon de terre; tous les bitumes, en un mot, proviennent originairement des huiles animales ou végétales altérées par le mélange des acides : mais quoique le soufre provienne aussi des substances organisées , on 11e doit pas le mettre au nombre des bitumes , parce qu’il 11e contient point d’huile, et qu’il n’est composé que du feu fixe de ces mêmes substances combiné avec l’acide vitriolique.
Les matières bitumineuses sont ou solides
comme le succin et le jayet , ou liquides comme le pétrole et le naphte , ou visqueuses-, c’est-à-dire d’une consistance moyenne entre le solide et le liquide, comme l’asphalte et la poix de montagne : les autres substances plus dures, telles que les schistes bitumineux , les charbons de terre, ne sont que des terres végétales ou limoneuses plus ou moins imprégnées de bitume.
Le naphte est le bitume liquide le plus coulant, le plus léger, le plus transparent, et le plus inflammable. Le pétiole, quoique liquide et coulant , est ordinairement coloré et moins limpide que le naphte. Ces deux bitumes 11e se durcissent ni ne se coagulent à l’air; ce sont les huiles les plus ténues et les plus volatiles du bitume. L’asphalte, que l’on recueille sur l’eau ou dans le sein de la terre, est gras et visqueux dans ce
fie d istre
jiteiii poisse dite; Kde Upel mise toit 11
Wr
une /; douze «lest louve «tiers
Me
«Harrf
Nés
premier état ; mais bientôt il prend à l’air un certain degré de consistance et de solidité. Il en est de même de la poix de montagne, qui ne diffère de l’asphalte qu’en ce qu’elle est plus noire et moins tenace.
•Le succin , qu’on appelle aussi /carabe , et plus communément ambre jaune , a l’abord été liquide , et a pris sa consistance i l’air et. même à la surface des eaux et lans le sein de la terre : le plus beau succin îst transparent et de couleur d’or; mais il r en a de plus ou moins opaque, et de toutes es nuances de couleur du blanc au jaune ft jusqu’au brun noirâtre : il renferme souvent de petits débris de végétaux et des insectes terrestres , dont la forme est paraitement conservée 1 ; il est électrique :omme la résine végétale , et par l’analyse îhimique on reronnoît qu’il ne contient iî’autres matières solides qu’une petite quanilé de fer , et qu’il est presque uniquement :omposé d’huile et d’acide 2, Et comme l’on ait d’ailleurs qu’aucune substance purenent minérale ne contient d’huile, on ne jeut guère douter que le succin ne soit un )ur résidu des huiles animales ou végétales aisies et pénétrées par les acides; et c’est îeut-être à la petite quantité de fer contenue dans ces huiles qu’il doit sa consistance
ses couleurs plus ou moins jaunes ou brunes.
Le succin se trouve plus fréquemment dans la mer que dans le sein de la terre3,
I x. M. Keysler dit qu’on ne voit dans le succin . jue des empreintes de végétaux et d'animaux terrestres, et jamais de poissons.... Cependant d’autres tuteurs assurent qu'il s’y trouve quelquefois des : joissons et des œufs de poissons. On m’a présenté,
■ :ette année 1778, un morceau d’environ deux pou- ,5 ;es de diamètre , dans l’intérieur duquel il y avoil |m petit poisson d’environ un pouce de longueur; 5 hais comme la tranche de ce morceau de succin •Ijitoitun peu entamée, il m’a paru que c’étoit de iS ’ ambre ramolli , dans lequel on a eu l’art de renermer le petit poisson sans le déformer.
2. De deux livres de succin entièrement brûlé , ® I. Bourdelin n’a obtenu que dix-buit grains d’une t, erre brune sans saveur, saline, et contenant un peu UC le fer.
^ 3. On trouve du jayet et de l’ambre jaune dans
!xne montagne près de Bugaracb en Languedoc , à louze ou treize lieues de la mer, et cette montagne lit sn est séparée par plusieurs autres montagnes. On et Irouve aussi du succin dans les fentes de quelques „ rochers en Provence. 11 s’en trouve en Sicile le long i’ Iles eûtes d’Agrigente, de Catane ; à Bologne, vers la Marche d’Ancôiîe ; et dans l’Ombrie, à d’assez Ct grandes distances de la mer. Il en est de même de Ipelui que M. le marquis de Bonnac a vu tirer dans un endroit du territoire de Dantzick , séparé de la Iner par de grandes hauteurs. M. Guettard , de l’Académie des Sciences, conserve dans son cabinet IJin morceau de succin qui a été trouvé dans le
Buffon. II.
où il n’y en a que dans quelques endroits , et presque toujours en petits morceaux isolés. Parmi ceux que la mer rejette, il y en a de différens degrés de consistance , et même il s’en trouve des morceaux assez mous ; mais aucun observateur ne dit en avoir vu dans l’état d’entière liquidité , et celui que l’on lire de la terre a toujours un assez grand degré de fermeté.
L’on ne connoît guère d’autre minière de succin que celle de Prusse, dont M. Neumann a donné une courte description par laquelle il paroît que cette matière se trouve à une assez petite profondeur dans une terre dont la première couche est de sable , la seconde d’argile mêlée de petits cailloux de la grosseur d’un pouce , la troisième de terre noire remplie de bois fossiles à demi décomposés et bitumineux , et enfin la quatrième d’un minéral ferrugineux ; c’est sous cette espèce de mine de fer que se trouve le succin par morceaux séparés et quelquefois accumulés en tas.
On voit que les huiles de la couche de bois ont dû être imprégnées de l’acide contenu dans l’argile de la couche supérieure , et qui en descendoit par la filtration des eaux; que ce mélange de l’acide avec l’huile du bois a rendu bitumineuse cette couche végétale; qu’ensuite les parties les plus ténues et les plus pures de ce bitume sont descendues de même sur la couche du minerai ferrugineux , et qu’en le traversant elles se sont chargées de quelques particules de fer, et qu’enfm c’est du résultat de cette dernière combinaison que s’est formé le succin qui se trouve au dessous de la mine de fer.
Le jayet diffère du succin en ce qu’il est opaque et ordinairement très-noir; mais il est de même nature, quoique ce dernier ait quelquefois la transparence et le beau jaune de la topaze; car, malgré cette différence si frappante , les propriétés de l’un et de l’autre sont les mêmes ; tous deux sont électriques ; ce qui a fait donner au jayet le nom d’ambre noir, comme on a donné au succin celui d ambre jaune : tous deux brûlent de même ; seulement l’odeur que rend alors le jayet est encore plus forte, et sa fumée plus épaisse que celle du succin. Quoique solide et assez dur, le jayet est fort léger, et on a souvent pris pour du
sein de la terre en Pologne , à plus de cent lieues de distance de la mer Baltique , et un autre morceau trouvé à Neubourg , à vingt lieues de distance de Dantzick : il y en a dans des lieux encore plus éloignés de la mer, en Podolie, en Volhynie : le lac Lubien de Posnanie en rejette souvent, etc.
MINÉRAUX
jayet certains bois fossiles noirs, dont la cassure est lisse et luisante, et qui paroissent en effet ne différer du vrai jayet que parce qu’ils ne répandent aucune odeur bitumineuse en brûlant.
On trouve quelques minières de jayet en France; on en connoît une dans la province de Roussillon, près de Rugarach. M. de Gensanne fait mention d’une autre dans le Gévaudan, sur le penchant de la montagne près de Vebron , et d’une autre près de Roufliac , diocèse de Narbonne , où l’on faisoit dans ces derniers temps de jolis ouvrages de cette matière. On a trouvé dans la glaise, en creusant la montagne de Saint- Gennain-en-Laye , un morceau de bois fossile , dont M. Fongerour; de Bondaroy a fait une exacte comparaison avec le jayet. « On sait , dit ce savant académicien , que la couleur du jayet est noire, mais que la superficie de ses lames n’a point ce luisant qu’o'ffre l’intérieur du morceau dans sa cassure; c’est aussi ce qu’il est aisé de reconnoître dans le morceau de bois de Saint- Germain. Dans l’intérieur d’une fente ou d’un morceau rompu , on voit une couleur d’un noir d’ivoire bien plus brillant que sur la surface du morceau. La dureté du jayet et du morceau de bois est à peu près la même; étant polis ils offrent la même nuance de couleur ; tous deux brûlent et donnent de la flamme sur les charbons : le jayet répand une odeur bitumineuse ou de pétrole ; certains morceaux du bois en question donnent une pareille odeur, surtout lorsqu’ils ne contiennent point de pyrites. Ce morceau de bois est donc changé en jayet , et il sert à confirmer le sentiment de ceux qui croient le jayet produit par des végétaux. »
On trouve du très- beau jayet en Angleterre dans le comté d’York et en plusieurs endroits de l’Ecosse; il y en a aussi en Allemagne, et surtout à Wirtemberg. M. Bowïes en a trouvé en Espagne près de Peralegos , « dans une montagne où il y a, dit-il , des veines de bois bitumineux qui ont jusqu’à un pied d’épaisseur... On voit très-bien que c’est du bois, parce que l’on en trouve des morceaux avec leur écorce et leurs fibres ligneuses , mêlés avec le véritable jayet dur. »
U me semble que ces faits suffisent pour qu’on puisse prononcer que le succin et le jayet tirent immédiatement leur origine des végétaux, et qu’ils ne sont composés que d’huiles végétales devenues bitumineuses par le mélange des acides; que ces bitumes
ont d’abord été liquides, et qu’ils se sont durcis par leur simple dessèchement , lorsqu’ils ont perdu les parties aqueuses de l’huile et des acides dont ils sont composés. Le bitume qu’on appelle asphalte nous en fournit une nouvelle preuve ; il est d’abord fluide, ensuite mou et visqueux, et enfin il devient dur par la seule dessiccaiion.
L’asphalte des Grecs est le même que le bitume des Latins ; on l’a nommé particulièrement bitume de Judée, parce que les eaux de la mer Morte et les terraius qui l’environnent en fournissent une grande quantité. Il a beaucoup de propriétés communes avec le succin et le jayet ; il est de la même nature, et il paroît, ainsi que lafu poix de montagne , le pétrole, et le naphte, ne devoir sa liquidité qu’à une distillationip) des charbons de terre et des bois bitumi-ip neux qui , se trouvant voisins de quelquerés feu souterrain, laissent échapper les partieik huileuses les plus légères, de la même ma-îflv nière à peu près que ces substances bitumi- jl/e neuses donnent leurs huiles dans nos vais- poe seaux de chimie. Le naphte , le pétrole , e ; :p le succin , paroissent être les huiles les plu: « pures que fournisse cette espèce de distil b lation ; et le jayet , la poix de montagne, e« ain l’asphalte, sont les huiles plus grossières leli L’histoire sainte nous apprend que la me,illi Morte, ou le lac Asphaltique de Judée t étoit autrefois le territoire de deux ville] ju criminelles qui furent englouties ; on per j « donc croire qu’il y a eu des feux souterrain g( qui, agissant avec violence dans ce lieu: jue j ont été les instrumens de cet effet; et ce mr(j feux ne sont pas encore entièrement éteint; j0| ils opèrent donc la distillation de toutes h j ^ matières végétales et bitumineuses qui h |jei avoisinent, et produisent cet asphalte liquici ^
que l’on voit s’élever continuellement a surface du lac maudit, dont néanmoins Arabes et les Égyptiens ont su tirer béai coup d’utilité tant pour goudronner leu bateaux que pour embaumer leurs pare et leurs oiseaux sacrés; ils recueillent sur surface de l’eau cette huile liquide, qui, p sa légèreté , la surmonte comme nos huil végétales.
L’asphalte se trouve non seulement Judée et en plusieurs autres provinces i Levant, mais encore en Europe, et mêr en France. J’ai eu occasion d’examiner même d’employer l’asphalte de Ncuchâtt il est de la même nature que celui de J dée ; en le mêlant avec une petite quant de poix, on en compose un mastic avec quel j’ai fait enduire, il y a trente-six ai
Hem
Gabiai
Êki
prèsd
tains i hf roit > |ie ei nom d te ce!
Ilicof Mu
•l'Jip
mi
assez grand bassin au Jardin du Roi , qui puis a toujours tenu l’eau. On a aussi luvé de l’asphalte en Alsace, en Languec, sur le territoire d’Alais, et dans queles autres endroits. La description que
Sus a donnée M. l’abbé de Sauvages, de cet limite d’Alais, ajoute encore une preuve ce que j’ai dit de sa formation par une stillation per ascension . « On voit, dit-il, 511er auprès de Servas , à quelque distance Alais, sur une colline d’une grande éten- 1e , un banc de rocher de marbre (pii pose r la terre et qui en est couvert : il est narellement blanc; mais cette couleur est si ri altérée par l’asphalte qui le pénètre,
11 il est sur sa surface d’un brun clair , et [suite très-foncé à mesure que le bitume (proche du bas du rocher : le terrain du îssous n’est point pénétré de bitume, à la serve des endroits où la tranche du banc it exposée au soleil; il en découle en été i bitume qui a la couleur et la consistance 0 la poix noire végétale; il en surnage sur lie fontaine voisine , dont les eaux ont en mséquence un goût désagréable...
« Dans le fond de quelques ravines et au îssous du rocher d’asphalte, je vis un terlin mêlé alternativement de lits de sable et e lits de charbon de pierre , tous parallèles l’horizon. » On voit par cet exposé que asphalte ne se trouve pas au dessous , mais u dessus des couches ou veines bitumieuses de bois et de charbon fossiles , et que sar conséquent il n’a pu s’élever au dessus lue par une distillation produite par la chaleur d’un feu souterrain.
! Tous les bitumes liquides, c’est-à-dire asphalte, la poix de montagne, le pétrole It le naphte, coulent souvent avec l’eau des durees qui se trouvent voisines des couches le bois et de charbon fossiles. A Begrède, Irès d’Anson en Languedoc , il y a une fonlaine qui jette du bitume que l’on recueille | fleur d’eau. On en recueille de même à Gabian , diocèse de Béziers , et cette fontaine de Gabian est fameuse par la quantité Ile pétrole qu’elle produit : néanmoins il pa- |roît , par un Mémoire de M. Rivière, publié en 1717, et par un autre Mémoire sans ftiom d’auteur, imprimé à Béziers en 1752, eue cette source bitumineuse a été autrefois beaucoup plus abondante qu’elle ne l’est au- Ijjourd’hui; car il est dit qu’elle a donné avant fi 7 1 7 , pendant plus de quatre-vingts ans, trente-six quintaux de pétrole par an, tandis qu’en 1752 elle n’en donnoit plus que trois ou quatre quintaux. Ce pétrole est d’un rouge brun foncé; son odeur est forte et
désagréable; il s’enflamme très -aisément, et même la vapeur qui s’en élève, lorsqu’on le chauffe, prend feu si l’on approche une chandelle ou toute autre lumière à trois pieds de hauteur au dessus : l’eau n’éteint pas ce pétrole allumé; et lors même que l’on plonge dans l’eau des mèches bien imbibées de celte huile inflammable, elles continuent de brûler quoique au dessous de l’eau. Elle ne s’épaissit ni ne se fige par la gelée, comme le font la plupart des huiles végétales; et c’est par cette épreuve qu’on reconnoît si le pétrole est pur, ou s’il est mélangé avec quelqu’une de ces huiles. A Gabian, le pétrole ne sort de la source qu’avec beaucoup d’eau qu’il surnage toujours, car il est beaucoup plus léger, et l’est même plus que l’huile d’olive. « Une seule goutte de ce bitume, ditM. Rivière, versée sur une eau dormante, a occupé dans peu de temps un espace d’une toise de diamètre tout émaillé des plus vives couleurs, et, en s’étendant davantage, il blanchit et enfin disparoît. Au reste, ajoute-t-il, cette huile de pétiole naturelle est la même que celle qui vient du succin dans la cornue vers le milieu de la distillation. «
Cependant ce pétrole de Gabian n’est pas , comme le prétend l’auteur du Mémoire imprimé à Béziers en 1752, le vrai naphte de Babylone. A la vérité, beaucoup de gens prennent le naphte et le pétrole pour une seule et même chose; mais le naphte des Grecs , qui ne porte ce nom que parce que c’est la matière inflammable par excellence, est plus pur que l’huile de Gabian ou que toute autre huile terrestre que les Latins ont appelée petreolum, comme huile sortant des rochers avec l’eau qu’elle surnage. Le vrai naphte est beaucoup plus limpide et plus coulant; il a moins de couleur, et prend feu plus subitement à une distance assez grande de la flamme; si l’on en frotte du bois ou d’autres corps combustibles, ils continueront à brûler quoique plongés dans l’eau. Au reste, le terrain dans lequel se trouve le pétrole de Gabian est environné, et peutêtre rempli, de matières bitumineuses et de charbon de terre.
A une demi-lieue de distance de Clermont en Auvergne, il y a une source bitumineuse assez abondante, et qui tarit par intervalles. « L'eau de cette source, dit M. Le Monnier, a une amertume insupportable; la surface de l’eau est couverte d’une couche mince de bitume qu’on prend? oit pour de l’huile, et qui, venant à s'épaissir par la chaleur de l’air, ressemble en quelque
MINÉRAUX
façon à de la poix... En examinant la nature des terres qui environnent eette fontaine, et en parcourant une petite butte qui n’en est pas fort éloignée, j’ai aperçu du bitume noir qui découloit d’entre les fentes des rochers : il se sèche à mesure qu’il reste à l’air; et j’en ai ramassé environ une demilivre ; il est sec , dur et cassant, et s’enflamme aisément; il exhale une fumée noire fort épaisse, et l’odeur qu’il répand ressemble à celle de l’asphalte. Je suis persuadé que par la distillation on en retireroit du pétrole. » Ce bitume liquide de Clermont est, comme l’on voit, moins pur que celui de Gabian ; et depuis le naphte, que je regarde comme le bitume le mieux distillé par la nature , au pétrole, à l’asphalte, à la poi\ de montagne, au succin. au jayet, et au charbon de terre, on trouve toutes les nuances et tous les degrés d’une plus ou moins grande pureté dans ces matières, qui sont toutes de même nature.
« En Auvergne, dit M. Guettard, les monticules qui contiennent le plus de bitume sont ceux du Puy de Pège (Poix) et du Puy de Cronelles : celui de Pège se divise en deux têtes, dont la plus haute peut avoir douze ou quinze pieds; le bitume y coule en deux ou trois endroits... A côté de ce monticule se trouve une petite élévation d’environ trois pieds de hauteur sur quinze de diamètre; selon M. Ozy, cette élévation n’est que de bitume qui se dessèche à mesure qu’il sort de la terre : la source est au milieu de cette élévation. Si l’on creuse en différens endroits autour et dessus cette masse de bitume, on ne trouve aucune apparence de rocher. Le Puy de Cronelles, peu éloigné dn précédent , peut avoir trente ou quarante pieds de hauteur : le bitume y est solide; on en voit des morceaux durs entre les crevasses des pierres. Il en est de même de la partie la plus élevée du Puy de Pége. »
En Italie, dans les duchés de Modène, Parme et Plaisance, le pétrole est commun; le village de Miano , situé à douze milles de Parme , est un des lieux d’où on le tire dans certains puits construits de manière que cette huile vienne se rassembler dans le fond.
Les sources de naphte et de pétrole sont encore plus communes dans le Levant qu’en Italie; quelques voyageurs assurent qu’on brûle plus d’huile de naphte que de chandelle à Bagdad. « Sur la route de Schiras à Bender Congo , à quelques milles de Benaron, vers l’orient, on voit, dit Gemelli Carreri , la montagne de Darap toute de pierre noire, d’où distille le fameux baume-momie, qui, s’épaississant à l’air, prend aussi
une couleur noirâtre. Quoiqu’il y ait beat! ^ coup d’autres baumes en Perse, celui-ci a! plus grande réputation; la montagne et gardée par ordre du roi ; tous les ans les vi, sirs de Geaxoux , de Schiras, et de Lar, voi ensemble ramasser la momie qui coule tombe dans une conque où elle se coaguh ils l’envoient au roi sous leur cachet poi éviter toute tromperie , parce que ce bauir est éprouvé et très-estimé en Arabie et e Europe , et qu’on n’en tire pas plus de qu; ranle onces par chaque année. « Je ne ci ce passage tout au long que pour rapport! à un bitume ce prétendu baume des mt mies. Nous avons au Cabinet du Roi les deii boîtes d’or remplies de ce baume-momie c mumia, que l’ambassadeur de Perse apporiiL et présenta à Louis XIV; ce baume n’e<jei que du bitume , et le présent n’avoit de m rite que dans l’esprit de ceux qui l’ont o fert '. Chardin parle de ce baume-momie et il le reconnoît pour un bitume. Il d qu’outre les momies ou corps desséch»
qu’on trouve en Perse , dans la province c Corassan , il y a une autre sorte de moim ou bitume précieux qui distille des rocher; et qu’il y a deux mines ou deux sources c ce bitume ; l’une dans la Caramie-Désert»! au pays de Lar, et que c’est le meilleur pot les fractures, blessures, etc.; l’autre dans pays de Corassan. U ajoute que ces mim sont gardées et fermées; qu’on ne les ouvr qu’une fois l’an en présence d officiers de province, et que la plus grande partie de < bitume précieux est envoyée au trésor c roi. Il me paroît plus que vraisemblable qv ces propriétés spécifiques attribuées par 1 Persans à leur baume-momie sont commun à tous les bitumes de même consistance, particulièrement à celui que nous appeloij ou
1. Sa majesté Louis XIV fit demander à l'ambs sadeur du roi de Perse , i° le nom de cette drogu 2° à quoi elle est propre ; 3° si elle guérit les m ladies tant internes qu’externes ; 4° si c’est u drogue simple ou composée. L’ambassadeur r pondit, i° que cette drogue se nomme en pers momia ; 2° qu’elle est spécifique pour les fractur des os, et généralement pour toutes les blessure 3° qu’elle est employée pour les maladies intern et externes ; qu’elle guérit les ulcères internes externes , et fait sortir le fer qui pourroit ël resté dans les blessures ; 4° que cetie drogue t simple et naturelle ; qu’elle distille d’un roeb dans la province de Dezar, qui est l’une des pl méridionales de la Perse ; qu’enfin on peut s servir en l’appliquant sur les blessures , on en faisant fondre dans le beurre ou dans l’huile. Ce notice étoit jointe aux deux boîtes qui renferme j . cette drogue.
2. Le nom de momie ou mumia en persan vit de moum , qui signifie cire , gomme , onguent.
In
1“ ix de montagne; et, comme on vient de voir, ce n’est pas seulement en Perse que n trouve des bitumes de cette sorte, mais ns plusieurs endroits de l’Europe, et même France , et peut-être dans tous les pays du mde, de la même manière que l’asphalte bitume de Judée s’est trouvé non seule- :nt sur la mer Morte, mais sur d’autres s et dans d’autres terres très-éloignées de Judée. On voit en quelques endroits de mer de Marmara, et particulièrement ès d’Héraclée, une matière bitumineuse li flotte sur l’eau en forme de filets que les utonniers grecs ramassent avec soin, et te bien des gens prennent pour une sorte i pétrole : cependant elle n’en a ni l’odeur, le goût, ni la consistance; ses filets sont ■mes et solides, et approchent plus en eur et en consistance du bitume de Judée. Dans la Thébaïde , du côté de l’est , on Cuve une montagne appelée Gebel-el-Moel, !J montagne de l’huile, à cause qu’elle tourdi 1 beaucoup d’huile de pétrole. Oléarius et 6 tvernier font mention du pétrole qui se 1 i>uve aux environs de la mer Caspienne, il i dernier voyageur dit « qu’au couchant k cette mer, un peu au dessus de Chamack,
J y a une roche qui s’avance sur le rivage ,
I laquelle distille une huile claire comme )ti l’eau, jusque là que des gens s’y sont trom- 1 s et ont cru en pouvoir boire ; elle s’épaisle peu à peu, et au bout de neuf ou dix jours rr e devient grasse comme de l’huile d’olive,
I rdant toujours sa blancheur. ... Il y a c sis ou quatre grandes roches fort hautes, liiez près de là, qui distillent aussi la même ii ueur; mais elle est plus épaisse, et tire e r le noir. On transporte cette dernière K jile dans plusieurs provinces de la Perse, i j le menu peuple ne brûle autre chose. » il Ion l’Africain parle de la poix qui se trouve ns quelques rochers du mont Atlas et des 1 iirces ■ qui sont infectées de ce hitume; il uenne même la manière dont les Maures “bueillent cette poix de montagne , qu’ils “jident liquide par le moyen du feu. On Bnuve à Madagascar cette même matière ui e Flaccour appelle de la poix de terre ou «| unie judaïque. Enfin, jusqu’au Japon, les “'aimes sont non seulement connus, mais ^s-communs; et Kæmpfer assure qu’en « elques endroits de ces îles l’on ne se sert fc.è d'huile bitumineuse, au lieu de chan-
j He.
„! En Amérique, ces mêmes substances biett mineuses ne sont pas rares. Dampier a « 1 de la poix de montagne en blocs , de qua- ,f ; livres pesant, sur la côte de Carthagène :
la mer jette ce bitume sur les grèves sablonneuses de cette côte, où il demeure à sec ; il dit que cette poix fond au soleil, et est plus noire, plus aigre au toucher, et plus forte d’odeur que la poix végétale. Garcilasso , qui a écrit l’histoire du Pérou, et qui y étoit né, rapporte qu’anciennement les Péruviens se servoient de bitume pour embaumer leurs morts. Ainsi le bitume, et même ses usages, ont été connus de tous les temps , et presque de tous les peuples policés.
Je n’ai rassemblé tous ces exemples que pour faire voir que, quoique les bitumes se trouvent sous différentes formes dans plusieurs contrées , néanmoins les bitumes purs sont infiniment plus rares que les matières dont ils tirent leur origine; ce n’est que par une seconde opération dé la nature qu’ils peuvent s’en séparer et prendre de la liquidité : les charbons de terre, les schistes bitumineux, doivent être regardés comme les grandes masses de matières que les feux souterrains mettent en distillation pour former les bitumes liquides qui nagent sur les eaux ou coulent des rochers. Comme le hitume, par sa nature onctueuse , s’attache à toute matière , et souvent la pénètre , il faut la circonstance particulière du voisinage d’un feu souterrain, pour qu’il se manifeste dans toute sa pureté ; car il me semble que la nature n’a pas d’autre moyen pour cet effet. Aucun bitume ne se dissout ni ne se délaie dans l’eau : ainsi ces eaux qui sourdent avec du bitume n’ont pu enlever par leur action propre ces particules bitumineuses ; et dès lors n’est-il pas nécessaire d’attribuer à l’ac* tion du feu l’origine de ce bitume coulant, et même à l’action du vrai feu , et non pas de la température ordinaire de l’intérieur de la terre? car il faut une assez grande chaleur pour que les bitumes se fondent, et il en faut encore une plus grande pour qu’ils se résolvent en naplite et en pétrole; et tant qu’ils n’éprouvent que la température ordinaire , ils restent durs, soit à l’air , soit dans la terre. Ainsi tous les bitumes coulans doivent leur liquidité à des feux souterrains, et ils né se trouvent que dans les lieux où les couches de terre bitumineuses et les veines de charbon sont voisines de ces feux qui non seulement en liquéfient le bitume, mais le distillent et en font élever les parties les plus ténues pour former le naphte et les pétroles, lesquels, se mêlant ensuite avec des matières moins pures, produisent l’asphalte et la poix de montagne, ou se coagulent en jayet et en succin.
MINÉRAUX
Nous avons déjà dit que le succin a certainement été liquide, puisqu’on voit dans son intérieur des insectes, dont quelques uns y sont profondément enfoncés : il faut cependant avouer que jusqu’à présent aucun observateur n’a trouvé le succin dans cet état de liquidité ; et c’est probablement parce qu’il ne faut qu’un très-petit temps pour le consolider. Ces insectes s’y empêtrent peutêtre lorsqu’il distille des rochers, et lorsqu’il surnage sur l’eau de la mer où la chaleur de quelque feu souterrain le sublime en liqueur, comme l’huile de pétrole, l’asphalte, et les autres bitumes coulans.
Quoiqu’on trouve en Prusse et en quelques autres endroits des mines de succin dans le sein de la terre, cette matière est néanmoins plus abondante dans certaines plages de la mer : en Prusse et en Poméranie , la mer Baltique jette sur les côtes une grande quantité de succin presque toujours en petits morceaux de toutes les nuances de blanc, de jaune, de brun, et de diffère ns degrés de pureté ; et à la vue encore plus qu’à l’odeur , on seroit tenté de croire que le succin n’est qu’une résine comme la copale, à laquelle il ressemble. Mais le succin est également impénétrable à l’eau , aux huiles , et à l’esprit-de-vin , tandis que les résines, qui résistent à l’action de l’eau, se dissolvent en entier par les huiles, et surtout par l’esprit-de-vin. Cette différence suppose donc dans le succin une autre matière que celle des résines, ou du moins une combinaison différente de la même matière : or on sait que toutes les huiles végétales concrètes sont ou des gommes qui ne se dissolvent que dans l’eau , ou des résines qui 11e se dissolvent que dans l’esprit-de-vin , ou enfin des gommes-résines qui ne se dissolvent qu’imparfaitement par l’une et par l’autre ; dès lors ne pourroit-on pas présumer, par la grande ressemblance qui se trouve d’ailleurs entre le succin et les résines, que ce n’est en effet qu’une gomme-résine dans laquelle le mélange des parties gommeuses et résineuses est si intime et en telle proportion que ni l’eau ni l’esprit-de-vin 11e peuvent l’attaquer? L’exemple des autres gommes-résines, que ces deux menstrues n’attaquent qu’imparfaitement , semble nous l’in» cliquer.
En général on ne peut pas douter que le succin et tous les autres bitumes liquides ou concrets, ne doivent leur origine aux huiles animales et végétales imprégnées d’acide : mais comme indépendamment des huiles, les animaux et végétaux contiennent des sub-
stances gélatineuses et mucilagiueuses en grande quantité, il doit se trouver des bitumes uniquement composés d’huile, et d’au très mêlés d’huile et de matière gélatineuse ou mucilagineuse; des bitumes produits par les seules résines , d’autres par les gommesrésines mêlées de plus ou moins d’acide ; et c’est à ces diverses combinaisons des différens résidus des substances animales ou végétales que sont dues les variétés qui se trou vent dans les qualités des bitumes.
Par exemple , l’ambre gris paroît être ui bitume qui a conservé les parties les plu odorantes des résines dont le parfum est aro matique; il est dans un état de mollesse e de viscosité dans le fond de la mer, auqu« il est attaché , et il a une odeur très-désa gréable et très-forte dans cet état de mojf lesse avant son dessèchement. L’avidité avcj?
fl 61
laquelle les oiseaux , les poissons , et la pic! part des animaux terrestres, le rechercher
et l’avalent semble indiquer que ce biturr| contient aussi une grande quantité de mi tière gélatineuse et nutritive. Il ne se trouqf^ pas dans le sein de la terre , c’est dans celL de la mer, et surtout dans les mers mérj ^ dionales , qu’il est en plus grande quant itijfain
il ne se détache du fond que dans le tem des plus grandes tempêtes; et c’est alors qu est jeté sur les rivages. U durcit en séchan mais une chaleur médiocre le ramollit pl aisément que les autres bitumes : il se cc gule par le froid, et n’acquiert jamais auta de fermeté que le succin; cependant, [ l’analyse chimique, il donne les mêmes i
sultats et laisse les mêmes résidus. Enfin
ne resteroit aucun doute sur la eonform