‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 142 sur 147 · Voyez les Mémoires sur les Miroirs ardens · texte numérisé non relu

Voyez les Mémoires sur les Miroirs ardens

que l’or est absolument fixe au feu de not fourneaux.

L’opacité est encore une de ces qualité qu’on donne à l’or par excellence au dessu de toute autre matière; elle dépend, dit-on de la grande densité de ce métal : la feuilM d’or la plus mince ne laisse passer de la lui mière que par les gerçures accidentelles qu s’y trouvent. Si cela étoit, les matières le ' plus denses seroient toujours les plus opa ques; mais souvent on observe le contraire et l'on connoît des matières très-légères qu sont entièrement opaques, et des matière pesantes qui sont transparentes. D’ailleur les feuilles de l’or battu laissent non seule ment passer de la lumière par leurs gerçu res accidentelles, mais à travers leurs pores; et Boyle a, ce me semble, observé le pre mier que cette lumière qui traverse l’or e; bleue : or les rayons bleus sont les plus peu tits atomes de la lumière solaire; ceux dé rayons rouges et jaunes sont les plus grosi‘ et c’est peut-être par cette raison que le!' bleus peuvent passer à travers l’or réduit e feuilles, tandis que les autres, qui sont pli; gros, 11e sont point admis ou sont tous ré ^ fléchis; et cette lumière bleue étant uniforf mément apparente sur toute l’étendue de il11 feuille, on 11e peut douter qu’elle n’ait passif1 par ses pores et non par les gerçures. Ce* |( 11’a rapport qu’à l’effet ; mais pour la cause f si l’opacité, qui est le contraire de la transpi f rence, ne dépendoit que de la densité, l’cl seroit certainement le corps le plus opaquef comme l’air est le plus transparent : ma f1 combien n’y a-t-il pas d’exemples du corJ0 traire? Le cristal de roche, si Iranspareniif1 n’est-il pas plus dense que la plupart d« PJ terres ou pierres opaques? et si l’on attribif1 la transparence à l’homogénéité, l’or, dorfe les parties paroissent être homogènes, riP devroit-il pas être très-transparent? U m )J: semble donc que l’opacité ne dépend ni çHu la densité de la matière ni de l’homogénéi i! ‘a de ses parties, et que la première cause c 01 la transparence est la disposition régulièt *! des parties constituantes et des pores; qi ! quand ces mêmes parties se trouvent disp " sées en formes régulières, et posées de rn; J nière à laisser entre elles des vides situ' 11 dans la même direction , alors la matière do “ être transparente, et qu’elle est au contrait ! I11 nécessairement opaque dès que les pores r 151 sont pas situés dans des directions corre * pondantes. t{

Et cette disposition qui fait la transpi j 1 rence s’oppose à la ténacité ; aussi lescorjj 6 transparens sont en général plus friables qi ! ?

DE L’OR

; 0 ;s corps opaques ; et l’or , dont les parties ml fort homogènes et la ténacité très-grande, alil ’a pas ses parties ainsi disposées : 011 voit es n le rompant qu’elles sont pour ainsi dire it-e îgrenées les unes dans les autres; elles prérai ;ntent au microscope de petits angles pris- «I cliques, saillans et rentrans. C’est donc y ij e cette disposition de ses parties constituants I îs que l’or tient sa grande opacité, qui du op :ste 11e paroît en effet si grande que parce rail ue sa densité permet d'étendre en une suris i] ce immense une très-petite masse, et que lier feuille d’or, quelque mince qu’elle soit, lied rt toujours plus dense que toute autre maieuj ère. Cependant cette disposition des vides erc 1 pores dans les corps n’est pas la seule oi'î tuse qui puisse produire la transparence; pj corps transparent n’est, dans ce premier ji t is, qu’un crible par lequel peut passer la s p mière : mais lorsque les vides sont trèsxd itits, la lumière est quelquefois repoussée m i lieu d’ètre admise; il faut qu’il y ait at- ,e] action entre les parties de la matière et ;/e s atomes de la lumière pour qu’ils la pé- ,[w îtrent, car l’on 11e doit pas considérer ici ■ I s pores comme des gerçures ou des trous , jjfj ais comme des interstices d’autant plus ped] ts et plus serrés que la matière est plus pjj mse; or si les rayons de lumière n’ont Çe nint d’affinité avec le corps sur lequel ils ffl mbent, ils seront réfléchis et ne le péné- |IISp eront pas. L’huile dont on humecte le pa- , p, |ier pour le rendre transparent en remplit lj bouche en même temps les pores : elle 11e ,M 'oduitdoncla transparence que parce qu’elle C0B mne au papier plus d’affinité qu’il n’en avoit ,e(1j rec la lumière, et l’on pourroit démontrer ^ ir plusieurs autres exemples l’effet de cette traction de transmission de la lumière , ou j0| îs autres fluides, dans les corps solides; 5 , peut-être l’or, dont la feuille mince laisse jjB isser les rayons bleus de la lumière à l’ex- Hjj usion de tous les autres rayons, a-t il plus J affinité avec ces rayons bleus, qui dès lors admis, tandis que les autres sont tous

«lié

:ùiït

pousses.

Toutes les restrictions que nous venons

; faire sur la fixité, la ductilité, et l’opacité J 3 l’or, qu’on a regardées comme des projetés trop absolues, n’empêchent pas qu’il ait au plus haut degré toutes les qualités li caractérisent la noble substance du plus «fait métal; car il faut encore ajouter à prééminence en densité et en ténacité Ue d’une essence indestructible et d’une urée presque éternelle. Il est inaltérable, u du moins plus durable, plus impassible ’ u 'aucune autre substance ; il oppose une

résistance invincible à l’action des élémens humides, à celle du soufre et des acides les plus puissans, et des sels les plus corrosifs : néanmoins nous avons trouvé par notre art non seulement les moyens de le dissoudre , mais encore ceux de le dépouiller de la plupart de ses qualités; et si la nature n’en a pas fait autant, c’est que la main de l’homme, conduite par l’esprit, a souvent plus fait qu’elle : et sans sortir de notre sujet, nous verrons que l’or dissous, l’or précipité, l’or fulminant, etc., ne se trouvant pas dans la nature, ce sont autant de combinaisons nou velles, toutes résultant de notre intelligence. Ce n’est pas qu’il soit physiquement impossible qu’il y ait dans le sein de la terre de l’or dissous, précipité, et minéralisé, puisque nous pouvons le dissoudre et le précipiter de sa dissolution, et puisque dans cet état de précipité il peut être saisi par les acides simples comme les autres métaux, et se montrer par conséquent sous une forme minéralisée; mais comme cette dissolution suppose la réunion de deux acides, et que ce précipité ne peut s’opérer que par une troisième combinaison , il n’est pas étonnant qu’on ne trouve que peu ou point d’or minéralisé dans le sein de la terre x, tandis que tous les autres métaux se présentent presque toujours sous cette forme, qu’ils reçoivent d’autant plus aisément qu’ils sont plus susceptibles d’ètre attaqués par les sels de la terre et par les impressions des élémens humides.

O11 n’a jamais trouvé de précipités d’or, ni d’or fulminant , dans le sein de la terre : la raison en deviendra sensible si l’on considère en particulier chacune des combinaisons nécessaires pour produire ces précipités : d’abord on ne peut dissoudre l’or que par deux puissances réunies et combinées , l’acide nitreux avec l’acide marin , ou le soufre avec l’alcali ; et la réunion de ces deux substances actives doit être très-rare dans la nature, puisque les acides et les alcalis , tels que nous les employons , sont euxmèraes des produits de notre art , et que le soufre natif n’est aussi qu’un produit des volcans. Ces raisons sont les mêmes et encore plus fortes pour les précipités d’or; car il faut une troisième combinaison pour le tirer de sa dissolution , au moyen du mé-

1. L’or est minéralisé , dit-011, dans la mine de Najac ; on prétend aussi que le zinopel ou sinople provient de la décomposition de l’or faite par la nature , sous la forme d’une terre ou chaux couleur de pourpre : mais je doute que ces faits soient bien constatés.

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lange de quelque autre matière avec laquelle le dissolvant ait plus d affinité qu’avec l’or; et ensuite, pour que ce précipité puisse acquérir la propriété fulminante, il faut encore choisir une matière entre toutes les autres qui peuvent également précipiter l’or de sa dissolution : cette matière est l’alcali volatil, sans lequel il ne peut devenir fulminant; cet alcali volatil est le seul intermède qui dégage subitement l’air et cause la fulmination; car s il n’est point entré d’alcali volatil dans la dissolution de l’or, et qu’on le précipite avec l’alcali fixe ou toute autre matière, il ne sera pas fulminant: enfin il faut encore communiquer une assez forte chaleur pour qu’il exerce cette action fulminante : or toutes ces conditions réunies ne peuvent se rencontrer dans le sein de la terre, et des lors il est sûr qu’on n’y trouvera jamais de l'or fulminant. On sait que 1 explosion de cet or fulminant est beaucoup { lus violente que celte de la poudre à canon, et qu’elle pourrait produire des effets encore plus tei ribles, et même s’exercer d’une maniéré plus insidieuse , parce qu’il ne faut ni feu ni même une éiincelle, et que la chaleur seule produite par un frottement assez léger suffit pour causer une explosion subite et foudroyante.

On a, ce me semble, vainement tenté l’explication de ce phénomène prodigieux ; cependant, en faisant attention à toutes les circonstances, et en comparant leurs rapports , il me semble qu’on peut au moins en tirer des raisons satisfaisantes et trèsp-lausibles sur la cause de cet effet : si dans l’eau régale, dont on se sert pour la dissolution de l’or, il n'est point entré d’alcali volatil , soit sous sa forme propre, soit sous celle du sel ammoniac, de quelque maniéré et avec quelque intermède qu’on précipite ce métal , il ne sera ni ne deviendra fulminant, à moins qu’on ne se serve de l’alcali vola! il pour cette wécipita ion ; lorsqu’au contraire la dissolution sera faite avec le sel ammoniac, qui toujours contient de l’alcali volatil , de quelque manière et avec quelque intermède que l’on fasse la précipitation, l’or deviendra toujours fulminant. Il est donc assez clair que cette qualité fulminante ne lui vient que de l’action ou du mélange de l’alcali \olatil, et l’on ne doit pas être incertain sur ce point, puisque ce précipité fulminant pèse un quart de plus que l’or dont il est le produit ; dès lors ce quart en sus de mal iere étrangère qui s’est alliée avec l’or dans ce précipité n’est autre chose , du moins en grande par-

tie, que de l’alcali volatil : mais cet alça contient, indépendamment de son sel , ur grande quantité d air inflammable, c’est-i dire d’air élastique, mêlé de feu ; dès lo: il n’est pas surprenant que ce feu ou cet a ! inflammable contenu dans l’alcali volati qui se trouve pour un quart incorporé avi l’or, ne s’enflamme en effet par la chaleui et ne produise une explosion d’autant pli1 violente que les molécules de l’or dans le quelles il est engagé sont plus massives plus résistantes à l’action de cet élément i coercible , et dont les effets sont d aula plus violens que les résistances sont pl grandes. C’est par cette même raison de l’s; inflammable contenu dans l’or fulm nam que cette qualité fulminante est détruite p le soufre mêlé avec ce précipité ; car le soc fre,qui n’est que la matière du feu fixi par l’acide, a la plus grande affinité av cette même ma'iere du feu contenu da< l’alcali volatd : il doit donc lui enlever feu, et des lors la cause de l’explosion i ou diminuée ou même anéantie par ce me lange du soufre avec l’or fulminant.

Au reste , l’or fulmine , avant d’èli chauffé jusqu’au rouge, dans les vaissea clos comme en plein air: mais, quoiqd cette chaleur nécessaire pour produire . { fulmination ne soit pas tres-grande, il certain qu’il n’y a nulle part, dans le sein i la terre, un tel degré de chaleur , à l’exc; tioa des lieux voisins des f< ux souterraiii et que par conséquent il ne peut se tr< | ver d’or fulminant que dans les volcan. j dont il est possible qu’il ait quelquefois a j menté les terribles effets ; mais par son < ! plosion même , cet or fulminant se troi I tout à coup anéanti, ou du moins perdu | dispersé en atomes infiniment petits U-i . n’est donc pas étonnant qu’on n’ait jamj j trouvé d’or fulminant dans la nature, pi que, d’une part , le feu ou la chaleur le <1

i. M. Macquer, après avoir cité quelques ex j i pies funestes des accidens arrivés par la fuliniJ tion de l’or à des chimistes peu attentifs ou t j) courageux , dit qu’ayant fait fulminer dans ! grande c!oche de verre une quantité de ce préci I: [ assez petite pour n’en avoir rien à craindre , c f trouve , a près la détonation , sur les parois di t cloche, l’or en nature que cette détonation n’a )l point altéré. Comme cela pourroit induire en ■ reur, je crois devoir observer que cette matière i avoit frappé contre les parois du vaisseau et f étoit a tachée n’i toit pas, comme il le dit, de » en nature, mais de l’or précipité; ce qui est jl différent, puisque celui ci a perdu la princi jî propriété de sa nature, qui est d’è.ré inaltéraJ , indissoluble par les acides simples, et que tous jî acides peuvent au contraire altérer et même dis jdre ce précipité.

DE

fruit en le faisant fulminer, et que, d’autre 111 jârl, il ne pourrait exercer cette action fulmi- | liante dans I 'intérieur de la terre, au degré ‘t le sa température actuelle. A i reste, on ne loit pas oublier qu’en général les précipités d’or, lorsqu’ils sont réduits, sont , à la 1 avt érilé, loujours de l’or; mais que dans leur 'j :tat de précipité, et avant la réduction, ils f1'1 ie sont pas, comme l’or même, inaliérak des, indestructibles , etc. Leur essence n’est ’l'es,1 ’onc plus la même que celle de l’or de naflltl|ure : tous les acides minéraux ou végétaux, llaiîl même les simples acerbes, tels que la !l F oix de galle, agissent sur ces précipités et -Heuvent les dissoudre, tandis que l’or en llianiné!al n’en éprouve aucune altération ; les 1 F précipités de l’or ressemblent donc, à cet |,i0!:gard, aux métaux imparfaits, et peuvent % iar conséquent être altérés de même et minéralisés. Mais nous venons de prouver que

I ^ es combinaisons nécessaires pour faire des ' ''Précipités d’or n’ont guere pu se trouver

II Mans la nature, et c’est sans doute par cette ®);aison qu’il n’existe réellement que peu ou

>oint d’or minéralisé dans le sein de la terre;

A !t s’il en existoit, cet or minéralisé seroit en vdlffet

très-différént de l’autre : on pourroit l0i(l|y dissoudre avec tous les acides, puisqu’ils are tissolvent les précipités dont se serait formé et or minéralisé.

fin I II ne faut qu’une petite quantité d’acide l®barin mêlée à l’acide nitreux pour dissou- Tall|Pè l’or; mais la meilleure proportion est *rofe quatre parties d’acide nitreux et une 'ra,1partie de sel ammoniac. Cette dissolution 1,31 est d’une belle couleur jaune; et lorsque "e|[es dissolva is sont pleinement saturés, elle levieut Maire et transparente; dans tout état il le teint en violet plus ou moins foncé loues les substances animales : si on :a fait ivaporer, elle donne, en se refroidissant, jles cristaux d’un beau jaune transparent; t si l’on pousse plus loin l’évaporation au fS(noyen de la chaleur, les cristaux disparoisent. et il ne reste qu’une poudre jaune et rès-fme qui n’a pas le brillant métallique.

Qu’on puisse précipiter l’or dissous dans ’eau régale avec tous les autres métaux, ivec les alcalis, les terres calcaires, etc., ’qp’est l’alcali volatil qui, de toutes les maières connues, est la plus propre à cet effet; il réduit l’or plus promptement que les alcalis fixes ou les métaux : ceux-ci changent a couleur du précipité; par exemple, l’étain lui donne la belle couleur pourpre qu’on emploie sur nos porcelaines.

L’or pur a peu d’éclat et sa couleur jaune [est assez mate ; le mélange de l’argent le blan-

leil.

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