‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 143 sur 147 · L’OR · texte numérisé non relu

L’OR

chit, celui du cuivre le rougit; le fer lui communique sa couleur; une partie d’acier fondue avec cinq parties d’or pur lui donne la couleur du fer poli. Les bijoutiers se servent avec avantage de ces mélanges pour les ouvrages où ils ont besoin d’or de différentes couleurs. L’on connoît en chimie des procédés par lesquels on peut donner aux précipités de l’or les plus belles couleurs , pourpre, rouge, verte, etc. : ces couleurs sont fixes et peuvent s’employer dans les émaux ; le borax blanchit l’or plus que tout autre mélange , et le nitre lui rend la couleur jaune que le borax avoil fait disparoître.

Quoique l’or soit le plus compacte et le plus tenace des métaux , il n’est néanmoins que peu élastique et peu sonore : il est trèsflexible, et plus mou que l’argent, le cuivre, et le fer, qui de tous est le plus dur; il n’y a que le plomb et l’étain qui aient plus de mollesse que l’or, et qui soient moins élastiques; mais quelque flexible qu’il soit, on a beaucoup de peine à le rompre. Les voyageurs disent que l’or de Malaca , qu’on croit venir de Madagascar, et qui est presque tout blanc, se fond aussi promptement que du plomb. On assure aussi qu’on trouve dans les sables de quelques rivières de ces contrées des grains d’or que l’on peut couper au couteau , et que même cet or est si mou qu’il peut recevoir aisément l’empreinte d un cachet; il se fond à peu près comme du plomb, et l’on prétend que cet or est le plus pur de tous : ce qu’il y a de certain , c’est que plus ce métal est pur et moins il est dur; il n’a dans cet état de pureté ni odeur ni saveur sensible , même apres avoir été fortement frotté ou chauffé. Malgré sa mollesse, il est cependant susceptible d’un assez grand degré de dureté par l’écrouissement, c’est-à dire par la percussion souvent réitirée du marteau, ou par la compression successive et forcée de la fîliere ; il perd même alors une grande partie de sa ductilité, et devient assez cassant. Tous les métaux acquièrent de même un exccs de dureté par l’écrouissement ; mais on peut toujours détruire cet effet en les faisant recuire au feu , et l’or, qui est le plus doux , le plus ductile de tous, ne laisse pas de per dre sa ductilité par une for;e et longue percussion; il devient non seulement plus dur, plus élastique, plus sonore, mais même il se gerce sur ses bords lorsqu’on lui fait subir une extension forcée sous les rouleaux du laminoir: néanmoins il perd par le recuit ce fort écrouissemeut plus aisément

MINÉRAUX

qu’aucun autre métal; il ne faut pour cela que le chauffer, pas même jusqu’au rouge, au heu que le cuivre et le fer doivent être pénétrés de feu pour perdre leur écrouissement.

Après avoir exposé les principales pro-

Î>riétés de l’or , nous devons indiquer aussi es moyens dont on se sert pour le séparer des autres métaux ou des matières hétérogènes avec lesquelles il se trouve souvent mêlé. Dans les travaux en grand on ne se sert que du plomb, qui, par la fusion, sépare de l’or toutes ces matières étrangères en les scorifiant; on emploie aussi le mercure, qui, par amalgame, en fait pour ainsi dire l’extrait, en s’y attachant de préférence. Dans les travaux chimiques, on fait plus souvent usage des acides. « Pour séparer l’or de toute autre matière métallique, on le traite, dit mon savant amiM. de Morveau, soit avec des sels qui attaquent les métaux imparfaits à l’aide d’une chaleur violente, et qui s’approprient même l’argent qui pourroit lui être allié, tels que le vitriol , le nitre , et le sel marin ; soit par le soufre ou par l’antimoine qui en contient abondamment ; soit enfin par la coupellation, qui consiste à mêler l’or avec le double de son poids environ de plomb , qui , en se vitrifiant, entraîne avec lui et scorifie tous les autres métaux imparfails; de sorte que le bouton de fin reste seul sur la coupelle, qui absorbe daus ses pores la litharge de plomb et les autres matières qu’elle a scorifiées. » La coupellation laisse donc l’or encore allié d’argent : mais on peut les séparer par Je moyen des acides qui n’attaquent que l’un ou l’autre de ces métaux ; et comme l’or ne se laisse dissoudre par aucun acide simple ni par le soufre, et que tous peuvent dissoudre l’argent, on a, comme l’on voit, plusieurs moyens pour faire la séparation ou le départ de ces deux métaux. On emploie ordinairement l’acide nitreux; il faut qu’il soit pui^ mais non pas trop fort ou concentré : c’est de tous les acides celui qui dissout l’argent avec plus d’énergie et sans aide delà chaleur, ou tout au plus avec une petiEe chaleur pour commencer la dissolution.

Eu général , pour que toute dissolution s’opère, il faut non seulement qu’il y ait une grande affinité entre le dissolvant et la matière à dissoudre, mais encore que l’une de ces deux matières soit fluide pour pouvoir pénétrer l’autre, en remplir tous les pores, et détruire par la force d'affinité celle de la cohérence des parties de la ma-

tière solide. Le mercure , par sa fluidité et par sa très-grande affinité avec l’or, doit être regardé comme l’un de ces dissolvans ; car il le pénètre et semble le diviser dans toutes ses parties .-cependant ce n’est qu’une union J une espèce d’alliage, et non pas une dissoJ lution; et l’on a eu raison de donner à cet] alliage le nom d 'amalgame , parce que Pal malgame se détruit par la seule évaporation du mercure, et que d’ailleurs tous les vrais alliages ne peuvent se faire que par le feu J tandis que l’amalgame peut se faire à froid ,| et qu’il ne produit qu’une union particul lière , qui est moins intime que celle des! alliages naturels ou faits par la fusion : et! en effet, cet amalgame ne prend jamais! d’autre solidité que celle d’une pâte assez! molle , toujours participant de la fluidité du mercure, avec quelque métal qu’on puisse! Punir ou le mêler. Cependant l’amalgame se fait encore mieux à chaud qu’à froid : le mercure, quoique du nombre des liquides/ n’a pas la propriété de mouiller les matière! terreuses , ni même les chaux métalliques 3 il ne contracle d’union qu’avec les métaux ip qui sont sous leur forme de métal; une as-! [j, sez petite quantité de mercure suffit pour i les rendre friables, en sorte qu’on peualj dans cet étal les réduire en poudre par une simple trituration, et avec une plusLr grande quantité de mercure on en fait une ; pâte, mais qui n’a ni cohérence ni ductilité! c’est de cette manière très - simple qu’orJ peut amalgamer l’or, qui, de tous les mé-j taux , a la plus grande affinité avec le mer-1 cure; elle est si puissante, qu’on la pren-| droit pour une espèce de magnétisme. L’or] jpj blanchit dès qu’il est louché par le mercure,

pour peu même qu’il en reçoive les émanations ; mais dans les métaux qui ne s’unis^

sent avec lui que difficilement , il faut, pourlfiq le succès de l’amalgame, employer le sej cours du feu , en réduisant d’abord le mél tal en poudre très-fine, et faisant ensuite chauffer le mercure à peu près au point où] il commence à se volatiliser : ou fait en même temps et séparément rougir la pou -1 dre du métal, et tout de suite on la triture! avec le mercure chaud. C’est de cette ma-j nière qu’on l’amalgame avec le cuivre ; mais l’on ne connoît aucun moyeu de lui faire] contracter union avec le fer.

Le vrai dissolvant de l’or est, comme!

nous l’avons dit, l’eau régale composée de deux acides, le nitreux et le marin; et comme s’il falloit toujours deux puissances) j réunies pour dompter ce métal, on peut ( encore le dissoudre par le foie de soufre,

DE L’OR

11 e est un composé de soufre et d’alcali Cependant cette dernière dissolution a in d’être aidée, et ne se fait que par le en du feu. O11 met l’or en poudre très- 011 en feuilles brisées dans un creuset du foie de soufre ; on les fait fondre mble , et l’or disparoît dans le produit ette fusion : mais en faisant dissoudre l’eau ce même produit , l’or y reste en ”'a aite dissolution , il est aisé de le tirer , , précipitation.

r01J es alliages de l’or avec l’argent et le cuisent fort en usage pour les monnoies et les ouvrages d’orfèvrerie ; on peut de e l’allier avec tous les autres métaux : tout alliage lui fait perdre plus ou !ss1 ns de sa ductilité; et la plus petite quand’étain, 0(1 même la seule vapeur de ce il , subit pour le rendre aigre et cassant : ;ent est celui de tous qui diminue le ns sa trop grande ductilité, or naturel et natif est presque toujours d’argent en plus ou moins grande proion; cet alliage lui donne de la fermeté âlit sa couleur : mais le mélange de l’exalte, la rend d’un jaune plus ;e , et donne à l’or un assez grand dede dureté ; c’est par cette dernière raique quoique cet alliage du cuivre avec en diminue la densité au delà des protions du mélange, il est néanmoins fort usage pour les monnoies , qui ne doini se plier, ni s’effacer, ni s’étendre, et auroient tous ces inconvéniens si elles ent fabriquées d’or pur.

Suivant M. Gellert, l’alliage de l’or avec lomb devient spécifiquement plus pesant 1 y a pénétration entre ces deux métaux; dis que le contraire arrive dans l’alliage l’or et de l’étain , dont la pesanteur spéque est moindre : l’alliage de l’or avec le devient aussi spécifiquement plus léger ; y a donc nulle pénétration entre ces ix métaux, mais une simple union de rs parties, qui augmente le volume de masse , au lieu de le diminuer, comme le la pénétration. Cependant ces deux mé-* , dont les parties constituantes ne passent pas se réunir d’assez près dans la ion , ne laissent pas d’avoir ensemble une mde affinité; car l’or se trouve souvent , us la nature , mêlé avec le fer, et de plus acilite au feu la fusion de ce métal. Nos biles artistes devroient donc mettre à ofit celte propriété de l’or, et le préférer cuivre , pour souder les petits ouvrages icier qui demandent le plus grand soin et plus grande solidité ; et ce qui me semble

prouver encore la grande affinité de l’or avec le fer, c’est que, quand ces deux métaux se trouvent alliés, on 11e peut les séparer en entier par le moyen du plomb ; et il en est de même de l’argent allié au fer, on est obligé d’y ajouter du bismuth pour achever de les purifier.

L’alliage de l’or avec le zinc produit un composé dont la masse est spécifiquement plus pesante que la somme des pesanteurs spécifiques de ces deux matières composantes; il y a donc pénétration dans le mélange de ce métal avec ce demi-métal , puisque le volume en devient plus petit : on a observé la même chose dans l’alliage de l’or et du bismuth. Au resle, on a fait un nombre prodigieux d’essais du mélange de For avec toutes les autres madères métalliques, que je ne pourrais rapporter ici sans tomber dans une trop grande prolixité.

Les chimistes ont recherché avec soin les affinités de ce métal , tant avec les substances naturelles qu’avec celles qui ne sont que le produit de nos arts ; et il s’est trouvé que ces affinités étoient dans l’ordre suivant : i° l’eau régale, 20 le foie de soufre, 3° le mçrcure, 4° l’éther, 5° l’argent, 6° le fer, 70 le plomb. L’or a aussi beaucoup d’affinité avec les substances huileuses , volatiles et atténuées , telles que les huiles essentielles des plantes aromatiques , l’espritde-vin , et surtout l’éther; il en a aussi avec les bitumes liquides, tels que lenaphte et le pétrole : d’où l’on peut conclure qu’en général c’est avec les matières qui contiennent le plus de principes inflammables et volatils que l’or a le plus d’affinité ; et dès lors on n'est pas en droit de regarder comme une chimère absurde l’idée que l’or rendu potable peut produire quelque effet dans les corps organisés, qui, de tous les êtres, sont ceux dont la substance contient la plus grande quantité de matière inflammable et volatile, et que, par conséquent, For extrêmement divisé puisse y produire de bons ou de .mauvais effets, suivant les circonstances et les différons états où se trouvent ces mêmes corps organisés. Il me semble donc qu’on peut se tromper en prononçant affirmativement sur la nullité des effets de l’or pris intérieurement, comme remède, dans certaines maladies , parce que le médecin ni personne ne peut connoître tous les rapports que ce métal très-atténué peut avoir avec le feu qui nous anime.

Il en est de même de cette fameuse re cherche appelée le grand œuvre, qu’on doit rejeter en bonne morale , mais qu’en saine

458 MINERAUX

physique 1 on ne peut pas traiter d impossible. On fait bien de dégoûter ceux qui voudroient se livrer à ce travail pénible et ruineux, qui, même fût-il suivi du succès, ne serolt utile en rien à la société : mais pourquoi prononcer d’une maniéré décidée que la transmutation des métaux soit absolument impossible, puisque nous ne pouvons douter que toutes les matières terrestres , et même les élémens , ne soient tous convertibles; qu’indépendamment de cette vue spéculative, nous connaissons plusieurs alliages dans lesquels la matière des métaux se pénètre et augmente de densité? L’essence de l’or consiste dans la prééminence de cette qualité ; et toute matière qui par le mélange obtiendroit le même degré de den silé ne seroit-elle pas de l’or? Les métaux mélangés , que l’alliage rend spécifiquement plus pesans par leur pénétration réciproque, ne semblent -ils pas nous indiquer qu’il doit y avoir d’autres combinaisons où cette pénétration étant encore plus intime, la densité deviendroit plus grande?

On ne connoissoit ci-devant rien de plus dense que le mercure apres l’or, mais on a récemment découvert la platine : ce minéral nous présente l’une de ces combinaisons où la densité se trouve prodigieusement augmentée , et plus que moyenne entre celle du mercure et celle de l’or. Mais nous n’avons aucun exemple qui puisse nous mettre en droit de prononcer qu’il y ait dans la nature des substances plus denses que l’or, ni des moyens d’en former par notre art : notre plus grand chef-d’œuvre seroit en effet d’augmenter la densité de la matière, au point de lui donner la pesanteur de ce métal; peut-être ce chef-d’œuvre n’est -il pas impossible, et peut-être même y est-on parvenu ; car, dans le grand nombre des faits exagérés ou faux qui nous ont été transmis au sujet du grand œuvre, il y en a quelques-uns dont il me paroît assez difficile de douter : mais cëla ne nous empêche pas de mépriser et même de condamner tous ceux qui, par cupidité, se livrent à cette recherche , souvent même sans avoir les connoissances nécessaires pour se conduire dans leurs travaux; car il faut avouer qu’on ne peut rien tirer des livres d’alchimie; ni la Table home tique, ni la Tourbe des philosophes, ni Philalèthe, et quelques autres que j’ai pris la peine de lire et même d étudier,

i. Je puis même dire que j’ai vu un bon nombre de ces messieurs adeptes , dont quelques-uns sont venus de fort loin pour me consulter, disoient- ils , et me faire part de leurs travaux; mais tous ont

ne m’ont présenté que des obscurités, procédés inintelligibles, où je n’ai aperçu, et dont je n’ai pu rien concl sinon que tous ces chercheurs de pi philosophale ont regardé le mercure cor la base commune des métaux , et sur de l’or et de l’argent. Becher, avec sa i mercurielle, ne s’éloigne pas beaucoup celte opinion ; il prétend même avoir tri le moyen de fixer cette base commune métaux. Mais s’il est vrai que le mer ne se fixe en effet que par un froid trême, ii n’y a guère d’apparence qu j feu des fourneaux de tous ces chimiste produit le même effet ; cependant on ai tort de nier absolument la possibilité d changement d’étal dans le mercure, pui.i malgré la fluidité (pii lui paroi t être essenti il est dans le cinabre sous une forme soo et que nous ne savons pas si sa substit ou sa vapeur, mêlée avec quelque autre tière que le soufre, ne pi endroit pas i forme encore plus solide, plus concretl plus dense. Le projet de la transmutai des métaux et celui de la fixation du n cure doivent donc être rejetés , non cor des idées chimériques ni des absurdii mais comme des entreprises téméraires, i le succès est plus que douteux. Nous s mes encore si loin de connoitre tous lee fets des puissances de la nature, que i ne devons pas les juger exclusivement!

celles qui nous sont connues, d’autant toutes les combinaisons possibles ne pas, à beaucoup près, épuisées, et < nous reste sans doute plus de choses à ] couvrir que nous n’en connoissons. j En attendant que nous puissions p I trer plus profondément dans le sein de< nature inépuisable, bornons-nous à la c i templer et à la décrire par les faces qui! nous présente : chaque sujet, même le simple, ne laisse pas d’offrir un si gi nombre de rapports, que l’ensemble er encore très-difficile à saisir. Ce que i avons dit jusqu’ici sur l’or n’est pas, à bl coup près, tout ce qu’on pourroit en d ne négligeons , s’il est possible, aucune 1 servation, aucun fait remarquable sur!

mines, sur la maniéré de les travaille ! sur les lieux où on les trouve. L’or, dan | mines primitives, est ordinairement ei i' lets, en rameaux, en feuilles, et qüelij fois cristallisé en très-petits grains de fc jj octaèdre. Cette cristallisation, ainsi que f tes ces ramifications, n’ont pas été prodi J

bientôt été dégoûtés de ma conversation par j» peu d’enthousiasme.

DE L’OR

urt:(,û bnsolidalion. Souvent ce quartz est blanc, 11 quelquefois il est teint d’un jaune couur de corne ; ce qui a fait dire à quelques dnéralogistes qu’on trouvoit l’or dans la ierre de corne comme dans le quartz:

îais la vraie pierre de corne étant d’une irmation postérieure à celle du quartz, or qui pourroit s’y trouver ne seroit Iuiîème que de seconde formation : l’or primisie îordial fondu ou sublimé par le feu primions f s'est logé dans les fentes que le quartz, iléJ éjà décrépité par les agens extérieurs, lui \ pui ffroit de toutes parts, et communément il ml y trouve allié d’argent , parce qu’il ne faut ne so u’à peu près le même degré de chaleur iiilisl! jour fondre et sublimer ces deux métaux, mtrl Linsi l’or et l’argent ont occupé en même pas jemps les fentes perpendiculaires de la roncrétilhe quartzeuse, et ils ont en commun formé wftiles mines primordiales de ces métaux : toutes les mines secondaires en ont successiven tient tiré leur origine quand les eaux sont .urdi tenues dans la suite attaquer ces mines prirps,i nitives, et en détacher les grains et les parais; elles qu’elles ont entraînés et déposés dans is leste lit des rivières et dans les terres adjacenneiles, et ces débris métalliques, rapprochés ient pt rassemblés, ont quelquefois formé des ant Agrégats qu’on reconnoit être des ouvrages ne i le l’eau, soit par leur structure, soit par et q |eur position dans les terres et les sables, s J II n’y a donc point de mines dont l’or ioit absolument pur; il est toujours allié pjS’argent: mais cet alliage varie en différencies proportions, suivant les différentes milaj lies 1 ; et dans la plupart il y a beaucoup qn plus d’argent que d’or; car comme la quanlejlilé de l’argent s’est trouvée surpasser de «peaucoup celle de l’or, les alliages naturels en fésüllans de leur mélange sont presque tous e l Composés d’une bien plus grande quantité j ()f (d’argent que d’or.

l(d Ce métal mixte de première formation n{ est , comme nous l’avons dit, engagé dans |ir un roc quarlzeux auquel il est étroitement llej uni ; pour l’en tirer, il faut donc commenjUjCer par broyer la pierre, en laver la poudre e, pour en séparer les parties moins pesantes ;J|( que celles du métal, et achever cette sépale ration par le moyen du mercure, qui, s’a-

,e t. Pline parle d’un or des Gaules qui ne conte- UU noit qu’un trente-sixième d’argent. En admettant le fait, cet or seroit le plus pur qu’on eût jamais trouvé.

malgamant avec les particules métalliques, laisse à part le restant de la matière pierreuse : on enlève ensuite le mercure en donnant à cette masse amalgamée un degré de chaleur suffisant pour le volatiliser; après quoi il ne reste plus que la portion métallique, composée d’or et d’argent : on sépare enfin ces deux métaux, autant qu’il est possible, par les opérations du départ, qui cependant ne laissent jamais l’or parfaitement pur2, comme s’il éloit impossible à notre art de séparer en entier ce que la nature a réuni; car de quelque manière que l’on procède à cette séparation de l’or el de l’argent, qui, dans la nature, ne sont le plus souvent qu’une masse commune, ils restent toujours mêlés d’une petite portion du métal qu’on tâche d’en séparer 3, de sorte que ni l’er ni l’argent ne sont jamais dans un étal de pureté absolue.

Celte opération du départ , ou séparation de l’or et de l'argent, suppose d’abord que la masse d’alliage ait été purifiée par le plomb, et qu’e!le ne contienne aucune autre matière métallique, sinon de l’or el de l'argent. On peut y procéder de trois manières différentes, en se servant des substances qui, soit à chaud, soit à froid, n’attaquent pas l’or, et peuvent néanmoins dissoudre l’argent. x° L’acide nitreux n’attaque pas l’or et dissout l’argent; l’or reste donc seul après la dissolution de l’argent. 2° L’acide marin, comme l’acide nitreux, a la vertu de dissoudre l’argent sans attaquer l’or, et par conséquent la puissance de les séparer : mais le départ par l’acide nitreux est plus complet et bien plus facile; il se fait par la voie humide et à l’aide d’une très -petite chaleur, au lieu que le départ par I acide marin, qu’on appelle départ concentré , ne peut se faire que par une suite de procédés assez difficiles. 3° Le soufre a aussi la

2. Je crois cependant qu’il n’est pas impossible de séparer absolument l’or et l’argent l’un de l’autre en multipliant les opérations et les moyens, el qu’au moins on arrivèrent à une approximation sj grande, qu’< n pourroit regarder comme nulle la portion presque infiniment petite qui resteroit contenue dans l’autre.

3. M. Cramer, dans sa Docimasie , assure que si le départ se fait par l’eau-forte, il reste toujours une petite portion d’argent unie à l’or ; et de mémo que quand on fait le départ par l’eau régale , il reste toujours une petite portion d’or unie a l’argent; et il estime cette propi rtion depuis un deuxcentièine jusqu’à un cent-cinquantième.

M. Tillet observe qu’il est très-vrai qu’on n’obtient pas de l’or parfaitement pur par la voie du départ, mais que cependant il est possible de parvenir à ce but par la dissolution de l’or fin clans l’eau régale, ou par des cémentations réitérées,

MINÉRAUX

même propriété de dissoudre l’argent sans toucher à l’or, mais ce n’est qu’à l’aide de la fusion , c’est-à-dire d’une chaleur violente; et comme le soufre est très -inflammable, et qu’il se brûle et se volatilise en grande partie en se mêlant au métal fondu, on préfère l’antimoine pour faire cette espèce de départ sec , parce que le soufre étant uni dans l’antimoine aux parties régulines de ce demi-métal, il résiste plus à l’action du feu, et pénètre le métal en fusion, dans lequel il scorîfie l’argent et laisse l’or au dessous. De ces trois agens, l’acide nitreux est celui cju’on doit préférer1, la manipulation des deux autres étant plus difficile, et la purification plus incomplète que par le premier.

On doit observer que pour faire par l’acide nitreux le départ avec succès, il ne faut pas que la quantité d’or contenue dans l’argent soit de plus de deux cinquièmes; car alors cet acide ne pourroit dissoudre les parties d’argent, qui, dans ce cas, seraient défendues et trop couvertes par celles de l’or pour être attaquées et saisies. S’il se trouve donc plus de deux cinquièmes d’or dans la masse dont on veut faire le départ, on est obligé de la faire fondre, et d’y ajouter autant d’argent qu’il en faut pour qu’il n’y ait en effet que deux cinquièmes d’or dans cette nouvelle masse ; ainsi l’on s'assurera d’abord de cette proportion, et il me semble que cela serait facile par la balance hydrostatique, et que ce moyen serait bien'plus sûr que la pierre de touche et les aiguilles alliées d’or et d’argent à différentes doses, dont se servent les essayeurs pour reconnoître cette quantité dans la masse de ces métaux alliés. On a donc eu raison de proscrire cette pratique dans les monnoies de

1. MM. Brandt, Sehœffer, Bergman, et d’autres, ayant avancé que l’acide nitreux, quoique trèspur, pouvoit dissoudre une certaine quantité d’or, et cet effet paroissant devoir influer sur la sûreté de l’importante opération du départ, tes chimistes de notre Académie des^gciences ont été chargés de faire des expériences â ce sujet; et ces expériences ont prouvé que l’acide nitreux n’attaque point ou très-peu l’or, puisqu’après én avoir séparé l’argent qui y étoit allié, et dont on connoissoit la proportion, on a toujours retrouvé juste la même quantité d’or. Cependant ils ajoutent, dans le rapport de leurs épreuves, «qu’il ne faut pas conclure que, dans aucun cas, l’acide nitreux ne puisse faire éprouver à l’or quelque très-foible déchet. L’acide nitreux le plus pur se charge de quelques particules d’or : mais nous pouvons assurer que les circonstances nécessaires à la production de cet effet sont absolument étrangères au départ d’essai ; que dans ce dernier, lorsqu’on le pratique suivant les règles et l’usage reçu, il ne peut jamais y avoir le moindre déchet sur l’or. «

France2; car ce n’est an vrai qu’un làton-, nement dont il ne peut résulter qu’une esti- [ mation incertaine, tandis que par la dif- ! férente pesanteur spécifique de ces deux I métaux on aurait un résultat précis de la ! proporlion de la quantité de chacun dans ! la masse alliée dont on veut faire le départ. I Quoi qu’il en soit, lorsqu’on s’est à peu i! près assuré de cette proportion , et que l’or 1 ’ n’y est que pour un quart ou au dessous! H on doit employer de l’eau-forte ou acide ; 1 nitreux bien pur, c’est-à-dire exempt de 1 tout autre acide, et surtout du vitriolique H et du marin; on verse cetie eau-forte sur i le métal réduit en grenailles ou en lames # très -minces: il en faut un tiers de plus | qu’il n’y a d’argent dans l’alliage. On aide |f la dissolution par un, peu de chaleur, el on# la rend complète en renouvelant deux om il trois fois l’eau-forte, qu’on fait même bouil-l t lir avant de la séparer de l’or , qui res»t| ' seul au fond du vaisseau, el qui n’a besoif!| que d’êlre bien lavé dans l’eau chaude poutij 1 achever de se nettoyer des petites parties 1 de la dissolution d’argent attachées à sa i surface ; et lorsqu’on a obtenu l’or, on retire * ensuite l’argent de la dissolution, soit en le ■ faisant précipiter, soit en distillant l’eau-i i forte pour la faire servir une seconde fois: j li

Toute masse dont on veut faire le déè If part par cette voie ne doit donc conleniii 0 que deux cinquièmes d’or au plus sur trofli 1 cinquièmes d’argent; et, dans cel état, lal couleur de ces deux métaux alliés est près- 1 « que aussi blanche que l’argent pur; et loifin » qu’une plus grande quantité de ce dernier# métal nuisît à l’effet du départ, il est aé » contraire d’autant plus aisé à faire, que lai ^ proportion de l’argent à l’or est plus grande, p Ce n’est que quand il y a environ moitié! ^ d’or dans l’alliage, qu’on s’en aperçoit à sî I pli couleur, qui commence à prendre un œr| ft de jaune foible. j foi

Pour reconnoître au juste l’aloi ou h! I titre de l’or, il faut donc faire deux opéra j fl tions : d’abord le purger , au moyen di ! (« plomb, de tout mélange étranger, à l’excep f lion de l’argent, qui lui reste uni, parer que le plomb ne les attaque ni l’un ni l’au- ! j Ire; et ensuite il faut faire le départ par b ! c

2. M. Tillet m’écrit, à ce sujet, qu’on ne fai j « point usage des touchaux pour le travail des mon i s noies de France; le titre des espèces n’y est con j lu staté que par l'opération de l’essai ou du départ j » Les orfèvres empli, ient , il est vrai , le touchau dan.1 i « leur maison commune ; mais ce 11’est que pour le: 1

menus ouvrages en si petit volume, qu’ils offrent î i peine la matière de l’essai en règle, et qu’ils sou1 1 1 incapables de supporter le poinçon de marque.

toyen de l’eau-forte. Ces opérations de issai et du départ , quoique bien connues îs chimistes , des monnoyeurs , et des orvres , ne laissent pas d’avoir leurs diffidtés par la grande précision qu’elles exi- ;nt, tant pour le régime du feu que pour travail des matières , d’autant que par le avail le mieux conduit , on ne peut arri- :r à la séparation entière de ces métaux; ir il restera toujours une petite portion argent dans l’or le plus raffiné, comme 1e portion de plomb dans l’argent le plus mré r.

Nous ne pouvons nous dispenser de parr des différens emplois de l’or dans les Ms, et de l’usage ou plutôt de l’abus qu’on i fait par un vain luxe , pour faire briller as vêtemens, nos meubles, et nos apparfemens , en donnant la couleur de l’or à >ut ce qui n’en est pas , et l’air de l’opunçe aux matières les plus pauvres; et îtte ostentation se montre , sous nulle forics différentes. Ce qu’on appelle or de cou- ’ur n’en a que l’apparence; ce n’est qu’un onple vernis qui ne contient point d’or, t avec lequel on peut néanmoins donner l’argent et au cuivre la couleur jaune et rillante de ce précieux métal. Les garniires en cuivre de nos meubles, les bras, s feux de cheminée, etc., sont peints de e vernis couleur d’or, ainsi que les cuirs u’on appelle dorés , et qui ne sont réellement qu’étamés et peints ensuite avec ce ernis doré. A la vérité, celte fausse dorure iffère beaucoup de la vraie, et il est trèsisé de les distinguer; mais on fait avec le pivre réduit en feuilles minces une autre spèce de dorure, qui peut en imposer lorsu’on la peint avec ce même vernis couleur ’or. La vraie dorure est celle où l’on emploie de l’or : il faut pour cela qu’il soit éduit en feuilles très-minces ou en poudre art fine; et pour dorer tout métal il suffit ’en bien nettoyer la surface, de le faire hauffer , et d’y appliquer exactement ces jeuilles ou cette poudre d’or, par la pression

i. J’observerai ici, avec M. Tillet , qu’on a tort Ije négliger la petite quantité d’argent que la I itharge entraîne toujours dans la coupelle; car I ette quantité négligée donne lieu à des rapports I onstainment faux de la quantité juste d’argent que I ontiennent intrinsèquement les lingots dont les | ssayeurs établissent le titre. Ce point assez dé- I icat de docimasie a été traité dans plusieurs mé- I noires insérés dans ceux de l’Académie des Scien- ;es , et notamment dans un Mémoire de M. Tillet , qui se trouve dans le volume de l’année 1769 : on y /oit clairement de quelle conséquence il pourrait ,'tre qu’on ne négligeât pas la petite quantité de fin jue la coupelle absorbe.

et le frottement doux d’tme pierre hématite, qui le brillante et le fait adhérer. Quelque simple que soit cette manière de dorer , il y en a une autre peut-être encore plus facile ; c’est d’étendre sur le métal qu’on veut dorer un amalgame d’or et de mercure, de chauffer ensuite assez pour faire exhaler en vapeurs le mercure , qui laisse l’or sur le métal , qu’il ne s’agit plus que de frotter avec le brunissoir pour le rendre brillant : il y a encore d’autres manières de dorer. Mais c’est peut-être déjà trop, en histoire naturelle, que de donner les principales pratiques de nos arts.

Mais nous laisserions imparfaite cette histoire de l’or, si nous ne rapportions pas ici tous les renseignemens que nous avons recueillis sur les différens lieux où se trouve ce métal. Il est, comme nous l’avons dit, universellement répandu , mais en atomes infiniment pcdits, et il n’y a que quelques endroits particuliers où il se présente en parlicules sensibles et en masses assez palpables pour être recueillies. En parcourant dans cette vue les quatre parties du monde, on verra qu’il n’y a que peu de mines d’or proprement dites dans les régions du nord, quoiqu’il y ait plusieurs mines d’argent qui presque toujours est allié d’une petite quantité d’or. Il se trouve aussi très -peu de vraies mines d’or dans les climats tempérés; il y en a seulement qnelques - unes où l’on a rencontré de petits morceaux de ce métal massif : mais , dans presque tontes, l’or n’est qu’en petite quantité dans l’argent , avec lequel il est toujours mêlé. Les mines d’or les plus riches sont dans les pays les plus chauds, et particulièrement dans ceux où les hommes ne se sont pas anciennement établis en société policée, comme en Afrique et en Amérique; car il est très - probable que l’or est le premier métal dont on se soit servi ; plus remarquable par son poids qu’aucun autre, et plus fusible que le cuivre et le fer, il aura bientôt été reconnu, fondu, travaillé. On peut citer pour preuve les Péruviens et les Mexicains, dont les vases et les instrumens étoient d’or, et qui n’en avoient que peu de cuivre et point du loul de fer, quoique ces métaux soient abondans dans leur pays : leurs arts n’étoient pour ainsi dire qu’ébauchés, parce qu’eux-mémes étoient des hommes nouveaux, et qui n’étoient qu’à demi policés depuis cinq ou six siècles. Ainsi, dans les premiers temps de la civilisation de l’espèce humaine, l’or, qui, de tous les métaux, s’est présenté le premier à la surface de la terre, ou à de

MINERAUX

petites profondeurs, a été recueilli, employé et travaillé, eu sorte que dans les pays peuplés et civilisés plus anciennement que les autres, c’est à-d re dans les régions septentrionales et tempérées, il n’est resté pour la postérité que le petit excédant de ce qui n’a pas été consommé; au lieu que dans ces contrées méridionales de l'Afrique et de l'Amérique, qui n’ont été peuplées que les dernières , et où les hommes n’onl jamais été policés, la quantité de ce métal s’est trouvée tout entière, et telle pour ainsi dire que la nature l’a voit produite et confiée à la terre encore vierge. L’homme n’en avoil pas encore déchiré les entrailles, son sein éloit à peine effleuré, lorsque les couq itéra ns du Nouveau-Monde en ont forcé les hahitans à la fouiller dans toutes ses parties par des travaux immenses : les Espagnols et les Portugais ont, en moins d’un siecle , plus tiré d’or du Mexique et du Brésil que les naturels du pays n’en avoient recueilli depuis le premier temps de leur population. La Chine, dira- 1- ou, semble nous offrir un exemple contraire; ce pays, très-anciennement policé, est encore abondant en mines d’or, qu’on dit être assez riches : mais 11e dit-011 pas en même temps avec plus de vérité que la plus grande partie de l’or qui circule à la Chine vient des pays étrangers? Plusieurs empereurs chinois, assez sages, assez humains pour épargner la sueur et ménager la vie de leurs sujets, ont défendu l’extraction des mines dans toute l’étendue de leur domination 1 : ces défenses ont subsisté long -temps, et n’ont été qu’assez rarement interrompues. Il se pourroit donc en effet qu’il y eut encore à la Chine des mines intactes et riches, comme dans les contrées heureuses où les hommes n’ont pas été forcés de les fouiller: car les travaux des mines, dans le Nouveau- Monde, ont fait périr, en moins de deux ou trois siècles, plusieurs millions d’hommes; et celte plaie faite à l’humanité, loin de nous avoir procuré des richesses réelles, n’a servi qu’à nous surcharger d’un poids aussi lourd qu’inutile. Le prix des denrées étant toujours proportionnel à la quantité du métal qui n’en est que le signe, l’augmentation de cette quantité est plutôt un mal qu’un bien; vingt fois moins d’or et d’argent rendroient le commerce vingt fois plus léger, puisque tout signe en grosse niasse , toute représentation en grand volume , est plus pénible à transporter , coûte

Page 1