PARTIE HYPOTHETIQUE
Ainsi , quand même il existerait des comptes dont la période de révolution serait double, triple, et même décuple de la période de 5^5 ans, la plus longue qui nous soit connue; quand les comètes en conséquence pourraient s’enfoncer à une profondeur dix fois plus grande, il y aurait encore un espace 74 ou ~5 fois plus profond pour arriver aux derniers confins tant du système solaire que du système sirien ; en sorte qu’en donnant à Sirius autant de grandeur et de puissance qu’en a notre soleil , et supposant dans son système autant ou plus de corps comélaires qu’il n’existe de comètes dans le système solaire, Sirius les régira comme le soleil régit les siens, et il restera de même un intervalle immense entre les confins des deux empires, intervalle qui 11e paraît être qu’un désert dans l’espace, et qui doit faire soupçonner qu’il existe des corps cométaires dont les périodes sont plus longues et qui parviennent à une beaucoup plus grande distance que nous ne pouvons le déterminer par nos connoissances actuel (les. Il se pourrait aussi que Sirius fût un soleil beaucoup plus grand e! plus puissant que le notre; et si cela était, il faudrait ! reculer d’autant les bornes de son domaine leu les rapprochant de nous, et rétrécir en même raison la circonférence de celui du soleil.
On ne peut s’empêcher de présumer en effet que, dans ce très-grand nombre d’étoiles fixes qui toutes sont autant de soleils, il 11’y en ait de plus grands et de plus petits que le nôtre, d’autres plus ou moins lumineux, quelques-uns plus voisins qui nous jsont représentés par ces astres que les astronomes appellent étoiles de la première grandeur , et beaucoup d’autres plus éloignés qui, par cette raison, nous paraissent plus petits ; les étoiles qu’ils appellent nébuleuses semblent manquer de lumière et de feu, et n’être, pour ainsi dire, allumées qu’à demi; celles qui paraissent alternativement sont peut-être d’une forme aplatie par la violence de la force centrifuge dans leur mou- Ivement de rotation ; on voit ces soleils lors- Iqu’ils montrent leur grande face, et ils dis-
mièré plus vive, puisqu’on les verroit de plus près. INèamnoins l’espèce de calcul que nous venons de faire démontre que quand nous serions placés dans Saturne, c’est-à-dire neuf ou dix fo s plus loin de notre soleil , et 3oo millions de lieues plus près de Sirius, il ne nous paroîtroit plus gros que d’une 194021e partie, augmentation qui seroit absolument insensible : d’où l’on doit conclure que le ciel a , (pour toutes les planètes, le meme aspect que pour lia terre.
paraissent toutes les fois qu’ils se présentent de côté. Il y a dans ce grand ordre de choses, et dans la nature des astres, les mêmes variétés, les mêmes différences en nombre, grandeur, espace, mouvement, forme, et durée ; les mêmes rapports , les mêmes degrés , lê's mêmes nuances qui se trouvent dans tous les autres ordres de la création.
Chacun de ces soleils étant doué comme le nôtre, et comme toute matière l’est, d’une puissance attractive qui s’étend à une distance indéfinie , et décroît comme l’espace augmente , l’analogie nous conduit à croire qu’il existe dans la sphère de chacun de c< s astres lumineux un grand nombre de corps opaques, planètes ou comètes, qui circulent autour d’eux, mais que nous n’apercevons jamais que par l’œil de l’esprit, puisqu’étant obscurs et beaucoup plus petits que les soleils qui leur servent de foyer, ils sont hors de la portée de notre vue, et même de tous les arts qui peuvent l’étendre ou la perfectionner.
On pourrait donc imaginer qu’il passe quelquefois des comètes d’un système dans l’autre, et que, s’il s’en trouve sur les confins des deux empires , elles seront saisies par la puissance prépondérante , et forcées d’obéir aux lois d’un nouveau maître. Mais, par l’immensité de l’espace qui se trouve au delà de l’aphélie de nos cometes , il paraît que le souverain ordonnateur a séparé chaque système par des déserts mille et mille fois plus vastes que toute l’étendue des espaces fréquentés. Ces déserts , dont les nombres peuvent à peine sonder la profondeur, sont les barrières éternelles, invincibles, que toutes les forces de la nature créée ne peuvent franchir ni surmonter. Il faudrait, pour qu’il y eût communication d’un système à l’autre , et pour que les sujets d’un empire pussent passer dans un autre, que le siège du trône ne fût pas immobile; car l’étoile fixe, ou plutôt le soleil, le roi de ce système, changeant de lieu, entraînerait à sa suite tous les corps qui dépendent de lui , et pourrait dès lors s’approcher et même s’emparer du domaine d’un autre.
Si sa marche se trouvoit dirigée vers un astre plus foible, il commencerait par lui enlever les sujets de ses provinces les plus éloignées, ensuite ceux des provinces intérieures; il les forcerait tous à augmenter son cortège en circulant autour de lui; et son voisin, dès lors dénué de ses sujets, n’ayant plus ni planètes ni comètes, perdrait eu même temps sa lumière et son feu , que leur mouvement seul peut exciter
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MINÉRAUX. INTRODUCTION
et entretenir : dès lors cet astre isolé , n’étant plus maintenu dans sa place par l’équilibre des forces , seroit contraint de changer de lieu en changeant de nature, el, devenu corps obscur, obéirait comme les autres à la puissance du conquérant , dont le feu augmenterait à proportion du nombre de ses conquêtes.
Car que peut -on dire sur la nature du soleil, sinon que c’est un corps d’un prodigieux volume , une masse énorme de matière pénétrée de feu , qui paraît subsister sans aliment comme dans un métal fondu, ou dans un corps solide en incandescence ? et d’où peut venir cet état constant d’incandescence, cette production toujours renouvelée d’un feu dont la consommation ne parait entretenue par aucun aliment, et dont la déperdition est nulle ou du moins insensible, quoique constante depuis un si grand nombre de siècles P Y a-t-il , peut-il même y avoir une autre cause de la production et du maintien de ce feu permanent , sinon le mouvement rapide de la forte pression de tous les corps qui circulent autour de ce foyer commun, qui réchauffent et l’embrasent , comme une roue rapidement tournée embrase son essieu ? La pression qu’ils exercent en vertu de leur pesanteur équivaut au frottement, et même est plus puissante, parce que cette pression est une force pénétrante qui frotte non seulement la surface extérieure, mais toutes les parties intérieures de la masse; la rapidité de leur mouvement est si grande, que le frottement acquiert une force presque infinie , et met nécessairement toute la masse de l’essieu dans un état a incandescence, de lumière, de chaleur, et de feu, qui dès lors n’a pas besoin d’aliment pour être entretenu , et qui, malgré la déperdition qui s’en fait chaque jour par l’émission de la lumière, peut durer des siècles de siècles sans atténuation sensible, les autres soleils rendant au nôtre autant de lumière qu’il leur en envoie, et le plus petit atome de feu ou d’une matière quelconque ne pouvant se perdre nulle part dans un système où tout s’attire.
Si de cette esquisse du grand tableau des cieu'x , que je n’ai tâché de tracer que pour me représenter la proportion des espaces et celle du mouvement des corps qui les parcourent ; si de ce point de vue auquel je ne me suis élevé que pour voir plus clairement combien la nature doit être multipliée dans les différentes régions de l’univers , nous descendons à celte portion de l’espace qui nous est mieux connue, et dans
laquelle le soleil exerce sa puissance , nous reconnoîtrons que, quoiqu’il régisse par sa force tous les corps qui s’y trouvent, il n’a pas néanmoins la puissance de les vivifier, ni même celle d’y entretenir la végétation et la vie.
Mercure, qui, de tous les corps circulant autour du soleil , en est le plus voisin , n’en reçoit néanmoins qu’une chaleur 5o/8 fois plus grande que celle que la terre en reçoit, et cette chaleur 5o/8 fois plus grande que la chaleur envoyée du soleil à la terre, bien loin d etre brûlante comme on l’a toujours cru , ne seroit pas assez grande pour maintenir la pleine vigueur de la nature vivante ; car la chaleur actuelle du soleil sur la terre n’étant que i/5o de celle de la chaleur pro- 1 pre du globe terrestre , celle du soleil suri Mercure est par conséquent 5o/4oo ou 1/8 de i la chaleur actuelle de la terre. Or, si l’on di- , minuoit des trois quarts et demi la chaleur qui fait aujourd’hui la température de lélj terre, il est sûr que la nature vivante seroili au moins bien engourdie, supposé qu’elhl ne fût pas éteinte. Et puisque le feu du so leil ne peut pas seul maintenir la nature or j ganisée dans la planète la plus voisine combien, à plus forte raison, ne s’en faut-i pas qu’il puisse vivifier celles qui en son , plus éloignées ! Il n’envoie à Yénus qu’uni : 5 o
chaleur - — - fois plus grande que celivl 2 JÔ 1
qu’il envoie à la terre; et cette chaleu !
— — fois plus grande que celle du soleil su 2 Tô
la terre , bien loin d’être assez forte pou I maintenir la nature vivante, ne suffirai certainement pas pour entretenir la liquidit ! des eaux, ni peut-être même la fluidité di l’air, puisque notre température actuelle s i
trouverait refroidie à 2/49 ou à — j ; ce qi j i4t
est tout près du terme 1/2 5 , que nous avor j donné comme la limite extrême de la pli I petite chaleur, relativement à la nature vi ! vante. Et à l’égard de Mars, de Jupiter, cil Saturne, et de tous leurs satellites , la quai ! tité de chaleur que le soleil leur envoie e ! si petite en comparaison de celle qui est ni cessaire au maintien de la nature, qu’cj pourrait la regarder comme de nul effei j surtout dans les deux plus grosses planète ; qui néanmoins paraissent être les objets ej sentiels du système solaire.
Toutes les planètes, sans même en exeept ! Mercure , seraient donc et auraient toujou j été des volumes aussi grands qu’inutiles d’ut j