LUMIÈRE FUT FAITE
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jaifii ilalil mois Üh ine « i par, fêler
Voilà la première parole de Dieu; elle < si sublime et si prompte , qu’elle nous i dique assez que la production de la lumit
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cria
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se fit en un instant : cependant la lumière ne parut pas d’abord ni tout à coup comme un éclair universel; elle demeura pendant du temps confondue avec les ténèbres , et Dieu prit lui-même du temps pour la considérer ; car, est-il dit ,
« DrEÜ VIT QUE XA XUMIÈRE ET0IT BONITE, ET IX SÉPARA XA XUMIERE d’aVEC XES TÉNÈ- BRES. »
1 L’acte de la séparation de la lumière d’avec les ténèbres est donc évidemment distinct et physiquement éloigné par un espace de temps de l’acte de sa production; et ce temps , pendant lequel il plut à Dieu de la considérer pour voir qu elle était bonne , c’est-à-dire utile à ses desseins; ce temps, dis-je, appartient encore et doit s’ajouter à celui du chaos, qui ne commença à se débrouiller que quand la lumière fut séparée des ténèbres.
Voilà donc deux temps, voilà deux espaces de durée , que le texte sacré nous force à reconnoître : le premier, entre la création de la matière en général et la production de la lumière; le second , entre cette production de là lumière et sa séparation d’avec 1 les ténèbres. Ainsi, loin de manquer à Dieu | en donnant à la matière plus dancienneté ! qu'au monde tel qu’il est, c’est au contraire j le respecter autant qu’il est en nous, en conformant notre intelligence à sa parole. En effet, la lumière qui éclaire nos âmes ne vient-elle pas de Dieu? Les vérités qu’elle nous présente peuvent-elles être contradictoires avec celles qu’il nous a révélées? Il
Ifaut se souvenir que son inspiration divine a passé par les organes de l’homme; que sa parole nous a été transmise dans une langue pauvre, dénuée d’expressions précises pour les idées abstraites, en sorte que l’interprète de celte parole divine a été obligé d’employer souvent des mots dont les acceptions ne sont déterminées que par les cireonsiances : par exemple, le mot créer et le mot former ou j faire sont emplo)és indistinctement pour sii gnifier la même chose ou des choses sem- | blables, tandis que dans nos langues ces deux mots ont chacun un sens très-différent et ! très-déterminé : créer est tirer une substance du néant; former ou faire, c’est la tirer de quelque chose sous une forme nouvelle; et • il paroît que le mot créer 1 appartient de 1 préférence et peut-être uniquement ail pre-
i. Le mot , bara , que l’on traduit ici par
B créer, se traduit dans tous les autres passages de l’Ecriture par former où faire.
mier verset de la Genèse, dont la traduction précise en notre langue doit être : Au commencement Dieu tira du néant la matière du ciel et de la terre ; et ce qui prouve que ce mot créer, ou tirer du néant, ne doit s’appliquer qu’à ces premières paroles, c’est que toute la matière du ciel et de la terre ayant été créée ou tirée du néant des le commencement, il n’est plus possible et par conséquent plus permis de supposer de nouvelles créations de matière, puisque alors toute matière n’auroit pas été créée dès le commencement. Par conséquent l’ouvrage des six jours ne peut s’entendre que comme une formation, une production de formes' tirées de la matière créée précédemment , et non pas comme d’autres créations de matières nouvelles tirées immédiatement du néant; et en effet, lorsqu’il est question de la lumière, qui est la première de ces formations ou productions tirées du sein de la matière, il est dit seulement Que la lumière soit faite, et non pas Que la lumière soit créée. Tout concourt donc à prouver que la matière ayant été créée in principio , ce ne fut que dans des temps subséquens qu’il plut au souverain Etre de lui donner la forme , et qu’au lieu de tout créer et tout former dans le même instant, comme il l’auroit pu faire s’il eut voulu déployei- tou e rétendue de sa toutepuissance, il n’a voulu au contraire qu’agir avec le temps, produire successivement, et mettre même des repos, des intervalles considérables , entre chacun de ses ouvrages. Que pouvons-nous entendre par les six jours que l’écrivain sacré nous désigne si précisément en les comptant les uns après les autres, sinon six espaces de temps , six intervalles de durée? El ces espaces de temps indiqués par le nom de jours , faute d’autres expressions, ne peuvent avoir aucun rapport avec nos jours actuels, puisqu’il s’est passé successivement trois de ces jours avant que le soleil ait été placé dans le ciel. Il n’est donc pas possible que ces jours fussent semblables aux nôtres; et l’interprète de Dieu semble l’indiquer assez en les comptant toujours du soir au malin , au lieu que les jours solaires doivent se compter du matin au soir. Ces six jours n’étoient donc pas des jours solaires semblables aux nôtres , ni même des jours de lumière, puisqu’ils commençoient par le soir et finissoient au matin : ces jours n’étoient pas même égaux, car ils n’auroient pas été proportionnés à l’ouvrage. Ce ne sont donc que six espaces de temps : l'historien sacré ne détermine pas la durée de chacun ; mais le sens de la narration semble la rendre
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assez longue pour que nous puissions l’étendre autant que l’exigent les vérités physiques que nous avons à démontrer. Pourquoi donc se récrier si fort sur cet emprunt du temps que nous ne faisons qu’autant que nous y sommes forcés par la connoissance démonstrative des phénomènes de la nature? Pourquoi vouloir nous refuser ce temps, puisque Dieu nous le donne par sa propre parole, et qu’elle seroit contradictoire ou inintelligible si nous n’admettions pas l’existence de ces premiers temps antérieurs à la formation du monde tel qu'il est?
A la bonne heure, que l’on dise, que l’on outienne, même rigoureusement, que demis le dernier terme , depuis la fin des ourages de Dieu , c’est-à-dire depuis la créa- „.on de l’homme , il ne s’est écoulé que six ou huit mille ans , parce que les différentes généalogies du genre humain depuis Adam n’en indiquent pas davantage; nous devons, cette fois, cette marque de soumission et de respect, à la plus ancienne, à la plus sacrée de toutes les traditions; nous lui devons même plus, c’est de ne jamais nous permettre de nous écarter de la lettre de celte sainte tradition que quand la lettre tue, c’est-à-dire quand elle paroît directement opposée à la saine raison et à la vérité des faits de la nature : car toute raison, toute vérité, venant également de Dieu , il n’y a de différence entre les vérités qu’il nous a révélées et celles qu’il nous a permis de découvrir par nos observations et nos recherches; il n’y a, lis-je , d’autre différence que celle d’une première faveur faite gratuitement , à une seconde grâce qu’il a voulu différer et nous faire mériter par nos travaux ; et c’est par cette raison que son interprète n’a parlé aux premiers hommes, encore très-ignorans, que dans le sens vulgaire, et qu’il ne s’est pas élevé au dessus de leurs connoissances , qui, bien îoin d’atteindre au vrai système du monde, ne s’étendoient pas même au delà des notions communes, fondées sur le simple rapport des sens ; parce qu’en effet c’éioit au peuple qu’il falloit parler, et que la parole eût été vaine et inintelligible si elle eût été telle qu’on pourroit la prononcer aujourd’hui, puisque aujourd’hui même il n’y a qu’un petit nombre d’hommes auxquels les vérités astronomiques et physiques soient assez connues pour n’en pouvoir douter, et qui puissent en entendre le langage.
Voyons donc ce qu’étoit la physique dans ces premiers âges du monde, et ce qu’elle seroit encore si l’homme n’eût jamais étudié ia nature. On voit le ciel comme une voûte
d’azur dans laquelle le soleil et la lune paroissent être les astres les plus considérables, dont le premier produit toujours la lumière du jour, et le second fait souvent celle de la nuit ; on les voit paroître ou se lever d’un côté, et disparoître ou se coucher de l’autre, après avoir fourni leur course et donné leur lumière pendant un certain espace de temps. On voit que la mer est de la même conteur que la voûte azurée, et qu’elle paroi t toucher au ciel lorsqu’on la regarde au loin. Toutes les idées du peuple sur le système du monde ne portent que sur ces trois on quatre notions; et quelque fausses qu’elles soient, il falloit s’y conformer pour se faire entendre.
En conséquence de ce que la mer paroît dans le lointain se réunir au ciel, il étoit naturel d’imaginer qu’il existe en effet aes eaux supérieures et des eaux inférieures, dont les unes remplissent le ciel et les autres la mer, et que , pour soutenir les eaux supérieures, il falloit un firmament, c’est-àdire un appui , une voûte solide et transparente, au travers de laquelle on aperçût l’azur des eaux supérieures; aussi est- il dit : Que le firmament soit fait au milieu des eaux , et qu'il sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit le firmament , et sépara les eaux qui étoient sous le firmament, de celles qui étoient au dessus du firmament , et Dieu donna au firmament le nom de ciel..., et à toutes les eaux rassemblées sous le firmament le nom de mer. C’est à ces mêmes idées que se rapportent les cataractes du ciel, c’est-à-dire les portes ou les fenêtres de ce firmament solide qui s’ouvrirent lorsqu’il fallut laisser tomber les eaux supérieures pour noyer la terre. C’est encore d’après ces mêmes idées qu’il est dit que les poissons et les oiseaux ont eu une origine commune. Les poissons auront été produits par les eaux inférieures , et les oiseaux parles eaux supérieures, parce qu’ils s’approchent par leur vol de la voûR azurée, que le vulgaire n’imagine pas être beaucoup plus élevée que les nuages. De même le peuple a toujours cru que les étoiles sout attachées comme des clous à cette voûte solide, qu’elles sont plus petites que la lune, et infiniment plus petites que le soleil : il ne distingue pas même les planètes des étoiles fixes; et c’est par celte raison qu'il n’est fait aucune mention des planètes dans tout le récit de la création; c’est par la même raison que la lune y est regardée comme le second astre, quoique ce ne soit en effet que le plus petit de tous les corps célestes , etc. , etc. , etc.
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• Tout, dans le récit de Moïse, est mis à la portée de l’intelligence du peuple; tout y est représenté relativement à l’homme vulgaire, auquel il ne s’agissoit pas de démontrer le vrai système du monde , mais qu’il suffisoit d’instruire de ce qu’il devoit au Créateur, en lui montrant les effets de sa toute-puissance comme autant de bienfaiis : les vérités de la nature ne dévoient paraître qu’avec le temps , et le souverain Être se les réservoit comme le plus sûr moyen de rappeler l’homme à lui, lorsque sa foi, déclinant dans la suite des siècles , seroit devenue chancelante; lorsque éloigné de son origine, il pourroit l’oublier ; lorsqu’enfin trop accoutumé au spectacle de la nature, il n’en seroit plus touché et viendroit à en méconnoître l’auteur. Il étoit donc nécessaire de raffermir de temps en temps et même d’agrandir l’idée de Dieu dans l’esprit et dans le cœur de l’homme. Or, chaque découverte produit ce grand effet; chaque nouveau pas que nous faisons dans la nature nous rapproche du Créateur. Une vérité nouvelle est une espèce de miracle , l’effet en est le même , et elle ne diffère du vrai miracle qu’en ce que celui-ci est un coup d’éclat que Dieu frappe immédiatement et rarement, au lieu qu’il se sert de l’homme pour découvrir et manifester les merveilles dont il a rempli le sein de la nature; et que, comme ces merveilles s’opèrent à tout instant, qu’elles sont exposées de tout temps et pour tous les temps à sa contemplation, Dieu le rappelle incessamment à lui , non seulement par le spectacle actuel, mais encore par le développement successif de ses œuvres.
Au reste , je ne me suis permis cette interprétation des premiers versets de la Genèse que dans la vue d’opérer un grand bien; ce seroit de concilier à jamais la science de la nature avec celle de la théologie : elles ne peuvent, selon moi, être en contradiction qu’en apparence, et mon explication semble le démontrer. Mais si cette explication, quoique simple et très-claire, paroît insuffisante et même hors de propos à quelques esprits trop strictement al tachés à la lettre, je les prie de me juger par l’intention , et de considérer que mon système sur les époques de la nature étant purement hypothétique, il ne peut nuire aux vérités révélées, qui sont autant d’axiomes immuables, indépendans de toute hypothèse, et auxquels j’ai soumis et je soumets mes pensées.
ADDITIONS DE BITFFON.
(Sur la page 79.)
« Il ne faut pas creuser bien avant pour trouver d’abord une chaleur constante et qui ne varie plus, quelle que soit la température de l’air à la surface de la terre. On sait que la liqueur du thermomètre se soutient toujours sensiblement pendant toute l’année à la même hauteur dans les caves de l’Observatoire, qui n’ont pourtant que 84 pieds ou
14 toises de profondeur depuis le rez-dechaussée. C’est pourquoi l’on fixe à ce point la hauteur moyenne ou tempérée de notre climat. Cette chaleur se soutient encore ordinairement et à peu de chose près la même depuis une semblable profondeur de 14 ou
15 toises jusqu’à 60, 80, ou 100 toises et au delà, plus ou moins, selon les circonstances, comme on 1 éprouve dans les mines; après quoi elle augmente et devient quelquefois si grande , que les ouvriers ne sauraient y tenir et y vivre, si on ne leur procurait pas quelques rafraîchissemens et un nouvel air, soit par des puits de respiration, soit par des chutes d’eau.... M. de Gensanne a éprouvé dans les mines de Giromagny, à trois lieues de béfort , que le thermomètre étant porté à 52 toises de profondeur verticale, se soutint à 10 degrés, comme dans les caves de l’Observatoire; qu’à xo6 toises de profondeur il étoit à 10 degrés 1/2, qu’à i5S toises il monta à i5 degrés i/5, et qu’à 222 toises de profondeur il s’éleva à 18 degrés 1/6. » ( Dissertation sur la glace , par M. de Mairan ; Paris , 1 749, in-12, pages 60 et suiv.)
« Plus on descend à de grandes profondeurs dans l’intérieur de la terre, dit ailleurs M. de Gensanne , plus on éprouve une chaleur sensible qui va toujours en augmentant à mesure qu’on descend plus bas : cela est au point qu’à 1800 pieds de profondeur au dessous du sol du Rliin, pris à Huningue en Alsace, j’ai trouvé que la chaleur est déjà assez forte pour causer à l’eau une évaporation sensible. On peut voir le détail de mes expériences à ce sujet dans la dernière édition de l’excellent Traité de la glace de feu mon illustre ami M. Dortous de Mairan. » ( Histoire naturelle du Languedoc , t. I, p. 24.)
« Tous les filons riches des mines de toute espèce , dit M. Eller , sont dans les fentes perpendiculaires de la terre , et l’on ne saurait déterminer la profondeur de ces fentes : il y en a en Allemagne où l’on descend au
s 6 des époques de la nature.
delà de 600 perches (lachters) * ; à mesure que les mineurs descendent , ils rencontrent une température d’air toujours plus chaude. » ( Mémoire sur la génération des métaux.
Académie de Berlin, année 1733.)
{Sur la page 7 5.)
Feu M. Bouguer , savant astronome de l’Académie royale des Sciences, a observé qu’avec seize morceaux de verre ordinaire dont on fait les vitres, appliqués les uns contre les adirés, et faisant en tout une épaisseur de 9 lignes r/2, la lumière passant au travers de ces seize morceaux de verre diminuoit deux cent quarante-sept fois, c’està-dire qu’elle étoit deux cent quarante sept fois plus foible qu’avant d’avoir traversé ces seize morceaux de verre. Ensuite il a placé soixante-quatorze morceaux de ce même verre à quelque distance les uns des autres dans un tuyau, pour diminuer la lumière du soleil jusqu’à extinction : cet astre étoit à 5o degrés de hauteur sur l’horizon lorsqu’il fît cette expérience ; et les soixante-quatorze morceaux de verre ne l’empêchoient pas de voir encore quelque apparence de son disque. Plusieurs-personiies qui éioient avec lui voyoient aussi une foible lueur , qu’ils ne dislinguoient qu’avec peine, et qui s évanouissoit aussitôt que leurs yeux n’étoient pas toui-à-fait dans l’obscurité; mais lorsqu’on eut ajouté trois morceaux de verre aux soixante-quatorze premiers , aucun des assistant ne vit plus la moindre lumière; en sorte qu’en supposant quatre-vingts morceaux de ce même verre on a l epaisseur de verre nécessaire pour qu’il ü’v ait plus aucune transparence par rapport aux vues même les plus délicates; et M. Bouter trouve, par un calcul assez facile, que
lumière du soleil est alors rendue 900 milliards de fois plus foible : aussi toute matière transparente qui , par sa grande épaisseur, fera diminuer la lumière du soleil 900 milliards de fois perdra dès lors toute sa transparence.
En appliquant cette règle à l’eau de la mer, qui de toutes les eaux est la plus limpide, M. Bouguer a trouvé que, pour perdre toute sa transparence , il faut 206 pieds d’épaisseur, attendu que, par une autre expérience, la lumière d’un flambeau avoit diminué dans le rapport de i , à 5 , en- iray versant n5 pouces d'épaisseur d’eau de mey contenue dans un canal de 9 pieds 7 pouces de longueur, et que, par un calcul qu’on, né peut contester , elle doit perdre toute trans-
1. On assuré que le lachter est une mesure à peu près égale à la brasse de 5 pieds de longueur ; ce qui donne 3ooo pieds de profondeur à ces mines.
parence à 256 pieds. Ainsi , selon M. Bouguer, il ne doit passer aucune lumière sensible au delà de 256 pieds dans la profon deur de l’eau. ( Essai d’optique sur la gradation de la lumière ; Paris, 1729, in-12, page 85. )
Cependant il me semble que ce résulta!
de M. Bouguer s’éloigne encore beaucoup de la réalité : il seroit à désirer qu’il eût fait ses expériences avec des masses de verre de différente épaisseur, et non pas avec des morceaux de verre mis les uns sur les autres ; je suis persuadé que la lumière du soleil auroit percé une plus grande épaisseur que celle de ces quatre-vingts morceaux, qui, tous ensemble, ne forment que 47 lignes r/2 , c’est-à-dire à peu près 4 pouces : or , quoique ces morceaux dont il s’est servi fussent de verre commun , il est certain qu’une masse solide de quatre pouces d’épaisseur de ce même verre n’auroit pas entièrement intercepté la lumière du soleil . d’autant que je me suis assuré , par ma propre expérience, qu’une épaisseur de 6 pouces de verre blanc la laisse passer encore assez vivement, comme on le verra dans la note suivante. Je crois donc qu’on doit plus que doubler les épaisseurs données par M. Bouguer, et que la lumière du soleil pénètre au moins à 600 pieds à travers l’eau de la mer : car il y a une seconde inattention dans les expériences de ce savant physicien; c’est de n’avoir pas fait passer la lumière du soleil à travers son tuyau rempli d'eau de mer, de 9 pieds 7 pouces de longueur; il s’est contenté d’y faire passer la lumière d’un flambeau, et il en a conclu la diminution dans le rapport de 14 à 5 : or je suis persuadé que cette diminution n’auroit pas été si grande sur fa lumière du soleil, d’autant que celle du flambeau ne pouvoit passer qu’obliquement, au lieu que enfle du soleil passant directement auroit été plus pénétrante par la seule incidence, indépendamment de sa pureté et de son intensité. Ainsi , tout bien considéré, il me paroit que , pour approcher le plus près qu’il est possible de la vérité, on doit supposer que la lumière du soleil pénètre dans le sein de la nier jusqu’à 100 toises ou 600 pieds de profondeur, et la chaleur jusqu’.! i5o pieds. Ce n’est pas à dire pour cela qu'il ne passe encore au delà quelques atomes de lumierè et de chaleur, mais seulement que leur effet seroit absolument insensible , et ne pourvoit être reconnu par aucun de nos sens..
(Sjir la page 7S.)
Je crois être assuré de cette vérité par
DES ÉPOQUES DE LÀ NATURE
une analogie tirée d’une expérience qui me paroit décisive : avec une loupe de verre massif de 27 pouces de diamètre sur 6 pouces d’épaisseur à son centre je me suis aperçu , en couvrant la partie du milieu, que il cette loupe ne brûloit , pour ainsi dire, que par les bords jusqu’à 4 pouces d’épaisseur, et que toute la partie plus épaisse ne proi duisoit presque point de chaleur; ensuite ayant couvert toute cette loupe, à l’exception 1 d’un pouce d’ouverture sur son centre, j’ai reconnu que la lumière du soleil étoit si fort affoiblie, après avoir traversé cette épais-
Iseur de 6 pouces de verre, qu’elle ne produisoit aucun effet sur le thermomètre. Je suis donc bien fondé à présumer que celte même lumière, affoiblie par r5o pieds d’épaisseur d’eau, ne donneroit pas un degré de chaleur sensible.
La lumière que la lune réfléchit à nos I yeux est certainement la lumière réfléchie 1 du soleil; cependant cette lumière n’a point de chaleur sensible, et même, lorsqu’on la t concentre au foyer d’un miroir ardent , qui I' augmente prodigieus -ment la chaleur du j soleil, cette lumière réfléchie par la lune j| n’a point encore de chaleur sensible; et celle Ji du soleil n’aura pas plus de chaleur, dès | qu’eu traversant une certaine épaisseur d’eau, elle deviendra aussi foible que celle de la lune. Je suis donc persuadé qu’en laissant ! passer les rayons du soleil dans un large ! tuyau rempli d’eau , de 5o pieds de longueur I seulement, ce qui n’est que le tiers de l’é-
|i[ paisseur que j’ai supposée , cette lumière affoiblie ne produiroit sur un thermomètre 1 aucun effet , en supposant même la liqueur du thermomètre au degré de congélation; |j| d’où j’ai cru pouvoir conclure que, quoique
Ij la lumière du soleil perce jusqu’à 600 pieds ]| dans le sein de la mer, sa chaleur ne pénè- {' tre pas au quart de cette profondeur.
(Sur là page 87.)
IOn peut s’en assurer par les descriptions et les dimensions qu’en a données M. Dau- | benton; mais , depuis ce temps, on m’a en-
I voyé une défense entière et quelques autres j! morceaux d’ivoire fossile dont lesdimensions excèdent de beaucoup la longueur et | la grosseur ordinaires des défenses de l’éié- !f pliant : j’ai même fait chercher chez tous les marchands de Paris qui vendent de Fiji voire, on n’a trouvé aucune défense com- I parable à celle-ci, et il ne s’en est trouvé ! qu’une seule, sur un très-grand nombre, égale à celles qui nous sont venues de Sibérie, dont la circonférence est de 19 pouces
à la base. Les marchands appellent ivoire cru celui qui n’a pas été dans la terre, et que l’on prend sur les éléphans vivans, ou qu’on trouve dans les forêts avec les squelettes récens de ces animaux ; et ils donnent le nom d ivoire cuit à celui qu’on tire de la terre, et dont la qualité se dénature plus ou moins par un plus ou moins long séjour, ou par la qualité plus ou moins active des terres où il a été renfermé. La plupart des défenses qui nous sont venues du nord sont encore d’un ivoire tres-solide, dont on pourroit faire de beaux ouvrages ; les plus grosses nous ont été envoyées par M. de l’Islc, astronome, de l’Académie royale des Sciences ; il les a recueillies dans son voyage en Sibérie. Il n’y a voit dans tous les magasius de Paiis qu’une seule défense d’ivoire cru qui eut 19 pouces de circonférence; toutes les autres ét oient plus menues : cette grosse défense avoit 6 pieds r pouce de longueur, et il paroît que celles qui sont au Cabinet du Roi, et qui ont été trouvées en Sibérie, avoient plus de 6 pieds 1/2 lorsqu’elles éloient entières ; mais , comme les extrémités en sont tronquées, on ne peut en juger qu’à peu près.
Et si l’on compare les os fémurs trouvés de même dans les terres du nord , on s’assusera qu’ils sont au moins aussi longs et considérablement plus épais que ceux des éléphans actuels.
Au reste, nous avons, comme je l’ai dit, comparé exactement les os et les défenses qui nous sont venus de Sibérie aux os et aux défenses d’un squelette d’éléphant, et nous avons reconnu évidemment que tous ces ossemens sont des dépouilles de ces animaux. Les défenses venues de Sibérie ont non seulement la figure, mais aussi la vraie structure de l’ivoire de l’éléphant , dont M. Daubenton donne la description dans les termes su i vans :
« Lorsqu’une défense d’éléphant est coupée transversalement, on voit au centre, on à peu près au centre, un point noir qui est appelé le cœur ; mais si la défense a été coupée à l’endroit de sa cavité , il n’y a au centre qu’un trou rond ou ovale : on aperçoit des lignes combes qui s’étendent en sens contraire, depuis le centre à la circonférence, et qui se croisant forment de petites losanges; il y a ordinairement à la circonférence une bande étroite et circulaire : les lignes courbes se ramifient à mesure qu’elles s’éloignent du centre; et le nombre de ces lignes est d’autant plus grand, qu’elles approchent plus de la circonférence ; ainsi la grandeur
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des losanges est presque partout à peu près Ja même. Leurs côtés, ou au moins leurs angles, ont une couleur plus vive que l’aire, sans doute parce que leur substance est plus compacte : la bande de la circonférence est quelquefois composée de libres droites et transversales, qui aboiiliroient au centre si elles étoient prolongées ; c’est 1 apparence de ces lignes et de ces points que l’on regarde comme le grain de l’ivoire : on l’aperçoit dans tous les ivoires, mais il est plus ou moins sensible dans les différentes défenses ; et parmi les ivoires dont le grain est assez apparent pour qu’on leur donne le nom d 'ivoire grenu , il y en a que l’on appelle ivoire à gros grains, pour le distinguer de l'ivoire dont le grain est fin. « Voyez, dans celte Histoire naturelle , l’article de l’ Éléphant, et les Mémoires de l’ Acatlemie des Sciences, année 1762.
( Sur la page 8 1.)
Indépendamment de tous les morceaux qui nous ont été envoyés de Russie et de Sibérie , et que nous conservons au Cabinet du Roi, il y en a plusieurs autres dans les cabinets des particuliers de Paris; il y en a un grand nombre dans le Muséum de Pétersbourg, comme on peut le voir dans le catalogue qui en a été imprimé dès l’année 1742; il y en a de même dans le Muséum de Londres, dans celui de Copenhague, et dans quelques autres collections , en Angleterre, en Allemagne, en Italie : on a même fait plusieurs ouvrages de tour avec cet ivoire trouvé dans les terres du nord; ainsi l’on ne peut douter de la grande quantité de ces dépouilles d’éléphant en Sibérie et en Russie.
M. Pallas, savant naturaliste, a trouvé dans son voyage en Sibérie, ces années dernières , une gi ande quantité d’ossemens d’éléphant, et un squelette entier de rhinocéros, qui n’étoit enfoui qu’à quelques pieds de profondeur.
« On vient de découvrirdes os monstrueux d'éléphant àSvvijatoki, à dix-sept vers tes de Pétersbourg ; on les a tirés d'un terrain inondé depuis long-temps. On ne peut donc plus douter de la prodigieuse révolution qui a changé le climat, les productions, et les animaux de toutes les contrées de la terre. Ces médailles naturelles prouvent que les pays dévastés aujourd’hui par la rigueur du froid ont eu autrefois tous les avantages du midi. » ( Journal de politique et de littérature, 5 janvier 1776; article de Pétersbourg.)
La découverte des squelettes et des défenses d’éléphans dans le Canada est assez
récente , et j’en ai été informé des premiers par une lettre de feu M. Collinson, membre de la Société royale de Londres ; voici la traduction de cette lettre:
« M. Georges Croghan nous a assurés que, dans le cours de ses voyages eu 1763 et 1766, dans les contrées voisines de la rivière d 'Ohio , environ à 4 milles sud-est de cette rivière , éloignée de 640 milles du fort de Quesne (que nous appelons maintenant Picsburgh), il a vu, aux environs d’un grand marais salé, où les animaux sauvages s’assemblent en certains temps de l’année , de grands os et de grosses dents, et qu’ayant examiné celte place avec soin , il a découvert, sur un banc élevé du côté du marais, un nombre prodigieux d os de très-grands animaux, et que par la longueur et la forme de ces os et de ces défenses on doit conclure que ce sont des os d’éléphants.
« Mais les grosses dents que je vous envoie, monsieur, ont été trouvées avec ces défenses; d’autres encore plus grandes que celles-ci paroissent indiquer et même démontrer qu’elles n’appartiennent pas à des éléphans. Comment concilier ce paradoxe?
Ne pourroit-on pas supposer qu’il a existé autrefois un grand animal qui avoil les défenses de l’éléphant et les mâchoires de l’hippopotame? car ces grosses dents mâchelieres sont très -différentes de celles de l’éléphant. M. Croghan pense , d’après la grande quantité de ces différentes sortes de dents , c’est-à-dire des défenses et des dents molaires qu’il a observées dans cet endroit, qu’il y avoitau moins trente de ces animaux. Cependant les éléphans u’étoienl point connus en Amérique , et probablement ils n’ont pu y être apportés d’Asie : l’impossibilité qu’ils ont à vivre dans ces contrées, à cause de la rigueur des hivers, et où cependant on trouve une si grande quantité de leurs os, fait encore un paradoxe que votre éminente sagacité doit déterminer.
« M. Croghan a envoyé à Londres, au mois de février 1767, les os et les dents qu’il avoit rassemblés dans les années 1765 et 1766 :
« i° A milord Shelburne, deux grandes défenses, dont une étoil bien entière et avoit près de 7 pieds de long (6 pieds 7 pouces de Eraneej; l’épaisseur étoit comme celle d’une défense ordinaire d’un éléphant qui auroit cette longueur.
« 20 Une mâchoire avec deux dents mâchelières qui y tenoient, et outre cela plusieurs tres-grosses dents mâchelières séparées.
DES ÉPOQUES DE LÀ NATURE
« Au docteur Franklin, i° trois défenses d’éléphant, dont une, d’environ 6 pieds de long, étoit cassée par la moitié, gâtée ou rongée au centre, et semblable à de la craie ; les autres étoient très-saines ; le bout de l’une des deux étoil aiguisé en pointe et d’un très-bel ivoire.
« 20 Une petite défense d’environ 3 pieds de long, grosse comme le bras, avec les alvéoles qui reçoivent les muscles et les tendons, qui étoient d’une couleur marron luisante, laquelle avoit l’air aussi frais que si on venoit de les tirer de la tête de l’animal.
« 3° Quatre mâcheiières, dont l’une des plus grandes avoit plus de largeur et un rang de pointes de plus que celles que je vous ai envoyées. Vous pouvez être assuré Lue toutes celles qui ont été envoyées à milord Shelburne et à M. Franklin étoient [le la même forme et avoient le même émail ;pie celles que je mets sous vos yeux.
;! « Le docteur Franklin a diué dernière-
ment avec un officier qui a rapporté de luette même place, voisine de la rivière d’Oliio , une défense plus blanche, plus lui- 1 sanie . plus unie que toutes les autres, et , me màclielière encore plus grande que ! outes celles dont je viens de faire mention.»
. Lettre de M. Collinson à M. de Buffon ,
’ tatée de Mill-hill, près de Londres, le 3 .juillet 1767.)
Extrait du Journal du 'voyage de M. Crogh an , fait sur la rivière d Ohio , et envoyé à M. Franklin au mois de mai 17 65.
<• Nous avons passé la grande rivière de Uame, et, le soir, nous sommes arrivés à endroit où l’on a trouvé des os d’éléphans; peut y avoir 640 milles de distance du >rt Pitt. Dans la matinée, j’allai voir la rande place marécageuse où les animaux luvag s se rendent dans de certains temps 1 année ; nous arrivâmes à cet endroit jar une route battue par les bœufs sau- [ages ( bisons ), éloigné d’environ 4 milles p sud-est du fleuve Ohio. Nous vîmes de os yeux qu’il se trouve dans ces lieux une rande quantité d’ossemens , les uns épars, s autres enterrés à cinq ou six pieds sous tare , que nous vîmes dans l’épaisseur du anc de terre qui borde cette espèce de |)ute. Nous trouvâmes là deux défenses de pieds de longueur , que nous' transportées à notre bord , avec d’autres os et des mts ; et, l’année suivante, nous retournàes au même endroit prendre encore un us grand nombre d’autres défenses et d’aues dents.
« Si M. de Buffon avoit des doutes et des questions à faire sur cela, je le prie, dit M. Collinson, de me les envoyer; je ferois passer sa lettre à M. Croghan, homme très-honnête et éclairé, qui seroit charmé de satisfaire à ses questions. »
Ce petit Mémoire étoit joint à la lettre que je viens de citer, et à laquelle je vais ajouter l’extrait de ce que M. Collinson m’avoit écrit auparavant au sujet de ces mêmes ossemens trouvés en Amérique :
« Il y avoit à environ un mille et demi de la rivière d’Ohio six squelettes monstrueux enterrés debout, portant des défenses de 5 à 6 pieds de long , qui étoient de la forme et de la substance des défenses d’éléphans; elles avoient 3o pouces de circonférence à la racine ; elles alloient en s’amincissant jusqu’à la pointe : mais on ne peut pas bien connoilre comment elles étoient jointes à la mâchoire, parce qu’elles étoient brisées en pièces. Lin fémur de ces mêmes animaux fut trouvé bien entier; il pesoit cent livres, et avoit 4 pieds ij 2 de long. Ces défenses et ces os de la cuisse font voir que l’animal étoit d’une prodigieuse grandeur. Ces faits ont été confirmés par M. Greenwood, qui , ayant été sur les lieux, a vu les six squelettes dans le marais salé ; il a de plus trouvé, dans le même lieu , de grosses dents mâehelières qui ne paroissent pas appartenir à l’éléphant, mais plutôt à l’hippopotame; et il a rapporté quelques-unes de ces dents à Londres, deux entre autres qui pesoient ensemble 9 livres 1/4. Il dit que l’os de la mâchoire avoit près de 3 pieds de longueur, et qu’il étoit trop lourd pour être porté par deux hommes : il avoit mesuré l’intervalle entre l’orbite des deux yeux, qui étoit de 18 pouces. Une Angloise, faite prisonnière par les sauvages et conduite à ce marais salé, pour leur apprendre à faire du sel en faisant évaporer l’eau , a déclaré se souvenir, par une circonstance singulière , d’avoir vu ces ossemens énormes ; elle racontoil que trois François qui cassoient des noix étoient tous trois assis sur un seul de ces grands os de la cuisse. »
Quelque temps après m’avoir écrit ces lettres, M. Collinson lut à la Société royale de Londres deux petits Mémoires sur ce même sujet , et dans lesquels j’ai trouvé quelques faits de plus que je vais rapporter, en y joignant un mot d’explication sur les choses qui en ont besoin.
« Le marais salé où l’on a trouvé des os d’éléphans, n’est qu’à 4 milles de distance des bords de la rivière d’Ohio; mais il est
DES EPOQUES DE LA NATURE
éloigné de plus de 700 milles de la plus prochaine côte de la mer. U y avoit un chemin frayé par les bœufs sauvages ( bisons), assez large pour deux chariots de front, qui menoit droit à la place de ce grand marais salé, où ces animaux se rendent, aussi bien que toutes les espèces de cerfs et de chevreuils, dans une certaine saison de l’armée, pour lécher la terre et boire de l’eau salée.... Les ossemens d’éléphans se trouvent sous une espèce de levée, ou plutôt sous la rive qui entoure et surmonte le marais à 5 ou 6 pieds de hauteur; on y voit un très -grand nombre d’os et de dents qui ont appartenu à quelques animaux d’une grosseur prodigieuse ; il y a des défenses qui ont près de 7 pieds de longueur, et qui sont d’un très-bel ivoire : on ne peut donc guère douter qu’elles n’aient appartenu à des éléphans. Mais ce qu’il y a de singulier, e’est que jusqu’ici l’on n’a trouvé parmi ces défenses aucune dent molaire ou màcbelière d éléphant, mais seulement un grand nombre de grosses dents, dont chacune porte cinq ou six pointes mousses, lesquelles ne peuvent avoir appartenu qu’à quelque animal d’une énorme grandeur; et ces grosses dents carrées n’ont point de ressemblance aux màchelières de l’éléphant, qui sont aplaties et quatre ou cinq fois aussi larges qu’épaisses; en sorte que ces grosses dents molaires ne ressemblent aux dents d’aucun animal connu. »
Ce que dit ici M. Collinson est très-vrai; ees grosses dents molaires diffèrent absolument des dents màchelières de l’éléphant; et en les comparant à celles de l’hippopotame, auxquelles ces grosses dents ressemblent par leur forme carrée, on verra qu’elles en different aussi par leur grosseur , étant deux, trois, et quatre fois plus volumineuses que les grosses dents des anciens hippopotames trouvées de même en Sibérie et au Canada, quoique ces dents soient elles-mêmes trois ou quatre fois plus grosses que celles des hippopotames actuellement existans.
Toutes les dents que j’ai observées dans quatre tètes de ces animaux qui sont au Cabinet du Roi ont la face qui broie creusée en forme de trèfle , et celles qui ont été trouvées au Canada et en Sibérie ont ce même caractère , et n’en diffèrent que par la grandeur ; mais ces énormes dents à grosses pointes mousses diffèrent de celles de l’hippopotame creusées en trèfle , ont toujours quatre et quelquefois cinq rangs, au lieu que les plus grosses dents de l'hippopotame n’en ont que trois, comme on peut le voir en comparant les figures 4, 5 et 6 avec cel-
les des figures 7 et 8, pl. 1. Il paroit donc certain que ces grosses dents n’ont jamais appartenu à l’éléphant ni à l’hippopotame ; la différence de grandeur, quoique énorme. 11e m’empêcheroit pas de les regarder comme appartenant à celte dernière espèce, si tous les caractères de la forme éf oient semblables, puisque nous connoissons , comme je viens de le -dire, d’autres dents carrées, trois ou quatre fois plus grosses que celle; de nos hippopotames actuels, et qui néan moins ayant les mêmes caractères pour 1î forme , et particulièrement les creux ei trèfle sur la face qui broie, sont certaine ment des dents d’hippopotames trois foi; plus grands que ceux dont nous avons le tètes ; et c’est de ces grosses dents , fig. 7 qui sont vraiment des dents d’hippopo tames , que j’ai parlé lorsque j'ai dit qli’i s’en trouvoit également dans les deux corn tinens , aussi bien que des défenses d’éln phans : mais ce qu’il y a de très - remarti quable, c’est que non seulement on a trouva de vraies défenses d’éléphans et de vraie; dents de gros hippopotames en Sibérie e au Canada, mais qu’011 y a trouvé de mèm; ces dents, beaucoup plus énormes à grosse pointes mousses et à quatre rangs; je croit donc pouvoir prononcer avec fondemer j que cette très-grande espèce d’animal e.!ij perdue.
M. le comte de Yergennes, ministre il secrétaire d’état, a eu la bonté de me don ner, en 1770, la plus grosse de toutes ce dents, laquelle est représentée planche r fig. 1 et 2 ; elle pèse 1 1 livres 4 onces. Cet j énorme dent molaire a été trouvée dans petite Tarlarie, en faisant un fossé. Il 1 avoit d’autres os qu’on n’a pas recueilli, et, entre autres, un os fémur dont il i< restoit que la moitié bien entière, et la en vité de cette moitié contenoit quinze pint j de Paris. M. l’abbé Chappe, de l’Académ; des Sciences , nous a rapporté de Sibér ;j une autre dent toute pareille , mais moi I grosse, et qui ne pèse que 3 livres 12 onc 1/2, fig. 4 et 5. Enfin la plus grosse de cefl ; que M. Collinson m’avoit envoyées, et q est représentée fig. 6, a été trouvée, av plusieurs autres semblables , en Amériqu près de la rivière d’Ohio; et d’autres qf nous sont venues de Canada leur ressemble parfaitement. L’on ne peut donc pas doul qu’indépendamment de l’éléphant et !
l’hippopotame , dont on trouve egaleme j les dépouilles dans les deux continens,! n’y eût encore un autre animal comm aux deux continens , d’une grandeur suj
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
ieure à celle même des plus grands élé- >hans ; car la forme carrée de ces énormes lents mâchelières prouve qu’elles étoient n nombre dans la mâchoire de l’animal ; i quand on n’y en supposerait que six ou lème quatre de chaque côté, on peut juger e l’énormité d’une lèle qui aurait au moins ûze dents mâchelières , pesant chacune dix u onze livres. L’éléphant n’en a que qua- ’e, deux de chaque côté; elles sont aplaes , elles occupent tout l’espace de la mâioire ; et ces deux dents molaires de l’éléhant fort aplaties ne surpassent que de nix pouces la largeur de la plus grosse jnt carrée de l’animal inconnu, qui est du >uble plus épaisse que celles de l’éléphant, insi tout nous porte à croire que cette icienne espèce, qu’on doit regarder comme première et la plus grande de tous les limaux terrestres , n’a subsisté que dans s premiers temps , et n’est pas parvenue squ’à nous; car un animal dont l’espèce roil plus grande que celle de l’éléphant ,
; pourrait se cacher nulle part sur la terre f point de demeurer inconnu ; et d’ailleurs
(est évident par la forme même de ces nts, par leur émail, et par la disposition leurs racines, qu’elles n’ont aucun raprl aux dents des cachalots ou autres cé- Icés, et qu’eiles ont réellement appartenu un anima! terrestre dont l’espèce étoit us voisine de celle de Fhippopotame que aucune autre.
iDans la suite du Mémoire que j’ai cité [dessus, M. Collinsoa dit que plusieurs rsonnes de la Société royale connoissent, ssi bien que lui , les défenses d’éléphans e ’on trouve tous les ans en Sibérie sur 1 bords du fleuve Obi et des autres riviè- > de cette contrée Quel système établira m, ajoute-t-il, avec quelque degré de probil é , pour rendre raison de ces dépôts >ssemens d’éléphans en Sibérie et en nérique? Il finit par donner l énuinéran , les dimensions , et lë poids de toutes s dents trouvées dans le marais salé de rivière d’Ohio , dont la plus grosse dent •rée appartenoit au capitaine Ourry, et ^oit 6 livres i/v.
(Dans le second petit Mémoire de M. Colson, lu à la Société royale de Londres , 10 décembre 1767, il dit que, s’étant t erçu qu’une des défenses trouvées dans I marais salé avoit des stries près du gros as ut , il avoit eu quelques doutes si ces «t ies étoient particulières ou non à l’espèce if l’éléphant; que, pour se satisfaire, il a visiter le magasin d’un marchand qui
fait commerce de dents de toute espèce, et qu’après les avoir bien examinées . il trouva qu’il y avoit autant de défenses striées au gros bout que d’unies , et que par conséquent il ne faisoit plus aucune difficulté de prononcer que ces défenses trouvées en Amérique ne fussent semblables, à tous égards, aux défenses d’éléphans d’Afrique et d’Asie : mais, comme les grosses dents carrées trouvées dans le même lieu n’ont auc.n rapport avec les dents molaires de l'éléphant, il pense que ce sont les restes de quelque animal énorme qui avoit les défenses de l’éléphant avec des dents molaires particulières à son espèce, laquelle est d’une grandeur et d’une forme différente de celle d’aucun animal connu. Voyez les Transactions philosophiques de l’année 1767.
Dès l’année 1748, M. Fabri, qui avoit fait de grandes courses dans le uord de la Louisiane et dans le sud du Canada, m’avoit informé qu’il avoit vu des tètes et des squelettes d’un animal quadrupède d’une grandeur énorme , que les sauvages appelaient le père-aux-bœufs , et que les os fémurs de ces animaux avoient 5 et jusqu’à 6 pieds de hauteur. Peu de temps après, et avant l’année 1767, quelques personnes à Paris avoient déjà reçu quelques-unes des grosses dents de l’animal inconnu , d’autres d’hippopotames, et aussi des ossemens d’éléphans trouvés en Canada : le nombre en est trop considérable, pour qu’on puisse douter que ces animaux n’aient pas autrefois existé dans les terres septentrionales de l’Amérique, comme dans celles de l’Asie et de l’Europe.
Mais les éléphans ont aussi existé dans toutes les contrées tempérées de notre continent; j’ai fait mention des défenses trouvées en Languedoc près de Simore , et de celles trouvées à Cominges en Gascogne ; je dois y ajouter la plus belle et la plus grande de toutes, qui nous a été donnée en dernier lieu pour le Cabinet du Roi par M. le duc de la Rochefoucauld , dont le zèle pour le progrès des sciences est fondé sur les gran des connoissances qu’il a acquises dans tous les genres. Il a trouvé ce beau morceau en visitant, avec M. Desmarest, de l’Académie des Sciences, les campagnes aux environs de Rome. Cette défense étoit divisée en cinq fragmens, que M. le duc de la Rochefoucauld fil recueillir : l’un de ces fragmens fut soustrait par le crocheteur qui en étoit chargé , et il n’en est resté que quatre , lesquels ont environ huit pouces de diamètre ; en les rapprochant , ils forment une
longueur de sept pieds ; et nous savons , par M. Desmarest , que le cinquième fragment, qui a été perdu, avoit près de 3 pieds : ainsi l’on peut assurer que la défense entière devoit avoir environ x o pieds de longueur. En examinant les cassures , nous y avons reconnu tous les caractères de l’ivoire de l’éléphant; seulement cet ivoire, altéré
{>ar un long séjour dans la terre, est devenu éger et friable comme les autres ivoires fossiles.
M. Tozzetti , savant naturaliste d’Italie , rapporte qu’on a trouvé, dans les vallées de l’Arno , des os d’éléphans et d’autres animaux terrestres en grande quantité, et épars çà et là dans les couches de la terre, et il dit qu’on peut conjecturer que les éléphans étoient anciennement des animaux indigènes à l’Europe , et surtout à la Toscane.
(Extrait d’une lettre du docteur Tozzetti. Journal étranger, mois de décembre 17 55. ) « On trouva, dit M. Cohellini, vers la fin du mois de novembre 1759, dans un bien de campagne appartenant au marquis de Petrella, et situé à Fusigliano dans le territoire de Cortone, un morceau d’os d’éléphant incrusté, en grande partie, d’une matière pierreuse Ce n’est pas d’au-
jourd’hui qu’on a trouvé de pareils os fossiles dans nos environs.
« Dans le cabinet de M. Galeotto Corrazzi, il y a un autre grand morceau de défense d’éléphant pétrifié, et trouvé, ces dernières années , dans les environs de Cortone , au lieu appelé la Selva.... Ayant comparé ces fragmens d’os avec un morceau de défense d’éléphant venu depuis peu d’Asie, on a trouvé qu’il y avoit entre eux une ressemblance parfaite.
« M. l’abbé Mearini m’apporta, au mois d’avril dernier , une mâchoire entière d’éléphant qu’il avoit trouvée dans le district de Farneta, village de ce diocèse. Cette mâchoire est pétrifiée en grande partie , et surtout des deux côtés, où l’incrustation pierreuse s’élève à la hauteur d’un pouce et a toute la dureté de la pierre.
« Je dois enfin à M. Muzio Angelieri Alticozzi , gentilhomme de cette ville , un fémur presque entier d’éléphant , qu’il a découvert lui même dans un de ses biens de carnpajrne appelé la Rota , situé dans le territoire de Cortone. Cet os, qui est long d’une brasse de Florence, est aussi pétrifié , surtout dans l’extrémité supérieure qu’on appelle la tète. . . »(LettredeM. Louis Coltellini , de Cortone. Journal étranger , mois de juillet 1761,)
DE LA NATURE
{Sur la page Si.)
La connoissance de toutes les pélrifica tions dont on ne trouve plus les analogue vivans, supposeroit une étude longue et um comparaison réfléchie de toutes les espèce de pétrifications qu’on a trouvées jusqu’ j présent dans le sein de la terre, et cett science n’est pas fort avancée; cependan nous sommes assurés qu’il y a plusieurs di ces espèces , telles que les cornes d’ammon les orthocératites , les pierres lenticulaire ou numismales , les bélemnites, les pierre judaïques , les anthropomorphites , etc.
qu’on ne peut rapporter à aucune espèce ax tuellement subsistante. Nous avons vu de cornes d’ammon pétrifiées de deux et troi pieds de diamètre, et nous avons été assurés par des témoins dignes de foi, qu'011 en trouvé une en Champagne plus grande qu’un meulede moulin, puisqu’elle avoit 8 pieds dj diamètre sur un pied d’épaisseur : on mïj même offert dans le temps de me l’envoye* mais l’énormité de poids de cette masse qui est d’environ huit milliers, et la grandi
distance de Paris, m’ont empêché d’accep
ter cette offre. On ne connoît pas plus l espèces d’animaux auxquels ont apparier les dépouilles dont nous venons d’indiqui les noms; mais ces exemples, et plusieui autres que je pourrois citer , suffisent pot prouver qu’il existoit autrefois dans la m plusieurs espèces de coquillages et de cru tacés qui ne subsistent plus. Il en est 1 même de quelques poissons à écailles :
plupart de ceux, qu’on trouve dans les a doises et dans certains schistes , ne resseï blent pas assez aux poissons qui nous so connus pour qu’on puisse dire qu’ils sont telle ou telle espèce; ceux qui sont au Ca net du Roi, parfaitement conservés dans c masses de pierre, ne peuvent de même rapporter précisément à nos espèces cc nues : il paroît donc que , dans tous les gx res , la mer a autrefois nourri des anima dont les espèces n’existent plus.
Mais, comme nous l’avons dit, nous r vons jusqu’à présent qu’un seul exem d’une espèce perdue dans les animaux t restres, et il paroît quec’étoit lapins grai de toutes , sans même en excepter l’élépha Et puisque les exemples des espèces perd dans les animaux terrestres sont bien | rares que dans les animaux marins, cela semble-t-il pas prouver encore que la i mation des premiers est postérieure à c des derniers ?
PREMIÈRE ÉPOQUE
Lorsque la terre et les planètes ont pris leur forme
Datts ce premier temps où la terre en filon , tournant sur elle-même, a pris sa forme 't s’est élevée sur l'équateur en s’abaissant nus les pôles , les autres planètes étoient lans le même état de liquéfaction, puisqu’en Mimant sur elles-mêmes , elles ont pris , jimme la terre, une forme renflée sur leur juateur et aplatie sous leurs pôles, et que î renflement et cette dépression sont proartionnels à la vitesse de leur rotation. Le l|obe de Jupiter nous en fournit la preuve : bmme il tourne beaucoup plus vite que elui de la terre , il est en conséquence bien lus élevé sur son équateur, et plus abaissé pus ses pôles ; car les observations nous emon! rent que les deux diamètres de cette jlanète diffèrent de plus d’un treizième , lindis que ceux de la terre ne diffèrent que fune deux cent trentième partie : elles nous lontrent aussi que dans Mars , qui tourne rès d’une fois moins vite que la terre , celte ifférence entre les deux diamètres n’est pas sez sensible pour être mesurée par les asonomes , et que dans la lune , dont le mouhment de rotation est encore bien plus lent, s deux diamètres paroissent égaux. La visse de la rotation des planètes est donc la I ulè cause de leur renflement sur l’équalur ; et ce renflement, qui s’est fait en lême temps que leur aplatissement sous les pies, suppose une fluidité entière dans toute 1 masse de ces globes, c’est-à-dire un état h liquéfaction causé par le feu '.
D’ailleurs toutes les planètes circulant auur du soleil dans le même sens et presque ans le même plan , elles paroissent avoir |é mises en mouvement par une impulsion immune et dans un même temps; leur jjouvement de circulation et leur mouveent de rotation sont contemporains, aussi en que leur état de fusion ou de liquéfac- Jjrm par le feu , et ces mouvemens ont néssairemcnt été précédés par l’impulsion û les a produits.
Dans celles des planètes dont la masse a
ji. Voyez la Théorie de la terre, article de la For* I stion des planètes ,
été frappée le plus obliquement, le mouvement de rotation a élé le plus rapide, et, par celle rapidité de rotation, les premiers effets de la force centrifuge ont excédé ceux de la pesanteur : en conséquence il s’est fait dans ces masses liquides une séparation et une projection de parties à leur équateur, où cette force centrifuge est la plus grande, lesquelles parties séparées et chassées par cette force ont formé des niasses concomitantes , et sont devenues des satellites qui ont dû circuler et qui circulent en effet tous dans le plan de l’équateur de la planète dont ils ont été séparés par cette cause. Les satellites des planètes se sont donc formés aux dépens de la matière de leur planète principale, comme les planètes elles-mêmes paroissent s’être formées aux dépens de la masse du soleil. Ainsi le temps de la formation des satellites est le même que celui du commencement de la rotation des planètes : c’est le moment où la matière qui les compose venoil de se rassembler, et ne formoit encore que des globes liquides, état dans lequel cette matière en liquéfaction pouvoit en être séparée et projetée fort aisément ; car, dès que la surface de ces globes eut commencé à prendre un peu de consistance et de rigidité par le refroidissement , la matière , quoique animée de la même force centrifuge , étant retenue par celle de la cohésion, ne pouvoit plus être séparée ni projetée hors de la planète par ce même mouvement de rotation.
Comme nous ne connoissons dans la nature aucune cause de chaleur, aucun feu que celui du soleil, qui ait pu fondre ou tenir en liquéfaction la matière de la terre et des planètes , il me paroît qu’en se refusant à croire que les plauètes sont issues et sorties du soleil on seroit au moins forcé de supposer qu’elles ont été exposées de trèsprès aux ardeurs de cet astre de feu pour pouvoir être liquéfiées. Mais cette supposition ne seroit pas encore suffisante pour expliquer l’effet , et lomberoit d elle-même par une circonstance nécessaire, c’est qu’il faut du temps pour que le feu , quelque violent
DES EPOQUES DE LÀ NATURE
qu’il soit, pénètre les matières solides qui lui sont exposées, et un très-long temps pour les liquéfier. On a vu, parles expériences qui précèdent, que pour échauffer un corps jusqu’au degré de fusion il faut au moins la quinzième partie du temps qu’il faut pour le refroidir , et qu’attendu les grands volumes de la terre et des autres planètes il seroit de toute nécessité qu’elles eussent été pendant plusieurs milliers d’années stationnaires auprès du soleil pour recevoir, le degré de chaleur nécessaire à la liquéfaction : or il est sans exemple dans l’univers qu’aucun corps, aucune planète, aucune .comète, demeure stationnaire auprès du soleil, même pour un instant; au contraire, plus les comètes en approchent, et plus leur mouvement est rapide : le temps de leur périhélie est extrêmement court, et le feu de cet astre, en brûlant la surface, n’a pas le temps de pénétrer la masse des cometes qui s’en approchent le plus.
Ainsi tout concourt à prouver qu’il n’a pas suffi que la terre et les planètes aient passé , comme certaines comètes , dans le voisinage du soleil, pour que leur liquéfaction ait pu s’y opérer; nous devons donc présumer que cette matière des planètes a autrefois appartenu au corps même du soleil, et en a été séparée, comme nous l’avons dit , par une seule et môme impulsion : car les comètes qui approchent le plus du soleil ne nous pré entent que le premier degré des grands effets de la chaleur; elles paroissent précédées d’une vapeur enflammée lorsqu’elles s’approchent , et suivies d une semblable vapeur lorsqu’elles s’éloignent de cet astre. Ain i une partie de la matière superficielle de la comète s’étend autour d'elle, et se présente à nos yeux en forme de vapeurs lumineuses qui se trouvent dans un état d’expansion et de volatilité causé par le feu du soleil : mais le noyau, c’est-à-dire le corps même de la comète, ne parent pas être profondément pénétré par le feu , puisqu’il n’est pas lumineux par -lui-même, comme le seroit néanmoins toute masse de fer, de verre, ou d’autre matière solide intimement pénétrée par cet élément; par conséquent il paraît nécessaire que la matière de la terre et des planètes, qui a été daus un état de liquéfaction, appartienne au corps même du soleil , et qu’elle fasse partie des matières en fusion qui constituent la masse de cet astre de feu.
Les planètes ont reçu leur mouvement par une seule et même impulsion , puisqu’elles circulent toutes dans le même sens et pres-
que dans le même plan; les cometes, ai contraire , qui circulent comme les planète autour du soleil, mais dans des sens et de plans différais , paraissent avoir été mise en mouvement par des impulsions différai tes. On doit donc rapporter à une seul époque le mouvement des planètes, au liet que celui des comètes pourrait avoir ét donné en différens temps. Ainsi rien ne peu nous éclairer sur l’origine du mouvemen des comètes; mais nous pouvons raisonne sur celui des planètes, parce qu’elles ont en tre elles des rapports communs qui indiquer assez clairement quelles ont été mises e mouvement par une seule et même ïm pu] sion. ïl est donc permis de chercher dans 1 nature la cause qui a pu produire cett grande impulsion, au lieu que nous ne pou . vons guère former de raisonnemens ni mèm, faire des recherches sur les causes du moi; vemeut d’impulsion des comètes.
Rassemblant seulement les rapports fug!.
tifs et les légers indices qui peuvent foui i nir quelques conjectures, on pourrait inn giner, pour satisfaire, quoique très-impai j failement, à la curiosité de l'esprit, qi i les cometes de notre système solaire ont él< formées par l’explosion d’une étoile fixe c j d’un soleil voisin du nôtre, dont toutes II I parties dispersées, n’ayant plus de centi ou de foyer commun, auront été forcées d’d béir à la force attractive de notre soleil | qui dès lors sera devenu le pivot et le foyr.j de toutes nos comètes. Nous et nos nevei ; n’en dirons pas davantage jusqu’à ce qui j par des observations ultérieures, on pa 1 vienne à reçonnoître quelque rapport con 1 mua dans le mouvement d’impulsion d ; comètes; car, comme nous ne conn isso : rien que par comparaison , des que tn rapport nous manque, et qu’aucune anal gie ne se présente, toute lumière fuit, 1 non seulement notre raison , mais même n | tre imagination , se trouve en défaut. Ausj j m’étant abstenu ci-devant de former d conjectures sur la cause du mouvemé* d’impulsion des comètes, j’ai cru devoir rtij sonner sur celle de l’impulsion des plan j tes; et j’ai mis en avant, non pas comr j un fait réel et certain, mais seulement comr i une chose possible, que la matière des pl i nètes a été projetée hors du soleil par I choc d’une comète. Cette hypothèse est fo i dée sur ce qu’il n’y a dans la nature auct j corps en mouvement , sinon les comète qui puisse ou ait pu communiquer un au grand mouvement à d’aussi grandes niasse j{ et en même temps sur ce que les comètes a