Voy ez les jdMitions de Buffon , page m
SECONDE
dont les plus hauts sommets sont dans la contrée du Pérou, et se rabaissent à peu près également vers le nord et vers le midi : c’est donc sous l’équateur même que se trouvent les parties les plus élevées de celte chaîne primitive des plus hautes montagnes du monde; et nous observerons, comme chose remarquable, que de ce point de l’équateur elles vont en se rabaissant à peu près égaement vers le nord et vers le midi , et aussi pi’elles arrivent à peu près à la même distance , c’est-à-dire à quinze cents lieues de iliaque côté de l’équateur; en sorte qu’il ne •este à chaque extrémité de cette chaîne de nontagnes qu’environ 3o degrés, c’est-à-dire ept cent cinquante lieues de mer ou de terre nconnue vers le pôle austral , et un égal esiace dont on a reconnu quelques côtes vers e pôle boréal. Cette chaîne n’est pas précilément sous le même méridien , et ne forme >as une ligne droite ; elle se courbe d’abord rers l’est, depuis Baîdivia jusqu’à Lima, et a plus grande déviation se trouve sous le ropique du Capricorne ; ensuite elle avance ers l’ouest , retourne à l’est , auprès de Po- >ayan , et de là se courbe fortement vers 'ouest, depuis Panama jusqu’à Mexico; après [uoi elle retourne vers l’est, depuis Mexico iisqu’à son "extrémité , qui est à 3o degrés Lu pôle, et qui aboutit à peu près aux îles écouvertes par de Fonte. En considérant la ituation de cette longue suite de montagnes, n doit observer encore , comme chose trèsemarquable, qu’elles sont toutes bien plus oisines des mers de l’Occident que de cel- 3S de l’Orient. 2° Les montagnes d’Afrique, ont la chaîne principale, appelée par quelques auteurs L'épine du monde, est aussi fort levée, et s’étend du sud au nord, comme elle des Cordillères en Amérique. Cette haîne, qui forme en effet l’épine du dos e l’Afrique, commence au cap de Bonne- Lspérance, et court presque sous le même îéridien jusqu’à la mer Méditerranée, visvis la pointe de la Morée. Nous observépns encore , comme chose très-remarqua-
!le , que le milieu de celte grande chaîne de mntagnes, longue d’environ quinze cents eues, se trouve précisément sous l’équajur, comme le point milieu des Cordilièîs ; en sorte qu’on ne peut guère douter ue les parties les plus élevées des grandes tiaînes de montagnes en Afrique et en Améque ne se trouvent également sous l’équa-
« mr' ....
Dans ces deux parties du monde, dont
équateur traverse assez exactement les con- Inens , les principales montagnes sont donc
dirigées du sud au nord ; mais elles jettent des branches très-considérables vers l’orient et vers l occident. L’Afrique est traversée de l’est à l’ouest par une longue suite de montagnes, depuis le cap Guardafui jusqu’au îles du cap Vert ; le mont Atlas la coupe aussi d’orient en occident. En Amérique, un premier rameau des CordilièreS traverse les terres Magellaniques de l’est à l’ouest; un autre s’étend à peu près dans la même direction au Paraguay et dans toute la largeur du Brésil ; quelques autres branches s’étendent depuis Popayan dans la Terre-Ferme, et jusque dans la Guiane : enfin, si nous suivons toujours cette grande chaîne de montagnes, il nous paroîirà que la péninsule d’Yucatan, les îles de Cuba, de la Jamaïque, de Saint-Domingue, Porto-Rico, et tontes les Antilles, n’en sont qu’une branche, qui s’étend du sud au nord, depuis Cuba et la pointe de la Floride , jusqu’aux lacs du Canada , et de là court de l’est à l’ouest pour rejoindre l’extrémité des Cordillères, au delà des lacs Sioux. 3° Dans le grand continent de l’Europe et de l’Asie, qui non seulement n’est pas, comme ceux de l’ Amérique et de l’Afrique, traversé par l’équateur, mais en est même fort éloigné , les chaînes des principales montagnes, au lieu d’être dirigées du sud au nord, le sont d’occident en orient. La plus longue de ces chaînes commence au fond de l’Espagne , gagne les Pyrénées , s’étend en France par l’Auvergne et le Vivarais , passe ensuite par les Alpes, en Allemagne, en Grèce, en Crimée, et atteint le Caucase, le Taurus, l’Imaus, qui environnent la Perse, Cachemire , et le Mogol au nord, jusqu’au Tliibet, d’où elle s’élend dans la Tartarie chinoise , et arrive vis à -vis la terre d’Yeço. Les principales branches que jette celte chaîne principale sont dirigées du nord au sud en Arabie , jusqu’au détroit de la mer Rouge ; dans l’Indostan , jusqu’au cap Coinorin; du Thibet, jusqu’à la pointe de Malaca. Ces branches ne laissent pas de former des suiles de montagnes particulières dont les sommets sont fort élevés, D’autre côté, cette chaîne principale jette du sud au nord quelques rameaux, qui s’étendent depuis les Alpes du Tyrol jusqu’en Pologne ; ensuite, depuis le mont Caucase jusqu’en Moscovie, et depuis Cachemire jusqu’en Sibérie; et ces rameaux, qui sont du sud au nord de la chaîne principale, ne présentent pas des montagnes aussi élevées que celles des branches de cette même chaîne qui s’étendent du nord au sud.
Voilà donc , à peu près , la topographie
ïo8 DES EPOQUES DE LA NATURE.
de la surface de la terre, dans le temps de notre seconde époque, immédiatement après la consolidation de la matière. Les hautes montagnes que nous venons de désigner sont les éminences primitives , c’est-à-dire les aspérités produites à la surface du globe au moment qu’il a pris sa consistance; elles doivent leur origine à l’effet du feu, et sont aussi, par cette raison, composées, dans leur intérieur et jusqu’à leurs sommets, de matières vitrescibles : toutes tiennent par leur base à la roche intérieure du globe, qui est de même nature. Plusieurs autres éminences moins élevées ont traversé dans ce même temps et presque en tous sens, la surface de la terre ; et l’on peut assurer que, dans tous les lieux où l’on trouve des montagnes de roc vif ou de toute autre matière solide et vitrescible , leur origine et leur établissement local ne peuvent être attribués qu’à l’action du feu et aux effets de la consolidation, qui ne se fait jamais sans laisser des inégalités sur la superficie de toute masse de matière fondue.
En même temps que ces causes ont produit des éminences et des profondeurs à la surface de la terre , elles ont aussi formé des boursouflures et des cavités à l’intérieur, surtout dans les couches les plus extérieures. Ainsi le globe, dès le temps de cette seconde époque, lorsqu’il eut pris sa consistance, et avant que les eaux y fussent établies, présenloit une surface hérissée de montagnes et sillonnée de vallées : mais toutes les causes subséquentes et postérieures à cette époque ont concouru à combler toutes les profondeurs extérieures , et même les cavités intérieures. Ces causes subséquentes ont aussi altéré presque partout la forme de ces inégalités primitives ; celles qui ne s’élevoient qu’à une hauteur médiocre ont été, pour la plupart, recouvertes dans la suite par les sédimens des eaux , et toutes ont été environnées à leurs bases jusqu’à de grandes hauteurs de ces mêmes sédimens. C’est par cette raison que nous n’avons d’autres témoins appareils de la première forme de la surface de la terre que les montagnes composées de matières vitrescibles dont nous venons de faire rémunération : cependant ces témoins sont sûrs et suffisans ; car, comme les plus hauts sommets de ces premières montagnes n’ont peut-être jamais été surmontés par les eaux , ou du moins qu’ils 11e l’ont été que pendant un petit temps , attendu qu’on n’y trouve aucun débris des productions marines, et qu’ils ne sont composés que de matières vitrescibles , on ne
peut pas douter qu’ils 11e doivent leur origine au feu , et que ces éminences , ainsi que la roche intérieure du globe, ne fassent ensemble un corps continu de même nature , c’est-à-dire de matières vitrescibles, dont la formation a précédé celle de toutes les autres matières.
En tranchant le globe par l’équateur , et comparant les deux hémisphères, on voit que celui de nos continens contient à pro-, portion beaucoup plus de terres que l’autre; car l’Asie seule est plus grande que les parties de l’Amérique, de l’Afrique , de la Nouvelle-Hollande , et de tout ce qu’on a découvert de terres au delà. Il y avoit donc moins d’éminences et d’aspérités sur l’hémisphère austral que sur le boréal, dès le temps même de la consolidation de la terre ; et si l’or considère pour un instant ce gisement gé néral des terres et des mers, on reconnoî tra que tous les continens vont en se rétré cissant du côté du midi, et qu’au contraire toutes les mers vont en s’élargissant vers ce même côté du midi. La pointe étroite dd l’Amérique méridionale, celle de Californie 1 celle du Groenland , la pointe de l’Afrique j celle des deux presqu’îles de l’Inde , et enfii ! celle de la Nouvelle-Hollande , démontren j évidemment ce rétrécissement des terres e j cet élargissement des mers vers les région australes. Cela semble indiquer que la suri face du globe a eu originairement de plu î profondes vallées dans 1 hémisphère austral et des éminences en plus grand nombre dam, l’hémisphère boréal. Nous tirerons bientc i quelques inductions de cette disposition gé jj nérale des continens et des mers.
La terre, avant d’avoir reçu les eaux J] étoit donc irrégulièrement hérissée d’aspé, rités, de profondeurs, et d’inégalités serij! blables à celles que nous voyons sur un bld de métal ou de verre fondu ; elle avoit d même des boursouflures et des cavités intil Heures, dont l’origine, comme celle des iné| galités extérieures, ne doit être attribué! qu’aux effets de la consolidation. Les pli ; grandes éminences, profondeurs extérieure j et cavités intérieures , se sont trouvées d< j lors, et se trouvent encore aujourd’hui soi, l’équateur entre les deux tropiques , parut que cette zone de la surface du globe est dernière qui s’est consolidée, et que c’e dans cette zone où le mouvement de rot j tion étant le plus rapide , il aura produit 1 plus grands effets ; la matière en fusion s j étant élevée plus que partout ailleurs, et s’ , tant refroidie la dernière , il a dû s’y forai ! plus d’inégalités que dans toutes les autr
SECONDE
parties du globe où le mouvement de rota- :ion étoit plus lent , et le refroidissement dus prompt. Aussi trouve-t-on sous cette tone les plus hautes montagnes, les mers es plus entrecoupées, semées d’un nombre nfini d’îles , à la vue desquelles on ne peut louter que , dès son origine , cette partie le la terre ne fût la plus irrégulière et la noins solide de toutes.
Et quoique la matière en fusion ait dû ar- ‘iver également des deux pôles pour renfler ’équaleur, il paroîl, en comparant les deux îémisphères , que notre pôle en a un peu noins fourni que l’autre, puisqu’il y a beaucoup plus de terres et moins de mers depuis e tropique du Cancer au pôle boréal, et ju’au contraire il y a beaucoup plus de mers et moins de terres depuis celui du Capricorne à l’autre pôle. Les plus profondes valées se sont donc formées dans les zones froides et tempérées de l’hémisphère austral, et les terres les plus solides et les plus élevées se sont trouvées dans celles de l'hémisphère septentrional.
Le globe étoit alors , comme il l’est encore Aujourd’hui, renflé sur l’équateur, d’une épaisseur de près de six lieues un quart ; nais les couches superficielles de celte épaisseur y étoient, à l’intérieur, semées de cavités , et coupées à l’extérieur d’éminences et de profondeurs plus grandes que partout lilleurs : le reste du globe étoit sillonné et «traversé en différens sens par des aspérités
■toujours moins élevées à mesure qu’elles apbrochoient des pôles ; toutes n’étoient composées que de la même matière fondue dont I est aussi composée la roche intérieure du ?!obe ; toutes doivent leur origine à l’action bllu feu primitif et à la vitrification générale, i [Ainsi la surface de la terre , avant l’arrivée ■les eaux, ne présentoit que ces premières ('aspérités qui forment encore aujourd’hui fies noyaux de nos plus hautes montagnes; ■ celles qui étoient moins élevées ayant été ! jlans la suite recouvertes par les sédirnens ■ les eaux et par les débris des productions pe la mer, elles ne nous sont pas aussi évidemment connues que les premières : on trouve souvent des bancs calcaires au des- |us des rochers de granité, de roc vif, et des autres masses de matières vitrescibles; nais l’on ne voit pas de masses de roc vif lui dessus des bancs calcaires. Nous pouvons Iponc assurer, sans craindre de nous tromper, que la roche du globe est continue avec «foutes les éminences hautes et basses qui se fl 'trouvent être de la même nature , c’est-àdire de matières vitrescibles ; ces éminences
ÉPOQUE. tog
font masse avec le solide du globe ; elles n’en sont que de très-petits proîongemens , dont les moins élevés ont ensuite été recouverts par les scories du verre , les sables , les argiles , et tous les débris des productions de la mer amenés et déposés par les eaux dans les temps subséquens, qui font l’objet de notre troisième époque.
ADDITIONS DE BUEFON.
(Sur la page io4.)
« Les veines métalliques , dit M. Eller , se trouvent seulement dans les endroits élevés, en une longue suite de montagnes; cette chaîne de montagnes suppose toujours pour son soutien une base de roche dure. Tant que ce roc conserve sa continuité, il n’y a guère apparence qu’on y découvre quelques fdons métalliques; mais, quand on rencontre des crevasses ou des fentes , on espère d’en découvrir. Les physiciens minéralogistes ont remarqué qu’en Allemagne la situation la plus favorable est lorsque la chaîne de montagnes s’élevant petit a petit, se dirige vers le sud-est , et qu’ayant atteint sa plus grande élévation elle descend insensiblement vers le nord-ouest.
« C’est ordinairement un roc sauvage , dont l’étendue est quelquefois presque sans bornes, mais qui est fendu et entrouvert en divers endroits , qui contient les métaux quelquefois purs , mais presque toujours minéralisés ; ces fentes sont tapissées pour l’ordinaire d’une terre blanche et luisante, que les -mineurs appellent quartz , et qu’ils nomment spath lorsque cette terre est plus pesante, mais mollasse et feuilletée à peu près comme le talc : elle est enveloppée en dehors, vers le roc, de l’espèce de limon qui paroît fournir la nourriture à ces terres quartzeuses ou spatheuses ; ces deux enveloppes sont comme la gaine ou l’étui du filon ; plus il est perpendiculaire , et plus on doit .en espérer ; et toutes les fois que les mineurs voient que le filon est perpendiculaire , ils disent qu’il va s’ennoblir.
« Les métaux sont formés dans toutes ces fentes et cavernes par une évaporation continuelle et assez violente ; les vapeurs des mines démontrent cette évaporation encore subsistante ; les fentes qui n’en exhalent point sont ordinairement stériles; la marque la plus sûre que les vapeurs exhalantes portent des atomes ou des molécules minérales , et qu’elles les appliquent partout aux parois
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
des crevasses du roc , c’est cette incruslation successive qu’on remarque dans toute la circonférence de ces fentes ou de ces creux de roches , jusqu’à ce que la capacité en soit entièrement remplie et le filon solidement formé; ce qui est encore confirmé par les outils qu’on oublie dans les creux , et qu’on retrouve ensuite couverts et incrustés de la mine, plusieurs années apres.
« Les fentes du roc qui fournissent une veine métallique abondante inclinent toujours ou poussent leur direction vers la perpendiculaire de la terre ; à mesure que les mineurs descendent, ils rencontrent une température d’air toujours plus chaude, et quelquefois des exhalaisons si abondantes et si nuisibles à la respiration , qu’ils se trouvent forcés de se retirer au plus vite vers le puits ou vers la galerie, pour éviter la suffocation, que les parties sulfureuses et arsenicales leur causeroient à l’instant. Le soufre et l’arsenic se trouvent généralement dans toutes les mines des quatre métaux imparfaits et de tous les demi-métaux , et c’est par eux qu’ils sont minéralisés.
« Il n’y a que l’or, et quelquefois l’argent et le cuivre , qui se trouvent natifs en petite quantité; mais, pour l’ordinaire, le cuivre, le fer, le plomb, et l’étain, lorsqu’ils se tirent des filons , sont minéralisés avec le soufre et l’arsenic. On sait, par expérience, que les métaux perdent leur forme métallique à un certain degré de chaleur relatif à chaque espèce du métal ; cette destruction de la forme métallique, que subissent les quatre métaux imparfaits, nous apprend q ne la base des métaux est une matière terrestre; et comme ces chaux métalliques se vitrifient à un certain degré de chaleur, ainsi que les terres calcaires, gypseuses, etc., nous ne pouvons pas douter que la terre métallique ne soit du nombre des terres vitrifiables. » (Extrait du Mémoire de M. Eller sur l'origine et la génération des métaux , dans le recueil de l’Académie de Berlin , année 1753.)
(Sur la page 10/j.)
M. Lehman , célèbre chimiste, est le seul qui ait soupçonné une double origine aux mines métalliques ; il distingue judicieusement les mo itagnes à filons des montagnes à couches. «L’or et l’argent, dit-il , ne se trouvent en masse que dans les montagnes à filons; le fer ne se trouve guère que dans les montagnes à couches : tous les morceaux ou peti:es parcelles d’or et d’argent qu’on trouve dans les montagnes à couches n’y
sont que répandus , et ont été détachés des filons qui sont dans les montagnes supérieures et voisines de ces couches.
« L’or n’est jamais minéralisé ; il se trouve toujours natif ou vierge, c’est-à-dire tout formé dans sa matrice, quoique souvent il y soit répandu en particules si déliées, qu’on chercheroit vainement à le reeonnoître, même avec les meilleurs microscopes. On ne trouve point d’or dans les montagnes à cou- , elles; il est aussi assez rare qu’on y trouve de l’argent; ces deux métaux appartiennent de préférence aux montagnes à filons ; on a néanmoins trouvé quelquefois de l’argent en petits feuillets ou sous la forme de cheveux dans de l’ardoise ; il est moins rai e de trouver du cuivre natif sur de l’ardoise , et communément ce cuivre natif est aussi en forme de filets ou de cheveux.
« Les mines de fer se reproduisent peu d’années après avoir été fouillées ; elles ne j se trouvent point dans les montagnes à filons, mais dans les montagnes à couches:; on n’a point encore trouvé de fer natif dans les montagnes à couches, ou du moins c’est une chose très-rare.
« Quant a l’étain natif , il n’en existe point qui ait été produit par la nature sans le se- ! cours du feu; et la chose est aussi très-douteuse pour le plomb , quoiqu’on prétende que les grains de plomb de Massel en Si- | lésie sont de plomb natif.
« On trouve le mercure vierge et coulant dans les couches de terre argileuses et gras- 1 ses ou dans les ardoises.
« Les mines d’argent qui se trouvent dans les ardoises ne sont pas , à beaucoup pi es , j aussi riches que celles qui se trouvent dans ! les montagnes à filons : ce métal ne se trouve guère qu’en particules déliées , en filets, ou en végétations, dans ces couches d’ardoises ou de schistes, mais jamais en grosses mi- j nés ; et encore faut-il que ces couches d’ar- | doises soient voisines des montagnes à filons. ’ Toutes les mines d’argent qui se trouvent dans les couches ne sont pas sous une forme solide et compacte ; toutes les autres mines qui contiennent de l’argent en abondance se trouvent dans les montagnes à filons. Le cuivre se trouve abondamment dans les couches d’ardoises, et quelquefois aussi dans les charbons de terre.
« L’étain est le métal qui se trouve le plus rarement répandu dans les couches. Le plomb s’y trouve plus communément : on en rencontre sous la forme de galène , attaché aux ardoises ; mais on n’en trouve que très rarement avec les charbons de terre.
SECONDE
Le fer est presque universellement répandu, et se trouve dans les couches sous un grand nombre de formes différentes.
« Le cinabre, le cobalt , le bismuth , et la calamine se trouvent aussi assez communément dans les couches. » (Lehman, tome III, pages 38 1 et suiv.)
« Les charbons de terre , le jayet , le succin , la lerre alumineuse, ont été produits par des végétaux, et surtout par des arbres résineux qui ont été ensevelis dans le sein de la terre, et qui ont souffert une décomposition plus ou moins grande ; car on trouve, au dessus des mines de charbon de terre , très-souvent du bois qui n’est point du tout décomposé, et qui l’est davantage à mesure qu’il est plus enfoncé en terre. L’ardoise, qui sert de toit ou de couverture au charbon, est souvent remplie des empreintes de plantes qui accompagnent ordinairement des forets, telles que les fougères, les capillaires, etc. Ce qu’il y a de remarquable , c’est que ces plantes dont ou troure les empreintes sont toutes étrangères , et les bois paraissent aussi des bois étrangers. Le Sjuccin, qu’on doit regarder comme une résine végétale, renferme souvent des insectes qui , considéi és attentivement , n’appartiennent point au climat où on les rencontre présentement : enfin la terre alumineuse est souvent feuilletée, et ressemble à du bois, tantôt plus, tantôt moins décomposé. »{lbid., ibid.)
«Le soufre, l’alun, le sel ammoniac, se trouvent dans les couches formées par les volcans.
« Le pétrole, le naphie, indiquent un feu actuellement allumé sous la terre, qui met, pour ainsi dire, le charbon de terre en distillation : on a des exemples de ces embrasemens souterrains , qui n’agissent qu’en silence dans les mines de charbon de terre , en Angleterre et en Allemagne , lesquelles brûlent depuis très-Iong-temps sans explosion ; et c’est dans le voisinage de ces embra- ,semens souterrains qu’on trouve les eaux chaudes thermales.
« Les montagnes qui contiennent des liions ne renferment point de charbon de terre, ni des substances bitumineuses et combustibles ; ces substances ne se trouvent jamais que dans les montagnes à couches. » {Note sur Lehman , par M. le baron d’Holbach, t. III, p. 435.)
{Sur la page xo6.)
Je citerai pour exemple la mine de fer
EPOQUE. ni
près de Taberg en Smoland , partie de l’île» de Gothland en Suède : c’est l’une des plus remarquables de ces mines ou plutôt de ces montagnes de fer, qui toutes ont la propriété de céder à l’attraction de l’aimant, ce qui prouve quelles ont été formées par le feu. Cette montagne est dans un soi de sable extrêmement fin; sa hauteur est de plus de 400 pieds, et son circuit d’une lieue : elle est en entier composée d’une matière ferrugineuse très-riche, et l’on y trouve même du fer natif; autre preuve qu’elle a éprouvé l’action d’un feu violent. Cette mine étant brisée montre à sa fracture de petites parties brillantes, qui tantôt se croisent et tantôt sont disposées par écailles : les petits rochers les plus voisins sont de roc pur ( saxo puro). On travaille à cette mine depuis environ deux cents ans; on se sert pour l’exploiter de poudre à canon, et la montagne paroît fort peu diminuée, excepté dans les puits qui sont au pied du côté du vallon.
Il paroît que cette mine n’a point de lits réguliers; le fer n’y est point non plus partout de la même bonté. Toute la montagne a beaucoup de fentes, tantôt perpendiculaires et tantôt horizontales : elles sont toutes remplies de sable qui ne contient aucun fer; ce sable est aussi pur çt de même espèce que celui des bords de la mer : on trouve quelquefois dans ce sable des os d’animaux et des cornes de cerf ; ce qui prouve qu’il a été amené par les eaux, et que ce n’est qu’après la formation de la montagne de fer par le feu que les sables en ont rempli les crevasses et les fentes perpendiculaires et horizontales.
Les masses de mine que l’on tire tombent aussitôt au pied de la montagne , au lieu que, dans les autres mines, il faut souvent tirer le minéral des entrailles de la terre ; on doit concasser et griller cette mine avant de la mettre au fourneau , où on la fond avec la pierre calcaire et du charbon de bois.
dette colline de fer est située dans un endroit montagneux fort élevé, éloigné de la mer de près de 80 lieues : il paroît qu’elle étoit autrefois entièrement couverte de sable. (Extrait d’un article de l’ouvrage périodique qui a pour titre : Nordisclie Beytragc , etc. Contribution du Nord pour les progrès de la physitp/e , des sciences , et des artà. A Alione , chez David Ifers , 1 756.)
{Sur la page 10C.)
On vient de voir, par l’exemple cité dans la note précédente, que la montagne de 1er
DES EPOQUES DE LA NATURE
de Taberg s’élève de plus de 400 pieds au dessus de la surface de la terre. M. Gmelin, dans son Voyage en Sibérie, assure que, dans les contrées septentrionales de l’Asie , presque toutes les mines des métaux se trouvent à la surface de la terre , tandis que dans les autres pays elles se trouvent profondément ensevelies dans son intérieur. Si ce fait étoil généralement vrai , ce seroit une nouvelle preuve que les métaux ont été formés par le feu primitif, et que le globe de la terre ayant moins d’épaisseur dans les parties septentrionales , ils s’y sont formés plus près de la surface que dans les contrées méridionales.
Le même M. Gmelin a visité la grande montagne d’aimant qui se trouve en Sibérie, chez les Baschkirs : cette montagne est divisée en huit parties, séparées par des vallons : la septième de ces parties produit le meilleur aimant ; le sommet de cette portion de montagne est formé d’une pierre jaunâtre, qui paroît tenir de la nature du jaspe. G11 y trouve des pierres que l’on prendroit de loin pour du grès, qui pèsent deux mille cinq cents ou trois milliers, mais qui ont toutes la vertu de l’aimant. Quoiqu’elles soient couvertes de mousse , elles ne laissent pas d’attirer le fer et l’acier, à la distance de plus d’un pouce : les côtés exposes à l’air ont la plus forte vertu magnétique , ceux qui sont enfoncés en terre en ont beaucoup moins : ces parties les plus exposées aux injures de l’air sont moins dures , et par conséquent moins propres à être armées. Un gros quartier d aimant de la grandeur qu’on vient de dire est composé de quantité de petits quartiers d’aimant, qui opèrent en différentes directions. Pour les bien travailler, il faudroit les séparer en les sciant, afin que tout le morceau qui renferme la vertu de chaque aimant particulier conservât son intégrité ; on obtiendroit vraisemblablement de cette façon des aivnans d’une grande force : mais on coupe des morceaux à tout hasard , et il s’en trouve plusieurs qui 11e valent rien du tout, soit parce qu’on travaille un morceau de pierre qui n’a point de vertu magnétique , ou qui n’eu renferme qu’une petite portion, soit que dans un seul morceau il y ait deux ou trois aimans réunis. A la vérité, ces morceaux ont une vertu magnétique ; mais , comme elle n’a pas sa direction vers un même point , il n’est pas étonnant que l’effet d’un pareil aimant soit sujet à bien des variations.
L’aimant de cette montagne, à la réserve de celui qui est exposé à l’air, est d’une
grande dureté, taché de noir, et rempli de tubérosités qui ont de petites parties anguleuses, comme on en voit souvent à la surface de la pierre sanguine , dont il ne diffère que par la couleur ; mais souvent , au lieu de ces parties anguleuses , on ne voit qu’une espèce de terre d’ocre : en général , les aimans qui ont ces petites parties anguleuses ont moins de vertu que les autres. L’endroit de la montagne où sont les aimans est près- 1 que entièrement composé d’une bonne mine de fer, qu’on tire par petits morceaux entre les pierres d’aimant. Toute la section de la montagne la plus élevée renferme une pareille mine ; mais plus elle s’abaisse moins elle contient de métal. Plus bas, au dessous j de la mine d’aimant , il y a d’autres pierres ferrugineuses , mais qui rendoient fort peu de fer, si on vouloit les faire fondre : les morceaux qu’on en tire ont la Couleur de métal, et sont très-lourds; ils sont inégaux en dedans , et ont presque l’air de scories : ces morceaux ressemblent assez par l’extérieur aux pierres d’aimant ; mais ceux qu’on tire à huit brasses au dessus du roc n’ont plus aucune vertu. Entre ces pierres , 011 trouve d’autres morceaux de roc qui paroissent composés de très-petites particules de fer ; la pierre par elle-même est pesante , mais fort molle ; les particules intérieures \ ressemblent à une matière brûlée , et elles j n’ont que peu ou point de vertu magnétique. On trouve aussi de temps en temps un mi- 1 nerai brun de fer dans des couches épaisses : t d’un pouce; mais il rend peu de métal. (Extrait de X Histoire générale des voyages , I tome XVIII, pages 141 et suiv.)
Il y a plusieurs autres mines d’aimant eu ' Sibérie dans les monts Poïas. A xo lieues j de la route qui mène de Catherinbourg à k Solikamskaia est la montagne de Galazinski; f elle a plus de vingt toises de hauteur, et c’est | entièrement un rocher d’aimant , d’nn brun ! couleur de fer dur et compacte.
A 20 lieues de Solikamskaia on trouve un j aimant cubique et verdâtre ; les cubes en I sont d’un brillant vif : quand on les pulvé- 1 lise , ils se décomposent en paillettes bril- i lantes, couleur de feu. Au reste, on ne i trouve l’aimant que dans les chaînes de mou- 1 tagnes dont la direction est du sud au nord, i (Extrait de X Histoire générale des voyages, \ tome XIX, page 472.)
Dans les terres voisines des confins de la i Laponie , sur les limites de la Bothnie , à j deux lieues de Cokluanda, on voit une mine i de fer dans laquelle on tire des pierres d’ai- ; mant tout-à-fait bonnes. « Nous admirâmes >