SECONDE ÉPOQUE
ivec bien du plaisir, dit le relateur, les effets urprenans de cette pierre, lorsqu’elle est incore dans le lieu natal : il fallut faire >eaucoup de violence pour en tirer des pieres au»si considérables que celles que nous oulions avoir; et le marteau dont on se ervoit, qui étoit de la grosseur de la cuisse, lemeuroit si fixe en tombant sur le ciseau ui étoit dans la pierre , que celui qui fraploit avoit besoin de secours pour le retirer, e voulus éprouver cela moi-même; et ayant
pris une grosse pince de fer, pareille à celle dont on se sert à remuer les corps les plus pesans, et que j’avois de la peine à soutenir, je l’approchai du ciseau, qui l’attira avec une violence extrême, et la soutenoit avec une force inconcevable. Je mis une boussole au milieu du trou où étoit la mine , et l’aiguille tournoit continuellement d’une vitesse incroyable. » ( OEuvres de Regnard, Paris, 1742, tome I, page i85.)
Lorsque les eaux ont couvert nos continens.
A la date de trente ou trente-cinq mille ns de la formation des planètes , la terre :;t* trouvoit assez attiédie pour recevoir les aux sans les rejeter en vapeurs. Le chaos le l’atmosphère avoit commencé de se dé- {rouiller : non seulement les eaux , mais [lûtes les matières volatiles que la trop ’ande chaleur y tenoit reléguées et susendues, tombèrent successivement ; elles implirent toutes les profondeurs , eouvri- ;nt toutes les plaines , tous les intervalles ai se trouvoient entre les éminences de la irface du globe, et même elles surmontè- ;nt toutes celles qui n’étoient pas excessiîmenl élevées. On a des preuves évidentes 11e les mers ont couvert le continent de Europe jusqu’à quinze cents toises du ni- ;au de la mer actuelle, puisqu’on trouve coquilles et d’autres productions marines Us les Alpes et dans les Pyrénées jusqu'à ‘tte même hauteur. On a les mêmes preuves mr les continens de l’Asie et de l’Afrique; même dans celui de l’Amérique , où les ontagnes sont plus élevées qu’en Europe , 1 a trouvé des coquilles marines à plus de pux mille toises de hauteur au dessus du veau de la mer du Sud. U est donc certain xe, dans ces premiers temps, le diamètre 1 globe avoit deux lieues de plus, puisqu’il oit enveloppé d’eau jusqu’à deux mille ises de hauteur. La surface de la terre en inéral étoit donc beaucoup plus élevée x’elle ne l’est aujourd’hui; et, pendant une ngue suite de temps, les mers l’ont recou- :rte en entier, à l’exception peut-être de xelques teiTes très-élevées et des sommets îs hautes montagnes, qui seuls surmon-
Buffon. IL
toient cette mer universelle, dont l’élévation étoit au moins à cette hauteur où l’on cesse de trouver des coquilles : d’où l’on doit inférer que les animaux auxquels ces dépouilles ont appartenu peuvent être regardés comme les premiers habitans du globe; et cette population étoit innombrable, à en juger par l’immense quantité de leurs dépouilles et de leurs détrimens, puisque c’est de ces mêmes dépouilles et de leurs détriments qu’ont été formées toutes les couches des pierres calcaires, des marbres, des craies, et des tufs qui composent nos collines, et qui s’étendent sur de grandes contrées dans toutes les parties de la terre.
Or, dans les commencemens de ce séjour des eaux sur la surface du globe, n’avoient elles pas un degré de chaleur que nos poissons et nos coquillages actuellement existans n’auroient pu supporter? et ne devons nous pas présumer que les premières productions d’une mer encore bouillante étaient différentes de celles qu’elle nous offre aujourd’hui ? Cette grande chaleur ne pouvoit convenir qu’à d’autres natures de coquillages et de poissons ; et par conséquent c’est aux premiers temps de cette époque, c’est à-dire depuis trente jusqu’à quarante mille ans de la formation de la leiTe, que l’on doit rapporter l’existence des espèces perdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivans. Ces premières espèces, maintenant anéanties, ont subsisté pendant les dix ou quinz mille ans qui ont suivi le temps auquel les eaux venoient de s’établir.
Et l’on ne doit point être étonné de ce que j’avance ici, qu’il y a eu des poissons
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et d’autres animaux aquatiques capables de supporter un degré de chaleur beaucoup plus grand que celui de la température actuelle de nos mers méridionales, puisqu'un* core aujourd’hui nous connoissons des espères de poissons et de plantes qui vivent et végètent dans des eaux presque bouillantes, ou du moins chaudes jusqu’à 5o ou 60 degrés du thermomètre
Mais , pour ne pas perdre le fil des grands et nombreux phénomènes que nous avons à exposer, reprenons ces temps antérieurs où les eaux, jusqu’alors réduites en vapeurs, se sont condensées, et ont commencé de tomber sur la terre brûlante, aride, desséchée, crevassée par le leu. Tâchons de nous représenter les prodigieux effets qui ont accompagné et suivi cette chute précipitée des matières volatiles, toutes séparées, combinées, sublimées , dans le temps de la consolidation , et pendant le progrès du premier refroidissement. La séparation de l’élément de l’air et de l’élément de l’eau , le choc des vents et des flots qui lomboient en tourbillons sur une terre fumante; la dépuration de d’atmosphère qu’auparavanl les rayons du soleil ne pouvoient pénétrer; cette même atmosphère obscurcie de nouveau par les nuages d’une épaisse fumée ; la cohobation mille fois répétée , et le bouillonnement continuel des eaux tombées et rejetées alternativement ; enfin la lessive de l’air, par l’abandon d s matières volatiles précédemment sublimées, qui toutes s en séparèrent et descendirent avec plus ou moins de précipitation : quels mouvein-ens, quelles tempêtes ont dû précéder, accompagner, et suivre, l’établissement local de chacun de ces élémens ! et ne devons-nous pas rapporter à ces premiers momens de choc et d’agitation les bouleversemens, les premières dégradations, les irruptions, et les changemens qui ont donné une seconde forme à la plus grande partie de la surface de la terre? Il est aisé de sentir que les eaux qui la couvraient alors presque tout entière, étant continuellement agitées par la rapidité de leur chute, par l’action de la lune sur l’atmosphère et sur les eaux déjà tombées, par la violence des vents, etc., auront obéi à toutes ces impulsions, et que, dans leurs mouvemens , elles auront commencé par sillonner plus à fond les vallées de la terre, par renverser les éminences les moins solides, rabaisser les crêtes des montagnes, percer leurs chaînes dans les points les plus loibles; et qu’après
i. Voyez les Additions de liuffon , p r e i24-
leur établissement ces mêmes eaux se sont ouvert des routes souterraines, qu’elles ont miné les voûtes des cavernes, les ont fait écrouler, et que par conséquent ces mêmes eaux se sout abaissées successivement pour remplir les nouvelles profondeurs quelles venoient de former. Les cavernes étoient l’ouvrage du feu : l’eau, dès sou arrivée, a commencé par les attaquer; elle les a détruites, et continue de les détruire encore. Nous devons donc attribuer l’abaissement des eaux à l’affaissement des cavernes , comme la seule cause qui nous soit démontrée par les faits.
Voilà les premiers effets produits par la masse , par le poids , et par le volume de l’eau; mais elle en a produit d’autres par sa seule qualité : elle a saisi toutes les matières quelle pou voit délayer et dissoudre; elle s’est combinée avec l’air, la terre, et le feu, pour former les acides, les sels, etc, ; elle a converti les scories et les poudres du verre* primitif en argiles; ensuite elle a, par sou mouvement , transporté de place en place ces mêmes scories et toutes les matières qui se trouvoient réduites en petits volumes. Il s’est donc fait dans cette seconde période, depuis trente-cinq jusqu’à cinquante mille ans, un si gra.id changement à la surface du globe, que ia mer universelle, d’abord très-élevée , s’est successivement abaissée j pour remplir les profondeurs occasionées j par l'affaissement des cavernes, dont les voûtes naturelles , sapées ou percées par l’action j et le feu de ce nouvel élément, 11e pouvoient plus soutenir le poids cumulé des terres eji des eaux dont elles étoient chargées. A me- j sure qu il se faisoit quelque grand affaisse- ! ment par la rupture d’une ou de plusieurj cavernes , la surface de la terre se déprimant | en ces endroits , l’eau arrivoit de tonies parti 1 pour remplir cette nouvelle profondeur, el ; par conséquent la hauteur générale des m en ; diminuoit d’autant; en sorte qu’étant dV i bord à deux mille toises d’élévation la mer i a successivement baissé jusqu’au niveau oi ; I nous la voyons aujourd’hui. jjt
On doit présumer que les coquilles et le j i autres productions marines, que l’on trouv ; t à de grandes hauteurs au dessus du niveaij u actuel des mers, sont les espèces les plu m anciennes de la nature; et il serait impor « tant pour l’histoire naturelle de recueillir u: ; u .assez grand nombre- de ces productions d j * -la nier, qui se trouvent à celte plus grand ‘ la <hauteur, et de les comparer avec (elles qi | sont dans les terrains plus bas. Nous sonuut assurés f,ue jes coquilles dont nos colline j
TROISIEME EPOQUE. tt$
i sont composées appartiennent en partie à des espèces inconnues, c’est-à-dire à des espèces doni aucune mer fréquentée ne nous offre les analogues vivaus. Si jamais on fait un recueil de ces pétrifications prises à la plus grande élévation dans les montagnes, on sera peut-être en état de prononcer sur rancienneté plus ou moins grande des espèces relativement aux autres. Tout ce que nous pouvons en dire aujourd’hui c’est que ! quelques-uns des monumeus qui nous déj montrent l’existence de certains animaux terrestres et marins dont nous ne connoissons pas les analogues vivans, nous montrent en même temps que ces animaux étoient beaucoup plus grands qu’aucune espèce du même genre actuellement subsistante. Ces grosses dents molaires à pointes mousses, du poids de onze ou douze livres ; ces cornes ! d’ammon, de sept à huit pieds de diamètre sur un pied d’épaisseur, dont on trouve les moules pétrifiés , sont certainement des êtres gigantesques dans le genre des animaux quadrupèdes et dans celui des coquillages. La nature éloit alors dans sa première force, et travailloit la matière organique et vivante avec une puissance plus active dans une température plus chaude : cette matière organique étoit plus divisée, moins combinée javec d’auires matières, et pouvoit se réunir et se combiner avec elle-même en plus gran- ! des masses , pour se développer en plus I grandes dimensions. Celte cause est suifi- I saute pour rendre raison de toutes les profil ductions gigantesques qui paraissent avoir 1 été fréquentes dans ces premiers âges du 'monde '.
i En fécondant les mers, la nature répandoit aussi les principes de vie sur toutes les
■ terres que l’eau n’avoit pu surmonter, ou fqu’elle avoit promptement abandonnées; et Ices terres, comme les mers, ne pouvoient
■ être peuplées que d’animaux et de végétaux I capables de supporter une chaleur plus Igraude que celle qui convient aujourd’hui à l ia naiure vivante. Nous avons des monumeus I tirés du sein de là "erre, et particulièrement
du fond des minières ,de charbon et d’ardoise, qui nous démontrent que quelques-, luns des poissons et des végétaux que ees matières contiennent 11e sont pas des espèf ces actuellement existantes 2. O11 peut donc ! croire que la population de la mer en animaux n’est pas plus ancienne que celle de la terre en végétaux ; les monumeus et les