Voyez les Addition* de Buffon, page
SIXIÈME
nous avons passé du chaos à la lumière, de l’incandescence du globe à son premier refroidissement, et cetie période de temps a élé de vingt-cinq mille ans. Le second degré de refroidissement a permis la chute des eaux, et a produit la dépuration de l’atmosphère, depuis vingt-cinq à trente-cinq mille ans. Dans la troisième époque s’est fait l’établissement de la mer universelle , la production des premiers coquillages et des premiers végétaux, la construction de la surface de la terre par lits horizontaux, ouvrage de quinze ou vingt autres milliers
I Tannées. Sur la fin de la troisième époque !t au commencement de la quatrième s’est àite la retraite des eaux , les courans de la ner ont creusé nos vallons , et les feux souerrains ont commencé de ravager la terre >ar leurs explosions. Tous ces derniers mou- 'emens ont duré dix mille ans de plus ; et gpn somme totale ces grands événemens, ces ■opérations, et ces constructions supposent iu moins une succession de soixante mille ■années , après quoi la nature , dans son preinier moment de repos , a donné ses productions les plus nobles; la cinquième époque nous présente la naissance des animaux terrestres. Il est vrai que ce repos n’étoit pas ■absolu ; la terre n’étoit pas encore tout-àjait tranquille, puisque ce n’est qu’après la fiiaissance des premiers animaux terrestres pue s'est faite la séparation des continens, et iïue sont arrivés les grands changemens que je viens d’exposer dans cette sixième époque.
IAu reste, j’ai fait ce que j'ai pu pour roportionner dans chacune de ces périodes la durée du temps à la grandeur des outrages; j’ai tâché, d’après mes hypothèses, |e tracer le tableau successif des grandes ■évolutions de la nature , sans néanmoins * voir prétendu la saisir à son origine, et enflore moins l’avoir embrassée dans toute son ■tendue; et mes hypothèses fussent-elles con- Jlpstées , et mon tableau ne fût-il qu’une esfjuisse très-imparfaite de celui de la nature, Iffi suis convaincu que tous ceux qui de Bonne foi voudront examiner cette esquisse
!la comparer avec le modèle , trouveront sezde ressemblance pour pouvoir au moins tisfaire leurs yeux et fixer leurs idées sur s plus grands objets de la philosophie nairelle.
ADDITIONS DE BUFFON
(Sur la page 2 66.)
La plus ancienne tradition qui reste de es affaissemens dans les terres du midi est
Büffoîî. II,
ÉPOQUE. ï6r
celle de la Taprobane, dont on croit que les Maldives et les Laquedives ont fait autrefois partie. Ces îles , ainsi que les écueils et les bancs qui régnent depuis Madagascar jusqu’à la pointe de l’Inde , semblent indiquer les sommets des terres qui réunissoient l’Afrique avec l’Asie ; car ces îles ont presque toutes, du côté du nord, des terres et des bancs qui se prolongent très-loin sous les eaux.
11 paroit aussi que les îles de Madagascar et de Ceylan étoient autrefois unies aux continens qui les avohinent. Ces séparations et ces grands bouleversemens dans les mers du midi ont la plupart été produits par l’affaissement des cavernes , par les tremblemens de terre, et par l’explosion des feux souterrains; mais il y a eu aussi beaucoup de terres envahies par le mouvement lent et successif de la mer d’orient en occident. Les endroits du monde où cet effet est le plus sensible sont les régions du Japon, de la Chine, et de toutes les parties orientales de l’Asie. Ces mers situées à l’occident de la Chine et du Japon ne sont pour ainsi dire qu’accidentelles et peut-être encore plus récentes que notre Méditerranée.
Les îles de la Sonde, les Moluques, et les Philippines, ne présentent que des terres bouleversées , et sont encore pleines de volcans ; il y en a beaucoup aussi dans les îles du Japon, et Ton prétend que c’est l’endroit de l’univers le plus sujet aux tremblemens de terre ; on y trouve quantité de fontaines d’eau chaude. La plupart des autre* îles de l’Océan indien ne nous offrent aussi que des pics ou des sommets de montagnes isolées qui vomissent le feu. L’Ue-de-France et l’île de Bourbon paroissent deux de ces sommets presque entièrement couverts de matières rejetées par les volcans ; ces deux îles étoient inhabitées lorsqu’on en a fait la découverte.
Les côtes de la Guiane française sont si basses, que ce sont plutôt des grèves toutes couvertes de vase en pente très-douce, qui commence dans les terres et s’étend sur le fond de la mer à une très-grande distance. Les gros navires ne peuvent approcher de la rivière de Cayenne sans toucher, et les vaisseaux de guerre sont obligés de rester à deux ou trois lieues en mer. Ces vases en pente douce s’étendent, tout le long des rivages, depuis Cayenne jnsqu’à la rivière des Amazones ; Ton ne trouve dans cette grande étendue que de la vase et point de sable , et tous les bords de la mer sont couverts de palétuviers ; mais à sept ou huit lieues au
ïi
16a DES EPOQUES DE LA NATURE.
dessus de Cayenne, du côté du nord-ouest, jusqu'au fleuve Marony , on trouve quelques anses dont le fond est de sable et de rochers (pii forment des brisans ; la vase cependant les recouvre pour la plupart, aussi bien que les couches de sable, ei celte vase a d’autant plus d’épaisseur qu’elle s’éloigne davantage du bord de la mer : les petits rochers n’empêchent pas (pie ce terrain ne soit en pente très- douce à plusieurs lieues d’étendue dans les terres. Cette partie de la Ouiane qui est au nord-ouest de Cayenne est une contrée plus éle\ée que celles qui sont au sud-est : on en a une preuve démonstrative; car tout le long des bords de la mer on trouve de grandes savanes noyées qui bordent la côte, et dont la plupart sont desséchées dans la partie du nord-ouest, tandis qu’elles sont toutes couvertes des eaux de la mer dans la partie sud-est. Outre ces terrains noyés actuellement par la mer , il y en a d’autres plus éloignés , et qui de même étoient noyés autrefois. On trouve aussi en quelques endroits des savanes d’eau douce; mais' cellesci ne produisent point de palétuviers, et seulement beaucoup de palmiers lataniers. On ne trouve pas une seule pierre sur toutes ces côtes basses : la marée ne laisse pas d’y monter de sept ou huit pieds de hauteur, quoique les courans lui soient opposés; car ils sont tous dirigés vers les îles Antilles. La marée est fort sensible lorsque les eaux des fleuves sont basses, et on s’en aperçoit alors jusqu’à quarante et même cinquante lieues dans ces fleuves; mais en hiver, c’est-à-dire dans la saison des pluies , lorsque les fleuves sont gonflés, la marée y est à peine sensible à une ou deux lieues , tant ie courant de ces fleuves est rapide , et il devient de la plus grande impétuosité à l’heure du reflux.
Les grosses tortues de mer viennent déposer leurs œufs sur le fond de ces anses de sable, et on ne les voit jamais fréquenter les terrains vaseux; en sorte que, depuis Cayenne jusqu’à la rivière des Amazones , il n’y a point de tortues , et on va les pécher depuis la rivière Courou jusqu’au fleuve Marony. Il semble que la vase gagne tous les jours du terrain sur les sables, et qu avec le temps cette côte nord-ouest de Cayenne en sera recouverte comme la côte sud-est ; car les tortues, qui ne veulent que du sable pour y déposer leurs œufs, s’éloignent peu à peu de la rivière Gourou, et depuis quelques années on est obligé de les aller chercher plus loin du côté du fleuve Marony, dont les sables ne sont pas encore couverts.
Au delà des savanes , dont les unes sont
sèches et les autres noyées , s’étend un cordon de collines, 'qui ‘sont toutes couvertes d’une grande épaisseur de terre plantée partout de vieilles forêts : 'communément ces collines ont 35o ou 400 pieds d élévation; mais en s’éloignant da\antage, on en trouve de plus élevées , et peut-être de plus du double , en s’avançant dans les terres jusqu’à dix ou douze lieues. La plupart de ces montagnes sont évidemment d'anciens volcans éteints. Il y en a pointant une, appelée la Gabriel le , au sommet de laquelle 011 trouve une grande mare ou petit lac, qui nourrit des caïmans en assez grand nombre, dont apparemment l’espece s’y est conservée depuis le temps où la mer couvroit cette colline.
Au delà de cette montagne Gabrielle, on ne trouve que de petits vallons, des terres, des mornes, et des matières vulcanisées qui ne sont point en grandes masses, mais qui sont brisées par petits blocs. La pierre la j plus commune , et dont les eaux ont entraîné des blocs jusqu’à Cayenne, est celle que l’on i appelle la pierre à ravets , qui, comme nous j l’avons dit, 11’est point une pierre, mais une a lave de volcan : on l’a nommée pierre à ra - ! vêts , parce qu’elle est trouée , et que les (1 insectes appelés ravets se logent dans les j trous de cette lave.
{Sur la page 272.)
On ne peut pas douter qu’il n’y ait eu des individus géans dans tous les climats de j la terre , puisque de nos jours on en voit , encore naître en tout pays, et que récem-; ment on en a vu un qui étoit né sur les con-| fins de la Laponie, du côté de la Finlande. j Mais on n’est pas également sûr qu’il y ail eu des races constantes et moins encore des ; peuples entiers de géans ; cependant le témoignage de plusieurs auteurs anciens, el ceux de l’Écriture -Sainte, qui est encore ; plus ancienne, me paroissent indiquer assea clairement qu’il y a eu des races de géant en Asie; et nous croyons devoir présente]: ici les passages les plus positifs à ce sujet,; U est dit , Nombres , chap. XIII , verse 34 : « Nous avons vu les géans de la racé « d’Hanak , aux yeux desquels nous ne de « vions paroître pas plus grands que des ci « gales. » Et par une autre version il es I dit : « Nous avons vu des monstres de lii « race d’Énac , auprès desquels nous n’étion; |
« pas plus grands que des sauterelles. j| Quoique ceci ait l’air d’une exagération, as : sez ordinaire dans le style oriental, celé
prouve néanmoins que ces géans étoient très- grands.
Dans le second livre des Rcis , chapitre XXI, verset 20, il est parlé d’un homme très-grand « de la race d'Arapha, qui avoit « six doigts aux pieds et aux mains; » et l’on voit par le verset 18 que cette race d’Araplia étoil de g encre gig nutum.
On trouve encore dans le Deutéronome plusieurs passages qui prouvent l’existence des géans et leur destruction. « Un peuple « nombreux , est-il dit, et d’une grande « hauteur , comme ceux d’Énacim , que le « Seigneur a détruits (chap. II, verset 21). »> Et il est dit, versets 19 et 20 : « Le pays « d’Ammon est réputé pour un pays de « géans, dans lequel ont autrefois habité les « géans que les Ammonites appellent Zom- « zummim. »
Dans Josué , chapitre XI, verset 22 , il est dit : « Les seuls géans de la race d’Éna- « cim qui soient restés parmi les enfans « d Israël étoient dans les villes de Gaza, « de Geth et d’Azol ; tous les autres géans « de cette race ont été détruits. »
Pliilon, saint Cyrille, et plusieurs autres auteurs, semblent croire que le mot de géans n’indique que des hommes superbes et impies , et non pas des hommes d’une grandeur de corps extraordinaire; mais ce sentiment ne peut pas se soutenir, puisque souvent il est question de la hauteur et de la force de corps de ces mêmes hommes.
Dans le prophète Amos, il est dit que le peuple des Amorrhéens étoit si haut , qu’on les a comparés aux cèdres, sans donner d’autres mesures à leur grande hauteur.
Og, roi de Bazan, avoit la hauteur de neuf coudées, et Goliath, de dix coudées et un palme. Le lit d’Og avoit neuf coudées de longueur, c’est-à-dire treize pieds et demi , et de largeur quatre coudées , qui font six pieds.
Le corselet de Goliath pesoit 208 livres 4 onces, et le fer de sa lance pesoit 25 livres.
Ces témoignages me paroissent suffisans pour qu’on puisse croire avec quelque fondement qu’il a autrefois existé dans le continent de l’Asie non seulement des individus, mais des races de géar s , qui ont été détruits, et dont les derniers subsistoient encore du temps de David. Et quelquefois la nature , qui ne perd jamais ses droits , semble remonter à ce même point de force de production et de développement ; car , dans presque tous les climats de la terre, il paroît de temps en temps des hommes d’une gran-
deur extraordinaire , c’est-à-dire de sept pieds et demi, huit, et même muil pieds ; car, indépendamment des géans bien avé- *rés, et dont nous avons dtjà fait mention, nous pourrions citer un nombre infini d’antres exemples, rapportés par les auteurs anciens et modernes, des géans de dix, douze, quinze , dix-huit pieds de hauteur, et même encore au delà ; mais je suis bien persuadé qu’il faut beaucoup rabattre de ces dernières mesures . on a souvent pris des os d’éléphant pour des os humains; et d ailleurs la nature, telle qu’elle nous est connue, ne nous offre dans aucune espece des disproportions aussi grandes, excepté peut-être dans l’espèce de l'hippopotame, dont les dents trouvées dans le sein de la terre sont au moins quatre fois plus grosses que les dents des hippopotames actuels.
Les os du prétendu roi Theutobochus, trouves en Dauphiné , ont fait le sujet d’une dispute entre Habicot, chirurgien de Paris, et Riolan , docteur en médecine, célèbre anatomiste. Habicot a écrit, dans un petit ouvrage qui a pour titre ôigantostéo/ogie , que ces os étoient dans un sépulcre de brique a 18 pieds en terre, entouré de sablon : il ne donne ni la description exacte, ni les dimensions, ni le nombre de ces os; il prétend que ces os étoient vraiment des os humains, d’autant , dit-il , qu’aucun animal n’en possède de tels. Il ajoute que ce sont des maçons qui , travaillant chez le seigneur de Langon , gentilhomme du Dauphiné , trouvèrent, le xi janvier i6i3, ce tombeau, proche les masures du château de Chaumont ; que ce tombeau étoit de brique; qu’il avoit 3o pieds de longueur, 12 de largeur, et 8 de profondeur, en comptant le chapiteau , au milieu duquel étoit une pierre grise sur laquelle étoit gravé Theuto bochus rex ; que ce tombeau ayant été ouvert , on vit un squelette humain de 25 pieds 1/2 de longueur, 10 de largeur à l’endroit des épaules , et 5 pieds d’épaisseur; qu’avant de toucher ces os, on mesura la tête, qui avoit 5 pieds de longueur et 10 en rondeur. (Je dois observer que la proportion de la longueur de la tète humaine avec celle du corps n’est pas d’un cinquième , mais d’un septième et demi ; en sorte que cette tête de 5 pieds supposeroit un corps humain de 37 pieds 1/2 de hauteur.) Enfin il dit que la mâchoire inférieure avoit 6 pieds de tour, les orbites des yeux 7 pouces de tour, chaque clavicule 4 pieds de long, et que la plupart de ces ossemens se mirent en pou>* dre après avoir été frappés de l’air.
!64 DES EPOQUES DE LÀ NATURE
Le docteur Riolan publia, la même année i6i3 , un écrit , sous le nom de Gigantomachie , dans lequel il dit que le chirurgien Habicot a donné, dans sa Gigantostéologie, des mesures fausses de la grandeur du corps et des os du prétendu géant Theutobochus ; que lui Riolan a mesuré l’os de la cuisse, celui de la jambe, avec l’astragale joint au calcanéum , et qu’il ne leur a trouvé que 6 1/2 pieds, y compris l’os pubis, ce qui ne feroit que x3 pieds au lieu de 25 pour la hauteur du géant.
Il donne ensuite les raisons qui lui font douter que ces Os soient des os humains; et il conclut en disant que ces os présentés par Habicot ne sont pas des os humains , mais des os d’éléphant.
Un an ou deux après la publication de la Gigantostéologie d’Habicot, et de la Gigantomachie de Riolan , il parut une brochure sous le titre de l’Imposture découverte des os humains supposés, et faussement attribués au roi Theutobochus , dans laquelle on ne trouve autre chose sinon que ces os ne sont pas des os humains , mais des os fossiles engendrés par la vertu de la terre; et encore un autre livret, sans nom d’auteur, dans lequel i! est dit qu’à la vérité il y a parmi ces os des os humains, mais il y en avoit d’autres qui n’étoient pas humains.
Ensuite, en 1618, Riolan publia un écrit, sous le nom de Gigantologie , où il prétend non seulement que les os en question ne sont pas des os humains , mais encore que les hommes en général n’ont jamais été plus grands qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Habicot répondit à Riolan dans la même année 16x8; et il dit qu’il a offert au roi Louis XHI sa Gigantostéologie , et qu’en i6x3 , sur la fin de juillet, on exposa aux yeux du public les os énoncés dans cet ouvrage , et que ce sont vraiment des os humains : il cite un grand nombre d’exemples, tirés des auteurs anciens et modernes, pour prouver qu’il y a eu des hommes d’une grandeur excessive. Il persiste à dire que les os calcanéum, tibia, et fémur, du géant Theutobochus , étant joints les uns avec les autres, portoient plus de 11 pieds de hauteur.
Il donne ensuite les lettres qui lui ont été écrites dans le temps de la découverte de ces os , et qui semblent confirmer la réalité du fait du tombeau et des os du géant Theutobochus. Il paroît parla lettre du seigneur de Langon , datée de Saint-Marcellin en Dauphiné , et par une autre du sieur Mazmier, chirurgien à Beaurepaire, qu’on avoit trouvé des monnoies d’argent axec les
os. La première lettre est conçue dans les termes suivans ;
« Comme sa majesté désire d’avoir le reste des os du roi Theutobochus , avec la monnoie d’argent qui s’y est trouvée , je puis vous dire d’avance que vos parties adverses sont très-mal fondées, et que s’ils savoient leur métier , ils ne douteroient pas que ces os ne soient véritablement des os humains. Les docteurs en médecine de Montpellier se sont transportés ici, et auroient bien voulu avoir ces os pour de l’argent. M. le maréchal de Lesdiguières les a fait porter à Grenoble pour les voir , et les médecins et chirurgiens de Grenoble les ont reconnus pour des os humains ; de sorte qu’il n'y a que les ignorans qui puissent nier cette vérité , etc.
« Signé , Langon. »
Au reste, dans cette dispute, Riolan et Habicot, l’un médecin et l’autre chirurgien, j se sont dit plus d’injures qu’ils n’ont écrit j de faits et de raisons ; ni l’un ni l’aune ! n’ont eu assez de sens pour décrire exacte- j ment les os dont il est question ; mais tous > deux , emportés par l’esprit de corps et de parti , ont écrit d’une manière à ôter toute confiance. Il est donc très-difficile de prononcer affirmativement sur l’espece de ces j os ; mais s’ils ont été en effet trouvés dans , un tombeau de brique , avec un couvercle j de pierre , sur lequel étoit l’inscription Theu - ! tobochus rex ; s’il s’est trouvé des monnoies >j dans ce tombeau , s il ne contenoit qu’un seul cadavre de 24 ou 25 pieds de longueur, i si la lettre du seigneur de Langon contient i vérité , on ne pourroit guère douter du fait , essentiel , c'est-à-dire de l’existence d’un géant de 24 pieds de hauteur, à moins de ; supposer un concours fort extraordinaire de ; circonstances mensongères ; mais aussi le j fait n’est pas prouvé d’une manière assez • positive, pour qu’on ne doive pas en douter i beaucoup. Il est vrai que plusieurs auteurs, d’ailleurs dignes de foi , ont parlé de géans aussi grands et encore plus grands. Pline rapporte que, par un tremblement de terre j en Crète , une montagne s’étant entr’ouverte, on y trouva un corps de 16 coudées, que les uns ont dit être R corps d’Otus, et d’au-^ très celui d’Orion. Les 16 coudées donnenli 24 pieds de longueur, c’est-à-dire la même que celle du roi Theutobochus.
On trouve dans un mémoire de M. Le Cat. académicien de Rouen , une énumération de plusieurs géans d’une grandeur excessive ! saxoir, deux géans do it les squelettes fu relit t ruinés par les Athéniens pies de Jeu] !
SIXIÈME
ville, l’un de 36 et l’autre de 34 pieds de hauteur; un autre de 3o pieds, trouvé en Sicile, près de Païenne, en 1548 ; un autre de 33 pieds , trouvé de même en Sicile en x55o ; encore un autre trouvé de même en Sicile près de Mazarino, qui avoit 3o pieds de hauteur.
Malgré tous ces témoignages , je crois qu’on aura bien de la peine à se persuader qu’il ait jamais existé des hommes de 3o ou 36 pieds de hauteur; ce seroit déjà bien trop que de ne pas se refuser à croire qu’il y en a eu de 24 : cependant les témoignages se multiplient, deviennent plus positifs, et vont pour ainsi dire par nuances d’accroissement à mesure que l’on descend. M. Le Cat rapporte que l’on trouva en 1705 près des bords de la rivière Morderi , au pied de la montagne de Crussol , le squelette d’un géant de 22 pieds 1/2 de hauteur, et que les dominicains de Yalence ont une partie de sa jambe avec l’articulation du genou.
Platerus , médecin célèbre , atteste qu’il a vu à Lucerne le squelette d’un homme de 19 pieds au moins de hauteur.
Le géant Ferragus, tué par Roland, neveu de Charlemagne , avoit 1 8 pieds de hauteur.
Dans les cavernes sépulcrales de File de Ténériffe , on a trouvé le squelette d’un guanche qui avoit i5 pieds de hauteur, et dont la tête avoit 80 dents. Ces trois faits sont rapportés , comme les précédens, dans le Mémoire de M. Le Cat sur les géans. Il t cite encore un squelette, trouvé dans un fossé près du couvent des Dominicains de Rouen, dont le crâne tenoit un boisseau de blé, et dont l’os de la jambe avoit environ 4 pieds e de longueur; ce qui donne pour la hauteur l du corps entier 17 à x8 pieds. Sur la tombe rl de ce géant étoit une inscription gravée, où s i on lisoit : Ci- gît noble et puissant seigneurie l5 chevalier Ricon de Valmont et ses os.
,e On trouve dans le Journal littéraire de re 1 l’abbé Nazari que , dans la haute Calabre , e 1 au mois de juin i665, on déterra dans les uej jardins du seigneur de Tiviolo un squelette de 18 pieds romains de longueur ; que la tête ^ avoit 2 pieds 1/2 ; que chaque dent molaire „e pesoit environ une once et un tiers, et les autres dents trois quarts d’once , et que ce aj j squelette étoit couché sur une masse de bide! turae-
ve. Hector Boetius , dans son Histoire de l’Efj! cosse, livre VII, rapporte que l’on conserve ÉllI encore quelques os d’un homme , nommé par contre-vérité le Petit-Jean , qu’on croit
EPOQUE. i65
avoir eu 14 pieds de hauteur, c’est-à-dire i3 pieds 2 pouces 6 lignes de France.
On trouve dans le Journal des Savons , année 1692 , une lettre du P. Gentil, prêtre de l’Oratoire, professeur de philosophie à Angers, où il dit qu’ayant eu avis de la découverte qui s’étoit faite d un cadavre gigautesque dans le bourg de Lassé, à neuf lieues de cette ville , il fut lui-même sur les lieux pour s’informer du fait. Il apprit que le curé du lieu ayant fait creuser dans son jardin , on avoit trouvé un sépulcre qui renfermoit un corps de 17 pieds 2 pouces de long, qui n’avoit plus de peau. Ce cadavre avoit d’autres corps entre ses bras et ses jambes, qui pouvoient être ses en fa ns. On trouva dans le même lieu quatorze ou quinze autres sépulcres, les uns de io pieds, les autres de 12 , et d’autres même de 14 pieds, qui renfermoient des corps de même longueur. Le sépulcre de ce géant resta exposé à i’air pendant plus d’un an ; mais comme cela attiroit trop de visites au curé, il l’a fait recouvrir de terre , et planter trois arbres sur la place. Ces sépulcres sont d’une pierre semblable à la craie.
Thomas Molineux a vu , aux écoles de médecine de Leyde, un os frontal humain prodigieux : sa hauteur prise depuis sa jonction aux os du nez, jusqu’à la suture sagittale, étoit de 9 1/12 pouces, sa largeur de 12 1/10 pouces , son épaisseur d’un demipouce ; c’est-à-dire que chacune de ces dimensions étoit double de la dimension correspondante à l’os frontal , tel qu’il est dans les hommes détaillé ordinaire; en sorte que l’homme à qui cet os gigantesque a appartenu étoit probablement une fois plus grand que les hommes ordinaires, c’est-à-dire qu’il avoit 1 1 pieds de haut. Cet os éloit très-certainement un os frontal humain ; et il ne paroit pas qu’il eut acquis ce volume par un vice morbifique , car son épaisseur étoit proportionnée à ses autres dimensions, ce qui n’a pas lieu dans les os viciés.
Dans le cabinet de M. Witreu à Amsterdam, M. Klein dit avoir vu un os frontal d’après lequel il lui paru! que l’homme auquel il avoit appartenu avoit i3 pieds 4 pouces de hauteur, c’est-à-dire environ 12 pieds 1/2 de France.
D’après lous les faits que je viens d’exposer , et ceux que j’ai discutés ci-devant au sujet des Patagons, je laisse à mes lecteurs le même embarras où je suis , pour pouvoir prononcer sur l’existence réelle de ces géans de 24 pieds : je ne puis me persuader qu’en aucun temps et par aucun moyen , aucune
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
circonstance , le corps humain ait pu s’élever à des dimensions aussi démesurées; mais je crois en même temps qu’on ne peut guère douter qu’il n’y ait eu des géans de io, 12, et peut-être de i5 pieds de hauteur, et qu’il est presque certain que, dans les premiers âges de la nature vivante, il a existé non seulement des individus gigantesques en grand nombre , mais même quelques races constantes et successives de geans, dont celle des Patagon* est la seule qui se soit conservée.
(Sur la page ij5.)
Voici ce que M. Grouner et quelques autres bons observateurs et témoins oculaires rapportent à ce sujet.
Dans les plus hautes régions des Alpes, les eaux provenant annuellement de la fonte des neiges se gèlent dans tous les aspects et à tous les points de ces montagnes, depuis leur base jusqu’à leur sommet , surtout dans les vallons et sur le penchant de celles qui sont groupées; en sorte que les eaux ont dans ces vallées formé des montagnes qui ont des roches pour noyau , et d’autres montagnes qui sont entièrement de glace , lesquelles ont six , sept à huit lieues d’étendue en longueur, sur une lieue de largeur, et souvent mille à douze cents toises de hauteur ; elles rejoignent les autres montagnes par leur sommet. Ces énormes amas de glace gagnent de l’étendue en se prolongeant dans les vallées; en sorte qu’il est démontré que toutes les glacières s’accroissent successivement, quoique, dans les années chaudes et pluvieuses, non seulement leur progression soit arrêtée , mais même leur masse immense diminuée
La hauteur de la congélation fixée à 2440 toises sous l’équateur, pour les hautes montagnes isolées , n’est point une réglé pour les groupes de montagnes gelées depuis leur base jusqu’à leur sommet; elles ne dégèlent jamais. Dans les Alpes, la hauteur du degré de congélation pour les montagnes isolées est fixée à i5oo toises d'élevat on, et toute la partie au dessous de cette hauteur se dégele entièrement; tandis que celles qui sont entassées geleni à une moindre hauteur, et nedegelent jamais dans aucun point de leur élévation depuis leur base, tant le degré de froid est augmenté par la masse de matières congelées réunies dans un même espace
'l otîtes les montagnes glaciales delà Suisse, réunies, occupent une étendue de 66 lieues du levant au couchant , mesurée en ligne
droite, depuis les bornes occidentales du canton de Vallis, vers la Savoie, jusqu’aux bornes orientales du canton de Rendner , vers le Tyrol; ce qui forme une chaîne interrompue, dont plusieurs bras s’étendent du midi au nord sur une longueur d’environ 36 lieues. Le grand Gothard, le Fourk, et le Grimsel , sont les montagnes les plus élevées de celte partie ; elles occupent le centre de ces chaînes qui divisent la Suisse en deux parties ; elles sont toujours couvertes de neige et de glace , ce qui leur a fait donner le nom générique de glacières.
L’on divise les glacières en montagnes glacées, vallons de glace, champs de glace ou mers glaciales , et en gletchers ou amas de glaçons.
Les montagnes glacées sont ces grosses masses de rochers qui s’élèvent jusqu’aux nues , et qui sont toujours couvertes de neige et de glace.
Les vallons de glace sont des enfoncemens qui sont beaucoup plus élevés entre les montagnes que les vallons inférieurs ; ils sont toujours remplis de neige qui s’y accumule et forme des monceaux de glace qui ont plusieurs lieues d’étendue , et qui rejoignent les hautes montagnes.
Les champs de glace , ou mers glaciales , sont des terrains en pente douce, qui sont dans le circuit des montagnes; ils ne peuvent être appelés vallons , parce qu’ils n’ont pas assez de profondeur ; ils sont couverts d’une neige épaisse. Ces champs reçoivent l’eau de la fonte des neiges qui descendent des montagnes et qui regèlent : la surface de ces glaces fond et gèle alternativement, et tous ces endroits sont couverts de couches épaisses de neige et de glace.
Les gletchers sont des amas de glaçons formés par les glaces et les neiges qui sont précipitées des montagnes : ces neiges se regèlent et s’entassent en différentes maniérés; ce qui fait qu’on divise les glet-i chers en monts, en revètemens et en murs de glace.
Les monts de glace s’élèvent entre le; sommets des hautes montagnes; ils ont eux mêmes la forme de montagnes; mais il n’eu tre point de rochers dans leur structure ils sont composés entièrement de pure glace qui a quelquefois plusieurs lieues en Ion gtieiir . une lieue de largeur, et une demi lieue d’épaisseur.
Les revètemens de glaçons sont formé dans les vallées supérieures et sur les côte | des montagnes, qui sont recouvertes conur de draperies de glaces taillées en pointes
Ji
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