‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 80 sur 147 · DES VERRES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES VERRES PRIMITIFS

Si l’on pouvoit supposer que le globe terstre avant sa liquéfaction eût été composé is mêmes matières qu’il l’est aujourd’hui , l’ayant tout à coup été saisi par le feu utes ces matières se fussent réduites en rre, nous aurions une juste idée des proits de la vitrification générale , en les mparant avec ceux des vitrifications parolières qui s’opèrent sous nos yeux par feu des volcans; ce sont des verres de ites sortes, très-différens les uns des au- :s par la densité, la dureté, les couleurs, puis les basaltes et les laves les plus solis et les plus noires jusqu’aux pierres pon- > les plus blanches , qui semblent être les is légères de ces productions de volcan : tire ces deux termes extrêmes on trouve is les autres degrés de pesanteur et de èreté dans les laves plus ou moins comptes et plus ou moins poreuses ou mêla îles; de sorte qu’en jetant un coup d’œil • une collection bien rangée de matières caniques on peut aisément reconnoître différences , les degrés , les nuances , et me la suite des effets et du produit de te vitrification par le feu des volcans. 11s cette supposition il y auroit eu autant sortes de matières vitrifiées par le feu jnitif que par celui des volcans , et ces tières seroient aussi de même nature que pierres ponces, lés laves, et les basaltes; is le quartz et les matières vitreuses de nasse du globe étant très-différens de ces res de volcans , il est évident qu’on n’aut qu’une fausse idée des effets et des prots de la vitrification générale, si l’on vou- 1 comparer ces matières premières aux d uct ions volcaniques, i-insi la terre, lorsqu’elle a été vitrifiée, :oit point telle qu’elle est aujourd’hui , s plutôt telle que nous l’avons dépeinte époque de sa formation 1 ; et pour avoir : idée plus juste des effets et du produit fa vitrification générale, il faut se repré- ^er le globe entier pénétré de feu et fondu ]u’au centre, et se souvenir que cette >se en fusion, tournant sur elle-même, t élevée sous l’équateur par la force cen-

I Voyez la première époque.

trifuge, et en même temps abaissée sousles pôles ; ce qui n’a pu se faire sans former des cavernes et des boursouflures dans les couches extérieures à mesure qu’elles prenoient de la consistance. Tâchons donc de concevoir de quelle manière les matières vitrifiées ont pu se disposer et devenir telles que nous les trouvons dans le sein de la terre.

Toute la masse du globe, liquéfiée parle feu , ne pouvoit d’abord être que d’une substance homogène et plus pure que celle de nos verres et des laves de volcan , puisque toutes les matières qui pouvoient se sublimer étoient alors reléguées dans l’atmosphère avec l’eau et les autres substances volatiles. Ce verre homogène et pur nous est représenté par le quartz, qui est la base de toutes les autres matières vitreuses ; nous devons donc le regard ei comme le verre primitif. Sa substance est simple, dure, et résistante à toute action des acides ou du feu ; sa cassure vitreuse démontre son essence , et tout nous porte à penser que c’est le premier verre qu’ait produit la nature.

Et , pour se former une idée de la manière dont ce verre a pu prendre autant de consistance et de dureté, il faut considérer qu’en général le verre en fusion n’acquiei t aucune solidité s’il est frappé par l’air extérieur , et que ce n’est qu’en le laissant recuire lentement et long-temps dans un four chaud et bien fermé qu’on lui donne une consistance solide; plus les masses de verre sont épaisses , et plus il faut de temps pour les consolider et les recuire : or, dans le temps que la masse du globe, vitrifiée par le feu , s’est consolidée par le refroidissement , l’intérieur de cette masse immense aura eu tout le temps de se recuire et d’acquéiâr de la solidité et de la dureté; tandis que la surface de cette même masse , frappée du refroidissement , n’a pu , faute de recuit , prendre aucune solidité. Celte surface , exposée à l’action des élémens extérieurs, s’est divisée, fêlée, fendillée, et même réduite en écailles , en paillettes, et en poudre, comme nous le voyons dans nos verres en fusion exposés à l’action de l’air. Ainsile globe, dans ce premier temps, a été cou-

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vert d’une grande quantité de ces écailles ou paillettes du verre primitif, qui n’avoit pu se recuire assez pour prendre de la solidité; el ces parcelles ou paillettes du premier verre nous sont aujourd’hui représentées par les micas et les grains décrépités du quartz, qui sont ensuite entrés dans la composition des granités et de plusieurs nîatieres vitreuses.

Les micas n’étant , dans leur première origine, que des exfoliations du quartz frappé par le refroidissement , leur essence est au fond la même que celle du quartz ; seulement la substance du mica est un peu moins simple; car il se fond à un feu ires-violent, tandis que le quartz y résiste; et nous verrons dans la suite qu’en général plus la substance d’une matière est simple et homogène, moins elle est fusible. Il paroît donc que quand la couche extérieure du verre primitif s’est réduite en paillettes par la première action du refroidissement, il s’est mêlé à sa substance quelques parties hétérogènes contenues dans l’air dont il a été frappé ; et dès lors la substance des micas , devenue moins pure que celle du quartz, est aussi moins réfractaire à l’action du feu.

Peu de temps avant que le quartz se soit entièrement consolidé en se recuisant lentement sous cette enveloppe de ses fragmens décrépités et réduits en micas, le fer, qui, de tous les métaux, est le plus résistant au feu, a le premier occupé les fentes cpii se formoient de distance en distance par la retraite que prenoit la matière du quartz en se consolidant; et c’est dans ces mêmes interstices que s’est formé le jaspe , dont la niibstance n’est au fond qu’une matière quartzeuse, mais imprégnée de matières métalliques qui lui ont donné de fortes couleurs , et qui néanmoins n’ont point altéré la simplicité de son essence ; car il est aussi infusible que le quartz. Nous regarderons donc le quartz, le jaspe, et le mica, comme les trois premiers verres primitifs, et en même temps comme les trois matières les plus simples de la nature.

Ensuite, et à mesure que la grande chaleur diminuoit à la surface du globe, les matières sublimées tombant de l’atmospnere se sont mêlées en plus ou moins grande quantité avec le verre primitif, et de ce mélange ont résulté deux autres verres dont la substance étant moins simple s’est trouvée bien plus fusible; ces deux verres sont le feld-spath et le schorl : leur base est également. quartzeuse; mais le fer et d’autres matières hétérogènes s’y trouvent mêlés au

quartz , et c’est ce qui leur a donné une sibililé à peu près égale à celle de nos v res factices.

On pourroit donc dire en toute rigin qu’il n’y a qu’un seul verre primitif, qui le quartz , dont la substance , modifiée ] la teinture du fer, a pris la forme de ja: el celle de mica par les exfoliations de b deux; et ce même quartz, avec une p, grande quantité de fer et d’autres matiè hétérogènes , s’est converti en feld-spath en schorl : c’est à ces cinq matières que nature paroît avoir borné le nombre premiers verres produits par le feu primi et desquels ont ensuite été composées toi les substances vitreuses du règne minéral

U y a donc eu , dès ces premiers tem des verres plus ou moins purs, plus moins recuits , et plus ou moins mélan de matières différentes : les uns comp^ des parties les plus fixes de la matièret fusion , el qui , comme le quartz , ont ] plus de dureté et plus de résistance au que nos verres et que ceux des volca d’autres presque aussi durs, aussi réfrac res , mais qui , comme les jaspes , ont fortement colorés par le mélange des par métalliques; d’autres qui, quoique du sont , comme le feld-spath el le schc très-aisément fusibles ; d’autres enfin, com le mica, (pii, faute de recuit, étoient si S; meux et si friables qu’au lieu de se dm ils se sont éclatés et dispersés en paillell ou réduits en poudre par le plus petiti premier choc des agens extérieurs.

Ces verres de qualités différentes se s mêlés , combinés , et réunis ensemble proportions différentes ; les granités, porphyres, les ophiles et les autres matiè vitreuses en grandes masses, ne sont c< posés que des détrimens de ces cinq ver primitifs; et la formation de ces substai: mélangées a suivi de près celle de ces [ miers verres , et s’est faite dans le le* qu’ils étoieut encore en demi -fusion sont là les premières et les plus ancien matières de la terre ; elles méritent toi d’être considérées à part , et nous connu cerons par le quartz , qui est la base de t tes les autres , et qui nous paroît être , la même nature que la roche de l’intéri du globe. r-

Mais je dois auparavant prévenir une jection qu’on pourroit me faire avec queli apparence de raison. Tous nos verres fa ces , et même toutes les matières vitrer produites par le feu des volcans, telles (J les basaltes et les laves , cèdent à i’impi

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