‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 81 sur 147 · DES VERRES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES VERRES PRIMITIFS

on delà lime, et sont fusibles aux feux de os fourneaux : le quartz et le jaspe , au mtraire, que vous regardez, me dira-t-on, mime les premiers verres de la nature, ne auvent ni s’entamer par la lime ni se fon- 'e par notre art; et de vos cinq verres •imitifs , qui sont le quartz , le jaspe , le ica, le fekl-spath, et le schorl, il n’y a que s trois derniers qui soient fusibles , et en- I >re le mica ne peut se réduire en verre ’au feu le plus violent ; et dès loi s le uartz et les jaspes pourroient bien être une essence ou tout au moins d’une texture

. ifférente de celle du verre. La première ‘ponse que je pourrois faire à cette objection, c’est que tout ce que nous connoissons jon seulement dans la classe des substances 11 tireuses produites par la nature, mais même ans nos verres factices composés par l’art, ?! ous fait voir que les plus purs et les plus 0 Impies de ces verres sont en même temps “'[s plus réfractaires, et que quand ils ont é fondus une fois ils se refusent et réstent ensuite à l’action de la même chaleur ui leur a donné cette première fusion, et le cèdent plus qu’à un degré de feu de eaucoup supérieur ; or comment trouver u degré de feu supérieur à un embrasejient presque égal à celui du soleil , et tel ue le feu qui a fondu ces quartz et ces ispes ? car , dans ce premier temps de la quéfaction du globe , l’embrasement de la erre et oit presque égal à celui de cet astre; [t puisque aujourd’hui même la plus grande pâleur que nous puissions produire est plie de la réunion d’une portion presque ifiniment petite de ses rayons par les mipirs ardens, quelle idée ne devons - nous as avoir de la violence du feu primitif! et oüvons-nous être étonnés qu’il ait produit î quartz et d’autres verres plus durs et îoins fusibles que les basaltes et les laves

es volcans?

Quoique cette réponse soit assez satisfaiante, et qu’on puisse très-raisonnablement j’en tenir à mon explication, je pense que, lans des sujets aussi difficiles , on ne doit ien prononcer affirmativement, sans expoer toutes les difficultés et les raisons sur esquelles on pourroit fonder une opinion ontraire. Ne se pourroit-il pas , dira-t-on, pie le quartz, que vous regardez comme le iroduit immédiat de la vitrification générale, ne fût lui-même, comme toutes les aures substances vitreuses, que le détriment l’une matière primitive que nous ne conloissons pas , faute d’avoir pu pénétrer à Lassez grandes profondeurs dans le sein de

la terre, pour y trouver la vraie masse qui en remplit l’intérieur? L’analogie doit faire adopter ce sentiment plutôt que votre opinion ; car les matières qui, comme le verre, ont été fondues par nos feux, peuvent l’être de nouveau, et par le même élément du feu, tandis que celles qui , comme le cristal de roche, l’argile blanche, et la craie pure, ne sont formées que par l’intermède de l’eau, résistent, comme le quartz, à la plus grande violence du feu : dès lors ne doit-on pas penser que le quartz n’a pas été produit, par ce dernier élément , mais formé par 1 eau , comme l’argile et la craie pures , qui sont également réfractaires à nos feux? et si le quartz a en effet été produit primitivement par l’intermède de l’eau , à plus forte raison le jaspe , le porphyre, et les granités, auront été formés par le même élément.

J’observerai d’abord que, dans cette ob jection, le raisonnement n’est appuyé que sur la supposition idéale d’une matière inconnue, tandis que je pars au contraire d’un fait certain, en présentant pour 'matière primitive les deux substances les plus simples qui se soient jusqu’ici rencontrées dans la nature; et je réponds, en second lieu , que l’idée sur laquelle ce raisonnement est fondé n’est encore qu’une autre supposition démentie par les observations; car il faudroit alors que les eaux eussent non seulement surmonté les pics des plus hautes montagnes de quartz et de granité , mais encore que l’eau eût formé les masses immenses de ces mêmes montagnes par des déj ôts accumulés et superposés jusqu’à leur? sommets : or celte double supposition ne peut ni se soutenir ni même se présenter avec quelque vraisemblance, dès que l’on vient à considérer que la terre n’a pu prendre sa forme renflée sous l’équateur et abaissée sous les pôles que dans son état de liquéfaction par le feu , et que les boursouflures et les grandes éminences du globe ont de même nécessairement été formées par l’action de ce même élément dans le temps de la consolidation. L’eau, en quelque quantité et dans quelque mouvement qu’on la suppose , n’a pu produire ces chaînes de montagnes primitives qui font la charpente de la terre, et tiennent à la roche qui en occupe l'intérieur. Loin d’avoir travaillé ces montagnes primitives dans toute l’épaisseur de leur masse, ni par conséquent d’avoir pu changer la nature de cette prétendue matière primitive, pour en faire du quartz ou des granités, les eaux n’ont eu aucune part à leur formation , car ces substances ne portent aucune trace

MINÉRAUX

de cetfe origine, et n’offrent pas le plus petit indice du travail ou du dépôt de l’eau. On ne trouve aucune production marine ni dans le quartz ni dans le granité ; et leurs masses, an lieu d’ètre disposées par couches comme le sont toutes les matières transportées ou déposées par les eaux, sont au contraire comme fondues d’une seule pièce, sans lits ni divisions que celles des fentes perpendiculaires qui se sont formées par la retraite de la matière sur elle-même dans le temps de sa consolidation par le refroidissement. Nous sommes donc bien fondés à regarder le quartz et toutes les matières en grandes masses dont il est la base, telles que les jaspes , les porphyres , les granités , comme des produits du feu primitif, puisqu’ils diffèrent en tout des matières travaillées par les eaux.

Le quartz forme la roche du globe ; les appendices de cette roche servent de noyaux aux plus hautes éminences de la terre. Le jaspe est aussi un produit immédiat du feu primitif, et il est, après le quartz , la matière vitreuse la plus simple; car il résiste également à l’action des acides et du feu. Il n est pas tout-à-fait aussi dur que le quartz, et il est presque toujours fortement coloré : mais ces différences ne doivent pas nous empêcher de regarder le jaspe en grande masse comme un produit du feu, et comme le second verre primitif, puisqu’on n’y voit aucune trace de composition, ni d’autre indice de mélange que celui des parties métalliques qui l’ont coloré; du reste, il est d’une essence aussi pure que le quartz, qui lui-même a reçu quelquefois des couleurs, et particulière:, eut le rouge du fer. Ainsi, dans le temps de la vitrification générale, les quartz et les jaspes, qui en sont les produits les plus s.mples , n’ont reçu par sublimation ou par mixtion qu’une petite quantité de particules métalliques dont ils sont colorés; et la rareté des jaspes, en comparaison du quartz, vient peut-être de ee qu’ils n’ont pu se former que dans les endroits où

il s’est trouvé des matières métalliques, ai lieu que le quartz a été produit en tou: lieux. Quoi qu’il en soit, le quartz et le jasp< sont réellement les deux substances vitreuse: les plus simples de la nature, et nous de vons dès lors les regarder comme les deiu premiers verres qu’elle ait produits.

L’infusibilité, ou plutôt la résistance i l’action du feu, dépend en entier de la pu reté ou simplicité de la matière : la craie e l’argile pures sont aussi infusibles que I quartz et le jaspe; toutes les matières mixte ou composées sont au contraire très-aisémen fusibles. Nous considérerons donc d’abord 1 quartz et le jaspe comme étant les deux ma tières vitreuses les plus simples ; ensuite nou placerons le mica , qui, étant un peu tnoin réfractaire au feu, paroît être un peu moin simple ; et enfin nous présenterons le feld spath et le schorl, dont la grande fusibilil semble démontrer que leur substance esmélangée; après quoi nous traiterons de matières composées de ces cinq substance primitives, lesquelles ont pu se mêler et s combiner ensemble deux à deux , trois trois, ou quatre à quatre, et dont le méi lange a réellement produit toutes les autre matières vitreuses eu grandes masses.

Nous ne mettrons pas au nombre des subi stances du mélange celles qui donnent lè couleurs à ces différentes matières , parc qu’il ne faut qu’une si petite quantité d métal pour colorer de grandes masses, qu’o ne peut regarder la couleur comme parti! intégrante d’aucune substance; et c’est ps ? cette raison que les jaspes peuvent être re gardés comme aussi simples que le quartz I quoiqu’ils soient presque toujours fortemei i colorés. Ainsi nous présenterons d’abord ci | cinq verres primitifs; nous suivrons leuij combinaisons et leurs mélanges entre eux et, après avoir traité de ces grandes masse vitreuses formées et fondues par le feij nous passerons à la considération des mass< argileuses et calcaires qui ont été produit» ! et entassées par le mouvement des eaux.

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