‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 96 sur 147 · DE LÀ CRAIE · texte numérisé non relu

DE LÀ CRAIE

ts de craie surmontés par d’ajatres matières ui n’ont pu être amenées que par alluvion, un me en Pologne, où les craies sont très- Dondanîes , et particulièrement dans le tertoire de Sadki,- où M. Gueitard dit, d’après zaczynski , qu’on ne trouve la craie qu’au essous d’un lit de mine de fer qui est préîdé de plusieurs autres couches de difféintes matières.

Ces dépôls de craie formés au fond de la er par le sédiment des eaux n’étoient pas 'iginairernent d’une matière aussi simple 1 aussi pure qu’elle l’est aujourd’hui ; car 1 trouve, entre les couches de cette maère crétacée, de petits lits de substance treuse ; le silex , que nous nommons pierre fusil, n’est nulle part en aussi grande îantité que dans les craies. Ainsi cette vussière crétacée étoit mélangée de partiîles vitreuses et silicées , lorsqu’elle a été ansportéeet déposée par les eaux; et après établissement de ces couches de craie mêes de parties silicées, l’eau les aura pénéées par infiltration, se sera chargée de ces irticules silicées, et les aura déposées entre s couches de craie, où elles se seront réues par leur force d’affinité; elles y ont pris forme et le volume que les cavités ou les tervalles entre les couches leur ont permis î prendre. Cette sécrétion de silex se fait ms les craies de la même manière que celle ; la matière calcaire se fait dans les argiles: îs substances hétérogènes , atténuées par îàti et entraînées par sa filtration, sont jalement posées entre les grandes couches ; craie et d’argile, et disposées de même î lits horizontaux ; seulement on observe 1e les petites masses de pierres calcaires nsi formées dans l’argile sont ordinaireent plates et assez minces, au lieu que les asses de silex formées dans la craie sont ■esque toujours en petits blocs épais et armdis. Celte différence peut provenir de ce te la résistance de l’argile est plus grande le celle de la craie ; en sorte que la force ; la masse silicée qui tend à se former ulève ou comprime aisément la craie dont le se trouve environnée; au lieu que la ême force ne peut faire un aussi grand ’fet dans l’argile, qui, étant plus compacte : plus pesante, cède plus difficilement et sè imprime moins. Il y a encore une différence ès-apparente dans l’établissement de ces mx sécrétions, relativement à leur qualité : dans les collines de craie coupées à ic on voit partout ces lits de silex, dont la mleur brune contraste avec le blanc de la juche de craie; souvent il se trouve de

distance à autre plusieurs de ces lits posés horizontalement entre les grands lits de craie, dont l’épaisseur est de plusieurs pieds, en sorte que toute la masse de craie , jusqu’à la dernière couche , paroît être traversée horizontalement par ces petits lits de silex , au lieu que dans les argiles coupées de même à-plomb les petits lits de pierre calcaire ne se trouvent qu’entre les couches supérieures, et n’ont jamais autant d’épaisseur et de continuité que les lits de silex, ce qui paroît encore provenir de la facilité de l’infiUration des eaux dans la craie , qu’elles pénètrent dans toute son épaisseur; au lieu qu’elles ne pénètrent que les premières couches de l’argile , et ne peuvent par conséquent déposer des matières calcaires à une grande profondeur.

La craie est blanche, légère, et tendre; et , selon ses degrés de pureté , elle prend différens noms. Comme toutes les autres substances calcaires , elle se convertit en chaux par l’action du feu , et fait effervescence avec les acides : elle perd environ un tiers de son poids par la calcination , sans que son volume en soit sensiblement diminué , et sans que sa nature en soit essentiellement altérée ; car , en la laissant exposée à l’air et à la pluie, cette chaux de craie reprend peu à peu les parties intégrantes que le feu lui avoit enlevées, et dans ce nouvel état on peut la calciner une seconde fois, et en faire de la chaux d’aussi bonne qualité que la première. On peut même se servir de la craie crue pour faire du mortier, en la mêlant avec la chaux ; car elle est de même nature que le gravier calcaire, dont elle ne diffère que par la petitesse de ses grains. La craie que l’on commît sous le nom de blanc d’Espagne est l’une des plus fines, des plus pures , et des plus blanches ; on l’emploie pour dernier enduit sur les autres moriiers. Cette craie fine ne se trouve pas en grandes couches, ni même en bancs, mais dans les fentes des rochers calcaires et sur la pente des collines crétacées ; elle y est conglomérée en peloles plus ou moins grosses ; et quand cette craie fine est encore plus atténuée , elle forme d’autres concrétions dune substance encore plus légère, auxquelles les naturalistes ont donné le nom de lac lunœ (nom très-impropre, puisqu’il ne désigne qu’un rapport chimérique) , medulla saxi (qui ne convient guère mieux, puisque le mot saxum , traduit par ces mêmes naturalistes , ne désigne pas la pierre calcaire , mais le roc vitreux) : cette matière serait donc mieux désignée par le nom de

L MINÉRAUX

fleur de croie ; car ce n’est en effet que la partie la plus ténue de la craie , que l’eau détache et dépose ensuite dans les cavités que le rencontre. Et lorsque ce dépôt, au lieu de se faire en masses, ne se fait qu’en superficie , cette même matière prend la forme de lames et d'écailles auxquelles ces mêmes no.uenclateurs en minéralogie ont donné le nom d'agaric minéral (ce qui n’est fondé que sur une fausse analogie).

I.es hommes, avant d’avoir construit des maisons, ont habité les cavernes : ils se sont mis à l’abri des rigueurs de l’hiver et de la trop grande ardeur de l’été, en se réfugiant dans les anlres des rochers ; et lorsque cette commodité leur a manqué , ils ont cherché à se la procurer aux moindres frais possibles, en lais i nt des galeries et des excavations dans les matières les moins dures, telles que la craie. Le nom de Troglodytes (habitans des cavernes), donné aux peuples les plus antiques, en est la preuve, aussi bien que le grand nombre de ces grotte* que l’on voit encore aux Indes, en Arabie, et dans tous les climats où le soleil est brûlant et I ombrage rare. La plupart de ces grottes ont été travaillées de main de l’homme, et souvent agrandies au point de former de vastes habitations souterraines, où il ne manque (pie la facilité de recevoir le jour; car, du reste, elles sont saines, et , dans ces climats chauds, fraîches sans humidité. On voit même dans nos coteaux et collines de craie des excavations à rez-de-chaussée, pratiquées avec avantage et moins de dépense qu’il ne faudrait pour construire des murs et des voûtes ; et les blocs tirés de ces excava ions servent de matériaux pour bâtir les étages supérieurs. La craie des lits inférieurs est en effet une espece de pierre assez tendre dans sa carrière, mais qui se durcit à l'air, et qu’on peut employer non seulement pour bâtir, mais aussi pour les ouvrages de sculpture.

La craie n’est pas si généralement répandue que la pierre calcaire dure; ses couches, quoique tres-étendues en superficie, ont rarement autant de profondeur (pie celle des autres pierres, et, dans cinquante ou soixante pieds de hau eur perpendiculaire, on voit souvent les degrés du plu* ou moins de solidité de la craie. Elle est ordinairement en poussière ou en moellon 1res- endre dans le lit supérieur ; elle prend plus de consistance à mesure qu’elle est siluée plus bas ; et comme l’eau la pénétré jusqu’à ta plus grande piofo id. ur, et *e charge des molécules crétacées les plus fines , elle produit non seule-

ment les pelotes de blauc d’Espagne, d‘ moelle de pierre * , et de fleur de craie mais aussi les stalactites solides ou en tuyau] dont sont formés les tuf*. Toutes o s cou crétions qui proviennent des détrimens d» la erab ne contiennent point de coquilles elles sont , comme toutes les autres exsuda fions ou stillations, composées des particu les les plus déliées que l’eau a enlevées e ensuite déposées sous différentes formes dan , le* fentes ou cavités des rocher*, ou dan les lieux plus bas où elles se sont rassem blées.

Ces dépôts secondaires de matières créta cées se font assez promptement pour rem plir en quelques années des trous de trois oi quatre pieds de diamètre , et d’autant d< profondeur. Toutes les personnes qui on planté des arbres dans les terrain* de craie ont pu s’apercevoir d'un fait qui doit servi) ici d exemple. Ayant planté un bon uombn d’arbres fruitiers dans un terrain fertile et grains, mais dont le fond est d’une craie blanche et molle , et dont les couches om une assez grande profondeur, les arbres v poussèrent assez vigoureusement la premier# et la seconde année ensuite ils languirent et périrent. Ce mauvais succès ne rebuta par le propriétaire du terrain ; on fil des tranchées plus profondes, dont on tira toute la craie , et on les remplit en*uile de bonne terre végétale, dans laquelle on planta d# nouveaux arbres ; mais ils ne réussirent pas mieux , et tous périrent en cinq ou six an* 1 nées. Ou vi*ita alors avec attention le terlj rain où ces arbres avoient été plantés, el l’on reconnu i avec quelque surprise que la! bonne terre qui avoit été mise dans les tram chées éloit si fort mêlée de craie, quelle avoit presque disparu, et que celte trèsgrande quantité de malières crétacées n’a voit été amenée que par la stillation des eaux 2|

Cependant celte même craie, qui paroîl si stérile el même si contraire à la végétal lion, peut l’aider et en augmenter le prol duit en la répandant sur les terres argileu-i ses trop dures et trop compactes ; c’est cl1 que Ion appelle marner les terres , et eettâ e*pece de préparation leur donne de la fécondité pour plusieurs années; mais comme 1 les terres de differentes qualités demandent 1

1. On a aussi nommé cette moelle de pierre ou j de craie farina mineralis , parce qu’elle ressemble à la farine par sa blancheur et sa légèreté, et qu’on i a même prétendu , mais fort mal a propos, qu’elle i peut devenir un aliment en la mêlant avec de IfQ ■ farine de rain.

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