‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 97 sur 147 · DE LA MARNE · texte numérisé non relu

DE LA MARNE

La marne n’est pas une terre simple, iis composée de craie mêlée d’argile ou limon; et, selon la quantité plus nu moins inde de ces terres argileuses ou limoneu- , la marne est plus ou moins seche ou is ou moins grasse. Il faut donc, avant l’employer à 1 amendement d’un terrain, onnoîire la quan ilé de craie contenue is la marne qu ou y destine; et cela est é par l'épreuve des acides, et même en taisant délayer dans l’eau. Or toute marne lie et qui contiendra beaucoup plus de ie que d’argile ou de limon conviendra ir marner les terres dures et compactes, î l’eau ne pénétré que difficilement, et se durcissent et se crevassent par la sétresse ; et même la craie pure , mêlée avec terres , les rend plus meubles , et par iséquent susceptibles d’une culture plus •*e ; elles deviennent aussi plus fécondes ■ la facilité que l’eau et les jeunes racines plantes trouvent à les pénétrer et à ncre la résistance que leur trop grande opacité opposoit à la germination et au eloppement des graines délicates. La craie, fe et même le sable fin, de quelque nae qu’il soit, peuvent donc être employés c grand avantage pour marner les terres p compactes ou trop humides; mais il t au contraire de la marne mêlée de i ucoup d’argile , ou mieux encore de terre loueuse , pour les terres stérile s par séresse, et qui sont elles-mêmes compo- > de craie, de tuf, et de sable. La marne dus grasse est la meilleure pour ces leris maigres; et pourvu qu il y ait dans la 'ne qu’on veut employer une assez grande ntité de parties calcaires pour que l’ary soit divisée, cette marne presque enemenl argileuse, et même la terre liinose toute pure , seront les meilleurs engrais jn puisse répandre sur les terrains sajx. Entre ces deux extrêmes il sera aisé saisir les degrés intermédiaires , et de mer à chaque terrain la quant ilé et la lité de la marne qui pourra convenir pour rais l. Ou doit seulement observer que

j M. Faujas de Saint-Fond parle de certains k ons du Dauphiné qui sont très-fertiles et dont

dans tous les cas il faut mêler la marne avec une certaine quantité de fumier ; et cela est d’autant plus nécessaire que le terrain est plus humide et plus troid. Si l’on répand les marnes sans y mêler du fumier, on perdra beaucoup sur le produit de la première et même de ia seconde récolte : car le bon effet de l’amendement rnarneur ne se manifeste pleinement qu’a la troisième ou qua irieme année.

Les marnes qui contiennent une grande quantilé de craie sont ordinairèmen* blanches; celles qui sont grises, rougeâtres ou brunes, doivent ces couleurs aux argiles ou à la terre limoneuse dont elles sont mélangées ; et ces couleurs plus ou moins foncées sont encore un indice par lequel on peut juger de la qualité de chaque marne en particulier. Lorsqu’elle est tout -à-fait convenable à la nature du terrain sur lequel ou la répand , il est alors bonifié pour nombre d’années2, et le cultivateur fait un double profit ; le premier , par l’épargne des fumiers, dont il usera beaucoup moins, et le second, par le produit de ses récoltes, qui sera plus abondant. Si l'on n’a pas à sa portée des marnes de la qualité qu exigeraient les terrains qu’on veut améliorer, il est presque toujours possible d’y suppléer en répandant de l’argile sur les terres trop légères , et de la chaux sur les terres trop fortes

le sol contient environ un quart de matière calcaire mëlee naturellement avec un tiers d’argile noire, tenace, mais rendue friable par environ un quart d’un sable sec et grenu ; et, pour le surplus, d’un second sable fin. doux , et brillant.. Voyez le Mémoire sur la Marne, par M- Faujas de Saint- Fond , et les Affiches du Dauphiné , octobre 1780.

2. Suivant Pline, la fécondité communiquée aux terres par certaines marnes dure cinquante et jusqu’à quatre vingts années. Voyez son Histoire naturelle, liv. XVII , chap. 7 et 8. tl dit aussi que c’est aux Gaulois et aux Bretons qu’on doit l’usage de cet engrais pour la fertilisation des terres. (Idem, d/id .)

M. de Gensanne , en parlant des marnes , fait de bonnes observations sur leur emploi , et il cite un exemple qui prouve que cet engrais est non seule ment utile pour augmenter la production ries grains, mah aussi pour faire croître plus promptement et plus vigoureusement les arbres, et en particulier les mûriers blancs. ( Histoire naturelle d\i Languedoc , tome I.)

ou trop humides; car la chaux éteinte est absolut '--eut de la même nature que la craie, puisqu’elles ne sont toutes deux que de la pieiTt, calcaire réduite en poudre. Ce qu’on a dit sur les prétendus sels ou qualités particulières de la marne pour la végétation, sur son eau générative , etc. , n’est fondé que sur des préjugés. La cause principale et peutêtre unique de l’amélioration des terres est le mélangé d’une autre terre différente, et don; les qualités se compensent et font de dmix terres stériles une terre féconde. Ce n’est pas que les sels en petite quantité ne puissent aider les progrès de la végétation et en augmenter le produit : mais les effets du mélange convenable des terres sont indépendans de celte cause particulière; et ce seroit beaucoup accorder à l’opinion vulgaire que d’admettre dans la marne des principes plus actifs pour la végétation que dans toute autre terre , puisque par elle-même la marne est d’autant plus stérile qu’elle est plus pure et plus approchante de la nature de la craie.

Comme les marnes ne sont que des terres plus ou moins mélangées et formées assez nouvellement par les dépôts et les sédimens des eaux pluviales , il est rare d’en trouver à quelque profondeur dansleseindela terre; elles gisent ordinairement sous la couche de la terre végétale , et particulièrement au bas des collines et des rochers de pierres calcaires qui portent sur l’argile ou le schiste. Dans certains endroits la marne se trouve en forme de noyaux ou de pelotes; dans d’autres elle est étendue en petites couches horizontales ou inclinées suivant la pente du terrain; et lorsque le^ eaux pluviales chargées de cette matière s’infiltrent à travers les couches de la terre , elles la déposent en forme de concrétions et de stalactites, qui sont formées de couches concentriques et irrégulièrement groupées. Ces concrétions provenant de la craie et de la marne ne prennent jamais autant de dureté que celles qui se forment dans les rochers de pierres calcaires dures; elles sont aussi plus impures; elles s’accumulent irrégulièrement au pied des collines, pour y former des masses d’une substance à demi pierreuse , légère , et poreuse , à laquelle on donne le nom de tuf , qui souvent se trouve en couches assez épaisses et très-étendues au bas des collines argileuses couronnées de rochers calcaires.

C’est aussi à cette même matière crétacée et marneuse qu’on doit attribuer l’origine de toutes les incrustations produites par les eaux des fontaines , et qui sont si communes dans tous les pays où il y a de hautes colli-

nes de craie et de pierres calcaires. L’eai des pluies, en filtrant à travers les couche de ces matières calcaires , se charge des par ticules les plus ténues qu’elle soutient e porte avec elle quelquefois très-loin; elle et dépose la plus grande partie sur le fond e contre les bords des routes qu’elle parcourt et enveloppe ainsi toutes les matières qui s trouvent dans son cours : aussi voit-on de , substances de toute espèce et de toute figur revêtues et incrustées de celte matière pier reuse, qui non seulement en recouvre la sui face , mais se moule aussi dans toutes les ea vités de leur intérieur; et c’est à cet effe1 très-simple qu’on doit rapporter la cause q(i produit ce que l’on appelle communémer des pétrifications , lesquelles ne diffèrent de incrustations que par cette pénétration dan tous les vides et interstices de l’intérieur de matières végétales ou animales , à mesuis qu’elles se décomposent ou pourrissent.

Dans les craies blanches el les marnes lé plus pures on ne laisse pas de trouver dé différences assez marquées, surtout pour h sels qu’elles contiennent. Si on fait bouilli quelque temps dans de l’eau distillée un certaine quantité de craie prise au pied d’un colline ou dans le fond d’un vallon, et qu’î près avoir filtré la liqueur on la laisse évî porer jusqu’à siccité, on en retirera du nitr et un mucilage épais d’un rouge brun; e certains lieux même le nitre est si abondât i dans celte sorte de craie ou de marne, qt ; a ordinairement la forme de tuf, que l’o > pourroit en tirer du salpêtre en très-grand quantité, et qu’en effet on en tire bien pW abondamment des décombres ou des mut bâtis de ce tuf crétacé que de toute auti matière. Si l’on fait la même épreuve sur ] ; craie pelotonnée qui se trouve dans les feiHl tes des rochers calcaires, et surtout sur cm masses de matière molle et légère de fleur d « craie dont nous avons parlé, au lieu de nitlj a on n’en retirera souvent que du sel marin s sans aucun mélange d’autre sel , et en bean ; coup plus grande quantité qu’on ne retire d nitre des tufs et des craies prises dans les va Ions et sous la couche de terre végétale. Cett ! différence assez singulière ne vient que i la différente qualité des eaux ; car, indépe de damment des matières terreuses et biium lieuses qui se trouvent dans toutes les easl la plupart contiennent des sels en assei grande quantité, et de nature différerrïl! selon la différente qualité du terrain où elle l ont passé ; par exemple, toutes les eau dont les sources sont dans la couche de terr végétale ou limoneuse contiennent une a«

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