‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 121 sur 235 · PIERRES OLLA1RES · texte numérisé non relu

PIERRES OLLA1RES

Cette dénomination est ancienne , et parait bien appliquée à ces pierres dont on peut faire des marmites et d’autres vases de cuisine ; elles ne donnent aucun goût aux comestibles que l’on y fait cuire ; elles ne sont mêlées d’aucun autre métal que de fer, qui , comme l'on sait , n’est pas nuisible à la santé : elles étaient bien connues et employées aux mêmes usages dès le temps de Pline; on peut les reconnaître par sa description , pour les mêmes , ou du moins pour semblables à celles que l’on tire aujourd’hui du pays des Grisons, et qui portent le nom de pierres de Côme 4 , parce qu’on les travaille

ploa rare que le blanc, 8° de la terre d’amiante blanche, sèche, provenant de l’amiante blanc détruit. Lettres sur la Minéralogie , par M. Ferber, pages 408 jusqu’à 414.

* Pesanteur spécifique du talc de Moscovie 27917, du mica noir 29004 , de la serpentine demi-transparente fibreuse 29960. Tables de M. Rrisson.

1 Pesanteur spécifique du talc de Moscovie 27917, du mica blanc 27044 , du mica jaune 26346. Idem , ibidem.

1 Pesanteur spécifique de la serpentine d’Italie ou gabro des Florentins 24393, de la serpentine opaque tachée de noir et de blanc 23767, de la serpentine opaque tâchée de noir et de gris 22643, de la serpentine opaque veinée de noir et d’olivâtre 23939 , de la serpentine demi-transparente 23803. Idem , ibid.

4 Celle qu’on trouve chez les Grisons, dit M. Poit , est extrêmement connue : c’est celle que Pline , et après lui Scaliger et Gessner ont nommée Pierre de Côme. Ce n’est pourtant pas de Côme, mais de Plurium (Pleurs) ville située auprès du | iac de Côme . qu’elle vient ; mais les vases qu’on en fait se por * j

n’est pas vitreuse, mais écailleuse. Sa substance

est semée de particules brillantes de mica ; e lie

n’a que peu de dureté et se coupe aisément ; on

la travaille au ciseau et au tour: elle est douce

au toucher, et sa surface polie est d’un gris mêlé de noir. Cette pierre se trouve en petits bancs sous des rochers vitreux beaucoup plus durs, en sorte qu’on en exploite les carrières sous terre en suivant ce lit de pierre tendre 1 , comme

lent ensnite à Côme , comme à la foire la plus célèbre qui soit dans le voisinage.... « On fait avec la pierre de Côme, sui- « vaut Scaliger, des chaudières si minces qu’elles semblent « presque du métal batlu ; c’est en creusant la pierre en de- « hors qu’on lui donne la forme de chaudière, et ils le font « avec tant de dextérité qu’ils détachent une enveloppe, puis « une autre, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce « qu’il ne reste que les pots les plus petits qu’il soit possible, « ensuite de quoi ils portent tous ces vases aux foires l’un dans « l’autre , et tellement contigus qu’ils ne semblent faire encore « qu’une seule masse. » Burnet confirme la même chose dans son Voyage de Suisse , ajoutant « qu’ils détachent ces vases « les uns des autres par le moyen d’une meule à eau , à la- « quelle des couteaux sont attachés. Il dit aussi qu’on cuit les « aliments beaucoup plus vite dans ces pots que dans des pots » de métal, que le fond et le bas y demeurent beaucoup plus « chauds , que les viandes y ont un goût plus savoureux , que * le feu n’y fait point de fentes , et que s’ils viennent à se eas- « ser, on peut les recoudre aisément avec un fil-de-fer. i II y a auprès de Plurium (Pleurs) ville des Grisons, une montagne toute remplie de cette pierre, qu’on en tirait en si grande quantité que cela faisait, au rapport de Scheuchzer, un profit de soixante mille ducats par au ; mais il y a toute apparence que c’est en continuant imprudemment à creuser cette montagne pendant, tant de siècles , qu’on a attiré à la ville la catastrophe par laquelle elle fut ensevelie sous la montagne en <618 ; car, suivant Gulerus, cette montagne qui s’appelle Conta, avait été travaillée et creusée sans interruption , depuis la naissance de Notre-Seigneur. Néanmoins Scheuchzer dit qu’on trouve encore aujourd'hui de semblables pierres , surtout aux environs de Chiavenne , et dans la vallée de Verzache, et qu’on en fait au tour divers vases , des pots, des écritoires, etc., qui sont d'une couleur cendrée ou verte, ayant d abord beaucoup moins de consistance que quand ils ont durci pendant quelque temps à l’air. Mémoires de l’Académie de Berlin , année 1747, page 59 et suivantes.

* C’est à cette pierre qu’on doit rapporter le passage suivant : « Il ne faut pas oublier de vous parler ici de je ne sais quels « pots de pierre, dont non-seulement ils se servent en ce « pays-là, mais qui sont communs dans toute la Lombardie, « et qu'on appelle lavege. La pierre dont iis les font est une « pierre huileuse, mais surtout si écailleuse , que si vous la « touchez il s'attache de l'écaille à vos doigts , et c’est au Tond « une espèce d’ardoise dont ils ont trois mines , l'une auprès « de Chiavenne . l’autre est en la Valteline , et la troisième est « chez les Grisons.... Pour mettre ce. te pierre en œuvre et « pour en faire des pots, ils commencent par la tirer de la « mine en la levant en petits blocs , d’environ un pied et demi « de diamètre , et d’épaisseur un pied et quelque chose , après « quoi iis les portent à un moulin d’eau, où par le moyen « d’une roue qui fait jouer quelques ciseaux, et cela avec une « si grande facilité que celui qui mène l'ouvrage , pe^ dé- « tourner sa roue de l’eau quand il lui plaît; d’abord la grosse « croûte en est ôtée, puis elles sont polies, tant qu'enfin en « appliquant sur diverses lignes de chacune d’elles le ciseau

tffl

HISTOIRE NATURELLE

i on suivrait un veine de charbon de terre. On tranche à la scie les blocs que l’on en tire , et I on en tait ensuite de la vaisselle de toutes formes ; elle ne casse point au feu, et les bons économes la préfèrent à la faïence et à la poterie. Comme toutes les^autres pierres ou terres, elle s échauffe et se refroidit plus vite que le cuivre ou le fer* et lorsqu’on lui fait subir l’action d’un feu violent, elle blanchit et se durcit au point de faire feu contre l’acier.

Toutes les autres pierres ollaires ont à peu près les mêmes propriétés , et ne diffèrent de la pierre de Côme que par la variété de leurs couleuis : il y en a dans lesquelles on distingue à la fois du blanc, du noir, du gris, du vert et du jaune; d’autres dans lesquelles les paillettes de mica et les petites lames talqueuses sont plus nombreuses et plus brillantes : mais toutes sont opaques, tendres et douces au toucher ; toutes se durcissent à l’air, et encore plus au feu; toutes participent de la nature du talc et de l’argile, elles en réunissent les propriétés , et peuvent être regardées comme l’une des nuances par lesquelles la nature passe du dernier degré de la

décomposition des micas au premier degré de la composition des argiles et des schistes.

La densité de la pierre de Côme et des autres pierres ollaires est considérablement plus grande que celle de la plupart des serpentines, et encore plus grande que celle du talc ' ; ce qui me fait présumer qu’il est entré des parties métalliques , et particulièrement du fer dans leur composition , ainsi que dans la serpentine fibreuse , et dans le mica noir qui sont beaucoup plus pesants que les autres : on en a même acquis la preuve; car après avoir pulvérisé des pierres ollaires, M. Pott et d’autres observateurs en ont tiré du fer par le moyen de l’aimant. Ce fer était donc dans son état magnétique lorsqu’il s’est mêlé avec la matière de ces piei res , et ce fait nous démontre encore que toutes ces pierres serpentines et ollaires ne sont que de seconde , et même de troisième formation, et qu elles n ont été produites que par les détriments et les exfoliations des talcs et des micas mêlés de particules de fer.

Ces pierres talqueuses se trouvent non-seulement dans le pays des Grisons, mais dans plusieuis autres endroits de la Suisse2 ; et il est à

« on en enlève un certain nombre de pots , dont, les uns s grands et les autres petits, selon (pie la circonférence « approchant du centre, va toujours en diminuant ; c « ainsi que .se fait le corps du pot, qui ensuite de cela « garni d anses et des autres accompagnements qui lui s<

« IrrNjT'^i êlre en é!at de servir, après quoi il porté dans la cuisine. Au reste, on remarque que ces n

« de pierre bouillent plus tôt que les pots de métal . corn ’ aussi que les pots de métal transmettent leur chaleur à « liqueur qn ils contiennent , qu’ils en conservent très-r

i sansrsCJ'h"-reS,’ jï?'"'e-|à «"'O” f'"1 y arrêler ia « fÜilV b er’ taru ,S que ces pots de l,ierre (jui sont (le aussl epais fl"e les a'dres demeurent toujours extraor « na.rement chauds: on remarque aussi de ces pots Z

• ne donnent aucun mauvais goût à la liqueur qu y bout

; q.m. s, « LiZ “m

au feu ; j n y a que la chute qui la brise, et encore v a- ( ■ du remède quand eela arrive ; car si vous voulez preudr

‘ Kent ^ernmoim-J K*»™ Parties se rassemblent cileruent, et par le moyen du fil d’archal se lient si bien

unes aux autres, qu’il n’y reste de trous que ceux que le archal a laits , mais qu’il a remplis en même temps II <

serefom Uter ^ ^ P°‘S 86 fissent aussi ^binent qn' se refont , mais ce n est pas cela.... On a beaucoup de nei

à tirer la pierre de la mine dont l’ouverture n’a pour fc

dma.re que trois pieds de hauteur, ceux qui y travaille

sont obliges de se couler sur le ventre près d’un demi-mill

t, , eP7r r°Ir rPf 13 Pi6rre ’ de ia 1,apPortei' ^ cette p, lu e -m leurs hanches, une chandelle attachée au front •

! lu V*’ai ds onl des couss ns sur les hanches, qui emu

" lent <lu ,Is ,ie so1ent offensés de la dureté de la pie-ri

* mais quand il n’y aurait que la pesanteur de la pierre

« CCS sortes^ ,eXt!eraemem incommodés de leur travail ; c Voyages enF*6 pienes Pese,Jt ordinaimnent deux cents

iSSZZET ' c,c - "ar Bun" 1 • RuUm,a'" • •«. »

>a pesanteur spécifique de la pierrede Côme est de 28729; celle de la pierre oliaire feuilletée de Suède est de 2853t. celte du talc de Moscovie n'est que de 27917; celle de la plupart des serpentines est entre 22 et 26000.

- « Dans le pays des Grisons, les pierres talqueuses, dit « M. Guettard , se rencontrent fréquemment vers les sources « du Bas-Rhin ; il y en a dont le fond est blanc, et les paillettes « dorées ou argentées ; à Jannico , le talc est blanc, à Phlinuy, « il est de la même couleur, et la pierre a des veines d’un « brun foncé ; à Soglio et sur le mont Bergetta, il est blanc, et « d un blanc tirant sur le vert ; enfin on en voit dans quelques « autres endroits où il est vert et à demi transparent ; cette « pierre, suivant M. Scheuchzer, est celle que Pline nomme « pierre de Côme, ville où l'on apportait les vaisseaux fabri- « qués de cette pierre, pour les envoyer dans toute l'Italie;

« elle venait d üscion près de Chiavenne, et on y en tire en- « core aujourd'hui.... Il y en a encore proche Pleurs , dans les « endroits appelés Dafile et Casetto, dans le comté de celte « ville, au pied de la montagne de Loro, au-dessus des bains i de Masseno et dans la vallée de Malanga , tous endroits de la « V ulteline... 11 y en a encore dans la vallée de Verzasca, dans la « préfecture de Loeanio dans le Valais , entre Yisp et Stalden.

« Cette pien e n'est pas la même dans tous ces endroits: celle qui « se tire près de Chiavenne est grise, dans le Comté de Pleurs et « aviso, elle est d’un vert noirâtre avec des taches blanches.

« et on en fait usage pour les fourneaux meme pour ceux où « l’on entretient un feu continuel; elle est plus blanche et « plus tendre dans la vallée de Verzasca. Les difféiences de « couh ur et de dureté dans cette pierre la rapprochent « beaucoup de celle du Canada que j’ai dit être une pierre ol- * laire , et si elle en diffère , ce n’est certainement qu’en très- « peu de chose.... La montagne Royale et plusieurs autres en- « droits de la Suisse onl une pierre taiqueuse cendrée , qui se « lève par tables; celle que j’ai examinée, et qui était delà « montagne Boyale, était composée de paillettes de moyenne « grandeur, d’un beau blanc argenté , et liées par une matière

DES M1iM.HA.IjX.

présumer qu’on en trouverait dans le voisinage de la plupart des grandes montagnes vitreuses de l’un et de l'autre continent ' : on en a trouvé non-seulement en Italie et en Suisse , mais en France, dans les montagnes de l’Auvergne8;

« spatheuse ou quartzeuse ; l’autre pourrait bien être un « schiste puisqu’elle se lève par tables... Le cac-ton de Zurich « ne manque pas de pierres talqueuses dont le fond est rou- < geâtre, mêlé de parties de talc dorées ou argentées ; une de « cette nature que j’ai vue, et qui se trouve, suivant M. Cap- « peller, dans plusieurs endroits de la Suisse , était par lits « d une ou deux lignes entrecoupés par des lits de talc plus c minces et d’un rouge cuivreux. Les environs de Zurich en « ont une qui est employée dans les bâtiments , et qui a du « talc cendré; proche Skenen en Tennaker, ce talc est blanc... « On trouve des blocs de talc d’un jaune d’or à Bulach. » Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1732 , page 323 et suivantes.

* M. Guettard croit qu’on trouverait dans le Canada , un grand nombre de pierres qui pourraient être travaillées comme les pierres ollaires : il cite celle qui se trouve au cap Tourmente , à dix lieues de Québec, au nord du fleuve Saint- Laurent; une autre au cap aux Oies proche la baie Saint-Paul, an nord du même fleuve; d’autres dans les montagnes de la baie des Châteaux , côtes de Labrador, au nord de l’île de Terre-Neuve , et au sud-ouest des terres du Groenland , sur les bords de la mer. Idem , page 202 et suivantes. — « J’ai « vu, dit M. Pott, une pierre ollaire assez dure . qui vient de « Pensylvanie... L’Alb magne en possédé aussi. La contrée de « Bareuth,en Franconie , en fournit assez abondamment pour

* qu’elle se répande de là presque par toute l’Allemagne: on « l’appelle sur les lieux Schmeerstein ou Mealbatz, mais « coupée en petits bâtons oblongs , les marchands la nomment « craie d’Espagne. Gaspard Bruschius est le premier qui en « ait fait mention il y a déjà près de deux cents ans. Thiers- « cheim , dit cet auteur, est un bourg situé sur la rivière de « Titterbach, à un demi-mille d’Artzbourg , moitié chemin « entre Égra et Wundsidel. Il se fait tous les ans , dans cet « endroit , une quantité prodigieuse de petites boules à jouer « pour les enfants , et même de boulets pour les canons de « fonte. La matière en est une terre tenace et fraîche, que les « habitants nomment schemeerstein, et qu’ils creusent par-

* tout à l’entour de leur bourg.... Ils la font durcir au feu, et « en envoient de pleins chariots à Nuremberg, d’où le débit

* s'en fait par toute l’Allemagne... »

Bruckmann , parlant de la même matière, dit qu’on en fait des boîtes à poudre , des cruches , des beurrières , des tasses pour le thé et le café , en la préparant au feu ; qu’il se trouve dans cette pierre des dendrites où la figure de l’arbre se conserve au feu. Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1744, page 37 et suivantes.

J De toutes les pierres glaiseuses, la plus singulière est celle <’e Salvert, qui est une vraie stéatite ou pierre ollaire , qui peut s’employer comme celle de Corne , pour faire des vaisseaux propres à aller au feu ; suivant M. Dutour, cette pierre e t douce et comme grasse au toucher, assez pesante, de couleur de cendre et susceptible d’être sciée; exposée au feu elle blanchit et exhale une odeur semblable à celle qu’exhale de la pâte mise sur des charbons elle y durcit , s’imbibe dans 1 eau ; détrempée avec l’eau on la pétrit aisément; elle est composée d’un peu de sable vitrifiable mêlé avec beaucoup de terre pétrissable ou d’argile. M. Dutour en a fait quelques vases au tour, et il s’aperçut que l’eau suintait à travers un de ces vases, parce qu’il y avait de petites fentes qui disparurent peu de temps après que l’eau fut versée , et que celle qui était engagée dans les fentes eut achevé de s’évaporer : mais ce va-e plongé dans l’huile d’olive, et porté ensuite dans un tour de boulanger pendant la cuisson du pain , les fentes disparurent pour toujours. Pline attribue à l’huile d’olive la

il y en a aussi dans quelques provinces de l’Allemagne1 , et les relateurs nous assurent qu’on en a rencontré en Norwége et en Groenland8. Ces pierres sont aussi très-communes dans quelques îles de l’Archipel , où il parait qu’on les emploie depuis longtemps à faire des vases et de la vaisselle3.

On pourrait se persuader , en lisant les cita-

propriété d’endurcir les vases de la pierre de Siphne. Les chaudières de pierre que l’on fait à Corne en Italie sont enduites, avant que d’en faire usage , d’une pâte faite avec de la farine, du vin et des œufs.

La stéatite de Salvert est bonne pour détacher : cette pierre convient avec celle de Bareuth, dont parle M. Pott. On ne connaissait point cette pierre en France , à ce que je crois, avant queM. Dutour l’eût découverte; il dit que la pierre des Calumetsdu Canada est du même genre ; il en a vu une qui est d’un beau rouge. La chaîne des pierres glaiseuses de l’Auvergne est intermédiaire au pays des pierres calcaires et à ceux des pierres vitrifiables. M. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1739.

* Myiiusfait mention d’une semblable pierre ollaire que l’on trouve en Saxe, dans la forêt de Schmied-feld auprès de Suhl . qui d’abord est molle , mais qui étant mise au feu prend la dureté du verre.

2 II ne manque pas non plus, dit M. Pott, de stéatites en Norwége , comme on en peut juger par ce vase de pierre de talc de Norxvége, épais , pesant, d’une couleur cendrée, avec une anse de fer, dont parle le Musæum Wormiannm, ajoutant que c’est dans de semblables pots que les Norwégiens cuisent leurs viandes, parce qu’ils soutiennent fort bien la violence du feu, et que la pierre dont ils sont faits étant originairement molle, se laisse creuser et reçoit toutes sortes de figures , jusque-là qu’ils bâtissent des fourneaux avec des lames compactes de cette pierre. J’avais aussi appris par la mission de Groenland de M. Egède , qu’il s’y trouve une pierre de cette espèce d’une couleur mélangée : je l’appelle 'pierre molle , weichsiein. Elle est abondante en Groenland, et les habitants en font des chaudrons et des lampes, quoique l’auteur même veuille faire passer ces vases pour être de marbre. Mémoires de l’Académie de Berlin, cités ci-dessus. — Dans le Groenland , on trouve en plusieurs endroits, et surtout à Balsriver, une pierre tendre dont on fait de la vaisselle; elle est rayée de plusieurs veines , et on l’appelle communëment iceichstein ; elle se trouve en veines étroites et profondes entre les rochers , et la meilleure est celle qui est d’un beau vert de mer, rayée de rouge , de jaune et d’autres couleurs; mais ces raies ont rarement quelque transparence ; cette pierre, quoique fort tendre, est compacte et très-pesante. Comme on ne la trouve point en couches , et qu’elle ne peut s’enlever ni par écailles , ni par feuilles, il est difficile de la tailler en quartiers , sans qu’elle se réduise en grumeaux ; elle est douce et grasse au toucher, comme le suif ou le savon ; étant frottée d’huile, elle a le luisant et le poli du marbre ; elle ne devient pointporeuse à l’air, et prend de la consistance au feu : les Groè’nlandais en ont même des ustensiles et des lampes ; on en envoie de la vaisselle en Danemarck , et la cuisine que l’on y fait est saine et de bon goût. M, Crantz lui donne la préférence sur celle du lac de (arme. Histoire générale des Voyages, tome XIX, page 28.

5 On trouve dans File deSifanto, appelée anciennement Siphnos, une espèce de pierre qu’on peut tourner et. creuser facilement , de sorte qu’on en fait des pots et de la vaisselle pour cuire les aliments et les servir sur table. Ce qu’elle ; de plus singulier, c’est qu’elle devient dure et noire en la frottant avec l’huile chaude, bien qu’elle soit naturellement fort tendre et fort molle. Description de l’Archipel, par Dapper, Amsterdam, 1703, page 357.

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lions que je viens de rapporter en notes , qu’il

est nécessaire d’employer de l’huile pour donner aux pierres ollaires de la dureté et plus de solidité , d’autant que Théophraste et Pline ont assuré ce fait comme une vérité ; mais M. Pott a démontré le premier , que cet endurcissement des pierres ollaires se faisait également sans huile et par la seule action du feu. Cet habile chimiste a fait une longue et savante dissertation sur ces pierres ollaires et sur les stéatitesen général ‘ ; il dit avec raison qu’elles offrent un grand nombre de variétés - : il indique les principaux endroits où on les trouve , et il observe que c’est pour l’ordinaire vers la surface de la terre qu’on rencontre cette matière , et qu elle ne se trouve guère à une grande protondeui . En effet , elle n’est pas de première , mais de seconde, et peut-être de troisième formation ; car la composition des serpentines et des pierres ollaires exige d’abord l’atténuation du mica en lames ou en filets talqueux, et ensuite lem foimation suppose le mélange et la réunion de ces parties talqueuses avec un ciment ferrugineux, qui a donné la consistance et les couleurs à ces

pierres. > . , ,

M. Pott, après avoir examiné les propriétés

de ces pierres, en conclut qu on doit les tappoiter aux argiles , parce qu’elles se durcissent au feu ; ce qui, selon lui, n’arrive qu’aux seules ar-

NATÜUELLE

giles. Il avoue que ces pierres ne se délaient pas dans l’eau comme l'argile, mais que néanmoins en les pulvérisant et les lavant, « elles se lais- « sent en quelque sorte travailler à la roue à po- « tier , et que , réduite en pâte avec de l’eau ,

« cette pâte se durcit au feu 1 . » Nous observerons néanmoins que ce n’est pas de 1 argile, mais du mica que ces pierres tirent leur origine et leurs principales propriétés, et que, si elles contiennent de l’argile, ce n’est qu’en petite quantité, et toujours beaucoup moins qu’elles ne contiennent de mica ou de talc } seulement on peut passer par degrés des stéatites à l ardoise, qui contient au contraire beaucoup plus d’argile que de mica , et qui a plusieurs propriétés communes avec elle. Il est vrai que les ardoises, et même les argiles molles qui sont mêlées de talc ou de mica, sont, comme les stéatites, douces et savonneuses au toucher, qu’elles se dur- f cissent au feu , et que leurs poudres ne reprennent jamais autant de consistance que ces matières en avaient auparavant : mais cela prouve seulement le passage de la matière talqueuse a l'argile, comme nous l’avons démontré pour le quartz et le grès \ et il en est de même des auti es verres primitifs et des matières qui en sont composées, car toutes les substances vitreuses peuvent se réduire avec le temps en terre aigileuse.

i voyez les Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747,

deunis la nage 57 jnsqu à la page <8.

5\ Les espèces diffèrent en couleurs, dit M. Pott, il y en a « de jaunes, ae cendrées, de blanchâtres, avec quelques veines « mélangées par-ci par-là : l’espèce blanchâtre est la seule

* qu’on appelle craie d’Espagne... » Le célébré Cramer, en recommandant un fourneau d’une espèce singulière , dit « Sa « matière est une pierre légère et molle, qu’on nommejwerre

* ollaire, mais qui est pourtant plus légère et d une autre na- . tare que la pierre ollaire de Pline ou celles d Appenzellet « de Chiavenne de Suisse , que Scbeuchzer a fait connaître « dans sa description. On en creuse en abondance en Hesse,

« OU plutôt dans le comté de Nassau , aussi bien qu en Ihu- « ringe , pas loin d’Ilmenau, où l’on s’en sert principalement « pour bâtir les maisons , parce qu elle peut être fendue e i scicc» d

Il s’en trouve aussi, quoique plus rarement, dans les mines de Saxe , on l’y appelle speckstein; elle est un peu plus dure eue la craie d Espagne ordinaire, néanmoins du meme genre, de couleur blanche, rouge ou verdâtre, et quelquefois parsemée de taches pourprées et blanches. J’en ai reçu du duché de Magdebourg, une espèce de couleur brune, mais elle s est fondue à la seule ardeur du feu, à cause de la grande quantité de fer qui s’y trouve mêlée.

Il y en a une espèce jaune et rayéecomme le marbre, qu on creuse auprès de la ville deNeiss, en Silésie , quoique assez rarement... J’ai compris, par les lettres d’un ami . quon en rencontrait encore en Silésie, comme autour de Ilissche ieii, de Leignitz, de Goldberg et de Strige, aussi bien que dans les montagnes deStyrieetdn Tyrol. Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747.

MOLYBDÈNE

La molybdène est une concrétion talqueuse, plus légère que les serpentines et pierres ollaires, mais qui , comme elles , prend au feu plus de dureté, et même de densité2. Sa couleur est noirâtre et semblable à celle du plomb exposé à l’air, ce qui lui a fait donner les noms de plombagine et de mine de plomb; cependant elle n’a rien de commun que la couleur avec ce métal , dont elle ne contient pas un atome : le fond dt sa substance n’est que du mica atténué ou du talc très-fin , dont les parties, rapprochées par l’intermède de l’eau, ne se sont pas réunies d assez près pour former une matière aussi compacte et aussi dure que celle des serpentines, mais qui du reste est de la même essence, et nous présente

1 Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747.

2 La pesanteur spécifique de la molybdène du duché e Cumberland estde 20891 ; et lorsqu’elle a subi l’action du feu, sa pesanteur est de 23006.

DES MINERAUX

tous les caractères d’une concrétion talqueuse.

Les chimistes récents ont voulu séparer la plombagine de la molybdène, et les distinguer en ce que la molybdène ne contient point de soufre , et que la plombagine au contraire en fournit une quantité sensible. Il est bien vrai que la molybdène ne contient point de soufre : mais quand même on trouverait dans le sein de la terre de la molybdène mêlée de soufre , ce ne serait pas une raison de lui ôter son nom pour lui donner celui de 'plombagine ; car cette dernière dénomination n’est fondée que sur un rapport superficiel , et qui peut induire en erreur , puisque cette plombagine n’a rien de commun que la couleur avec le plomb. J’ai fait venir de gros et beaux morceaux de molybdène du duché de Cumberland ; et l’ayant comparée avec la molybdène d’Allemagne , j’ai reconnu que celle d’Angleterre était plus pure, plus légère et plus douce au toucher 1 ; le prix en est aussi trèsdifférent, celle de Cumberland est dix fois plus chère à volume égal : cependant ni l’une ni l’autre de ces molybdènes , réduites en poudre et mises sur les charbons ardents, ne répandaient l’odeur de soufre; mais ayant mis à la même épreuve les crayons qui sont dans le commerce, etqui me paraissaient être de la même substance, ils ont tous exhalé une assez forte odeur sulfureuse ; et j’ai été informé que, pour épargner la matière de la molybdène, les Anglais en mêlaient la poudre avec du soufre avant de lui donner la forme de crayon : on a donc pu prendre cette molybdène artificielle et mêlée de soufre, pour une matière différente de la vraie molybdène, et lui donner en conséquence le nom de plombagine. M. Scheele , qui a fait un grand nombre d’expériences sur cette matière , convient que la plombagine pure ne contient point de soufre, et dès lors cette plombagine pure est la même que notre molybdène ; il dit avec raison qu’elle résiste aux acides, mais que , par la sublimation avec le sel ammoniac, elle donne des fleurs martiales 2. Cela me semble indiquer

4 La pesanteur spécifique de la molybdène d’Allemagne est de 22156, tandis que celle de Cumberland n’e st que de 20891 .

2 Expériences sur la mine de plomb ou plombagine , par M. Scheele. Journal de Physique , février 1782. — Je remarquerai que ceci avait déjà été observé par M. Pott, qui a prouvé que le crayon noir ou molybdène est toujours ferrugineux, < en ce que, dit-il , si on le mêle avec du sel ammo- « niac , il donne des Heurs martiales, et que quand le feu l'a « dégagé des parties grasses qui l’environnent , il est attiré par * i aimant, sans parlerde beaucoup d'autres expériences qu’on il,

que le 1er entre dons sa composition, et que c’est a ce métal qu elle doit sa couleur noirâtre.

Au reste, je ne nie pas qu’il ne se trouve des molybdènes mêlées de pyrites , et qui dès lors exhalent au feu une odeur sulfureuse ; mais malgré la confiance que j’ai aux lumières de mon savant ami 31. de Morveau, je ne vois pas ici de raison suffisante pour être de son avis, et regarder la plombagine comme une matière toute différente de la molybdène. Je donne ici copie de la lettre qu’il m’a écrite à ce sujet1 , dans laquelle j’avoue que je ne comprends pas pourquoi cet habile chimiste dit que la molybdène est mêlée de soufre , tandis que M. Scheele assure le contraire, et qu’en effet elle n’en répand pas l’odeur sur les charbons ardents.

Je persiste donc à penser que la molybdène pure n’est composée que de particules talqueuses mêlées avec une argile savonneuse, et teintes par une dissolution ferrugineuse : cette matière est tendre, et donne sa couleur plombée et luisante à toutes les matières sur lesquelles on la frotte ; elle résiste plus qu’aucune autre à la violente action du feu : elle s’y durcit, et l’on en fait de grands creusets pour l’usage des monnaies. J’ai moi-même fait usage de plusieurs de ces

« peut voir dans les Miscellanea Berolincnsia , tome VI, « page 29. »

4 « Je ne doute pas qu’on ne fasse des mélanges avec du « soufre pour des crayons , et que ce que l’on m’avait antre- « fois vendu en masse pour de la molybdène ne fût un de « ces mélanges ; mais je ne puis pins douter maintenant de ce « que j’ai vu dans mes propres expériences sur des morceaux » qui tenaient à la roche quartzeuse , comme celui que vous « avez tenu venant de Suède , et qui par conséquent ne peu- « vent être des compositions artificielles : or de sept éclian- « tillons, tous tenant au rocher, que j’ai éprouvés , et qui se « trouvent ici dans les cabinets de M. de Chamblanc et de « M. de Saint-Mémin , quatre se sont trouvés être de la mo- « lybdène, et trois de la plombagine. Il est facile de les con- « fondre à la vue, mais il est tout aussi facile de les distinguer « par leurs principes constituants, car il n’y a rien de si dilfé- « rent. La molybdène est composée de soufre et d’un acide « particulier , la plombagine est un composé de gaz méphili- « que et de feu fixe , ou phlogistique avec un cinq-cent- « soixante-seizième de fer. J’ai fait en dernier lieu le foie de « soufre avec les quatre molybdènes dont je vous ai parlé; et « pour la plombagine , j’avais déjà répété au cours de l'an- « née dernière toutes les expériences de M. Scheele , que je « m’étais fait traduire, et dont la traduction a été imprimée « dans le Journal de rhysique de février dernier. Ce qui me « persuade que cette distinction entre la plombagine et la « molybdène est présentement aussi connue des Anglais que « des Suédois et des Allemands , c’est que M. Kirwan, de la « Société royale de Londres , m'écrivit peu de temps après, « que j’avais rendu un vrai service aux chimistes français, en « publiant ce morceau dans leur langue , parce qu’ils ne pa- « raissaient pas au courant des travaux des étrangers. » Lettre de M. de Morveau à M. de Bulfon, datée de Dijon , 5 décembre 1782.

Si

HISTOIRE NATURELLE

creusets qui résistent très-longtemps à l’action du plus grand feu.

On trouve de la molybdène plus ou moins pure en Angleterre, en Allemagne, enEspagne 1 ; et je suis persuadé qu’en faisant des recherches en France , dans les contrées de granit et de grès, on en pourrait rencontrer, comme l’on y trouve en effet d’autres concrétions du talc et du mica : cette matière, au prix que la vendent les Anglais , est assez chère pour en faire la recherche, d’autant que l’exportation en est prohibée avant qu’elle ne soit réduite en crayons fins et grossiers, qu’ils ont soin de toujours mélanger d’une plus ou moins grande quantité de

soufre.

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