‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 129 sur 235 · PIERRES A AIGUISER · texte numérisé non relu

PIERRES A AIGUISER

Les anciens donnaient le nom de cos à toutes les pierres propres à aiguiser le fer. La substance de ces pierres est composée des détriments du quartz sou vent mêlés de quelque autre matière vitreuse ou calcaire. On peut aiguiser les instruments de fer et des autres métaux avec tons ces grès-; mais il y en a quelques-uns de bien plus propres que les autres à cet usage : par exemple, on trouve dans les mines de charbon, à Newcastle, en Angleterre, une sorte de grès dont on fait de petites meules et d’excel-

» La pesanteur spécifique de la pierre à rasoir blanche est de 28763 ; celle de l’ardoise, de 28535; et celle du schiste supérieur aux bancs d’ardoise est de 28276.

5 Minéralogie de M. de Bomare, tome I, yage 1 45.

lentes pierres à aiguiser. L’un de nos plus savants naturalistes, M. Guettard , a observé et décrit plusieurs sortes de ces mêmes pierres qui se trouvent aux environs de Paris , le long des bords de la Seine, et il les croit aussi propres à cet usage que celles qu’on tire d’Angleterre ’, et dont les carrières sont situées à deux ou trois milles au sud de Newcastle , sur la rivière de Durham. M. Jars dit que quoiqu’on emploie beaucoup de ces pierres dans le pays , on en exporte une très-grande quantité ?*. Il se trouve aussi en Allemagne, en Suède, et particulièrement dans la province de Dalécarlie, des cos de plusieurs sortes et de différentes couleurs : on assure que quelques-unes de ces pierres sont d’un assez beau blanc, et d’un grain assez fin pour en faire des vases luisants et polis.

La pierre à aiguiser que l’on connaît sous le

4 « Il se trouve , dit M. Guettard , des cos sur les bords de « la Seine, depuis Saint-Ouen jusques assez près de Saint-De- « nis, ou plutôt vis-à-vis rile qui porle le même nom; le bas « des berges, dans cet endroit, est de pierre de taille sem- « blable à celle qu’on emploie à Paris : cette pierre est pré- « cédée par des lits de terres marneuses , blanchâtres ou

* grises ; des bandes de cos coupent les lits de ces terres ; la « couleur de ce coa varie de même que sa dureté ; il y en a « de plus ou moins durs, de plus ou moins blancs ou bruns : « leur dureté est quelquefois telle , quelle appro«he de celle « de la pierre à fusil lorsqu’elle n’est pas taillée.

« On en trouve des morceaux qui sont coa ordinaire dans

* une partie , coa dur, brillant et luisant dans une autre , et « d’autres , pierre à fusilsemblable à la commune. Il s’en ren- « contre encore qui sont très-légers , quoique à la vérité ils « aient une couche mince de cos luisant ; ces moreeaux com- « mencent apparemment à se durcir ; la légèreté de ceux-ci a « de quoi surprendre, si on les compare aux autres morceaux « qui sont très-lourds proportionnellement à leur masse : « pour tout dire en un mot, on trouve de ces pi«rres depuis « l’état de mollesse jusqu'à celui d une très-grande dureté.

« De quelque endroit au reste que ce cos soit tiré, il ne varie « guère que par la couleur qui elle-même ne souffre pas « beaucoup de variétés ; communément il est d'un jaunâtre « clair; on en voit de laiteux, de bleuâtre, et souvent d’un « brun plus ou moins foncé; quelquefois il a extérieurement « une teinte très-légère d’un gris-de-lin très-pâle , et il est « assez blanc intérieurement.

« L’action de l’eau-forte sur celles de ces pierres qui sont « près de Saint-Ouen n’est pas considérable , elle est même « nulle sur celles qui sont devenues pierres à fusil; plus elles « sont tendres et légères , et plus elles jettent de bulles dans

* cet acide; mais ces bulles cessent au bout d'une minute ou « deux, lors même quelles sont le plus abondantes, et le « morceau de pierre qu’on a jeté dans l’acide reste sans se « déformer, quelque temps qu’on l’y laisse après la cessation « de ces bulles.

« Au reste, quels que soient ces coa , il me paraissent très- « propres à faire des pierres à aiguiser aussi bonnes que

* celles qu’on nous apporte d’Allemagne ; elles ont un grain

* aussi fin ; elles sont aussi douces , et elles ont une consis-

* tance égale. » Mémoires del’Académie des Sciences, année

page 172 jusqu’à 193.

2 V()y<<ges métallurgiques de M. Jars.

nom de grès de Turquie est d’un grain fin , et presque aussi serré que celui de la pierre à fusil ; cependant elle n’est pas dure , surtout au sortir de la carrière : l’huile dont on l’humecte semble lui donner plus de dureté. Il y a toute apparence que ce grès qui se trouve en Turquie , se rencontre aussi dans quelques-unes des îles de l’Archipel; car file de Candie fournissait autrefois, et probablement fournit encore de très-bonnes pierres à aiguiser 1 : en général on trouve des cos ou pierres à aiguiser dans presque toutes les parties du monde , et jusqu’en Groenland 2.

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