‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 130 sur 235 · STALACTITES CALCAIRES · texte numérisé non relu

STALACTITES CALCAIRES

Les stalactites des substances calcaires, comme celles des matières vitreuses, se présen tent en concrétions opaques ou transparentes : les albâtres et les marbres de seconde formation, sont les plus grandes masses de ces concrétious opaques ; les spaths qui, comme les pierres calcaires, peuvent se réduire en chaux par l’action du feu, en sont les stalactites transparentes. La substance de ces spaths est composée , comme celle des cristaux vitreux, de lames triangulaires presque infiniment minces : mais la figure de ces lames triangulaires du spath diffère néanmoins de celle des lames triangulaires du cristal ; ce sont des triangles dont les côtés sont obliques, en sorte que ces lames triangulaires qui ne s’unissent que par la tranche forment des losanges et des rhombes, au lieu que quand ce sont des triangles rectangles, elles forment des carrés et des solides à angles droits. Cette obliquité dans la situation des lames se trouve constamment et généralement dans tous les spaths , et dépend , ce me semble, de la nature même des matières calcaires qui ne sont jamais

* La ville de Naxos , dans l’île de Crète , appelée aujourd’hui Candie, était renommée parmi les anciens, à cause des queues ( coa ) ou pierre à aiguiser qu’on en tirait ; car on tient que celles qu'on trouvait aux environs de cette ville étaient estimées les meilleures de toutes. Description de 1 Archipel, traduit du flamand. D. O. Dapper. Amsterdam, 1703, page 402.

2 Dans le Groenland, on trouve des pierres à aiguiser trèsfines, de couleur rouge ou jaune. Il y a une pierre de cette espèce qui contient des grains brillants , et qui se coupe en tranches comme l’ardoise. Les Groënlandais tirent dumidide leur pays une sorte de pierre à aiguiser, d’un sable ou gra-

Ivier rouge et fin avec des taches blanches : elle se polit comme le marbre, et peut s'employer dans les édifices. Histoire générale des Voyages, tome XIX, page 28.

DES MINÉRAUX

simples ni parfaitement homogènes , mais toujours composées de couches ou lames de différente densité ; en sorte qu’entre chaque lame il se trouve une couche moins dense, dont la puissance d’attraction se combinant avec celle de la lame plus dense, produit un mouvement composé qui suit la diagonale , et rend oblique la position de toutes les lames et couches alternatives et successives , en sorte que tous les spaths calcaires , au lieu d’être cubiques ou parallélipipèdes rectangles , sont rhomboïdaux ou parai lélipipèdes obliquangles, dans lesquels les faces parallèles et les angles opposés sont égaux : il est même nécessaire pour produire cette obliquité de position , que les lames et les couches intermédiaires soient d’une densité fort différente , et l’on peut juger de cette différence par le rapport des deux réfractions. Toutes les matières transparentes, qui, comme le diamant ou le verre, sont parfaitement homogènes, n’opèrent sur la lumière qu’une simple réfraction , tandis que toutes les matières transparentes , qui sont composées de couches alternatives de différente densité , produisent une double ré- | fraction ; et lorsqu’il n’y a que peu de différence dans la densité de ces couches, les deux réfractions ne diffèrent que peu , comme dans le cristal de roche dont les réfractions ne s’éloignent que d’un dix-neuvième, et dont par conséquent la densité des couches alternatives ne diffère que très-peu , tandis que dans le spath appelé cristal cT Islande les deux réfractions, qui diffèrent entre elles de plus d’un tiers, nous démontrent que la différence de la densité respective des couches alternatives de ce spath est six fois plus grande que dans les couches alternatives du cristal de roche. Il en est de même du gypse transparent qui n’est qu’un spath cal. caire imprégné d’acide vitriolique ; sa double réfraction est à la vérité moindre que celle du cristal d’Islande , mais cependant plus forte que celle du cristal de roche , et l’on ne peut douter qu’il ne soit également composé de couches alternative^de différente densité : or ces couches dont les densités ne sont pas fort différentes , et dont les réfractions , comme dans le cristal de roche, ne diffèrent que d un dix-neuvième , ont aussi à très-peu près la même puissance d’attraction, et dès lors le mouvement qui les unit rst presque simple , ou si peu composé , que les couches se superposent sans obliquité sensible ltS unes Sllr tes autres ; au lieu que quand les

couches alternatives sont de densité très-différente, et que leurs réfractions , comme dans le cristal d’Islande , diffèrent de plus d’un tiers , leur puissance d’attraction diffère en même raison ; et ces deux attractions agissant à la fois , il en résulte un mouvement composé , qui , s’exerçant dans la diagonale, produit l’obliquité des couches, et par conséquent celle des faces et des angles dans ce cristal d’Islande, ainsi que dans tous les autres spaths calcaires.

Et comme cette différence de densité se trouve plus ou moins grande dans les différents spaths calcaires, leur forme de cristallisation, quoique toujours oblique, ne laisse pas d’être sujette à des variétés qui ont été bien observées par M. le docteur Demeste : je me dispenserai de les rapporter ici ' , parce que ces variétés ne me paraissent être que des formes accidentelles dont on ne peut tirer aucun caractère réel et général ; il nous suffira, pour juger de tous les spaths calcaires , d’examiner le spath d’Islande, dont la forme et les propriétés se retrouvent plus ou moins dans tous les autres spaths calcaires.

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