DU ZINC
Le zinc ne se trouve pas, comme le bismuth, dans un état natif de minerai pur, ni même
Il me semble que le bismuth entre aussi dans l’amalgame dont ou se sert pour étamer la surface intérieure des globes. Note communiquée par M. de Morveau.
J La mine de bismuth sert aussi à faire le bleu d’azur ; à feu ouvert et doux, elle laisse aisément suinter une substance semi-métallique, que l’on nomme bismuth ou étain de, glace et elle laisse une pierre ou une terre grise et fixe.
Il laut séparer, autant qu’il est possible, cette mine, si elle est pure , du cobalt véritable, pour en rassembler le bismuth ; mais le mélange de ces deux matières minérales est ordinairement si intime dans la mine, que cette séparation est presque impossible; c’est pourquoi l’on trouve souvent, dans les pots à vitrifier, une substance réguline qui s'est précipitée ordinairement d’une couleur blanchâtre tirant sur le rouge. Cette substance n’est presque jamais un véritable bismuth, et tel qu’on le tire de sa mine par la fonte; mais elle est toujours mêlée avec une matière étrangère qui est la terre fixe du cobalt. Ainsi on la pulvérise de nouveau pour la joindre à d’autres mélanges de mine, de sable et de sel alkali, qn’on met dans les pots pour les vitrifier. Traité de la fonte des mines de Schlulter, tome I, page 218.
2 Paracelse est le premier qui ait employé le nom de zinc. Agricola le nomme contre- feyn ; on l’a appelé stannum in dicum, parce qu’il a été apporté des Indes en assez grande quantité dans le siècle dernier; les auteurs arabes n’en fout aucune mention , quoique l'art de tirer le zinc de sa mine existe depuis longtemps aux Indes orientales. Voyez ja Dissertation de M. Bergmann sur le zinc.
inSIOlUK NATI HKU.K
comme l'antimoine, dans une seule espèce de mine ; car on le tire également de la calamine ou pierre calaminaire et delà blende, qui sont deux matières différentes par leur composition et leur formation, et qui n’ont de commun que de renfermer du zinc. La calamine se présente en veines continues comme les autres mi néraux ; la blende se trouve au contraire dispersée et en niasses séparées dans presque toutes les mines métalliques. La calamine est principalement composée de zinc et de fer ’ ; la blende contient ordinairement d’autres minéraux avec le zinc2.
La calamine est d’une couleur jaune ou rougeâtre, et assez aisée à distinguer des autres minéraux ; la blende au contraire tire son nom de son apparence trompeuse et de sa forme équivoque3 : il y a des blendes qui ressemblent à la galène de plomb 4 ; d’autres qui ont l’apparence de la corne, et que lesmineurs allemands appellent horn-blende ; d’autres qui sont noires et luisantes comme la poix , auxquelles ils donnent le nom de pitch-blende; et d’autres encore qui sont de différentes couleurs, grises, jaunes,
* M. Berginann a soumis à l’analyse la calamine de Hongrie, et il a trouvé qu’elle tenait au quintal quatre-vingt-quatre livres de chaux de zinc, trois livres de chaux de fer, douze de silex et une d’argile ; sur quoi j’observerai que la matière de l’argile et celle du silex ne sont qu’une seule et même substance , puisque le silex se réduit eu argile en se décomposant par les éléments humides.
2 M. Bergmann a trouvé que la blende noire de Danemora tenait au quintal quarante-cinq livres de zinc, neuf de fer, six de plomb, une de régule d’arsenic, vingt-neuf de soufre, quatre de silex et six d’eau.
* Ce mot blende signifie dans le langage des mineurs allemands une substance trompeuse, parce qu'il y en a qui ressemble à la galène de plomb. Dictionnaire d’IIistoire Naturelle, parM. de Bomare, article Blende ( blind , éblouir, tromper les yeux).
* On a donné à la mine de zinc blanchâtre le nom de Fausse galène ; mais quoique le tissu de cette dernière soit à peu près feuilleté comme celui de la galène , les ftuilltts qui la composent sont cependant moins distincts et moins éclatants que ceux de la mine de plomb sulfureuse : sa pesanteur spécifique est d’adleurs beaucoup moins considérable ; au reste , il est aisé de distinguer la blende d’avec la galène , car si l’on gratte avec un couteau le morceau dont l'apparence est équivoque, il s'en dégagera, si c’est une blende, une odeur de foie de soufre des mieux caractérisées... M. de Born nous a fait connaître une blende transparente, d’un vert jaunâtre , qui se trouve à Ratieborzis en Bohême. J’en ai vu des échantillons qui avaient la transparence et la couleur de la topaze et de la chrysoüthe. Enfin , quoique le tissu de la blende soit presque toujours lamelleux ( u feuilleté , il s’en rencontre quelquefois des morceaux qui, par leur tissu fibreux ou strié, imitent assez bien la mine d’antimoine grise; on les en distingue facilement à leur couleur d’un gris sombre et à l’odeur de foie de soufre qu’on en dégage par le frottement... Cette dernière sorte de blende est commune dans ies mines de Pompéan ; elle a moins d’éclat que la manganèse, et me tache p tint les doigts comme cette substance. Lettre un doètenr Demeste, tome II, pages 176, * 80 et 181.
brimes, rougeâtres, quelquefois cristallisées, et même transparentes, mais plus souvent opaques et sans figure régulière. Les blendes noires, grises et jaunâtres sont mêlées d’arsenic ; les rougeâtres doivent cette couleur au fer ; celles qui sonttransparentes et cristallisées sont chargées de soufre et d’arsenic ; enfin toutes contiennent une plus ou moins grande quantité de zinc.
JNon-seulementce demi-métal se trouve dans la pierre calaminaire et dans les blendes, mais il existe aussi en assez grande quantitédans plusieurs mines de fer concrètes ou en grains, et de dernière formation ; ce qui prouve que le zinc est disséminé presque partout en molécules insensibles, qui se sont réunies avec le fer dans la pierre calaminaire et dans les mines secondaires de ce métal, et qui se sont aussi mêlées dans les blendes avec d’autres minéraux et avec des matières pyriteuses. Ce demi-métal ne peut donc être que d’une formation postérieure a celles des métaux, et même postérieure à leur décomposition , puisque c’est presque toujours avec le fer décom posé qu’on le trouve réuni . D’ailleurs, comme il est très-volatil, il n’a pu setormer qu’après les métaux et minéraux plus fixes, dans le même temps à peu près que l’antimoine, lemercure et l’arsenic : ils étaient tous relégués dans l’atmosphère, avec les eaux et les autres substances volatiles pendant l’incandescence du globe, et ils n’en sont descendus qu’avec ces mêmes substances : aussi le zinc ne se trouve dans aucune mine primordiale des métaux , mais seulement dans les mines secondaii es pi oduites par la décomposition des premières.
Pour tirer le zinc de la calamine ou des blendes , il suffit de les exposer au feu de calcination; ce demi-métal se sublime en vapeurs, qui par leur condensation forment de petits flocons blancs et légers auxquels on a donné le nom de fleurs de zinc.
Dans la calamine ou pierre calaminaire , le zinc est sous la forme de chaux : en faisant griller cette pierre, elle perd près d’un tiers de son poids ; elle s’effleurit à l’air , et se présente ordinairement en masses irrégulières, quelquefois cristallisées ; elle est presque toujours accompagnée ou voisine des terres alumineuses : mais , quoique la substance du zinc soit disséminée partout , ce n’est qu’en quelques endroits
qu’on trouve de la pierre calaminaire. Nous citerons tout à l’heure les mines les plus fameuses
de ce minéral en Europe ; et nous savons d’ailleurs que le toutenague, qu’on nous apporte des Indes orientales, estunzinc même plus pur que celui d’Allemagne : ainsi l’on ne peut douter qu’il n’y ait des mines de pierres calaminaires dans plusieurs endroits des régions orientales, puisque ce n’est que de cette pierre qu’on peut tirer du zinc d’une grande pureté.
Ua minière la plus fameuse de pierre calaminaire est celle de Calmsbcrg près d’Aix-la- Chapelle; elle est mêlée avec une mine de fer en ocre : il y en a une autre qui est mêlée de mine de plomb, au-dessous de Namur. On prétend que le mot de calamine est le nom d’un territoire d’assez grande étendue, près des confins du duché de Limbourg, qui est plein de ce minéral. « Tout le terrain, dit Lémery, à plus « de vingt lieues à la ronde, est si rempli de « pierres calaminaires, que les grosses pierres « dont on se sert pour paver, étant exposées au « soleil, laissent voir une grande quantité de « parcelles métalliques et brillantes. » M. de Oensenne en a reconnu une minière de plus de quatre toises de largeur, au-dessous du château de Montalet , diocèse d’Uzès ; on y trouve des pierres calaminaires ferrugineuses, comme à Aix-la-Chapelle, et d’autres mêlées de mines de plomb, comme à Namur, et l’on y voit aussi des terres alumineuses : on en trouve encore dans le Berri près de Bourges, et dans l’Anjou et le tei îitoire de Saumur, qui sont également mêlées de parties ferrugineuses.
En Angleterre on exploite quelques mines de pierre calaminaire dans le comté de Sommerset. La pierre de cette mine est rougeâtre à sa surface, et d’un jaune verdâtre à l’intérieur : elle est très-pesante , quoique trouée et comme cellulaire; elle est aussi très-dureet donne des étincelles lorsqu’on la choque contre l’acier; elle est soluble dans les acides. Celle du comté de Nottingham en diffère, en ce qu’elle n’est pas soluble et qu’elle ne fait point feu contre l’acier quoiqu’elle soit compacte, opaque et cellulaire, comme celle de Sommerset; elle en diffère encore par la couleur, qui est ordinairement blanche, et quelquefois d’un vert clair cristallisé. Ces différences indiquent assez quela calaminé* en general , est une pierre composée de différents minéraux, et que sa nature varie suivant la quantité ou la qualité des matières qui en constituent la substance. Le zinc est la seule matière qui soit commune à toutes les espèces
de calamine : celle qui en contient le plus estordmairement jaune ; mais on peut se servir de toutes pour jaunir le cuivre rouge : c’est pour cet usage qu’on les recherche et qu’on les travaille, plutôt que pour en faire du zinc, qui ne s’emploie que rarement pur, et qui même n’est pas aussi propre à faire du cuivre jaune que ia pierre calaminaire ; d’ailleurs on ne peut en tirer le zinc que dans des vaisseaux clos, parce que non-seulement il est très- volatil, mais encore parce qu’il s’enflamme à l’air libre; et c’est par la cémentation du cuivre rouge avec la calamine que la vapeur du zinc contenu dans cette pierre entre dans le cuivre , lui donne la couleur jaune, et le convertit en laiton.
La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mine de plomb; ellesetrouve même fréquemment mêlée dans les mines de ce métal, comme dans celles de fer de dernière formation : et lorsqu’elle y est très-abondante, comme dans la mine de Rammelsberg près de Goslar, on en tire le zinc en même temps que le plomb, en faisant placer dans le fourneau de fusion un vaisseau presque clos à l’endroit où l’ardeur du feu n’est pas assez forte pour enflammer le zinc, et on le reçoit en substance coulante, mais quelque précaution que l’on prenne en le travaillant, même dans des vaisseaux bien clos, le zinc n’acquiert jamais une pureté entière, ni même telle qu’il doit l’avoir pour faire d’aussi bon laiton qu’on en fait avec la pierre calaminaire , dont la vapeur fournit les parties les plus pures du zinc; et le laiton fait avec cette pierre est ductile, au lieu que celui qu'on fait avec le zinc est toujours aigre et cassant.
U en est de même de la blende : elle donne, comme la calamine, par la cémentation, du plus beau et du meilleur laiton qu’on ne peuten obtenir par le mélange immédiat du zinc avec le cuivre; toutes deux même n’ont guère d’autre usage, et ne sont recherchées et travaillées que pour faire du cuivre jaune ; mais, comme je l’ai déjà dit, ce ne sont pas les deux seules matières qui contiennent du zinc ; car i! est très-généralement répandu , et en assez grande quantité dans plusieurs mines de fer : on le trouve aussi quelquefois sous la forme d’un sel ou vitriol blanc : et, dans la blende, il est toujours combiné avec le fer et le soufre.
Il se forme assez souvent dans les grands fourneaux des concrétions qui ont paru à nos
m HISTOIRE
chimistes4 toutes semblables aux blendes naturelles. Cependant il y a toute raison de croire que les moyens de leur formation sont bien différents : ces blendes artificielles , produites par l’action du feu de nos fourneaux, doivent différer de celles qui se trouvent dans le sein de la terre, à moins qu’on ne suppose que celles-ci ont été formées par le feu des volcans 5 et cependant il y a toute raison de penser que la plupart au moins n’ont été produites que par 1 intermède de l’eau 2, et que le foie de soufre, c est-à-diie l’alkali mêlé aux principes du soufre, a giande
part à leur formation .
Comme le zinc est non-seulement très-volatil, mais fort inflammable, il se brûle dans les fourneaux où I on fond les mines de fei , de plomb, etc., qui en sont mêlées; cette fumée du zinc à demi brûlé se condense sous une forme concrète contre les parois des fourneaux et cheminées des fonderies et affineries : dans cet état on lui donne le nom de cadmie des fourneaux ; c’est une concrétion de fleurs de zinc, qui s accumulent souvent au point de former un enduit épais contre les parois de ces cheminées. La substance de cet enduit est dure; elle jette des étincelles lorsqu’on la frotte rapidement ou qu’on la choque contre l’acier. Les parties de cette cadmie qui se sont le plus élevées , et qui sont attachées au haut de la cheminée , sont les plus pures et les meilleures pour faire du laiton 3 ,
1 # Il y a des blendes artificielles qui imitent parfaitement t les blendes naturelles dans leur tissu, leui couleui et leui « phosphorescence... J'en ai vu un morceau d’un noir luisant « et feuilleté, provenant des fonderies de Saint-Bel... Un autie « morceau venant du même lieu donnait, outielodeui du « foie de soufre , des étincelles lorsqu’on le grattait avec un
* couteau, et n’en donnait point avec la plume... et untroi- « sième morceau venant des fonderies de Saxe , et qui est de « couleur jaunâtre, était si phosphorique, qu’en le frottant de
* la plume on en tirait des étincelles comme de la blende 8 rouge de Schasffenberg. » Lettre du docteur Demeste , tome II, pages 179 et 180. — Nota . Je dois obsenoi qu on trouvait en effet de ces blendes artificielles dans les laitiers des fonderies, mais que jusqu’ici l’on ne savait pas les produire à volonté, et que même on ne pouvait expliquer comment elles s’étaient formées ; 011 pensait au contraire que l’art ne pouvait imiter la nature dans la combinaison du zinc avec le soufre. M. de Morveaü est le premier qui ait donné , cetle année 1780, un procédé pour faire à volonté l'union directe du zinc et du soufre; il suffit pour cela de priver ce demi-métal de sa volatilité en le calcinant, et de le fondre ensuite avec le soufre : il en résulte une vraie pyrite de zinc qui a, comme tous les autres pyrites , une sorte de brillant
métallique.
2 M. lîergmann croit, comme moi, que les blendes naturelles ont été formées par l’eau , et il se fonde sur ce qu elles contiennent réellement de l’eau ; il dit aussi qu on peut les imiter eu unissant par la fusion le zinc , le fer et le soufre.
3 On connaissait très-bien , dès le temps de Pline , la cad-
NATURELLK
parce que la cadmie qui s’est sublimée et élevée si haut y est moins mêlée de fer, de plomb, ou de tout autre minéral moins volatil que le zinc. Au reste, on peut aisément la recueillir : elle se lève par écailles dures, et il ne faut que la pulvériser pour la mêler et la faire fondre avec le cuivre rouge : et c’est peut-être la manière la moins coûteuse de faire du laiton.
Le zinc, tel qu’on l’obtient par la fusion, est d’un blanc un peu bleuâtre et assez brillant : mais quoiqu’il se ternisse à l’air moins vite que le plomb , il prend cependant en assez peu de temps une couleur terne et d’un jaune verdâtie; et les nuances différentes de sa couleur dépendent beaucoup de son degré de pureté; car en le traitant par les procédés ordinaires , il conserve toujours quelques petites parties des matières avec lesquelles il était mêlé dans sa mine . ce n’est que très-récemment qu’on a trouvé le moyen de le rendre plus pur. Pour obtenir le zinc dans sa plus grande pureté, il faut précipiter par le zinc même son vitriol blanc ; ce vitriol, décomposé ensuite par l’alkali, donne une chaux qu’il suffit de réduire pour avoir un zinc
pur et sans aucun mélange.
La substance du zinc est dure et n’est point cassante; on ne peut la réduire en poudre qu eu la faisant fondre et la mettant en grenailles ; aussi acquiert-elle quelque ductilité par l’addition des matières inflammables en la fondant en vaisseaux clos . Sa densité est un peu plus grande que celle du régule d’antimoine, et un peu moindre que celle de l’étain4 . Indépendamment
mie des fourneaux, et ou avait déjà remarqué qu’elle était de qualité et de bonté différentes , suivant qu’elle se trouvait sublimée plus haut ou plus bas dans les cheminées des fonderies. « Est ipse lapis ex quo fit æs; cadmia vocatur.... Hic « rursus in fornacibus existit, aliamque nominis sui originem « recipit ; fit autem egesta flaminis atque fiatu tenuissima « parte materiæ , et cameris lateribnsve fornacum pro quan- « titate levitatis applicata. Tenuissima est in ipso fornacum « ore qua flammæ eluctantur, appellata capnitis, exusta et « nimia levitate similis favillæ : interior optima, cameris de- « pendens, et ab eo argumento botrytis cognominata; tertia « est in lateribus fornacum, quæ propter grayitatem ad ca- « meras pervenire nonpotuit; haecdicitur placitis... fluunt ct « ex ea duo alia généra : onychitis , extra pone eœrnlea , intue « onychitis inaculis similis ; ostracitis, tota nigra, et caitera* « rutnsordidissima... Omnis autem cadmia in cupri fornac»* « bus optima. » Pline., lib. XXXIV, cap x.
* La pesanteur spécifique du régule de zinc est de 71908; celle du régule d’antimoine de 67021, et celle de 1 étain pur de Cornouailles de 72914 ; la pesanteur spécifique de la blende n’est que de 41665 ; il y a donc à peu près la même proportion dans les densités relatives de la blende avec le zinc , de 1 antimoine cru anec le régule d antimoine, et du cinabie av< < le mercure coulanl.
dï:s minéraux
de ce rapport assez prochain de densité, le zinc en a plusieurs autres avec l’étain : il rend, lorsqu’on le plie , un petit cri comme l’étain 1 ; il résiste de même aux impressions des éléments humides, et ne se convertit point en rouille : quelques minéralogistes l’ont même regardé comme une espèce d’étain2, et il est vrai qu’il a plusieurs propriétés communes avec ce métal ; car on peut étamer le fer et le cuivre avec le zinc comme avec l’étain ; et l’un de nos chimistes a prétendu que cet étamage avec le zinc3, qui est moins fusible que l’étain , et par conséquent plus durable, est en même temps moins dangereux que l’étamage ordinaire, dans lequel les chaudronniers mêlent toujours du plomb. On connaît les qualités funestes du plomb ; on sait aussi que l’étain contient toujours une petite quantité d’arsenic, et il faut convenir que le zinc en contient aussi • car lorsqu’on le fait fuser sur les charbons ardents, il répand une odeur arsenicale qu’il faut éviter de respirer ; et, tout considéré, l’étamage avec du bon étain doit être préféré à celui qu’on ferait avec le zinc 4 , que le vinaigre dissout et attaque même à froid.
Si ces rapports semblent rapprocher le zinc de l’étain, il s’en éloigne par plusieurs propriétés : il est beaucoup moins fusible ; il faut qu’il soit chauffé presque au rouge avant qu’il puisse entrer en fusion. Dans cet état de fonte, sa surface se calcine sans augmenter le feu, et se convertit en chaux grise, qui diffère de celle de l’étain en ce qu’elle est bien plus aisément réductible, et que quand on les pousse à un feu violent,
* Le zinc, lorsqu on le rompt, a le même cri que l’étain ; lorsqu'on le mêle avec du plomb , cet alliage a encore le même cri; les potiers d’étain emploient le zinc dans leurs ouvrages et pour leurs soudures. Histoire de 1 Académie des Sciences, année 1742, page 45.
Schlutter, dit M. Hellot , regarderait volontiers le zinc comme une espèce d’étain, s’il était plus malléable, et il soupçonne que , venant d’une mine aussi sulfureuse que celle de Rammelberg... il conserve encore une partie de ce soufre ; cette idée , selon Schlutter, est d'autant plus vraisemblable que par le soufre on peut rendre aigre le meilleur étain... On •ait aussi que le zinc et l’étain peuvent également rendre jaune le cuivre rouge ; il cite pour exemple le métal singulier qu Alonzo Barba a décrit dans son traité des mines et des métaux ( l raité de la fonte des mines , etc., tome II, page 257) ; mais le sentiment de Schlutter sur le zinc ne nous parait pas assez fondé ; car le zinc ne peut différer de l’étain par le soulre minéralisateur, puisqu’il n’en contient pas.
*M. Malouin, de l’Académie des Sciences, et médecin de la Faculté de Paris.
4 Cet étamage avec le zinc a été approuvé par la Faculté île Medecine de Paris, mais condamné par l’Académie des
^!e??es et par Ia Société r°yale de médecine ; et il a aussi
démontre nuisible, par les expériences laites a l’Académie
de Dijon, en 1779.
celle de l’étain ne tait que blanchir davantage , et enfin se convertit en verre, au lieu que celle du zinc s’enflamme d’elle-même et sans addition de matière combustible. On peut même dire qu’aucune autre matière, aucune substance végétale ou animale, qui cependant semblent être, les vraies matières combustibles , ne donnent une flamme aussi vive que le zinc. Cette flamme est sans fumée et dans une parfaite incandescence ; elle est -accompagnée d’une si grande quantité de lumière blanche, que les yeux peuvent à peine en supporter l'éclat éblouissant : c’est au mélange de la limaille de fer avec du zinc que sont dus les plus beaux effets de uos feux d’artifices.
Et non-seulement le zinc est par lui-même très-combustible, mais il est encore phosphorique ; sa chaux paraît lumineuse en la triturant ; et ses fleurs recueillies au moment qu’elles s’élèvent, et placées dans un lieu obscur , jettent de la lumière pendant un petit temps 1 .
Au reste , le zinc n’est pas le seul des minéraux qui s’enflamment lorsqu’on les fait rougir : l’arsenic, le cuivre et même l’antimoine, éprouvent le même effet ; le fer jette aussi de la flamme lorsque l’incandescence est poussée jusqu’au blanc , et il ne faut pas attribuer avec quelques-uns de nos chimistes 2, cette flamme au zinc qu’il confient, ni croire , comme ils le disent , que c’est le zinc qui rend la fonte de fer aigre et cassante ; car il y a beaucoup de mines de fer qui ne contiennent point de zinc, et dont néanmoins le fer donne une flamme aussi vive que les autres fers qui en contiennent : je m’en suis assuré par plusieurs essais ; et d’ailleurs , on peut toujours reconnaître par la simple ob-
1 M. de Lassoue, procédant un jour à la déflagration d’une assez grande quantité de zinc, en recueillait les fleurs et les mettait à mesure dans un large vaisseau ; il fut surpris de les voir encore lumineuses quelques minutes après ; et remuant, ensuite ces fleurs avec une spatule, ayant obscurci davantage le laboratoire , il vit qu’elles étaient entièrement pénétrées de cette lumière phosphorique et diffuse , qui peu à peu s’affaiblit, s éteignit, après avoir subsisté plus d’une heure. On peut voir dans son Mémoire tous les rapports qu’il indique entre le zinc et le phosphore. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1772, page 380 et suivantes.
2 « C’est à la présence du zinc contenu dans le fer qu’il faut.
« attribuer la plupart des phénomènes que présente ce fer « impur et mélangé , lequel se détruit en partie par la com- « bustion, puisque le déchet du fer en gueuse est ordinaire- « ment d’un tiers... C’est moins le fer que le zinc contenu « dans la fonte qui se brûle, se détruit et se volatilise ; en « sorte que la perte du métal, dans toutes ces circonstances.
« est d'autant plus considérable que le fer s’y trouve joint a « une plus grande quantité de zinc. » Lettres de M. Demeslc , tome H, page 167.
servation, si la mine que l’ou traite contient du zinc, puisque alors ce démi-métal , en se sublimant , forme de la cadmie au-dessus du fourneau et dans les cheminées des affineries. Toutes les fois donc que cette sublimation n’aura pas lieu, on peut être assuré que le fer ne contient point de zinc , du moins en quantité sensible, et néanmoins le fer en gueuse n’en est pas moins aigre et cassant ; et cette aigreur, comme nous l’avons dit , vient des matières vitreuses avec lesquelles la substance du fer est mêlée, et ce verre se manifeste bien évidemment par les laitiers et les scories qui s’en séparent , tant au fourneau de fusion qu’à raffinerie. Enfin cette fonte de fer qui ne contient point de zinc ne laisse pas de jeter de la flamme lorsqu’elle est chauffée à blanc; et dès lors ce n’est point au zinc qu’on doit attribuer cette flamme, mais au fer même, qui est en effet combustible lorsqu’il éprouve la violente action du feu.
La chaux du zinc, chauffée presque jusqu’au rouge, s’enflamme tout à coup et avec une sorte d’explosion , et en même temps les parties les plus fixes sont , comme nous l’avons fiit, emportées en fleurs ou flocons blancs : leur augmentation de volume n’est pas proportionnelle à leur légèreté apparente, car il n’y a, dit-on *, qu’un dixième de différence entre la pesanteur spécifique du zinc et celle de ses fleurs ; mais lorsqu’on la calcine très-lentement , et qu’on l’empêche de se sublimer en l’agitant continuellement avecune spatule de fer, l’augmentation du volume de cette chaux est de près d’un sixième 2. Au reste, comme la chaux du zinc est très-volatile, on ne peut la vitrifier seule ; mais en y ajoutant du verre blanc réduit en poudre et du salin, on la convertit en un verre couleur d 'aiguemarine.
Plusieurs chimistes ont écrit que comme le soufre ne peut contracter aucune union avec le zinc, il pouvait servir de moyen pour le purifier ; mais ce moyen ne*peut être employé généralement pour séparer du zinc tous les métaux , puisque le soufre s’unit au zinc par l’intermède du fer.
Le zinc en fusion, et sous sa forme propre, s’allie avec tous les métaux et minéraux métal-
4 En réduisant le zinc en {leurs , le poids des (leurs surpasse d’un dixième celui de la masse de zinc avant d’etre réduit en fleurs. Mémoire de l'Académie des Sciences, année 1772, page 380.
- éléments de Chimie , par M. de Morveau , tome I , page
NATURELLE
liques, à l’exception du bismuth et du nickel \ Quoiqu'il se trouve très -souvent uni avec la mine de fer, il ne s’allie que tres-diflieilement par la fusion avec ce métal : il rend tous les métaux aigres et cassants. Il augmente la densité du cuivre et du plomb , mais il diminue celle de l’étain , du fer et du régule d’antimoine. L’arsenic et le zinc, traités ensemble au feu de sublimation, forment une masse noire , qui présente dans sa cassure une apparence plutôt Nitreuse que métallique2. Il s’amalgame très-bien avec le mercure3 : « Si l’on verse, dit « M. de Morveau, le zinc fondu sur le mercure,
« il se fait un bruit pareil à celui que fait l’im- « mersion subite d’un corps froid dans de l’huile « bouillante ; l’amalgame paraît d’abord solide ;
« mais il redevient fluide par la trituration. La « cristallisation de cet amalgame laisse aperce- « voir ses éléments même à la partie supérieure « qui n’est pas en contact avec le mercure ; ce « qui est différent des autres amalgames... une « once de zinc retient deux onces de mercure 4 . » J’observerai que cette solidité que prend d’abord cet amalgame ne dépend pas de la nature du zinc, puisque le mercure seul , versé dans l’huile bouillante, prend une solidité même plus durable que celle de cet amalgame de zinc.
Les affinités du zinc avec les métaux sont , selon M. Geller, dans l’ordre suivant : le cuivre, le fer, l’argent, l’or, l’étain et le plomb.
Autant la chaux de plomb est facile à réduire, autant la chaux ou les fleurs de zinc sont de difficile réduction : de là vient que lacéruse ou blanc de plomb devient noire par la seule vapeur des matières putrides, tandis que la chaux de zinc conserve sa blancheur. C’est d’après cette propriété éprouvée par la vapeur du foie de soufre , que M. de Morveau a proposé le blanc de zinc comme préférable, dans la peinture, au blanc de plomb : les expériences comparées ont été faites cette année 1781, dans la séance publique de l’Académie de Dijon ; elles démontrent qu’il suffit d’ajouter à la chaux du zinc un peu de terre d’alun et de craie, pour lui donner du corps et en faire une bonne cou-, leur blanche, bien plus fixe et bien moins alté-
4 Éléments de Chimie, par M. de Morveau, 1. 1, pag. 269.
a Idem, tome II, page 337.
s L’amalgame composé de quatre parties de mercure sur une de zinc est bien plus propre à produire l'électricité que l’amalgame de mercure et d’étain. Journal de Physique , mois de novembre 1780, page 372.
4 Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome III, pages 444 et 445.
DES MINÉRAUX
râble a l’air, que la céruse ou blanc de plomb
qu’on emploie ordinairement dans la peinture à l’huile.
Le zinc est attaqué par tous les acides , et même la plupart le dissolvent assez facilement : l’acide vitriolique n’a pas besoin d’être aidé pour cela par la chaleur , et le zinc paraît avoir plus d'aflinité qu’aucune autre substance métallique avec cet acide ; il faut seulement , pour que la dissolution s’opère promptement, lui présenter le zinc en petites grenailles ou en lames minces, et mêler l’acide avec un peu d’eau , afin que le sel qui se forme n’arrête pas la dissolution par le dépôt qui s’en fait à la surface. Cette dissolution laisse , après l’évaporation , des cristaux blancs ; ce vitriol de zinc est connu sous le nom de couperose blanche , comme ceux de cuivre et de fer , sous les noms de couperose bleue et de couperose verte. Et l’on doit observer que les fleurs de zinc, quoique en état de chaux, offrent les mêmes phénomènes avec cet acide que le zinc même ; ce qui ne s’accorde point avec la théorie de nos chimistes , qui veulent qu’en général les chaux métalliques ne puissent être attaquées par les acides. Ce vitriol de zinc ou vitriol blanc se trouve dans le sein de la terre *, rarement en cristaux réguliers , mais plutôt en stalactites , et quelquefois en filets blancs ; il se couvre d’une efflorescence bleuâtre s’il contient du cuivre.
L’acide nitreux dissout le zinc avec autant de rapidité que de puissance ; car il peut en dissoudre promptement une quantité égale à la moitié de son poids : la dissolution saturée n’est pas limpide comme l’eau , mais un peu obscure comme de l’huile; et si le zinc est mêlé de quelques parties de fer , ce métal s’en sépare en se précipitant, ce qui fournit un autre moyen que celui du soufre pour purifier le zinc. L’on doit encore observer que la chaux et les fleurs de zinc se dissolvent dans cet acide et dans l’acide vitriolique, et que par conséquent cela fait une grande exception à la prétendue règle, que les acides ne doivent pas dissoudre les chaux ou terres métalliques.
L’acide marin dissout aussi le zinc très-facilement, moins pleinement que l’acide nitreux,
* °ü rj a point encore trouvé, dit M. Bergmann , d'autres sels de zinc , dans le sein de la terre, que celui qui vient de 1 acidc vitriolique ; et le vitriol natif de zinc est rarement pur, mai» mêlé au enivre ou au fer, et souvent à tous deux l>issmalion sur le zinc.
car il ne peut en prendre que la huitième partie de son poids; il ne se forme pas de cristaux après l’évaporation de cette dissolution , mais seulement un sel en gelée blanche et très-déliquescent, dont la qualité est fort corrosive.
Le zinc , et même les fleurs de zinc , se dissolvent aussi dans l’acide du vinaigre , et il en résulte des cristaux ; il en est de même de l’acide du tartre : ainsi tous les acides minéraux ou végétaux, et jusqu’aux acerbes, tels que la noix de galle, agissent sur le zinc. Les alkalis, et surtout l’alkali volatil le dissolvent aussi , et cette dernière dissolution donne, après l’évaporation, un sel blanc et brillant, qui attire l’humidité de l’air et tombe en déliquescence.
Voilà le précis de ce que nous savons sur le zinc : on voit qu’étant très-volatil , il doit être disséminé partout; qu’étant susceptible d’altération et de dissolution par tous les acides et par les alkalis , il peut se trouver en état de chaux ou de précipité dans le sein de la terre : d’ailleurs, les matières qui le contiennent en plus grande quantité , telles que la pierre calaminaire et les blendes , sont composées des détriments du fer et d’autres minéraux ; l’on ne peut donc pas douter que ce demi-métal ne soit d’une formation bien postérieure à celle des métaux.