DE LA PLATINE
11 11’y a pas un demi-siècle qu’on connaît la platine en Europe , et jamais on n’en a trouvé dans aucune région de l’ancien continent : deux petits endroits dans le Nouveau -Monde , l’un dans les mines d’or de Santa-Fé, à la Nouvelle- Grenade, l’autre dans celle de Choeo, province du Pérou, sont jusqu’ici les seuls lieux d’où l’on ait tiré cette matière métallique, que nous ne connaissons qu’en grenailles mêlées de sablon magnétique, de paillettes d'or, et souvent de petits cristaux de quartz , de topaze , de rubis , et quelquefois de petites gouttes de mercure. J’ai vu et examiné de très-près cinq ou six sortes de platine que je m’étais procurées par diverses personnes et en différents temps; toutes ces sortes étaient mêlées de sablon magnétique et de paillettes d’01* : dans quelques-unes il y avait de petits cristaux de quartz, de topaze, etc. , en plus ou moins grande quantité ; mais je n’ai vu de petites gouttes de mercure que dans fune
histoire naturelle
de ces sortes de platine L II se pourrait donc que cet état de grenaille , sous lequel nous connaissons la platine, ne fût point son état naturel, et Ton pourrait croire qu’elle a été concassée dans les moulins où l’on broie les minerais d’or et d’argent , et que les gouttelettes de mercure qui s’y trouvent quelquefois ne viennent que de l 'amalgame qu’on emploie au traitement de ces mines : nous ne sommes donc pas certains que cette forme de grenaille soit sa forme native, d’autant qu’il paraît, par le témoignage de quelques voyageurs , qu'ils indiquent la platine comme une pierre métallique très-dure, intraitable, dont néanmoins les naturels du pays avaient, avant les Espagnols , fait des haches et autres instruments tranchants 2; ce qui suppose nécessairement qu’ils la trouvaient en grandes masses , ou qu’ils avaient l’art de la fondre sans doute avec l’addition de quelque autre métal ; car par elle-même la platine est encore moins fusible que la mine de fer qu'ils n’avaient pas pu fondre. Les Espagnols ont aussi fait différents petits ouvrages avec la platine alliée avec d’autres métaux. Personne en Europe ne la connaît donc dans son état de nature , et j’ai attendu vainement , pendant nombre d’années, quelques morceaux de platine en masse, que j’avais demandés à tous mes correspondants en Amérique. M. Rovvles, auquel le gouvernement d’Espagne paraît avoir donné sa confiance au sujet de ce minéral, n’en a pas abusé; car tout ce qu’il en dit ne nous apprend que ce que nous savions déjà.
Nous ne savons donc rien , ou du moins rien au juste de ce que l’Histoire naturelle pourrait nous apprendre au sujet de la platine , sinon qu’elle se trouve en deux endroits de l’Amérique méridionale, dans des mines d’or, et jus-
4 M. Lewis et M. le comte de Milly ont tous deux reconnu des globules de mercure dans la platine qu'ils ont examinée. M. Uergmann dit de même qu’il n’a point traité de platine d ms laquelle il n’en ait trouvé. Opuscules, tome II, page 183.
2 Dans le gouvernement du Marannon, les habitants assuraient que dans le canton des mines d'or ils tiraient souvent , d’un lieu nommé Picari , une autre sorte de métal plus dur que l’or, mais blanc , dont ils avaient fait anciennement des haches et des couteaux, et que ces outils s’émoussant facilement, ils avaient cessé d'en faire. Histoire générale des Voyages, tome XIV, page 20... M. Ulloa, dans son Voyage imprimé à Madrid en 1748, dit expressément qu’au Pérou, dans le bailliage de Choco, il se trouve des mines d’or que l’on a été obligé d'abandonner à cause de la platine dont le minerai est entremêlé ; que cette platine est une pierre ( Piedra ), si dure qu'on ne peut la briser sur l’enclume, ni la calciner, ni par conséquent en tirer le minerai qu’elle renferme, sans un travail infini.
qu’ici nulle part ailleurs : ce seul fait, quoique dénué de toutes ses circonstances, suffit, à mon avis , pour démontrer que la platine est une matière accidentelle plutôt que naturelle; car toute substance produite par les voies ordinaires de la nature est généralement répandue au moins dans les climats qui jouissent de la même température : les animaux , les végétaux, les minéraux sont également soumis à cette règle universelle. Cette seule considération aurait dû suspendre l’empressement des chimistes, qui, sur le simple examen de cette grenaille , peutêtre artificielle et certainement accidentelle, n’ont pas hésité d’en faire un nouveau métal , et de placer cette matière nouvelle non-seulement au rang des anciens métaux, mais de la vanter comme un troisième métal aussi parfait que l’or et l’argent , sans faire réflexion que les métaux se trouvent répandus dans toutes les parties du globe ; que la platine , si c’était un métal , serait répandue de même ; que dès lors on ne devait la regarder que comme une production accidentelle, entièrement dépendante des circonstances locales des deux endroits où elle se trouve.
Cette considération , quoique majeure , n’est pas la seule qui me fasse nier que la platine soit un vrai métal. J’ai démontré par des observations exactes 1 qu’elle est toujours attirable à l’aimant; la chimie a fait de vains efforts pour en séparer le fer , dont sa substance est intimement pénétrée ; la platine n’est donc pas un métal simple et parfait , comme l’or et l’argent , puisqu’elle est toujours alliée de fer. De plus, tous les métaux , et surtout ceux qu’on appelle parfaits , sont très-ductiles ; tous les alliages au contraire sont aigres; or la platine est plus aigre que la plupart des alliages , et même après plusieurs fontes et dissolutions , elle n’acquierr, jamais autant de ductilité que le zinc ou le bismuth , qui cependant ne sont que des demi-métaux, tous plus aigres que les métaux.
Mais cet alliage où le fer nous est démontré par l’action de l’aimant, étant d’une densité approchante de celle de l’or , j’ai cru être fondé a présumer que la platine n’est qu’un mélange accidentel de ces deux métaux très-intimement unis; les essais qu’on a faits depuis ce temps pour tâcher de séparer le fer de la platine et de
4 Voyez dans le premier volume , page 389, le Mémoire qui a pour titre : Observations sur la Platine.
DES MINÉliAliX.
détruire sou magnétisme ne m’ont pas fait changer d’opinion. La platine la plus pure, celle entre autres qui a été si bien travaillée par M. le baron de Sickengen 1 , et qui ne donne aucun signe de magnétisme, devient néanmoins attirable à l’aimant dès qu’elle est comminuée et réduite en très-petites parties ; la présence du fer est donc constante dans ce minéral, et la présence d'une matière aussi dense que l'or y est également et évidemment aussi constante; et quelle peut être cette matière dense, si ce n’est pas de l’or? Il est vrai que jusqu’ici l’on n’a pu tirer de la platine, par aucun moyen, l’or, ni même le fer qu’elle contient, et que pour qu’il y eût sur l’essence de ce minéral démonstration complète, il faudrait en avoir tiré et séparé le fer et l’or, comme on sépare ces métaux après les avoir alliés; mais ne devons-nous pas considérer, et ne l’ai-je pas dit, que le fer n’étant point ici dans son état ordinaire, et ne s’étant uni à l’or qu’après avoir perdu presque toutes ses propriétés, à l’exception de sa densité et de son magnétisme, il se pourrait que l’or s’y trouvât de même dénué de sa ductilité, et qu'il n’eût conservé, comme le fer, que sa seule densité? et dès lors ces deux métaux qui composent la platine sont tous deux dans un état inaccessible à notre art, qui ne peut>agir sur eux, ni même nous les faire reconnaître en nous les présentant dans leur état ordinaire. Et n’est- ce pas par cette raison que nous ne pouvons tirer ni le fer ni l’or de la platine , ni par conséquent séparer ces métaux , quoiqu’elle soit composée de tous deux? Le fer en effet n’y est pas dans son état ordinaire , mais tel qu’on le voit dans le sablon ferrugineux qui accompagne toujours la platine ; ce sablon, quoique très-magnétique, est infusible, inattaquable à la rouille, insoluble dans les acides; il a perdu toutes les propriétés par lesquelles nous pouvions l’attaquer ; il ne lui est resté que sa densité et son magnétisme , propriétés par lesquelles nous ne pouvons néanmoins le mécon-
4 La platine, même la plus épurée, contient toujours du ter. M. le comte de Milly, par une lettre datée du 18 novembre 1781 , me marque « qu’ayant oublié pendant trois à qua- « tre ans un morceau de platine purifiée par M. le baron de * Sickengen, et qu’il avait laissée dans de l’eau-f >r!e la plus « pure pendant tout ce temps , il s’y était rouillé , et que " l ayant retiré , il avait étendu la liqueur qui restait dans le n vtase dans un peu d’eau distillée, et qu’y ayant ajouté de « l’alkali pblogistique, il avait obtenu sur-le-champ un préci- « pdé très-abondant , ce qui prouve indubitablement que la a platine la plus pure et que M. de Sickengen assure être dé- (l P0Ui‘tôe de tout 1er, en contient encore , et que par comé- *' quent le fer entre dans sa composition »
naître. Pourquoi l’or que nous ne pouvons de même tirer de la platine, mais que" nous y reconnaissons aussi évidemment par sa densité, n’aurait-il pas éprouvé comme le fer un changement qui lui aurait ôté sa ductilité et sa fusîbilité? L’un est possible comme l’autre; et ces productions d’accidents, quoique rai es, ne peuvent-elles pas se trouver dans la nature? Le fer en état de parfaite ductilité est presque infusible, et ce pourrait être cette propriété du fer qui rend l’or dans la platine très-réfractaire. Nous pouvons aussi légitimement supposer que le feu violent d’un volcan , ayant converti une mine de fer en mâchefer et en sablon ferrugineux magnétique, et tel qu’il se trouve avec la platine, ce feu aura en même temps , et par le même excès de force, détruit dans l’or toute ductilité : car cette qualité n’est pas essentielle, ni même inhérente à ce métal, puisque la plus petite quantité d’étain ou d’arsenic la lui enlève Et d’ailleurs , sait-on ce que pourrait produire sur ce métal un feu plus violent qu’aucun de nos feux connus? Pouvons-nous dire si dans ce feu de volcan, qui n’a laissé au fer que son magnétisme et à l’or sa densité, il n’y aura pas eu des fumées arsenicales qui auront blanchi l’or et lui auront ôté toute sa ductilité , et si cet alliage du fer et de l’or, imbus de la vapeur d’arsenic, ne s’est pas fait par un feu supérieur à celui de notre art? Devons-nous donc être surpris de ne pouvoir rompre leur union? et doit-on faire un métal nouveau, propre et particulier , une substance simple, d’une matière qui est évidemment mixte , d’un composé formé par accident eu deux seuls lieux de la terre , d’un composé qui présente à la fois la densité de l’or et le magnétisme du fer, d’une substance, en un mot, qui a tous les caractères d’un alliage, et aucun de ceux d’un métal pur?
Mais comme les alliage* faits par la nature sont encore du ressort de l’Histoire naturelle, nous croyons devoir, comme nous l’avons fait pour les métaux, donner ici les principales propriétés de la platine : quoique très-dense, elle est très-peu ductile, presque infusible sans addition, si fixe au feu qu’elle n’y perd rien ou presque rien de son poids, inaltérable et résistante à l’action des éléments humides , indissoluble , comme l’or, dans tous les acides simples et se
* Nota. M. Tillet, l’un de nos plus savants académiciens, et très-exact observateur, a reconnu que , quoique la platine soit indissoluble en eüe-mème par les acides simples, elle se dis-
HISTOIRE NATURELLE
laissant dissoudre comme lui par la double puissance des acides nitreux et marin réunis.
L’or mêlé avec le plomb le rend aigre, la platine produit le même effet ; mais on a prétendu qu’elle ne se séparait pas en entier du plomb comme l’or, dans la coupelle, au plus grand feu de nos fourneaux ; dès lors le plomb adhère plus fortement à l'a platine que l’or dont il se sépare en entier, ou presque en entier ‘ . On peut même reconnaître, par l’augmentation de son poids, la quantité de plomb qu’elle a saisi et qu elle retient si puissamment, que l opération de la coupelle ne peut l’en séparer; cette quantité, selon
sout néanmoins par l'acide nitreux pur, lorsqu'elle est ail ée avec de l'argent et de l'or. Voici la note qu'il a bien voulu me communiquer à ce sujet : « J’ai annoncé dins les Mémoires
# de l'Académie des Sciences, année 1779, que la platine, soit « brute , soit rendue ductile par les procédés connus, est dis- « soluble dans l'acide nitreux pur, lorsqu'elle est alliée avec « une certaiue quantité d'or et d'argent. Min que cet alliage « soit complet, il faut le faire par le moyen de la coupell -, et « en employant une quantité convenable de plomb. On traite « alors , par 1 1 voie du départ , le boutou composé des trois « métaux , comme un mélange simple d’or et d'argent ; la dis- « solution de l’argent et de la platine’est complète, la liqueur « est transparente , et il ne reste que l’or au fond du matras , « soit dans un état de division si on a mis beaucoup d’argent, a soit en forme de cornet bien conservé si on n a mis que « trois ou quatre parties d'argent égales à celles de l’or. Il « est vrai que si on emploie irop de platine dans cette opéra- « lion , l’or mêlé avec elle la détend un peu des attaques de h l’acide nitreux, et il en conserve quelques parties. Il faut « un mélange parfait des trois métaux pour que l’opération « réussisse complètement; s’il se trouve quelques parties dans « l’alliage où il n’y ait pas assez d'argent pour que la disso- « lution ait lieu, la platine résiste , comme l'or, à l’aciie , et « reste avec lui dans le précipité ; mais si on ne met dans « l’alliage qu’un douzième de platine , ou encore mieux, un
# vingt-quatrième de l'or qu’on emploie , alors on parvient à « dissoudre le total de la platine, et l’or mis en expérience ne « conserve exactement que son poids. Il n’en est pas ainsi « d’un alliage dans lequel il n’entre que de l’argent et de la « platine : la dissolution n’en est proprement une que pour « l’argent; la liqueur reste trouble et noirâtre , malgré une « longue et forte ébullition; il se fait un précipité noir et « abondant au fond du matras , qui n’est que de la platine ré- « duite en poudre et subdi visée en une infinité de particules , « comme elle l’était dans l’argent avant qu’il fût dissous.Cepen- « dant si on laisse reposer la liqueur pendaut quelques jours , « elle s’éclaircit et devient d’une couleur brune, qu’elle doit « sans d ute à quelques partiel de li platine qu’elle a dis- « soutes, ou quelle tient en suspension. Il paraît donc que t dans celte opération , c’est à la présence seule de l’or qu’est t due la dissoluti on réelle et assez prompte de la platine par « l’acide nitreux pur; que l’argent ne c ntribue qu’indirecte- 4 ment à cette di solution; qu’il la facilite à la vérité, mais « que sans l’or il ne sert qu’à procurer une division méca- « nique de la platine , et encore cette division n’a-t-elle lieu « que p rce que l’argent dissous lui-même ne peut plus con- « server la platine subdivisée avec laquelle il faisait errps. »
4 « L’or le plus pur ne se sépare jamais parfaitement du t plomb dans la coupelle ; si vous faites passer un gros d’or « tin à la coupelle dans une quantité quelconque de plomb, « le bouton d’or, quelque brillant qu'il soit , pèsera toujours « un peu plus d’un gros. » Remarque communiquée par W. Tillet.
M. Schaeffer, est de deux ou trois pour eent; cet habile chimiste, qui le premier a travaillé la platine, dit avec raison qu’au miroir ardent, c’est-à-dire à un feu supérieur à celui de nos fourneaux , on vient à bout d’en séparer tout le plomb et de la rendre pure ; elle ne diffère donc ici de l’or qu’en ce qu’étant plus difficile à fondre , elle se coupelle aussi plus difficilement.
En mêlant parties égales de platine et de cuivre, on les fond presque aussi facilement que le cuivre seul , et cet alliage est à peu près aussi fusible que celui de l’or et du cuivre. Elle se fond un peu moins facilement avec l’argent; il en fout trois parties sur une de platine , et l’alliage qui résulte de cette fonte est aigre et dur. On peut en retirer l'argent par l’acide nitreux, et avoir ainsi la platine sans mélange, mais néanmoins avec quelque perte. Elle peut de même se fondre avec les autres métaux ; et ce qui est très-remarquable , c’est que le mélange d’une très-petite quantité d’arsenic , comme d’une vingtième ou d’une vingt-quatrième partie, suffit pour la faire fondre presque aussi aisément que nous fondons le cuivre ; il n’est pas même nécessaire d’ajouter des fondants à l’arsenic, comme lorsqu’on le fond avec le fer ouïe cuivre; il suffit seul pour opérer très-promptement la fusion de la platine, qui cependant n’en devient que plus aigre et plus cassante. Enfin lorsqu’on la mêle avec l’or, il n’y a pas moyen de les séparer sans intermède, parce que la platine et l’or sont également fixes au feu ; et ceci prouve encore que la nature de la platine tient de trèsprès à celle de l’or. Ils se fondent ensemble assez aisément; leur union est toujours intime et constante ; et de même qu’on remarque des surfaces dorées dans la platine qui nous vient en grenailles , on voit aussi des filets ou de petites veines d’or dans la platine fondue. Quelques chimistes prétendent même que l’or est un dissolvant de la platine, parce qu’en effet si l’on ajoute de l’or à l’eau régale, la dissolution de la platine se fait beaucoup plus promptement et plus complètement; et ceci, joint à ce que nous avons dit de sa dissolution par l’acide nitreux, est encore une preuve et un effet de la grande affinité de la platine avec l’or. On a trouvé néanmoins le moyen de séparer l’or de la platine , en mêlant cet alliage avec l’argent' ; et ce
4 « Lorsqu’on a mêle de l’or avec de la platine il y a un
DES MINERAUX
moyen est assez sûr pour qu’on ne doive plus craindre de voir le titre de l’or altéré par le mélange de la platine.
L’or est précipité de sa dissolution par le vitriol de fer, et la platine ne l’est pas ; ceci fournit un moyen de séparer l’or de la platine, s’il s’y trouvait artificiellement allié ; mais cet intermède ne peut rien sur leur alliage naturel. Le mercure qui s’amalgame si puissamment avec l’or ne s’unit point avec la platine ; ceci fournit un second moyen de reconnaître l’or falsifié par le mélange de la platine ; il ne faut que réduire l’alliage en poudre, et la présenter au mercure qui s’emparera de toutes les particules d’or , et ne s’attachera point à celles de la platine. . x
tes différences entre l’or et la platine sont u considérables en comparaison des rapports de nature que ces deux substances ont l’une avec l’autre. La platine ne s’est trouvée que dans des mines d’or , et seulement dans deux endroits particuliers, et quoique tirée de la même mine, sa substance n’est pas toujours la meme ; car en essayant sous le marteau plusieurs grains de platine, telle qu’on nous l’envoie, j’ai reconnu que quelques-uns de ces grains s’étendaient assez facilement, tandis que d’autres se brisaient sous une percussion égale : cela seul suffirait pour faire voir que ce n’est point un métal na-
« moyen sûr de les séparer, celui du départ, eu ajoutant au « mélange trois fois autant d’argent ou environ qu’il y a d’or; « l’acide nitreux dissout l'argent et la platine, et l’or tout « entier en est séparé ; on verse ensuite de Tacide marin sur « la liqueur chargée de l'argent et de la platine, sur-le-champ « on a un précipité de l’argent seul; et comme on a formé « par là une eau régale, la platine n’en est que mieux main- « tenue dans la liqueur qui surnage l’argent précipité. Pour « obtenir ensuite la platine , on fait évaporer sur un bain de « sable la liqueur qui la contient, et on traite le résidu par le « flux noir, en y ajoutant de la chaux de cuivre propre à ras- « sembler ces particules de platine; on lamine après cela le « bouton de cuivre qu’on a retiré de l’opération, et on le fait « dissoudre à froid dans de l'esprit de nitre affaibli ; la platine « se précipite au fond du matras, et après un recuit, elle s’an- » nonce avec ses caractères métalliques, mais avec un déchet « de moitié ou environ, sur la quantité de platine qu’on a
* employée. Voilà le procédé que j'ai suivi et par lequel on
* voit que je n’ai rien pu perdre par un défaut de soins ; après « des opérations réitérées, on parvient à réduire la platine à « peu .de grains, et enfin à la perdre totalement. Ces expé-
* riences annoncent que la platine se décompose et n’est pas « un métal simple; la matière noire et ferrugineuse se mon- « tre à chaque opération, et se trouve mêlée avec celle qui a
* conservé l’état métallique; cette matière noirâtre qui n’a 1 pu reprendre ses caractères métalliques, est fort légère et
* ne se précipite qu’avec peine; on ne croirait jamais qu’elle
* eût appartenu à un métal aussi pesant que la platine ; quatre « ou cinq grains de cette matière décomposée ont le volume
* d’une noisette. » Note de M. Tillct.
ti( et d’une nature univoque, mais un méiange équivoque , qui se trouve plus ou moins aigre , selon la quantité et la qualité de matières alliées.
Quoique la platine soit blanche à peu près comme l’argent, sa dissolution est jaune, et même plus jaune que celle de l’or; cette couleur augmente encore à mesure que la dissolution se sature , et devient à la fois tout à fait rouge. Cette dernière couleur ne provient-elle pas du fer toujours uni à la platine 1 ? En faisant évaporer lentement cette dissolution , on obtient un sel cristallisé, semblable au sel d’or: la dissolution noircit de même la peau, et laisse aussi précipiter la platine , comme l’or , par l’éther et par les autres huiles éthérées; enfin son sel reprend , comme celui de l’or , son état métallique, sans addition ni secours.
Le produit de la dissolution de la platine paraît différer de l’or dissous , en ce que le précipité de platine, fait par l’alkali volatil , ne devient pas fulminant comme l’or; mais aussi peut-être que si l’on joignait une petite quantité de fer à la dissolution d’or , le précipité ne serait pas fulminant. Je présume de même que c’est par une cause semblable que le précipité de la platine par l’étain ne se colore pas depourpre comme celui de l’or ; et dans le vrai, ces différences sont si légères en comparaison des grands et vrais rapports que la platine a constamment avec l’or, qu’elles ne suffisent pas à beaucoup près pour faire un métal à part et indépendant , d’une matière qui n’est très-vraisemblablement qu’altérée par le mélange du fer et de quelques vapeurs arsenicales : car , quoique notre art ne puisse rendre à ces deux métaux altérés leur première essence, il ne faut pas conclure de son impuissance à l’impossibilité ; ce serait prétendre que la nature n’a pu faire ce que nous ne pouvons défaire , et nous devrions plutôt nous attacher à l’imiter qu’à la contredire.
4 La platine se dissout dans l'eau régale, qui doit être composée de parties égales d’acide nitreux et d'acide marin. Il en faut environ seize parties pour une partie de platine, et il faut qu’elle soit aidée de la chaleur... La dissolution prend une couleur jaune qui passe au rouge brun foncé ; il leste au fond du vaisseau des matières étrangères qui étaient mêlées à la platine, et particulièrement du sable magnétique. La dissolution de la platine fournit par le refroidissement de petits cristaux opaques de couleur jaune et d'une saveur âcre; ces cristaux se fondent imparfaitement au feu, l’acide se dissipe, et il resle une chaux grise obscure. Éléments de chimie, par M. de Morveau, tome 11, pages 266 et 267.
m HISTOIRE NATURELLE
Aucun acide simple, ni même le sublimé corrosif ni le soufre n’agissent pas plus sur la platine que sur l’or ; mais le foie de soufre les dissout également : toutes les substances métalliques la précipitent comme l’or, et son précipité conserve de même sa couleur et son brillant métallique ; elle s’allie, comme l’or , avec tous les métaux et les demi-métaux.
La différence la plus sensible qu’il y ait entre les propriétés secondaires de l’or et de la platine, c’est la facilité avec laquelle il s’amalgame avec le mercure, et la résistance que la platine oppose à cette union. Il me semble que c’est par le fer et par l’arsenic , dont la platine est intimement pénétrée, que l’or aura perdu son attraction avec le mercure qui , comme l’on sait , ne peut s’amalgamer avec le fer, et encore moins avec l’arsenic. Je suis donc persuadé qu’on pourra toujours donner la raison de toutes ces différences , en convenant avec moi que la platine est un or dénaturé par le mélange intime du fer et d’une vapeur d’arsenic.
La platine mêlée en parties égales avec l’or exige un feu violent pour se fondre; i’aliiage est blanchâtre , dur, aigre et cassant; néanmoins en le faisant recuire , il s’étend un peu sous le marteau. Si on met quatre parties d’or sur une de platine , il ne faut pas un si grand degré de feu pour les fondre : l’alliage conserve à peu près la couleur de l’or ; et Ton a observé qu’en général l’argent blanchit l’or beaucoup plus que la platine. Cet al liage* de quatre parties d’or sur une de platine peut s’étendre en lames minces sous le marteau.
Pour fondre la platine et l’argent mêlés en parties égales, il faut un feu très-violent, et cet alliage est moins brillant et plus dur que l’argent pur : il n’a que peu de ductilité; sa substance est grenue, les grains en sont assez gros, et paraissent mal liés ; et lors même que Ton met sept, ou huit parties d’argent sur une de platine , le grain de l’alliage est toujours grossier : on peut par ce mélange faire cristalliser très-aisément l’argent en fusion1 ; ce qui démon-
4 « Les cristallisations constantes de l’argent où il est entré « de la platine semblent indiquer réellement le peu d'affinité « qu'il y a entre ces deux métaux; il parait que l'argent tend « à se séparer de la platine. On a infailliblement des cristal- <» lisations d’argent bien prononcées en fondant huit parties « d'argent pur avec une partie de platine et en les passant à « la coupelle. J’ai remis, pour le Cabinet du Roi, des boutons * de deux gros ainsi cristallisés à leur surface ; la loupe la « moins forte d’un microscope fait distinguer nettement les
tre le peu d’affinité de ce métal avec la platine , puisqu’il ne contracte avec elle qu’une union imparfaite.
Il n’en est pas de même du mélange de la platine avec le cuivre; c’est de tous les métaux celui avec lequel elle se fond le plus facilement: mêlés à parties égales , l’alliage en est dur et cassant; mais si Ton ne met qu’une huitième ou une neuvième partie de platine , l’alliage est d’une plus belle couleur que celle du cuivre ; il est aussi plus dur, et peut recevoir un plus beau poli; il résiste beaucoup mieux à l’impression des éléments humides ; il ne donne que peu ou point de vert-de-gris, et il est assez ductile pour être travaillé à peu près comme le cuivre ordinaire. On pourrait donc , en alliant le cuivre et la platine dans cette proportion , essayer d’en faire des vases de cuisine , qui pourraient se passer d’étamage , et qui n’auraient aucune des mauvaises qualités du cuivre , de l’étain et du plomb.
La platine , mêlée avec quatre ou cinq fois autant de fonte de fer, donne un ailiage plus dur que cette fonte, et encore moins sujet à la rouille: ii prend un beau poli ; mais il est trop aigre pour pouvoir être mis en œuvre comme l’alliage du cuivre. M. Lewis , auquel on doit ces observations , dit aussi que la platine se fond avec l’étain en toutes proportions, depuis parties égales jusqu’à vingt-quatre parties d ’étain sur une de platine, et que ces alliages sont d’autant plus durs et plus aigres que la platine est en plus grande quantité, en sorte qu’il ne parait pas qu’on puisse les travailler. Il en est de même des alliages avec le plomb , qui même exigent un feu plus violent que ceux avec Tétain. Cet habile chimiste a encore observé que le plomb et l’argent ont tant de peine à s’unir avec la platine, qu’il tombe toujours une bonne partie de la platine au fond du creuset , dans sa fusion avec ces deux métaux , qui de tous ont par conséquent le moins d’affinité avec ce minéral.
Le bismuth, comme le plomb, ne s’allie qu’imparfaitement avec la platine , et l’alliage qui en résulte est cassant au point d’être friable : mais de la même manière que dans les métaux le cuivre est celui avec lequel la platine s’unit le plus facilement , il se trouve que des demi-mé-
« petites pyramides de l’argent, i Remarque communiquée par M. Tillel.
i J KS MirsÉKAliX.
faux c’est le zinc avec lequel elle s’unit aussi le plus parfaitement. Cet alliage de la platine et du zinc ne change point de couleur, et ressemble au zinc pur; il est seulement plus ou moins bleuâtre , selon la proportion plus ou moins grande de la platine dans le mélange : il ne se ternit point à l’air ; mais il est plus aigre que le zinc qui , comme l’on sait, s’étend sous le marteau. Ainsi, cet alliage de la platine et du zinc, quoique facile, n’offre encore aucun objet d’utilité. Mais si i’on môle quatre parties de laiton ou cuivre jaune avec une partie de platine, l’union paraît s’en faire d’une manière intime : la substance de l’alliage est compacte et fort dure ; le grain en est très-fin et très-serré, et il prend un poli vif qui ne se ternit point à l’air. Sans être bien ductile, cet alliage peut néanmoins s'étendre assez sous le marteau , pour pouvoir s’en servir à faire des miroirs de télés¬
ki
n’ai-je pas dit et répété que le fer, qui se trouve si intimement uni à la platine, n’est pas du fer dans son état ordinaire de métal ; qu’il est au contraire, comme le sablon ferrugineux, qui se trouve mêlé avec la platine , presque entièrement dépouillé de ses propriétés métalliques , Puisqu’il est presque infusible, qu’il résiste à la rouille, aux acides, et qu’il ne lui reste que la propriété d’être attirable à l’aimant? Dès lors l’objection tombe, puisque le feu ne peut rien sur cette sorte de fer ; tous les ingrédients, toutes les combinaisons chimiques , ne peuvent ni l’altérer ni le changer, ni lui ôter sa qualité magné !ique, ni même le séparer en entier de la platine avec laquelle il reste constamment et intimement uni; et quoique la platine conserve sa blancheur et ne prenne point la couleur de l’or , après toutes les épreuves qu’on lui a fait subir, cela n’en prouve que mieux que l’art ne
cope, et d autres petits ouvrages dont le poli peut altérer sa nature. Sa substance est blanche
doit résister aux impressions de l’air.
J’ai cru pouvoir avancer, il y a quelques années 1 , et je crois pouvoir soutenir encore aujourd’hui, que la platine n’est point un métal pur, mais seulement un alliage d’or et de fer, produit accidentellement et par des circonstances locales. Comme tous nos chimistes , d’après MM. Schœffer et Lewis , avaient sur cela pris leur parti , qu’ils en avaient parlé comme d’un nouveau métal parfait, ils ont cherché des rai-
et doit l’être en effet en la supposant , comme je le fais , composée d’or dénaturé par l’arsenic, qui lui donne cette couleur blanche , et qui , quoique très-volatil , peut néanmoins y être très-fixement uni, et même plus intimement qu’il ne l’est dans le cuivre dont on sait qu’il est très-difficile de le séparer.
Plus j’ai combiné les observations générales et les faits particuliers sur la nature de la platine, plus je me suis persuadé que ce n’est qu’un
sons contre mon opinion , et ces raisons m’ont mélange accidentel d’or imbu de vapeurs ar«e-
ulÜU!!„0bjeCti0n ’ * d’- fer brûlé autant qu’il est posai-
eberai de ne pas laisser sans réponse : « Si la ble, auquel le feu a par conséquent enlevé toutes " f ne’ d‘ «n ^ nos p us habiles chimistes2, ses propriétés métalliques, à l’exception de son
« était un alliage d’or et de fer, elle devrait re- magnétisme ; je crois même que les physiciens « Prendre les propnetes de l’or à proportion qui réfléchiront sans nréiuné sur tons es
Propriétés de l’or à proportion I qui réfléchiront sans préjugé sur tous les faits
« qu on détruirait et qu’on lui enlèverait une que je viens d’exposer seront de mon avis , et « plus grande minutite dp «nn 1W • ot ii > .... ... ’
« plus grande quantité de son fer : et il arrive que les chimistes ne s’obstineront pas à regarder
. précisément le contraire ; loin d’acquérir la comme un métal pur et parfait une matière « couleur jaune, elle n’en devient que plus blan lie marier e
pur et parfait qui est évidemment alliée avec d’autres sub-
- che, et les propriétés par lesquelles elle dif- stances métalliques. Cependant voyons encore :J Ade. ..„°" “ en.S°“îqUep.lUS-m®Tées’ * 11 I de P'«s P^ les raisons sur lesquelles ils vou-
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iD, . , •> i^uciuiani 1CJ> uiuciciice» ue I or
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T 6trrira etenlèvera le fer> observé, l« que la dissolution de la platine aans ?r n la a <,'011 enr de * ori ct fl”6 ce l'eau régale ne teint pas la peau, les os, lesmar- „^ r. reprendra hli'm<'me ‘««tes ses | bres et pierres calcaires en couleur pourpre ,
, on a ne dans
propriétés dès que le fer en sera séparé • mais , 7 ' , 7‘ , ” puu'ple’
h acid »rpdit, mais comme le tait la dissolution de l’or, et que la
platine ne se précipite pas en poudre couleur de
! SuM<5ments, tome I. pages 389 et suiv. «. Macqiier.
pourpre, comme l’or précipité par l’étain : mais ced doit-il nous surprendre, puisque la platine
HISTOIRE NATURELLE
est blanche et que l'or est jaune? 2° L’esprit* de-vin et les autres huiles essentielles, ainsi que le vitriol de fer, précipitent l’or et ne précipitent pas la platine ; mais il me semble que cela doit arriver, puisque la platine est mêlée de fer avec lequel le vitriol martial et les huiles essentielles ont plus d’affinité qu’avec l’eau régale , et qu’en ayant moins avec l’or elles le laissent se dégager de sa dissolution. 3° Le précipité de la platine par l'alkali volatil ne devient pas fulminant comme celui de l’or : cela ne doit pas encore nous étonner; car cette précipitation produite par l’alkali est plus qu’imparfaite , attendu que la dissolution reste toujours colorée et chargée de platine , qui dans le vrai est plutôt calcinée que dissoute dans l’eau régale: elle ne peut donc pas , comme l’or dissous et précipité, saisir l’air que fournit l’alkali volatil, ni par conséquent devenir fulminante. 4° La platine, traitée à la coupelle, soit par le plomb, le bismuth ou l'antimoine, ne fait point \ éclair comme l’or, et semble retenir une portion de ces matières ; mais cela ne doit-il pas nécessairement arriver, puisque sa fusion n’est pas parfaite, et qu’un mélange avec une matière déjà mélangée, ne peut produire une substance pure, telle que celle de l’or quand il fait l’éclair? Ainsi toutes ces différences , loin de prouver que la platine est une métal simple et différent de l’or, semblent démontrer au contraire que c’est un or dénaturé par l’alliage intime d’une matière ferrugineuse également dénaturée ; et si notre art ne peut rendre à ces métaux leur première forme , il ne faut pas en conclure que la substance de la platine ne soit pas composée d’or et de fer , puisque la présence du fer y est démontrée par l’aimant , et celle de l’or par la balance.
Avant que la platine fût connue en Europe , les Espagnols , et même les Américains , l’avaient fondue en la mêlant avec des métaux, et particulièrement avec le cuivre et l’arsenic ; ils en avaient fait différents petits ouvrages qu’ils donnaient à plus bas prix que de pareils ouvrages en argent : mais avec quelque métal qu’on puisse allier la platine , elle en détruit ou du moins diminue toujours la ductilité ; elle les rend tous aigres et cassants ; ce qui semble prouver qu’elle contient une petite quantité d’arsenic , dont on sait qu’il ne faut qu’un grain pour produire cet effet sur une masse considérable de métal. D’ailleurs il parait que dans ces al¬
liages de la platine avec les métaux la combinaison des substances ne se fait pas d’une manière intime; c’est plutôt une agrégation qu’une union parfaite , et cela seul suffit pour produire l’aigreur de ces alliages.
M. de Morveau, aussi savant physicien qu’habile chimiste, dit avec raison que la densité de la platine 1 n’est pas constante; qu’elle varie même suivant les différents procédés qu’on emploie pour la fondre, quoiqu’elle n’y prenne certainement aucun alliage2. Ce fait ne démontre-t-il pas deux choses? la première, que la densité est ici d’autant moindre que la fusion est plus imparfaite, et qu’elle serait peut-être égale à celle de l’or si l’on pouvait réduire la platine en fonte parfaite; c’est ce que nous avons tâché de faire en en faisant passer quelques livres à travers les charbons dans un fourneau d’aspiration 3 ; la seconde , c’est que cet alliage
* Selon M. Brisson, la platine en grenaille ne pèse que mille quatre-vingt-douze livres deux onces le pied cube, tandis que la platine fondue et écrouie pèse mille quatre cent vingt-trois livres neuf onces, ce qui surpasse la densité de l'or battu et écroui , qui ne pèse que mille trois cent cinquantecinq livres cinq onces. Si cette détermination est exacte, on doit en inférer que la platine fondue est susceptible d’une plus grande compression que l’or.
2 Éléments de Chimie , tome T, page 1 10.
5 « Il est impossible de fondre la platine ou or blanc dans « un creuset, sans addition. Il résiste à un feu aussi vif, et « même plus fort que celui qui fond les meilleurs creusets... « Il fondrait beaucoup plus aisément sur les charbons , sans « creuset ; mais on ne peut le tr aiter ainsi , quand on n’en a « p as une livre , et j’étais dans ce cas. Le phlogistique des « charbons ne contribue en aucune manière à la fusion de ce « métal ; mais leur chaleur animée par le soufflet de forge est « beaucoup plus forte que celle du creuset. » Description de l’or blanc, etc., par M. Schœffer, Journal étranger, mois de novembre 1757. — J'ai pensé sur cela comme M. Schœffer, et j’ai cru que je viendrais à bout de fondre parfaitement la platine en la faisant passer à travers les charbons ardents, et en assez grande quantité pour pouvoir la recueillir en fonte; M. de Morveau a bien voulu conduire cette opération en ma présence; pour cela nous avons fait construire, au mois d’août dernier 1781, une espèce de haut fourneau de treize pieds huit pouces de hauteur totale divisée en quatre parties égales, savoir : la partie inférieure , de forme cylindrique de vingt pouces de haut sur vingt pouces de diamètre, formée de trois dalles de pierre calcaire posées sur une pierre de même nature, creusée légèrement en fond de chaudière; ce cylindre était percé vers le bas de trois ouvertures disposées aux sommets d’un triangle équilatéral inscrit; chacune de ces ouvertures était de huit pouces de longeursur dix de hauteur, et défendue à l’extérieur par des murs en brique, à la manière des gardes-tirants des fours à porcelaine.
La seconde partie du fourneau , formée de daües de même pierre , était en cône de douze pouces de hauteur, ayant au bas vingt pouces de diamètre et neuf pouces au-dessus; les dalles de ces deux parties étaient entretenues par des cercles de fer.
La troisième partie, formant un tuyau de neuf pouces de i diamètre et de cinq pieds de long, fut construite en briques
Un tuyau de tôle de neuf pouces de diamètre et six pied?
DES MINERAUX
de fer et d’or, produit par un accident de nature, n’est pas . comme les métaux, d’une densité constante, mais d’une densité variable, et réellement différente suivant les circonstances ; en
de hauteur, placé sur le tuyau de briques, formait la quatrième et dernière partie du fourneau ; on avait pratiqué une porte vers le bas pour la commodité du chargement.
Ce fourneau ainsi construit, on mit le feu vers les quatre heures du soir : il tira d'abord assez bien; mais ayant été chargé de charbon jusqu'aux deux tiers du tuyau de briques, le feu s'éteignit, et on eut assez de peine à le rallumer et à faire descendre les charbons qui s'engorgaient; l’humidité eut sans doute aussi quelque part à cet effet; ce ne fut qu'à minuit que le tirage se rétablit : on l'entretint jusqu’à huit heures du matin en chargeant de charbon à la hauteur de cinq pieds seulement, et bouchant alternativement un des tisards pour augmenter l’activité des deux autres.
Alors on jeta dans ce fourneau treize onces de platine mêlée avec quatre livres de verre de bouteille pulvérisé et tamisé, et on continua de charger de charbon à la même hauteur de cinq pieds au-dessus du fond.
Deux heures après on ajouta même quantité de platine et de verre pilé.
On aperçut vers le midi quelques scories à l’ouverture des tisards; elles étaient d'un verre grossier, tenace, pâteux, et présentaient à leur surface des grains de platine non attaqués; on fit rejeter dans le fourneau toutes celles que l'on put tirer. F
On essaya de boucher à la fois deux tisards, et l’élévation de la flamme fit voir que le tirage en était réellement augmenté ; mais les cendres qui s’amoncelaient au fond, arrêtant ie tirage, on prit le parti de faire jouer un très-gros soufflet en introduisant la buse dans un des tisards, les autres bouchés , et pour lors on enleva le tuyau de tôle qui devenait inutile.
On reconnut vers les cinq heures du soir que les cendres étaient diminuées; les scories, mieux fondues, contenaient une infinité de petits globules de platine ; mais il ne fut pas possible d'obtenir un laitier assez fluide pour permettre la 1 réunion des petits culots métalliques; on arrêta le feu à minuit.
Le fourneau ayant été ouvert après deux jours de refroidissement, on trouva sur le fond une masse de scories grossières, formées des cendres vitrifiées et de quelques matières étrangères portées avec le charbon ; la platine y était disséminée en globules de différentes grosseurs, quelques-uns du poids de vingt-cinq à trente grains, tous très-attirables à l’aimant ; on observa dans quelques parties-des scories, une espèce de cristallisation en rayons divergents, comme l'asbeste on l’hématite striée. La chaleur ava-it été si violente que, dans tout le pourtour intérieur, la pierre du fourneau était complètement calcinée de trois pouces et demi d’épaisseur et même entamée en quelques endroits par la vitrification.
Les scories pulvérisées furent débarrassées, par un lavage en grande eau, de toutes les parties de chaux et même d’une portion de la terre. On mit toute la matière restante dans un très-grand creuset de plomb noir avec une addition de six livres d’alkali extemporané; ce creuset fut placé devant les soufflets d’une chaufferie; en moins de six heures, le creuset fut percé du côté du vent, et il fallut arrêter le feu, parce que la matière qui en sortait coulait au-devant des soufflets.
On reconnut le lendemain, à l’ouverture du creuset, que la masse vitreuse qui avait coulé et qui était encore attachée au creuset tenait une quantité de petits culots de platine du poids de soixante à quatre-vingts grains chacun, et qui étaient formés de globules refondus; ces culots étaient de même trèsmagnétiques, et plusieurs présentaient à leur surface des éléments de cristallisation. Le reste de la platine était à peine agglutiné.
sorte que telle platine est plus ou moins pesante que telle autre , tandis que dans tout vrai métal la densité est égale dans toutes les parties de sa substance.
M. de Morveau a reconnu , comme moi et avec moi , que la platine est en elle-même magnétique , indépendamment du sablon ferrugineux dont elle est extérieurement mêlée et quelquefois environnée. Comme cette observation a été contredite, et que Schœffer a prétendu qu en faisant seulement rougir la platine elle cessait d’être attirable à l’aimant; que d’autres chimistes en grand nombre ont dit qu’après la fonte elle était absolument insensible à I action magnétique, lions ne pouvons nous dispenser de présenter ici le résultat des expériences , et les faits relatifs à ces assertions.
MM. Macquer et Baumé assurent avoir reconnu : « qu’en poussant à un très-grand feu « pendant cinquante heures la coupellation de « la platine , elle avait perdu de son poids ; ce « qui prouve que tout le plomb avait passé à la « coupelle avec quelque matière qu’il avait en- « levée, d’autant que cette platine passée à « cette forte épreuve de coupelle était devenue « assez ductile pour s’étendre sous le mar- « teau 1 . » Mais s’il était bien constant que la platine perdit de son poids à la coupellation, et qu’elle en perdît, d’autant plus que le feu est plus violent et plus longtemps continué , cette coupellation de cinquante heures n’était encore qu’imparfaite, et n’a pas réduit la platine a son état de pureté : « On n’était pas encore par- « venu, dit avec raison M. de Morveau, à aclie- « ver la coupellation de la platine, lorsque nous « avons fait voir qu’il était possible de la rendre « complète au moyen d’un feu de la dernière « violence. M. deBuffon a inséré dans ses Sup- « pléments le détail de ses expériences qui ont « fourni un bouton de platine pur, et absolu- « ment privée de plomb et de tout ce qu’il au-
On pulvérisa grossièrement toute la masse, et en y promenant le barreau aimanté, on en retira près de onze onces de platine, tant en globules qn’en poussière métallique; celle expérience fut faite aux forges de Buffon, et en même temps nous répétâmes dans mon laboratoire de Montbard l'expérience de la platine malléable; on fit dissoudre un globule de platine dans l’eau régale, on précipita la dissolution par le sel ammoniac; le précipité, mis dans un creuset au feu d’une petite forge, fut pr< mptement revivifié, quoique sans fusion complète, il s’étendit très-bien sous le marteau, et les parcelles atténuées et divisées dans le mortier d’agate se trouvèrent encore sensibles à l'aimant.
4 Dictionnaire de Chimie, art. Platine.
HISTOIRE NATURELLE
« rait pu scorifier ; et il faut observer que cette « platine manifesta encore un peu de sensibilité « à l’action du barreau aimanté lorsqu’elle fut « réduite en poudre; ce qui annonce que cette « propriété lui est essentielle, puisqu’elle ne peut « dépendre ici de l’alliage d’un fer étranger L» On ne doit donc pas regarder la platine comme un métal pur, simple et parfait, puisqu’en la purifiant autant qu’il est possible elle contient toujours des parties de fer qui la rendent sensible à l’aimant. M. de Morveau a fondu la platine, sans addition d’aucune matière métallique , par un fondant composé de huit parties de verre pulvérisé, d’une partie de borax calciné, et d’une demi-partie de poussière de charbon. Ce fondant vitreux et salin fond également les mines de fer et celles de tous les autres métaux 2; et après cette fusion, où il n’entre ni fer ni aucun autre métal, la platine broyée dans un mortier d’agate était encore attirableà l’aimant. Ce même habile chimiste est le premier qui soit venu à bout d’allier la platine avec le fer forgé, au moyen du fondant que nous venons d’indiquer : cet alliage du fer forgé avec la platine est d’une extrême dureté ; il reçoit un très-beau poli qui ne se ternit point à l’air, et ce serait la
* Éléments de Chimie, tome I, page 219. « 11 n'est pas pos-
• sible, dit ailleurs M. de Morveau, de supposer que la portion « de platine d’abord traitée par le nitre et ensuite par l’acide « vitriolique fût un fer étranger à la platine elle-même, puis- « qu'il est évident qu’il aurait été calciné k la première déto-
• nation, et que nous avions eu l'attention de ne soumettre à « la seconde opération que la platine qui avait reçu le bril- « lant métallique ; cette réflexion nous a engagés à traiter une « troisième fois les cinq cents grains restants, et le résultat a c été encore plus satisfaisant. Le creuset ayant été tenu plus « longtemps au feu, la platine était comme agglutinée au-des- « sous de la matière saline, la lessive était plus colorée et « comme verdâtre, et la poussière noire plus abondante : l’a- « eide vitriolique, bouilli sur ce qui était resté sur le filtre, « était sensiblement plus chargé, et la platine en état de mé- « tal, réduite à trente-cinq grains, compris quelques écailles « qui avaient l'apparence de fer brûlé, et qui étaient beau- « coup plus larges qu’aucun des grains de platine. Une autre « circonstance bien digne de remarque, c’est que dans ces « trente-cinq grains on découvrait aisément, à la seule vue, « nombre de paillettes de couleur d’or, tandis qu’auparavant
• nous n’en avions aperçu aucune, même avec le secours de « la loupe...
« Nous avons fait digérer dans l’eau régale la poussière noire « qui avait été séparée par les lavages ; elle a fourni une dis- « solution passablement chargée, qui avait tous les caractères « d'une dissolution de platine, qui a donné sur-le-champ un » beau précipité jaune pâle, par l'addition de la dissolution « du sel ammoniac, ce qui n’arrive pas à la dissolution de fer « dans le même acide mixte ; la liqueur prussienne saturée l’a « colorée en vert, et la fécule bleue a été plusieurs jours à se t rassembler. '» Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome II, page 155 et suiv.
* idem, tome I, page 227.
matière la plus propre de toutes à faire des miroirs de télescope '.
.le pourrais rapporter ici les autres expériences par lesquelles M. de Morveau s’est assuré que le fer existe toujours dans la platine la plus purifiée. On les lira avec satisfaction dans son t \ î a0e 2 : on y trouvera, entre autres choses utiles , l’indication d’un moyen sûr et facile de reconnaître si l’or a été falsifié par le mélange de la platine ; il suffit pour cela défaire dissoudre dans l’eau régale une portion de cet or suspect , et d’y jeter quelques gouttes d’une dissolution de sel ammoniac ; il n’y aura aucun précipité si l’or est pur, et au contraire , il se fera un précipité d’un beau jaune s’il est mêlé de platine : on doit seulement avoir attention de ne pas étendre la dissolution dans beaucoup d’eau 3. C’est en traitant le précipité de la platine par une dissolution concentrée de sel ammoniac, et en lui faisant subir un feu de la dernière violence , qu’on peut la rendre assez ductile pour s’étendre sous le marteau; mais dans cet état de plus grande pureté , lorsqu’on la réduit en poudre , elle est encore attirable à l’aimant. La platine est donc toujours mêlée de fer, et dès lors on ne doit pas la regarder comme un métal simple : cette vérité , déjà bien constatée, se confirmera encore par toutes les expériences qu’on voudra tenter pour s’en assurer M. Margraff a précipité la platine par plusieurs substances métalliques ; aucune de ces précipitations ne lui a donné la platine en état de métal , mais toujours sous la forme d’une poudre brune : ce fait n’est pas le moins important de tous les faits qui mettent ce minéral hors de la classe des métaux simples.
M. Lewis assure que l’arsenic dissout aisément la platine : M. deMorveau, plus exact dans ses expériences, a reconnu que cette dissolution n’était qu’imparfaite, et que l’arsenic corrodait plutôt qu’il ne dissolvait la platine ; et de tous les essais qu’il a faits sur ces deux minéraux , joints ensemble , il conclut qu’il y a entre eux une très-grande affinité , « ce qui ajoute, dit-il,
H La plaline est de tous les métaux le plus propre à faire les miroirs des télescopes, puisqu'elle résiste, aussi bien que l’or, aux vapeurs de l’air, qu’elle est compacte, fort dense, sam couleur et plus dure que l’or, que le défaut de ces deux propriétés rend inutile pour cet usage. Description de l’Or blanc, par M.Schœffer; Journal éU’anger, mois de novembre 1757.
2 Voyez les Éléments de Chimie, tome II, page 54 et suiv.
* Éléments de Chimie, tome II, page 269 et 314.
lus Ml NICHAI X.
4 aux faits qui établissent déjà tant de rapports « entre la platine et le fer. » Mais ce dernier fait ajoute aussi un degré de probabilité à mon idée sur l’existence d’une petite quantité d’arsenic dans cette substance composée de fer et d’or.
A tous ces faits qui me semblent démontrer que la platine n’est point un métal pur et simple, mais un mélange de fer et d’or tous deux altérés, et dans lequel ces deux métaux sont intimement unis , je dois ajouter une observation qui ne peut que les confirmer : il y a des mines de fer, tenant or et argent, qu’il est impossible même avec seize parties de plomb de réduire en scories fluides ; elles sont toujours pâteuses et filantes, et par conséquent l’or et l’argent qu’elles contiennent ne peuvent s’en séparer pour se joindre au plomb. On trouve en une infinité d’endroits des sables ferrugineux tenant de l’or : mais jusqu’à présent on n’a pu, parla fonte en grand, en séparer assez d’01* pour payer les frais ; le fer qui se ressuscite retient l’or, ou bien l’or reste dans les scories1. Cette union intime de l’or avec le fer dans ces sablons ferrugineux,, qui tous sont très-magnétiques et semblables au sablon de la platine, indique que cette même union peut bien être encore plus forte dans la platine où l’or a souffert, par quelques vapeurs arsenicales, une altération qui l’a privé de sa ductilité, et cette union est d’autant plus difficile à rompre, que ni l’un ni l’autre de ces métaux n’existe dans la platine en leur état de nature, puisque tous deux y sont dénués de la plupart de leurs propriétés métalliques.
« Toutes les expériences que j’ai faites sur la « platine, m’écrit M. Tillet, me conduisent à « croire qu’elle n’est point un métal simple,
* que le fer y domine, mais qu’elle ne contient « point d’or. » Quelque confiance que j’aie aux lumières de ce savant académicien, je ne puis me persuader que la partie dense de la platine ne soit pas essentiellement de l’or, mais de l’or altéré, et auquel notre art n’a pu jusqu'à pré¬
sent rendre sa première forme. Ne serait-il pas plusqu étonnant qu’il existât en deux seuls endroits du monde une matière aussi pesante que 1 or, qui ne serait pas de l’or ; et que cette ma* tière si dense , qu’on voudrait supposer diffé- 1 ente de l’or, ne se trouvât néanmoins que dans des mines d’01* ? Je le répète, si la platine se trouvait, comme les autres métaux, dans toutes les parties du monde , si elle se trouvait en mines particulières, et dans d’autres mines que celles d’or, je pourrais penser alors avec M. Tillet qu’elle ne contient point d’or, et qu’il existe en effet une autre matière à peu près aussi dense que l’or dont elle serait composée avec un mélange de fer ; et dans ce cas, on pourrait la regarder comme un septième métal, surtout si 1 on pouvait parvenir à en séparer le fer : mais jusqu’à ce jour tout me senvble démontrer ce que j’ai osé avancer le premier, que ce minéral n’est point un métal simple, mais seulement un alliage de fer et d’or. Il me paraît même qu’on peut prouver par un seul fait que cette substance dense de la platine n’est pas une matière particulière essentiellement différente de l’or ; puisque le soufre ou sa vapeur agit sur tous les métaux, à l’exception de l’or, et que n’agissant point du tout sur la platine, 011 doit en conclure que la substance dense de ce minéral est de même essence que celle de l’or ; et l’on ne peut pas objecter que par la même raison la platine ne contienne pas du fer, sur lequel l’on sait que le soufre agit avec grande énergie, parce qu’il faut toujours se souvenir que le fer contenu dans la platine n’est point dans son état métallique, mais réduit en sablon magnétique, et que dans cet état le soufre ne l’attaque pas plus qu’il n’attaque l’or.
M. le baron de Sickengen , homme aussi recommandable par ses qualités personnelles et ses dignités que par ses grandes connaissances en chimie, a communiqué à l’Académie des Sciences, en 1778, les observations et les expériences qu’il avait faites sur la platine ; et je fais
4 Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome I, page f! J?4- ~ Fota. On doit néanmoins observer que le nro indiqué par M. Hellot , d’après Schlutter, n’est peut-êtrt ,e niei,,eur qu’on 1^‘sse employer pour tirer l’or et l’ar un 1er. M. de Grignon dit qu’il faut scorifier par le sou rafrairbir par le plomb et coupeller ensuite ; il assure qi sieur Vatrin a tiré l’or du fer avec quelque bénéfice, et 1 rn a traité dans un an quarante milliers qui venaient des gesde m. de La Blouze, en Nivernois et Berry , d’une v î*,re de fer qui a cessé (,e f0l,rnir de ce minéral
ici volontiers l’éloge de son travail, quoique je ne sois pas d’accord avec lui sur quelques points que nous avons probablement vus d’une manière différente. Par exemple, il annonce par son expérience 21 , que le nitre en fusion n’altère pas la platine; je ne puis m’empêcher de lui faire observer que les expériences des autres chimistes, et en particulier celles de M. de Morveau, prouvent le contraire, puisque la platine , ainsi
HISTOIRE NATURELLE
traitée, se laisse attaquer par l’acide vitriolique et par l’eau-forte * .
L’expérience 22 de M. le baron de Sickengen parait confirmer le soupçon que j’ai toujours eu (iue la platine ne nous arrive pas telle qu e e sort de la mine , mais seulement apres avoii passé sous la meule, et très-probablement apres avoir été soumise à l’amalgame; les globules de mercure que M. Schceffer et M. le comte de Millv ont remarqués dans celle qu’ils traitaient, viennent à l'appui de cette présomption que je
crois fondée. , . A
j’observerai au sujet de l’expenence 5o de
M le baron de Sickengen, qu’elle avait été faite auparavant, et publiée dans une lettre qui m a été adressée parM. de Morveau, et qui est insérée dans le Journal de Physique , tome V , paou 193. Ce que M. Sickengen a fait de plus (me M. de Morveau, c’est qu’ayant opéré sur une plus grande quantité de platine, il a pu former un barreau d’un culot plus gros que celui que M. de Morveau n’a pu étendre qu en une
petite lame. .
Je 11e peux me dispenser de remarquer aussi
que le principe posé pour servir de base aux conséquences de l’expérience 56, ne me parait pas juste : car un alliage même fait par notre art peut avoir ou acquérir des propriétés differentes dans les substances alliées, et par conséquent la platine pourrait s’allier au mercure, sans qu on put en conclure qu’elle ne contient pas de fei , et même cette expérience 56 est peut-être tout ce qu’il y a de plus fort pour prouver au moins l’impossibilité de priver la platine de tout fer, puisque cette platine revivifiée que l’on nous donne pour la plus pure , et qui éprouve une sorte de décomposition par le mercure, produit une poudre noire martiale, attirable àl’aimant, et avec laquelle on peut faire le bleu de Prusse. Or, pour conclure, comme, le fait l’illustre auteur (expérience 59 ) que l’analyse 11’a point de prise sur la platine, il aurait fallu répéter sur e produit de l’expérience 59 les épreuves sur le produit de l’expérience 56, et demontier qu 1 ne donnait plus ni poudre noire ni atomes raaimétiaues ni bleu de Prusse ; sans cela le procédé qui 'fait l’amalgame à chaud n’est p us qu’un procédé approprié qui ne décidé rien.
J’observe encore que l’expérience 64 donne un résultat qui est plus d’accord avec mon opi-
* Voyez les Éléments fie Chimie, P <r M de Morveau, t. II, page 152 et sui v
nion qu’avec celle de l’auteur ; car, par 1 addition du mercure , le fer, comme la platine, se sépare en poudre noire, et cela, seul suffit poui infirmer les conséquences qu’on voudrait tirer de cette expérience. Enfin, si nous rapprochons lesaveuxdecet habile chimiste, qui ne laisse pas de convenir « que la platine ne peut jamais « être privée de tout fer. . . qu’il n’est pas prouvé « qu’elle soit homogène... qu’elle contient cinq « treizièmes de fer qu’on peut retirer progres- « sivement par des procédés très-compliqués;
« qu’enfin il faut, avant de rien décider, repe- • ter sur la platine réduite toutes les expérien- « ces qu’il a faites sur la platine brute ; » il nous paraît qu’il ne devait pas prononcer contre ses propres présomptions , en assurant, comme il le fait, que la platine n’est pas un alliage, mais
un métal simple. ,
M. Bowles dans son Histoire naturelle de
l’Espagne, a inséré les expériences et les observations qu’il était plus à portée que personne de faire sur cette matière, puisque le gouvernement lui avait fait remettre une grande quantité de platine pour l’éprouver; néanmoins il nous apprend peu de choses, et il attaque mon opinion par de petites raisons : « En 1758, dit-il,
« le ministre me fit livrer unequantité suffisante « de platine, avec ordre de soumettre cette ma- « tière à mes expériences et de donner mon ax is « sur le bon et le mau vais usage qu’on pourrait « en faire. Cette platine qu’on me remit était « accompagnée de la note suivante : Dans le - , « vêckédePopayan , suffraganl de Lima , il y j « a beaucoup de mines d’or , et une entre au- « très nommée clioco ; dans une partie de la « montagne se trouve en grande quantité une, « espèce de sable que ceux du pays appellent
« platine ou or blanc. En examinante ma-! « tière, je trouvai qu’elle était fort pesante et (, mêlée' de quelques grains d’or couleur de « suie.... Après avoir séparé les grains dor.
« fai trouvé que la platine était plus pesante « que l’or à 20 carats; en ayant fait battre que - « nues crains sous le marteau, je vis qu’ils s e- « tendaient de cinq ou six fois leur diamètre, et « qu’ils restaient blancs comme l’argent : mais , les ayant envoyés à un batteur d’or, ils se 1m- , gèrent sous les pilons . . . . Jevoulusfondrecctk b platine à un feu très-violent , niais les gi m « ne firent que s’agglutiner J essaya. .de U
. dissoudre par les acides, le vitriolique eUc « nitreux ne l’attaquèrent point, mais 1 ac
DI S MINKRAIJX.
* marin parut l’entamer; et ayant versé une « bonne dose de sel ammoniac sur cet acide, je « n is toute la platine se précipiteren une matière « couleur de brique : enfin, après un grand nom- « bre d’expériences raisonnées, je suis parvenu à « faire, avec la platine, du véritable bleu de « Prusse. Ayant reconnu par ces mêmes expé- « riences que la platine contenait un peu de fer, « et m’étant souvenu que dans mes premières « opérations les grains de platine exposés à un « leu violent avaient contracté entre eux une « adhérence très-superficielle, puisqu’il nefal- « lait qu’un coup assez léger pour les séparer,
« je conclus que cette adhérence était l’effet de <« la fusion d’une couche déliée de fer qui les « recouvrait, et que la substance métallique in- « térieure n’y avait aucune part et ne contenait « point de fer. » Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de nous arrêter ici pour faire sentir le faible de ce raisonnement, et le faux de la conséquence qu’en tire M. Bowles. Cependant il insiste; et se munissant de l’autorité des chimistes qui ont regardé la platine comme un nom eau métal simple et parfait, il argumente assez longuement contre moi : « Si la platine,
« dit-il, était un composé d’or et de fer, comme « le dit M. de Buffon, elle devrait conserver « toutes les propriétés qui résultent de cette eom- « position, et cependant une foule d’expériences « prouve le contraire. » Cet habile naturaliste n a pas fait attention que j’ai dit expressément que le ter et l’or delà platine n’étaient pas dans leur état ordinaire, comme dans un alliage artificiel ; et s’il eût considéré sans préjugé ses propres expériences, il eût reconu que toutes prouvent la présence et l’union intime du sablon ferrugineux et magnétique avec la platine, et qu’aucune ne peut démontrer le contraire.
Au reste, comme les expériences de M. Bowles sont presque toutes les mêmes que celles des autres chimistes, et que je les ai exposées et iscutees ci-devant, je ne le suivrai plus loin que pour observer que, malgré ses objections contre mon opinion, il avoue néanmoins « quequoi- « qu il soit persuadé que la platine est un métal « sui generis, et non pas un simple mélange « d or et de fer, il n’ose, malgré cela, pronon- « cer affirmativement ni l’un ni l’autre, etque,
« quoique la platine ait des propriétés différen-
« tes de celles de tous les autres métaux connus,
« il sait trop combien nous sommes éloignés de • connaître sa véritable nature. »
Au reste M. Bowles termine ce chapitre sur la platine par quelques observations intéressantes. « La platine, dit-il, que je dois au cé- « lebre don Antonio de Ulloa, est une matière « qui se rencontre dans des mines qui contien- « lient de l’or ; elle est unie si étroitement avec « ce métal, qu’elle lui sert comme de matrice, « et que ce n’est qu’avec beaucoup d’efforts^
« et à grands coups, qu’on parvient à les sépa- « 1er; en sorte que si la platine abonde à un « certain point daus une mine, on est forcé de « l’abandonner, parce que les frais et les travaux « nécessaires pour faire la séparation des deux « métaux absorberaient le profit.
« Les seules mines d’où l’on tire la platine sont « celles de la Nouvelle-Grenade; et en particulier « cellesdeChoco et de Barbacoa sont les plusri- « ches. Il est remarquable que cette matière ne « se trouve dans aucune autre mine , soit du « Pérou, soit du Chili , soit du Mexique. Au « reste la platine se trouve dans les susdites mi- « nés, non-seulement en masse , mais aussi en « grains séparés comme des grains de sable. En- « fin, il faut être réservé à tirer des conséquences « trop générales des expériences qu’on aurait « faites sur une pareille quantité de platine « tirée d un seul endroit de la mine , expé- « riences qui pourraient être démenties par « d’autres expériences faites sur celles d’un au- « tre endroit des mêmes mines... Remarquant,
« continue M. Bowles, que la platine contenait « du fer, et que le cobalt en contient aussi ; qu’on « trouve beaucoup de grains d’or de couleur de « suie mêlés avec la platine, que cette espèce « nouvelle de sable métallique est unique dans « le monde, qu’elle se trouve en abondance dans « une montagne aux environs d’une mine d’or « et qu’il y a beaucoup de volcans dans ce pays'
« je me suis persuadé que la montagne renferme « du cobalt, comme celle de la vallée deGistan « dans les Pyrénées d’Arragon ; que le feu d’un « volcan aura fait évaporer l’arsenic et aura « formé quelque chosede semblable au régule de « cobalt; que ce régule se fond et se mêle avec « l’or quoiqu’il contienne du fer, etque le feu « appliqué pendant un grand nombre de siècles « privant la matière de sa fusibilité, aura formé « ce sable métallique... que les grains d’or de « forme irrégulière et de couleur de suie sont « aussi l’effet du feu d’un volcan lorsqu’il s’é- « teint ; que les grains de platine qui contractent k adhérence, à cause de la couche légère de fer
45 b HISTOIRE
a étendue à leur surface, sont le résultat de la « décomposition du fer dans le grand nombre de « siècles qui se sont écoulés depuis que le vol- « can s’est éteint , et que ceux qui n’ont point « cette couche ferrugineuse n’ont pas eu assez « de temps depuis l’extinction du volcan pour « l’acquérir. Cela paraîtra un songea plusieurs;
« mais je suis le grand argument de M. de Buf- « fon1. » M. Bowles a raison de dire qu’il suit mon grand argument : cet argument consiste, en effet, en cequela platine n’est point, comme les métaux, un produit primitif de la nature , mais une simple production accidentelle , qui ne se trouve qu’en deux endroits dans le monde entier ; que cet accident, comme )'e l’ai dit, a été produit par le feu des volcans, et seulement sur des mines d’or mêlées de fer, tous deux dénaturés par l’action continuée d’un feu très-violent ; qu’à ce mélange de fer et d’or il se sera joint quelques vapeurs arsenicales, qui auront fait perdre à l’or sa ductilité, et que de ces combinaisons très-naturelles, et cependant accidentelles, aura résulté la formation de la platine. Ces dernières observations de M. Bowles, loin d’infirmer mon opinion, semblent au contraire la confirmer pleinement: car elles indiquentdans la platine non-seulement le mélange du fer , mais la présence de l’arsenic; elles annoncent que la platine d’un endroit n’est pas de même qualité que celle d’un autre endroit; elles prouvent qu’elle se trouve en masse dans deux seules mines d’or, ou en grains et grenailles dans des montagnes toutes composées de sablon ferrugineux , et toujours près des mines d’or et dans des contrées volcanisées. La vérité de mon opinion me parait donc plus démontrée que jamais ; et je suis convaincu que plus on fera de recherches sur l’histoire naturelle de la platine, et d'expériences sur sa substance, plus on reconnaîtra qu’elle n’est point un métal simple ni d’une essence pure , mais un alliage de fer et d’or dénaturé tant par la violence et la continuité d’un feu volcanique , que par le mélange des vapeurs sulfureuses et arsenicales, qui auront été à ces métaux leur couleur et leur ductilité.
Dü COBALT.
De tous les minéraux métalliques , le cobalt est peut-être celui dont la nature est la plus mas-
4 Histoire Naturelle d’Espagne, chapitre de la Platine.
NATURELLE
quée, les caractères les plus ambigus et l’essence la moins pure. Les mines de cobalt, très-différentes entre elles, n’offrent d’abord aucun caractère commun , et ce ri’est qu’en les travaillant au feu qu’on peut les reconnaître par un effet très-remarquable, unique , et qui consiste à donner aux émaux une belle couleur bleue. Ce n’est aussi que pour obtenir ce beau bleu que l’on recherche le cobalt; il n’a aucune autre propriété dont on puisse faire un usage utile, si ce n’est peut-être en l’alliant avec d’autres minéraux métalliques ’. Ses mines sont assez rares et toujours chargées d’une grande quantité de matières étrangères ; la plupart contiennent plus d’arsenic que de cobalt ; et dans toutes le fer est si intimement lié au cobalt, qu’on ne peut l’en séparer. Le bismuth se trouve aussi assez souvent interposé dans la substance de ces mines; on y a reconnu de l’or, de l’argent , du cuivre, et quelquefois toutes ces matières et d’autres encore s’y trouvent mêlées ensemble, sans compter les pyrites qui sont aussi souvent intimement unies à la substance du cobalt. Le nombre de ces variétés est donc si grand , non-seulement dans les différentes mines de cobalt, mais ausssi dans une seule et même mine, que les nomenclateurs en minéralogie ont cru devoir en faire plusieurs espèces, et même en séparer absolument un autre minéral qui n’était pas connu avant le travail des mines de cobalt; ils ont donné le nom de nickel 2 à cette substance qui diffère en effet du cobalt , quoiqu’elle ne se trouve qu’avec lui. Tous deux peuvent se réduire en un régule dont les propriétés sont assez différentes pour qu’on puisse les regarder comme deux différentes sortes de minéraux métalliques.
Le régule de cobalt n’affecte guère de figure régulière 3, et n’a pas de forme déterminée : ce régule est très- pesant , d’une couleur grise assez brillante, d’un tissu serré, d’une substance com-
4 M. Baume dit, dans sa Chimie expérimentale, avoir fait entrer le cobalt dans un alliage pour, des robinets de fontaine, que cet alliage pouvait se mouler parfaitement et n’était sujet à aucune espèce de rouille.
2Cror:stedt a donné le nom de Nickel à cette substance, parce quelle se trouve dans les mines de Cobalt que les Allemands nomment kwpfer- nickel. M. Bergtnann observe que, quoiqu’on trouve fréquemment du cobalt natif, il est toujours uni an fer, à l’arsenic et au nickel. Opuscules chimiques, tome II , dissertation 24.
3 M. l’abbé Mongez assure néanmoins avoir obtenu un régule de cobalt en cristaux composés de faisceaux réguliers. Journal de Physique, 1781.
pacte et d’un grain lin ; sa surface prend en peu de temps par l’impression de l’air une teinte rosacée ou couleur de fleur de pêcher; il est assez dur et n'est point du tout ductile : sa densité est néanmoins plus grande que celle de l’étain, du 1er et du cuivre; elle est à très-peu près égale a la densité de l’acier { . Ce régule du cobalt et celui du nickel sont après le bismuth les plus pesantes des matières auxquelles on a donné le nom de demi-métaux ; et l’on aurait certainement mis le bismuth , le cobalt et le nickel au rang des métaux s’ils avaient eu de la ductilité : ce n’est qu’à cause de sa très-grande densité que l’on a placé le mercure avec les métaux, et parce qu on a en même temps supposé que sa fluidité pouvait être considérée comme l’extrême de la ductilité.
hes minières de cobalt s’annoncent par des efflorescences à la surface du terrain ; ces effloi escences sont ordinairement rougeâtres et assez souvent disposées en étoiles ou en rayons divergents qui quelquefois se croisent. Nous donnerons iei l’indication du petit nombre de ces mines que nos observateurs ont reconnues en France et dans les Pyrénées aux confins de 1 Espagne : mais c’est dans la Saxe et dans quelques autres provinces de l’Allemagne qu’on a commencé à travailler, et que l’on travaille encore avec succès et profit les mines de cobalt ; et ce sont les minéralogistes allemands qui nous ont donné le plus de lumières sur les propriétés
de ce minéral et sur la manière dont on doit le traiter.
Le premier et le plus sûr des indices extérieurs 2 qui peuvent annoncer une mine prochaine de cobalt est donc une efflorescence minérale, couleur de rose, de structure radiée, à laquelle on a donné le nom de fleurs de cobalt ; quelquefois cette matière n’est point en forme de fleurs rouges, mais en poudre et d’une couleur plus pâle. Mais le signe le plus certain et par lequel on pourra reconnaître le véritable cobalt est la terre bleue qui l’accompagne quelquefois ; et au défaut de cet indice, ce sera la couleur bleue qu’il donne lorsqu’il est réduit en verre ; car , si la mine qui parait être de 'cobalt se convertit en verre noir, ce ne sera que de la
celle dn?Zn\CXA sPé,cifitlucdu ^gule de cobalt estde7SH9- £ de7807?: et h Pesanteur spécifique
«Ca trempée$l de "'*>> edle du fer forgé
nsactions philosophiques, n° 590, novembre 1726.
DES MINÉRAUX
pyrite; si le verre est d’une couleur rousse, ce scia de la mine de cuivre , au lieu que la mine de cobalt donnera toujours un verre bleu de saphh . c est pi obablemcntpar cette ressemblance à la couleur du saphir qu’on a donné à ce verre bleu de cobalt le nom de sciphre ou saffre. Au reste, on a aussi appelé saffre la chaux de cobalt, qui est en poudre rougeâtre et qui ne provient que de la calcination de la mine de cobalt * le saffre qui est dans le commerce est toujours mêlé de sable quartzeux qu’on ajoute en fraude pour en augmenter la quantité, et ce saffre ou chaux rougeâtre de cobalt donne aussi par la fusion le même bleu que le verre de cobalt, et c’est à ce verre bleu de saffre que l’on donne le nom de smalt.
Pour obtenir ce verre avec sa belle couleur , on fait griller la mine de cobalt dans un fourneau où la flamme est réverbérée sur la matière minérale réduite en poudre ou du moins concassée : ce fourneau doit être surmonté de cheminées tortueuses dans lesquelles les vapeurs qu i s’élèvent puissent être retenues en s’attachant a leurs parois ; ces vapeurs s’y condensent en effet et s’y accumulent en grande quantité sous la forme d’une poudre blanchâtre que l’on détache en la îaclant : cette poudre est de l’arsenic dont les mines de cobalt sont toujours mêlées; elles en fournissent en si grande quantité par la simple torréfaction, que tout l’arsenic blanc qui est dans le commerce vient des fourneaux où l’on gi il le des mines de cobalt; et c’est le premier produit qu’on en tire.
La matière calcinée qui reste dans le fourneau , après l’entière sublimation des vapeurs arsenicales, est une chaux trop réfractaire pour être fondue seule ; il faut y ajouter du sable vitrescible, ou du quartz qu’on aura fait auparavant torréfier pour les pulvériser ; sur une partie de chaux de cobalt, on met ordinairement deux ou trois parties de cette poudre vitreuse, à laquelle on ajoute une partie de salin pour accélérer la fusion ; ce mélange se met dans de grands creusets placés dans le fourneau, et pendant les dix ou douze heures de feu qui sont nécessaires pour la vitrification, on remue souvent la matière pour en rendre le mélange plus égal et plus intime; et lorsqu’elle est entièrement et parfaitement fondue, on la prend tout ardente et liquide avec des cuillers de fer, et on la jette dans un cuvier plein d’eau , où se refroidissant subitement elle n’acquiert pas autant de