‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 64 sur 235 · DU NICKEL · texte numérisé non relu

DU NICKEL

Il sc trouve assez souvent dans les mines de cobalt un minéral qui ne ressemble à aucun autre et qui n’a été reconnu que dans ce dernier temps : c’est le nickel. M. Demeste dit « que « quand le cuivre et l’arsenic se trouvent joints « au fer dans la mine de cobalt, il en résulte un « minéral singulier qui , dans sa fracture , est « d’un gris rougeâtre, et qui a, pour ainsi dire,

« son régule propre, parce que dans ce régule « le cobalt adhère tellement aux substances « métalliques étrangères dont il est mêlé, qu’on ! « n’a pas hésité d’en faire, sous le nom de ni- \ « ckely un demi-métal particulier 1 . » Mais cette délinition du nickel n’est point exacte ; car le cuivre n’entre pas comme partie essentielle dans

du lapis-lazuli que les Chinois donnent à leurs porcelaines la belle couleur bleue. M. de Bomare est dans cette opinion. Voyez sa Minéralogie, tome II , page 36 et suiv. Mais je ne la crois pas fondée, car le lapis, en se vitrifiant, ne conserve pas $a couleur.

4 Lettres du docteur Demeste, tome II, page 139.

sa composition ; et même il ne s’y trouve que très-rarement. M. Bergmartn est, detousles chimistes , celui quia répandu le plus de lumières sur la nature de ce minéral , qu’il a soumis à des épreuves aussi variées que multipliées. Voici les principaux résultats de ses recherches et de ses expériences.

Hierne, dit-il, est le premier qui ait parlé du kupfer -nickel , dans un ouvrage sur les minéraux , publié en suédois en 1694.

Henckel l’a regardé comme une espèce de cobalt ou d’arsenic mêlé de cuivre ( Pyritol. ch. 7 et 8).

Cramer a aussi placé le kupjer-nickel dans les mines de cuivre ( Docimast . § 371 et 418), et néanmoins on n’en a jamais tiré un atome de cuivre. Je dois cependant observer que M. Bergmann dit ensuite que le nickel est quelquefois uni au cuivre.

Cronstedt est le premier qui en ait tiré un régule nouveau en 1761 [Actes de Stockholm).

M. Sage le regarde comme du cobalt mêlé de fer, d’arsenic et de cuivre ( Mémoires de chimie , 177 2).

M. Monnet pense aussi que c’est du cobalt impur ( Traité de la dissolution des métaux ).

Le kupfer-nickel perd à la calcination près d’un tiers et quelquefois moitié de son poids, par la dissipation de l’arsenic et du soufre : ce minéral devient d’autant plus vert qu’il est plus riche. Si on le pulvérise et qu’on le pousse à la fusion dans un creuset avec trois parties de flux noir, on trouve sous les scories noirâtres et quelquefois bleues, un culot métallique du poids du dixième, du cinquième, ou même près de moitié de la mine crue. Ce régule n’est pas pur ; il tient encore un peu de soufre et une plus grande quantité d’arsenic, de cobalt, et encore plus de fer magnétique.

L’arsenic adhère tellement à ce régule, que M. Bergmann l’ayant successivement calciné et réduit cinq fois, il donnait encore l’odeur d’ail à une sixième calcination quand on y ajoutait de la poussière de charbon pour favoriser l’évaporation de l’arsenic.

A chaque réduction , il passe un peu de fer dans les scories ; à la sixième , le régule avait une demi-ductilité, et était toujours sensible à l’aimant.

Dans les différentes opérations faites par M . Bergmann, pour parvenir à purifier le nickel , soit par les calcinations, soit en le traitant avec

HISTOIRE NATURELLE

le soufre , il a obtenu des régules dont la densité variait depuis 60828 jusqu’à 88751 L Ces régules étaient quelquefois très-cassants; quelquefois assez ductiles pour qu’un grain d’une ligne de diamètre formât une plaque de trois lignes sur l’enclume : ils étaient plus ou moins fusibles, et souvent aussi réfractaires que le fer forgé; et tous étaient non-seulement attirables à l’aimant, mais même il a observé qu'un de ces régules attirait toutes sortes de fer, et que ses parties s’attiraient réciproquement: ce même régule donne par l’alkali volatil une dissolution de couleur bleue.

M. Bergmann a aussi essayé de purifier le nickel par le foie de soufre, qui a une plus grande affinité avec le cobalt qu’avec le nickel, et il est parvenu à séparer ainsi la plus grande partie de ce dernier. Le régule de nickel , obtenu après cette dissolution par le foie de soufre, ne conserve guère son magnétisme ; mais on le lui rend en séparant les matières hétérogènes qui , dans cet état, couvrent le fer.

Tl a de même traité le nickel avec le nitre, le sel ammoniac, l’alkali volatil ; et par la dissolution dans l’acide nitreux, et la calcination par le nitre , il l’a privé de presque tout son cobalt : le sel ammoniac en a séparé un peu de fer ; mais le nickel retient toujours une certaine quantité de ce métal; et M. Bergmann avoue avoir épuisé tous les moyens de l’art , sans pouvoir le séparer entièrement du fer.

Le régule de nickel contient quelquefois du bismuth ; mais on les sépare aisément en faisant dissoudre ce régule dans l’acide nitreux, et précipitant le bismuth par l’eau.

M. Bergmann a encore observé que le nickel donne au verre la couleur d’hyacinthe; et il conclut de ses expériences :

1° Qu’il est possible de séparer tout l’arsenic du nickel ;

2° Que quoiqu’il tienne quelquefois du cuivre, il est également facile de le purifier de ce mélange; et que, quoiqu’il donne la couleur bleue avec l’alkali volatil , cette propriété ne prouve pas plus l’identité du cuivre et du nickel, que la couleur jaune des dissolutions d’or et de fer dans l’eau régale ne prouve l’idendité de ces métaux ;

3° Que le cobalt n’est pas plus essentiel au

* La pesanteur spécifique du régule de nickel, s.uivant IM. Brisson , est de 78070, ce qui est un terme moyen entre les pesanteurs spécifiques 70828 et 88751 données par M. Bergman.

nickel , puisqu’on parvient à l’en séparer, et même que le cobalt précipite le nickel de sa dissolution par le foie du soufre ;

4° Qu’il n’est pas possible de le priver de tout son fer, et que plus on multiplie les opérations pour l’en dépouiller, plus il devient magnétique et difficile à fondre ; ce qui le porte à penser qu’il n’est , comme le cobalt et la manganèse, qu’une modification particulière du fer. Voici ses termes :

Solum itaque jam ferrum restât , et sane varice eœdemque non exigui mementi rationes suaclcnt niccolum et cobaltum et magnesiam forsan non aliter ac diversissimasferrimodificationes esse c onsideranclas 1 . On voit par ce dernier passage que ce grand chimiste a trouvé, par 1 analyse, ce que j’avais présumé par les analogies , et qu’en effet le cobalt , le nickel et la manganèse ne sont pas des demi-métaux purs , mais des alliages de différents minéraux mélangés , et si intimement unis au fer qu’on ne peut les en séparer.

Le cobalt , le nickel et la manganèse ne pouvant être dépouillés de leur fer, restent donc toustrois attirables à l’aimant; ainsi, de la même manière qu’après les six métaux il se présente une matière nouvellement découverte à laquelle on donne le nom de platine , et qui ne parait être qu’un alliage d’or, ou d’une matière aussi Pesante que l’or avec le fer dans l’état magnétique, il se trouve de même après les trois substances demi-métalliques, de l’antimoine, du bismuth et du zinc; il se trouve, dis-je, trois substances minérales qui, comme la platine, sont toujours attirables à l’aimant, et qui dès lors doivent être considérées comme des alliages naturels du fer avec d’autres minéraux, et il me semble que par cette raison il serait à propos de séparer le cobalt 2, le nickel et la manganèse des demi-métaux simples, comme la platine doit l’être des métaux purs, puisque ces quatre minéraux ne sont pas des substances simples , mais des composés ou alliages qui ne peuvent êtres mis au nombre des métaux ou des demi-métaux dont l’essence, comme celle de toute autre matière pure, consiste dans l’unité de substance.

Le nickel peut s’unir avec tous les métaux et

{ nissert. de Niccolo. Opuscul., tome II. page 260.

2 M. Brandt, chimiste suédois, est le premier qui ait placé le cobalt au rang des demi-métaux; auparavant on ne le regardait que comme une terre minérale pics ou moins friable.

DES MINERAUX

demi-métaux ; cependant le régulé non purifié ne s’allie point avec l’argent : mais le régule pur s’unit à parties égales avec ce métal, et n’altère ni sa couleur ni sa ductilité. Le nickel s’unit aisément avec l’or, plus difficilement avec le cuivre; et le composé qui résulte de ces alliages est moins ductile que ces métaux, parce qu’ils sont devenus aigres par le fer, qui dans le nickel est toujours attirable à l’aimant. Il s’allie facilement avec l’étain et lui donne aussi de l’aigreur; il s’unit plus difficilement avec le plomb, et rend le zinc presque fragile. Le fer forgé devient au contraire plus ductile lorsqu’on l’allie avec le nickel : si on le fond avec le soufre , il se cristallise en aiguilles 1 . Enfin, le nickel ne s’amalgame pas plus que le cobalt et le fer avec le mercure 2 , même par le secours de la chaleur et de la trituration.

Au reste, le minerai du nickel diffère de celui du cobalt, en ce qu’étant exposé à l’air, il se couvre d’une efflorescence verte , au lieu que celle du cobalt est d’un rouge rosacé. Le nickel se dissout dans tous les acides minéraux et végétaux ; toutes ses dissolutions sont vertes , et il donne avec le vinaigre des cristaux d’un beau vert.

Le régule du nickel est un peu jaunâtre à l’extérieur; mais dans l’intérieur sa substance est d’un beau blanc : elle est composée de lames minces comme celles du bismuth. La dissolution de ce régule par l’acide nitreux ou par l’acide marin est verte comme les cristaux de son minerai , et ces deux acides sont les seuls qui puissent dissoudre ce régule ; car l’acide vitriolique, non plus que les acides végétaux, n’ont aucune action sur lui.

Mais, comme nous l’avons dit, ce régule n’est pas un minéral pur; il est toujours mêlé de fer, et comme ses efflorescences sont vertes , et que les cristaux de sa dissolution conservent cette même couleur, on y a supposé du cuivre qu’on n’y a pas trouvé, tandis que le fer paraît être une substance toujours inhérente dans sa composition. Au reste, ce régule, lorsqu'il est pur, c’està-dire purgé de toute autre matière étrangère , résiste au plus grand feu de calcination , et il prend seulement une couleur noire sans se convertir en verre.

VI. Bergman», Dissertât, de Niccoto. — M. de Morvoau, Eléments de Chinai \ tome I, page 232.

* Idem, t* me Ut, page WJ

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