DS CE RE
pect pour ne * (D sur les-
quelles ils s'étaient sauvés des inondations ; l'horreur pour ces autres montagnes qui lancaient des feux plus terribles ue ceux du tonnerre ; la vue a combats de terre contre le ciel, fondement de la fable des Titans et de leurs assauts contre les Hieug, l'opinion de l'existence réelle d’un être malfaisant , la crainte et la superstition qui en sont le premier produit; tous ces sentiments fondés sur la terreur se sont dès-lors
emparés à jamais du cœur et de l'esprit de
- J'homme : à peine est-il encore aujourd’hui
rassuré par l'expérience des temps , par le calme qui a succédé à ces siècles d'orages ; enfin par la connaissance des effets et des opérations de la nature ; connaissance qui n'a pu s'acquérir qu'après l'établissement de quelque grande société dans les terres paisibles.
Ce n’est point en Afrique, ni dans les terres de l’Asie les plus avancées vers le midi, que les grandes sociétés ont pu d'abord se former ; ces contrées étaient encore brülantes et désertes : ce n’est point en Amérique, qui n’est évidemment, à l'exception de ses chaînes de montagnes, qu'une terre nouvelle : ce n’est pas même en Europe, qui n'a reçu que fort tard les lumières de l'Orient, que se sont établis les premiers hommes civilisés , puisqu’avant la fondation de Rome , les contrées les plus heureuses de cette parlie du monde, telles que l'Italie, la France et l'Allemagne n'étaient encore peuplées que d'hommes plus qu'à demi sauvages. Lisez Tacite, sur les mœurs des Ger-
ains, c’est le tableau de celles des Hurons, ou plutôt des habitudes de l'espèce humaine entière sortant de l’état de nature C'est donc dans les contrées septentrionales de l'Asie que s’est élevée la tige des connaissances de l'homme ; et c'est sur ce tronc de l'arbre de la science que s’est élevé le trône de sa puissance : plus il a su, plus il a pu; mais aussi, moins il a fait, moins il a su.
Tout cela suppose les hommes actifs dans un climat heureux, sous un ciel pur pour l'observer, sur une terre féconde pour la cultiver, dans une contrée privilégiée , à l'abri des inondations , éloignée des volcans, plus élevée et par conséquent plus ne tempérée que les autres. Or, toutes ces conditions , toutes ces circonstances se sont trou-
(1) Voyez ci-après les notes justificatives des faits.
& 21 vées dans le eentre du continent de l'Asie, uis le 40e degré de latitude jusqu'au 55e. Les fleuves qui portent leurs eaux dans la mer ; dans l'Océan oriental , dans les mers du midi et dans la Caspienne, partent également de cette région élevée qui fait aujourd'hui partie de la Sibérie méridionale et de la Tartarie : c'est donc dans cette terre plus élevée, plus solide que les autres, puisqu'elle leur sert de centre, et qu’elle est éloignée de près de cinq cents lieues de tous les océans ; c’est dans cette contrée privilégiée que s’est formé le premier peuple digne de porter ce nom, digne de tous nos respects , comme créateur des sciences , des arts et de toutes les institutions utiles. Cette vérité nous est également démontrée par les monuments de l'histoire naturelle et par les progrès presque inconcevables de l'ancienne
astronomie. Comment des hommes si nou=
veaux ont-ils pu trouver la période Zunisolaire de six cents ans (1)? Je me borne à ce seul fait, quoiqu'on puisse’en citer beaucoup d’autres tout aussi merveilleux et tout aussi constants. Ils savaient donc autant d’astronomie qu’en savait de nos jours Dominique Cassini, qui le premier a démontré la réalité et l'exactitude de cette période de six cents ans; connaissance à laquelle ni les Chaldéens, ni les Égyptiens, ni les Grecs, ne sont pas arrivés ; connaissance qui suppose celle des mouvements précis de la lune et de la terre, et qui exige une grande perfection dans les instraments nécessaires aux observations ; connaissance qui ne peut s'acquérir qu'après avoir tout acquis, laquelle, n'étant fondée que sur une longue suite de recherches, d'études et de travaux astronomiques, suppose aumoins deux ou trois mille ans de culture à l'esprit humain pour y parvenir.
Ce premier peuple a été très-heureux ; puisqu'il est devenu très-savan îl a joui pendant plusieurs siècles de Ja paix, du repos, du loisir nécessaire à cette culture de l'esprit, de laquelle dépend le fruit de toutes les autres cultures. Pour se douter de la période ix cents ans, il fallait au MOIS douze cents ans d'observations ; pour l'assurer comme fait certain, il en a fallu plus du double : voilà donc déjà trois mille ans d’études astronomiques ; et mous n’en serons pas étonnés, püisqu'il a fallu € même temps aux astronomes, en les comptant depuis les
(1) Voyez ci-après les notes justificatives des faits.
ete Lure Mers
Chaldéens jusqu’à nous, pour reconnaitre cette période; et ces premiers trois mille ans d'observations astronomiques n'ont-ils pas été nécessairement préchdés de quelques siècles où la science n’était pas née? six mille ans, à compter de ce jour, sont-ils suffisants Pour remonter à l’époque la plus noble de l'histoire de l'homme , et même pour le suivre dans les premiers progrès qu'il a faits dans les arts et dans les sciences ?
Mais Dr <a elles ont été perdues , ces hautes et belles sciences ; elles ne nous sont parvenues que par débris trop informes pour nous servir autrement qu’à reconnaître leur existence passée, L'invention de la formule d'après laquelle les Brames calculent les éclipses, suppose autant de science que la construction de nos éphémé-
* rides, et cependant ces mêmes Brames n'ont pas la moindre idée de la composition de l'univers; ils n'en ont que de fausses sur le mouvement, la grandeur et la position des planètes; ils calculent les éclipses sans en connaître la théorie, guidés comme des machines par une gamme fondée sur des formules savantes qu'ils ne comprennent pas, et que probablement leurs ancêtres n’ont point inventées , puisqu'ils n’ont rien perfectionné , et qu'ils dont pas le moindre rayon de la science à leurs descendants : ces formules ne sont entre leurs mains que des méthodes de pratique ; mais elles supposent des connaissances profondes dont ils n’ont pas les éléments , dont ils n'ont pas même conservé les moindres vestiges, et qui par conséquent ne leur ont jamais appartenu.
Ces méthodes ne peuvent donc venir que de cet ancien peuple savant, qui avait réduit en formules les mouvements des “ie et qui, par une longue suite d’obsery ons, était parven mon-seulement à la prédiction des éclipses,gnais à la connaissance bien plus difficile de la période de six cents ans ct de tous les faits astronomiques que cette connaissance exige ct suppose nécessairement.
Je crois être fondé à dire que les Brames n’ont pas imaginé fes Say Magie puisq e toutes leurs idées physiques sont
pntraires à la théorie dont ces formules dépendent , et que s'ils eussent compris cette théorie sit dans le temps qu'ils en ont reçu les résultats, ils eussent conservé la science , et ne se trouveraient pas réduits aujourd'hui à la plus grande ignorance, ct livrés aux préjugés les plus ridicules sur le
g système du monde; car ils croient que la
terre est a appuyée sur la cime d’une montagne d’or; ils pensent que la lune es: éclipsée par des dragons aériens, que les planètes sont plus petites que la lune, ete. Il est donc évident qu'ils n'ont jamais eu les premiers éléments de la théorie astronomique, ni même la moindre connaissance des principes que supposent les méthodes dont ils se servent. Mais je dois renvoyer ici à l'excellent ouvrage que M. Bailly vient de publier sur l'ancienne astronomie , dans lequel il discute à fond tout ce qui est relatif à l'origine et au progrès de cette science :
on verra que ses idées s'accordent avec les miennes ; et d’ailleurs il a traité ce sujet important avec une sagacité de génie et une profondeur d'érudition qui méritent des éloges de tous ceux qui s'intéressent au progrès des sciences.
Les Chinois, un peu plus éclairés que les Brames, calculent assez grossièrement les éclipses , et les calculeut toujours de même depuis deux ou trois mille ans : puisqu'ils ne perfectionnent rien , ils n'ont jamais rien inventé ; la science n’est donc pas plus née à la Chine qu'aux Indes : quoique aussi voisins que les Indiens du premier peuple savant , les Chinois ne paraissent pas en avoir rien tiré; ils n'ont pas même ces formules astronomiques dont les Brames ont conservé l'usage, et qui sont néanmoins les premiers etgrandsmouuments dusavoir et du bonheur de l’homme. Il ne parait pas non plus que les Chaldéens , les Perses , les Égyptiens et les Grecs aient rien reçu de ce premier peuple éclairé ; car; dans ces contrées du Levant , la nouvelle astronomie n'est due qu'à l'opiniâtre assiduité des observateurs chialdéens , et ensuite aux travaux des Grecs(1}, qu’on ne doit dater que du temps de’la fondation de l'école d'Alexandrie, Néanmoins cette science était encore bien imparfaite après deux mille ans de nouvelle culture et même jusqu'à nos derniers siècles. Il me paraît donc certain que ce pre mier peuple ; qui avait inventé et eultivé si heureusement et si long-temps l'astrouomie , n'en a laissé que des débris et quelques résultats qu'on pouvait retenir de mémoire, comme celui de la période de six cenis ans que l'historien Josèphe nous a transmise sans la comprendre. ;
La perte des sciences, celle premiere
(1) Voyez ci-après les notes justificatives des faits,
| cette région (dit le savant naturaliste M. Pallas) sont
-main À : A es de si grands progrès dans les sciences, et homme. Car la grossièreté , suivie de l’ou-
plaie faite à l'humanité par la bache de la se nn : di dans toutes les parties de barbarie, fut sans doute l'effet d'une mal- la terre chez les peuples civilisés.
heureuse révolution qui aura détruit peut- Et que j'ouvons-nous D es vibcles être en peu d'années l'ouvrage et les travaux de barbarie, qui se sont écoulés en pure de plusieurs siècles ; car nous ne pouvons perte pour no ils sont ensevélis pour jadouter que ce premier peuple, aussi puis- mais dans une nuit profonde ; l'homme d'asant d'abord que savant,nesesoitlong-temps lors, replongé dans les ténèbres de l'i-
tenu dans sa splendeur ; puisqu'il a fait gncrance, a, pour ainsi dire, cessé d’être
par conséquent dans tous les arts qu'exige bli des devoirs , commence par relâcher les leur étude. Mais il y a toute apparence que liens de la société, la barbarie achève de quand les terres situées au nord de cette les rompre ; les lois méprisées ou proscrites, héureuse contrée ont élé trop refroïdies , les les mœurs dégénérées en habitudes farouhommes qui les habitaient, encore igno- ches; l'amour de l'humanité , quoique gravé rants ; farouches et barbares, auront reflué en caractères sacrés, effacé dans les cœurs ; vers cette même contrée riche , abondante l’homme enfin sans éducation , sans morale , et cullivée par les arts ; il est même assez réduit à mener une vie solitaire et sauétonnant qu'ils s’en soientemparés ,etqu'ils vage, n'offre, au lieu de sa haute nature, y aient détruit non-seulement les germes, que celle d'un être dégradé au-dessous de mais même la mémoire de toute science ; en l'animal. sorte que trente siècles d'ignorance ont peut- Néanmoins , après la perte des sciences , être suivi les trente siècles de lumière qui les arts utiles auxquels elles avaient donné les avaient précédés. De tous.ces beaux et naissance, se sont conservés : la culture de premiers fruits de l'esprit humain ,il n'en la terre, devenue plus nécessaire à mesure est resté que le marc; la métaphysique re- que les hommes se trouvaient plus nomligieuse , ne pouvant être comprise , n'avait breux, plus serrés; toutes les pratiques pas besoin d'étude, et ne devait ni s’altérer qu’exige cette même culture , tous les arts ni se perdre que faute de mémoire , laquelle que supposent la construction des ne manque jamais dès qu'elle est frappée du la fabrication des idoles et des à merveilleux. Aussi cette métaphysique s'est- texture des étoffes, et elle répandue de ce premier centre des scien-" science ; ils se sont rép ces à toutes les parties du monde; les idoles pro er! de Calicut se sont trouvées les mêmes que ont suivi le cours des grandes populations ; ‘ . . “ & * sn . ’ À . , celles de Séléginskoi. Les pèlerinages vers l'ancien empire de la Chine s'est élevé le le grand Lama, établis à plus de deux mille premier , et presque en même temps celui lieues de. distance ; l’idée de la métempsy es Atlantes en Afrique; du continent cose portée encore plus loin , adoptée comme de l'Asie , celui de l'Égy , de l'Éthiopie, article de foi par les Indiens, les Éthiopiens, se sontsuccessivement établis ; et enfin celui les Atlantes; ces mèmes idées défigurées, de NE notre Europe itson exisreçues par les Chinois , les Perses les Grecs, tence civi Ce n'est donc que depuis environ ues jusqu'à nous ; tout semble nous trente siècles que la puissance de l'homme démontrer que la première souche et la tige s'est réunie à | me 4 la nature, et s’est commu des connaissances humaines ap- étendue sur lap sgrande partie de la terre : partie à cette terre de la haute Asie (1), les trésors de sa fécondité jusqu'alors étaient et queles rameaux stériles ou dégénérés des enfouis, l'homme les a mis au grand jour ; nobles branches de cette ancienne souche, ses autres richesses , encore plus profondé #2
(1) Les cultures, les arts, les hourgs épars dans travaux. Partout, lorsqu'il Rx 2
les restes encore vivants d’un empire ou d'une suciété florissante , dont l'histoire même est euseyelie avec ses cités, ses temples, ses armes, ses monuments, « . : : i i
dont on déterre à chaque pas d'énormes débris ; ces ŒUI pouvaient Jui Rs sg poire Fe peuplades sont les membres d'une énorme nation, à S0n intelligence , les animaux Se - APRES laquelle il manque une tête. ( Voyage de Pallas en voisés , subjugués, domptés, rédui pr
Sibérie , etc. )
___ ment enterrées , n'ont pu se dérober à ses oÉ recherches , et sont devenues le p ses ,
obéir à jamais ; par ses travaux, les marais * CR
ont été HO À , les fleuves contenus, leurs
cataractes effacées , les foréts éclaircies, les landes cultivées ; par sa réflexion, les temps ont été comptés, les espaces mesurés, les mouvements célestes reconnus , combinés , représentés, le ciel et la terre comparés, l'univers agrandi , et le Créateur dignement adoré ; par son art émané de la science , les mers ont été traversées , les montagnes franchies, les peuples rapprochés, un nouveau monde découvert , mille autres terres isolées sont devenues son domaine ; enfin la face entière de la terre porte aujourd'hui l’empreinte de la puissance de l'homme, laquelle, quoique subordonnée à celle de la nature , souvent a fait plus qu'elle, ou du moins l’a si merveilleusement secondée, que c'est à l’aide de nos mains qu’elle s'est développée dans toute son étendue , et qu'elle est arrivée par degrés au point de perfection et de magnificence où nous la voyons aujourd'hui.
Comparez en effet la nature brute à la nature cultivée (1); comparez les petites nations sauvages de l'Amérique avec nos grands peuples civilisés ; comparez même celles de l'Afrique, qui ne le sont qu'à demi; voyez en même temps l’état des terres que ces nations habitent , vous jugerez aisément du peu de va € homme par le peu d'impression que leurs mains ont faites sur le sol : soit stupidité, soit paresse , ces hommes à demi bruts ; ces nations non policéess grandes ou petites , ne fon